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AccueilJurisprudence administrativeN° TA69-2400137

Tribunal Administratif de Lyon — Décision N° TA69-2400137

vendredi 31 mai 2024

JuridictionTribunal Administratif de Lyon
SectionTribunal Administratif de Lyon
N° DossierTA69-2400137
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation9ème chambre
Avocat requérantLAWSON BODY

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 8 janvier 2024, M. A B, représenté par Me Lawson Body, demande au tribunal :

1°) de l'admettre à l'aide juridictionnelle provisoire ;

2°) d'annuler la décision du 12 décembre 2023 par laquelle le préfet de la Loire lui a fait obligation de quitter le territoire dans un délai de trente jours, et a fixé le pays de destination dans lequel il est susceptible d'être reconduit d'office ;

3°) d'enjoindre au préfet compétent de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour l'autorisant à travailler dans un délai de huit jours à compter de la notification du jugement à intervenir, sous astreinte de 50 euros par jour de retard, et à titre subsidiaire de réexaminer sa situation dans un délai de deux mois et sous la même astreinte ;

4°) de mettre à la charge de l'Etat le versement à son conseil de la somme de 1 200 euros sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991, à charge pour ce dernier de renoncer au bénéfice de l'aide juridictionnelle.

Il soutient que :

En ce qui concerne l'ensemble des décisions :

- elles sont entachées d'un vice d'incompétence de leur signataire ;

En ce qui concerne le refus de titre de séjour :

- la décision n'est pas suffisamment motivée ;

En ce qui concerne l'obligation de quitter le territoire :

- la décision méconnait les stipulations de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- la décision méconnait les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation ;

- la décision méconnait les stipulations de l'article 3, paragraphe 1er, de la convention internationale relative aux droits de l'enfant ;

En ce qui concerne la décision fixant le pays de destination :

- la décision n'est pas suffisamment motivée ;

- elle méconnait les stipulations des articles 3 et 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation ;

- elle méconnait les stipulations de l'article 3, paragraphe 1er, de la convention internationale relative aux droits de l'enfant.

Le préfet de la Loire a produit des pièces, enregistrées les 24 janvier 2024 et 24 avril 2024, ces dernières n'ayant pas été communiquées.

M. B a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du bureau d'aide juridictionnelle du 9 février 2024.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- la convention internationale relative aux droits de l'enfant ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

Le président de la formation a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience, à laquelle elles n'étaient ni présentes ni représentées.

Seul le rapport de Mme Allais a été entendu au cours de l'audience publique.

Considérant ce qui suit :

1. M. B, ressortissant russe né le 5 août 1979, est entré irrégulièrement en France le 22 juillet 2019. Il a présenté le 8 août 2019 une demande d'asile, rejetée le 13 décembre 2021 par l'Office français de protection des réfugiés et apatrides et le 10 octobre 2023 par la Cour nationale du droit d'asile. Par les décisions attaquées du 12 décembre 2023, le préfet de la Loire lui a fait obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays à destination duquel il pourrait être éloigné d'office.

Sur l'aide juridictionnelle provisoire :

2. M. B ayant été en cours d'instance admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle, il n'y a pas lieu de statuer sur ses conclusions tendant à son admission provisoire au bénéfice de cette même aide.

Sur les autres conclusions :

En ce qui concerne l'ensemble des décisions attaquées :

3. L'arrêté attaqué a été signé par M. Dominique Schuffenecker, secrétaire général de la préfecture de la Loire, en vertu d'une délégation de signature consentie par le préfet de la Loire par un arrêté du 6 février 2023, publié le même jour au recueil des actes administratifs de la préfecture, et librement accessible tant aux juges qu'aux parties. Par suite, le moyen tiré de l'incompétence du signataire des décisions litigieuses doit être écarté.

En ce qui concerne un refus de titre de séjour :

4. L'arrêté attaqué ne statuant pas sur une demande de titre de séjour et ne refusant donc pas sa délivrance, le moyen tiré de l'insuffisance de motivation d'un tel refus de séjour ne peut utilement être soulevé.

En ce qui concerne l'obligation de quitter le territoire français :

5. En premier lieu, aux termes de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " Nul ne peut être soumis à la torture ni à des peines ou traitements inhumains ou dégradants ".

6. M. B expose craindre pour sa sécurité et sa vie en cas de retour dans son pays d'origine, la Russie. Pour autant, et alors que sa demande d'asile a d'ailleurs été rejetée tant par l'Office français de protection des réfugiés et apatrides que par la Cour nationale du droit d'asile, le requérant n'établit par aucun élément versé aux débats le caractère réel, actuel et personnel des risques qu'il prétend encourir, de sorte qu'il n'est en tout état de cause pas fondé à invoquer les stipulations précitées de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, alors au demeurant que la décision portant obligation de quitter le territoire français ne désigne par elle-même pas le pays vers lequel le requérant doit être éloigné.

7. En deuxième lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale () ".

8. M. B, entré en France en juillet 2019, à l'âge de 40 ans, se prévaut de la présence en France de son épouse malade. Toutefois, cette dernière, de nationalité russe également, a vu sa demande de titre de séjour en qualité d'étranger malade refusée, et a fait l'objet d'une obligation de quitter le territoire français dont la légalité est confirmée par un jugement du tribunal administratif de ce jour. Il ressort par ailleurs des pièces du dossier que l'intéressé, qui ne justifie d'aucune intégration particulière dans la société française, a conservé des attaches fortes dans son pays d'origine, où résident certains de ses enfants. Il s'ensuit que l'intéressé n'est pas fondé à soutenir qu'en lui faisant obligation de quitter le territoire français, le préfet de la Loire aurait porté à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée. Cette décision n'est, pour les mêmes motifs, pas davantage entachée d'erreur manifeste d'appréciation de ses conséquences.

9. En troisième lieu, selon l'article 3, paragraphe 1er, de la convention internationale relative aux droits de l'enfant : " Dans toutes les décisions qui concernent les enfants, qu'elles soient le fait des institutions publiques ou privées de protection sociale, des tribunaux, des autorités administratives ou des organes législatifs, l'intérêt supérieur de l'enfant doit être une considération primordiale ".

10. Si M. B invoque l'intérêt supérieur de son enfant né en 2019, la décision contestée n'a ni pour objet ni pour effet de séparer cet enfant de ses parents dès lors que ces derniers font tous deux l'objet d'une obligation de quitter le territoire français. Ainsi, et alors qu'il n'est pas démontré que la scolarisation de cet enfant ne pourrait pas se dérouler normalement dans son pays d'origine, le préfet de la Loire n'a pas méconnu les stipulations précitées de la convention internationale relative aux droits de l'enfant.

En ce qui concerne la décision fixant le pays de renvoi :

11. La décision attaquée vise les dispositions de l'article L.721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, mentionne la nationalité de l'intéressé et indique que ce dernier n'établit pas être exposé à des traitements inhumains ou dégradants en cas de retour en Russie. Cette décision est, par suite, suffisamment motivée.

12. Pour les mêmes motifs que ceux évoqués aux points 6, 8 et 10, la décision fixant le pays de destination ne méconnait pas les stipulations des articles 3 et 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et de l'article 3, paragraphe 1er de la convention internationale des droits de l'enfant, et n'est pas davantage entachée d'une erreur manifeste d'appréciation.

13. Il résulte de tout ce qui précède que la requête présentée par M. B ne peut qu'être rejetée, et ce dans toutes ses conclusions.

D E C I D E :

Article 1er : Il n'y a pas lieu de statuer sur les conclusions de M. B tendant à son admission provisoire au bénéfice de l'aide juridictionnelle.

Article 2 : Le surplus des conclusions de la requête de M. B est rejeté.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. A B et au préfet de la Loire.

Délibéré après l'audience du 17 mai 2024, à laquelle siégeaient :

M. Besse, président,

Mme Allais, première conseillère,

Mme de Lacoste Lareymondie, première conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 31 mai 2024.

La rapporteure,

A. Allais

Le président,

T. Besse

La greffière,

S. Lecas

La République mande et ordonne au préfet de la Loire en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition,

Un greffier,

N°2400137

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