jeudi 2 mai 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Lyon |
| Section | Tribunal Administratif de Lyon |
| N° Dossier | TA69-2400132 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | ELOIGNEMENT |
| Avocat requérant | BELLASRI |
Vu la procédure suivante :
I- Par une requête n° 2400132 et des mémoires, enregistrés les 8 janvier, 17 février et 8 avril 2024, M. A B représenté par Me Bellasri, demande au tribunal dans le dernier état de ses écritures :
1°) d'annuler les décisions en date du 6 janvier 2024 par lesquelles la préfète de l'Ain lui a fait obligation de quitter le territoire français, a refusé de lui accorder un délai de départ volontaire, a fixé le pays de destination et lui a fait interdiction de retour sur le territoire français pour une durée de trente mois ;
2°) d'enjoindre à la préfète de l'Ain de délivrer un titre de séjour " étranger malade " à M. D B, de lui délivrer un titre de séjour en sa qualité de représentant de son fils D et de délivrer un titre de séjour à sa fille C ;
3°) de déclarer irrégulier son placement en rétention par une décision du préfet de la Savoie du 28 avril 2024 ;
4°) de mettre fin à sa rétention et d'ordonner sa remise en liberté ;
5°) de mettre à la charge de l'Etat le versement d'une somme de 1 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.
M. B soutient que :
- les décisions en litige sont entachées d'une insuffisance de motivation ;
- elles sont entachées d'un défaut d'examen particulier de sa situation ;
- il n'est pas établi que le signataire disposait d'une délégation de signature ;
- l'obligation de quitter le territoire français méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- s'agissant de son placement en rétention administrative, son comportement ne constitue pas une menace pour l'ordre public permettant une telle rétention, il justifie de garanties de représentations, la décision est entachée d'une erreur de droit dès lors qu'elle ne prend pas en compte sa vulnérabilité.
Des pièces ont été produites les 20, 22, 25 et 26 mars et 29 avril 2024 par la préfète de l'Ain.
Des pièces ont été produites le 29 avril 2024 par le préfet de la Savoie.
II- Par une requête n° 2403396 et un mémoire enregistrés les 7 et 9 avril 2024, M. A B, alors retenu au centre de rétention administrative de Lyon Saint-Exupéry (69125 aéroport Lyon - Saint-Exupéry), représenté par Me Bellasri, demande au tribunal :
1°) d'annuler les décisions en date du 20 mars 2024 par lesquelles la préfète de l'Ain a refusé de lui accorder un titre de séjour, lui a fait obligation de quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays de destination et lui a fait interdiction de retour sur le territoire français pour une durée de trente mois ;
2°) d'enjoindre à la préfète de l'Ain de délivrer un titre de séjour " étranger malade " à M. D B, de lui délivrer un titre de séjour en sa qualité de représentant de son fils D et de délivrer un titre de séjour à sa fille C ;
3°) de mettre à la charge de l'Etat le versement d'une somme de 1 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.
M. B soutient que :
- la notification de l'arrêté en litige est nulle et non avenue ;
- les décisions en litige sont insuffisamment motivées ;
- elles sont entachées d'un défaut d'examen de sa situation personnelle ;
- il ne peut retourner en Libye, où son fils ne peut être soigné ;
- l'obligation de quitter le territoire français méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.
Des pièces ont été produites les 8 et 29 avril 2024 par la préfète de l'Ain.
Des pièces ont été produites le 29 avril 2024 par le préfet de la Savoie.
La présidente du tribunal a délégué les pouvoirs qui lui sont attribués par l'article L. 614-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile à Mme Soubié.
Vu les décisions attaquées et les autres pièces des dossiers ;
Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- le code des relations entre le public et l'administration ;
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Au cours de l'audience publique du 2 mai 2024, Mme Soubié, magistrate désignée, a présenté son rapport, informé les parties en application de l'article R. 611-7 du code de justice administrative, de ce que le jugement était susceptible d'être fondé sur un moyen relevé d'office tiré :
- de ce qu'il n'y a plus lieu de statuer sur l'arrêté du 6 janvier 2024 retiré par la préfète, ce retrait étant définitif ;
- de l'irrecevabilité des conclusions dirigées contre le placement en rétention administrative qui relève de la seule compétence du juge des libertés et de la détention ;
- de ce que seule une formation collégiale de jugement pouvait se prononcer sur le refus de titre de séjour et les conclusions qui lui sont liées ;
et entendu :
- les observations de M. B, requérant, assisté de Mme E, interprète en langue arabe ;
- les observations de Me Tomasi, avocat, pour la préfète de l'Ain ainsi que pour le préfet de la Savoie, qui conclut au rejet de la requête au motif que les moyens de la requête ne sont pas fondés.
La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.
Considérant ce qui suit :
1. Les requêtes n° 2400132 et 2403396 sont relatives à la situation d'un même étranger et ont fait l'objet d'une instruction commune. Il y a lieu de les joindre pour statuer par un seul et même jugement.
2. M. B, ressortissant marocain né en 1989, serait entré en France en 2018, avec ses deux enfants mineurs, pour solliciter l'asile. Sa demande d'asile a été rejetée par l'Office de protection des réfugiés et apatrides, décision confirmée par la Cour nationale du droit d'asile le 18 novembre 2022. En février 2023, il a sollicité la délivrance d'un titre de séjour en qualité de parent d'enfant malade. Par un arrêté du 6 janvier 2024, la préfète de l'Ain lui a fait obligation de quitter le territoire français, a refusé de lui accorder un délai de départ volontaire, a fixé le pays de destination et lui a fait interdiction de retour sur le territoire français pour une durée de trente mois. Par un arrêté du 20 mars 2024, cette même autorité a refusé à M. B la délivrance d'un titre de séjour, lui a fait obligation de quitter le territoire français, a refusé de lui accorder un délai de départ volontaire, a fixé le pays de destination et lui a fait interdiction de retour sur le territoire français pour une durée de trente mois. M. B a été placé en rétention administrative par une décision du préfet de la Savoie du 28 avril 2024. Il doit être regardé comme demandant l'annulation de ces décisions.
Sur la compétence du juge administratif :
3. Aux termes de l'article L. 743-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Les dispositions de la présente section sont applicables au jugement des requêtes formées par l'étranger aux fins de contestation de la décision de placement en rétention en application de l'article L. 741-10 et par l'autorité administrative aux fins de prolongation de la rétention en application de l'article L. 742-1 ou des articles L. 742-4 à L. 742-7 (). " Aux termes de l'article L. 743-4 du même code : " Le juge des libertés et de la détention statue, par ordonnance, dans les quarante-huit heures suivant sa saisine. "
4. Il résulte des dispositions ci-dessus que seul le juge des libertés et de la détention est compétent pour se prononcer sur la mesure de placement en rétention administrative prononcée par l'autorité administrative. Par suite, les conclusions de M. B dirigées contre l'arrêté du préfet de la Savoie du 28 avril 2024 sont portées devant un ordre de juridiction incompétent pour en connaître et doivent ainsi être rejetées.
Sur l'étendue du litige :
5. Il résulte de l'instruction que par une décision du 20 mars 2024, la préfète de l'Ain a retiré ses décisions du 6 janvier 2024, au motif qu'elles étaient illégales en raison d'une erreur de fait. Ce retrait doit être regardé comme définitif, M. B ne le contestant pas et n'ayant au surplus pas d'intérêt à contester une décision qui lui est favorable. Par suite, il n'y a plus lieu de statuer sur les conclusions à fin d'annulation dirigées contre les décisions du 6 janvier 2024 de la préfète de l'Ain.
6. Il résulte des dispositions des articles L. 614-1, L. 614-8 et L. 732-8 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, qu'en cas d'assignation à résidence ou de placement en rétention administrative d'un étranger en situation irrégulière, les requêtes dirigées contre les décisions faisant obligation de quitter le territoire et interdiction de retour sur ce territoire prises à son encontre, les décisions fixant le délai de départ volontaire et le pays de destination, ainsi que la décision d'assignation à résidence, doivent être instruites et jugées selon les dispositions de l'article L. 614-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Toutefois, ces dispositions et celles de l'article R. 776-17 du code de justice administrative font obstacle à ce que le magistrat désigné en application de l'article L. 614-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, saisi de la situation d'un étranger assigné à résidence ou placé en rétention administrative à la suite d'une décision de refus de séjour assortie d'une obligation de quitter le territoire français, examine la décision de refus de séjour qui relève de la compétence de la formation collégiale du tribunal administratif.
7. En raison de la mesure de rétention décidée par le préfet de la Savoie à l'encontre de M. B, il y a lieu pour le juge compétent au titre de l'article L. 614-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile de statuer sur les conclusions à fin d'annulation des décisions de la préfète de l'Ain portant obligation de quitter le territoire français, refus d'un délai de départ volontaire, désignation du pays de destination et interdiction de retour sur le territoire français. En revanche, les conclusions tendant à l'annulation de la décision lui refusant la délivrance d'un titre de séjour et les conclusions qui en sont l'accessoire demeurent de la compétence de la formation collégiale de jugement du Tribunal.
Sur les conclusions à fin d'annulation :
8. Il ressort des décisions en litige que la préfète de l'Ain a estimé notamment que l'obligation de quitter le territoire français sans délai et l'interdiction de retour sur le territoire français ne portaient pas atteinte à l'intérêt supérieur des enfants de M. B. Toutefois, il ne ressort pas des termes de la décision que la préfète de l'Ain aurait examiné la situation particulière du requérant, autrement qu'au titre de l'état de santé du fils de M. B. A cet égard, les décisions ne font aucunement état de la naissance en Libye ni la nationalité des enfants, de la mesure d'assistance éducative prononcée par le juge aux affaires familiales le 16 août 2023 au profit de ces enfants, mesure qui prévoit un hébergement dans une structure pour enfants. Enfin, elles ne comportent aucune mention de la situation particulière des enfants arrivés en France après le décès de leur mère. Dans ces conditions, il ne ressort pas des décisions en litige que la préfète du Rhône aurait procédé à un examen particulier et complet de la situation du requérant avant d'adopter les décisions en litige. Par suite, le requérant est fondé à soutenir que les décisions en litige sont entachées d'illégalité et à en demander l'annulation pour ce motif.
9. Il résulte de ce qui précède que les décisions du 20 mars 2024 faisant obligation à M. B de quitter le territoire sans délai, fixant le pays de destination et lui faisant interdiction de revenir sur le territoire pour une durée de trente mois doivent être annulées.
Sur les conclusions à fin d'injonction :
10. Dans l'instance n° 2400132, les motifs du présent jugement n'impliquent aucune mesure d'exécution. Par suite, les conclusions à fin d'injonction de la requête doivent être rejetées.
Sur les conclusions relatives aux frais non compris dans les dépens :
11. Dans les circonstances de l'espèce, il n'y a pas lieu, dans l'instance n° 2400132, de faire droit aux conclusions que M. B présente au titre des frais d'instance.
D E C I D E :
Article 1er : Les conclusions dirigées contre l'arrêté du préfet de la Savoie du 28 avril 2024 prononçant le placement en rétention de M. B sont rejetées comme portées devant un ordre de juridiction incompétent pour en connaître.
Article 2 : Il n'y a plus lieu de statuer sur les conclusions à fin d'annulation de la requête n° 2400132.
Article 3 : Le surplus des conclusions de la requête n° 2400132 de M. B est rejeté.
Article 4 : Dans l'instance n° 2403396, les conclusions dirigées contre la décision du 20 mars 2024 portant refus de titre de séjour et les conclusions qui leur sont liées sont renvoyées à une formation collégiale de jugement.
Article 5 : Les décisions du 20 mars 2024 de la préfète de l'Ain portant obligation de quitter le territoire français, refusant d'accorder un délai de départ volontaire délai, fixant le pays de destination de la mesure d'éloignement et prononçant une interdiction de retour sur le territoire français d'une durée de trente mois sont annulées.
Article 6 : Le surplus des conclusions de la requête n° 2403396 est rejeté.
Article 7 : Le présent jugement sera notifié à M. A B, à la préfète de l'Ain et au préfet de la Savoie.
Lu en audience publique le 2 mai 2024.
La magistrate déléguée,
A.-S. SOUBIÉ,
première conseillèreLa greffière,
L. BON-MARDION
La République mande et ordonne à la préfète de l'Ain et au préfet de la Savoie chacun en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition,
Un greffier,
2-2403396
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026