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AccueilJurisprudence administrativeN° TA69-2400187

Tribunal Administratif de Lyon — Décision N° TA69-2400187

lundi 2 juin 2025

JuridictionTribunal Administratif de Lyon
SectionTribunal Administratif de Lyon
N° DossierTA69-2400187
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation2ème chambre
Avocat requérantSCP COUDERC ZOUINE

Résumé IA

Le Tribunal Administratif de Lyon, statuant en formation de la 2ème chambre, a rejeté la requête de M. B A, ressortissant tunisien, qui demandait l'annulation de l'arrêté préfectoral du 19 septembre 2023 ordonnant son expulsion du territoire français. Le tribunal a écarté le moyen tiré de l'incompétence de l'auteur de l'acte, la secrétaire générale de la préfecture bénéficiant d'une délégation de signature régulière. Il a également jugé que la procédure devant la commission d'expulsion était régulière, M. A ayant signé le bulletin de notification valant convocation. Enfin, le tribunal a estimé que la mesure d'expulsion était justifiée au regard de l'article L. 631-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et ne portait pas une atteinte disproportionnée à son droit au respect de sa vie privée et familiale garanti par l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme.

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 8 janvier 2024, M. B A, représenté par la SCP Couderc-Zouine, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 19 septembre 2023 par lequel la préfète du Rhône l'a expulsé du territoire français et a fixé le pays de destination ;

2°) d'enjoindre à la préfète du Rhône de lui délivrer un titre de séjour dans le délai d'un mois à compter du jugement à intervenir et de le munir, dans l'attente, d'une autorisation provisoire de séjour l'autorisant à travailler ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 500 euros hors taxes à verser à son conseil au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991, à charge pour ce dernier de renoncer à la part contributive de l'Etat au paiement de l'aide juridictionnelle, ou à lui-même si cette aide ne lui est pas accordée.

Il soutient que :

- l'arrêté attaqué a été signé par un auteur incompétent ;

- il n'a pas été destinataire de la convocation devant la commission d'expulsion qui a statué en son absence ;

- l'arrêté attaqué est entaché d'une erreur d'appréciation au regard de l'article L. 631-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- il viole les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

Par un mémoire en défense, enregistré le 7 avril 2025, la préfète du Rhône conclut au rejet de la requête.

Elle fait valoir que les moyens soulevés par le requérant ne sont pas fondés.

Par ordonnance du 7 avril 2025, la clôture d'instruction a été reportée au 22 avril 2025.

M. A a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 26 octobre 2023.

Vu les autres pièces du dossier ;

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le rapport de Mme Chapard, rapporteure, a été entendu au cours de l'audience publique à laquelle les parties n'étaient ni présentes, ni représentées.

Considérant ce qui suit :

1. M. A, ressortissant tunisien né le 4 octobre 1990, est entré en France le 1er octobre 2008 selon ses déclarations. Il a bénéficié, suite à une demande du 21 juillet 2015, d'une première carte de séjour temporaire d'un an. Le 19 octobre 2016, il s'est vu délivrer par la préfète du Rhône une seconde carte de séjour de la même durée. Il demande l'annulation de l'arrêté du 19 septembre 2023 par lequel la préfète l'a expulsé du territoire français et a fixé le pays de destination.

2. En premier lieu, l'arrêté attaqué a été signé par Mme Vanina Nicoli, secrétaire générale de la préfecture du Rhône et préfète déléguée pour l'égalité des chances, qui a reçu délégation à cet effet par un arrêté de la préfète du Rhône du 30 janvier 2023, régulièrement publié le même jour au recueil des actes administratifs de la préfecture. Par suite, le moyen tiré de l'incompétence de la signataire de cet arrêté doit être écarté.

3. En deuxième lieu, aux termes de l'article R. 632-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, dans sa version applicable au litige : " Sauf en cas d'urgence absolue, l'étranger à l'encontre duquel une procédure d'expulsion est engagée en est avisé au moyen d'un bulletin de notification. Le bulletin de notification vaut convocation devant la commission d'expulsion mentionnée au 2° de l'article L. 632-2. ".

4. La préfète du Rhône fait valoir, sans être contredite, que M. A a signé le bulletin de notification de la procédure d'expulsion, daté du 22 juin 2023, ainsi que le procès-verbal de renseignement judiciaire du 27 juin 2023 qui mentionne cette notification. Cette dernière valant convocation devant la commission d'expulsion, le requérant n'est dès lors pas fondé à soutenir qu'il n'a pas été destinataire d'une convocation devant cette commission.

5. En dernier lieu, aux termes de l'article L. 631-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'autorité administrative peut décider d'expulser un étranger lorsque sa présence en France constitue une menace grave pour l'ordre public, sous réserve des conditions propres aux étrangers mentionnés aux articles L. 631-2 et L. 631-3. " Aux termes de l'article L. 631-2 du même code : " Ne peut faire l'objet d'une décision d'expulsion que si elle constitue une nécessité impérieuse pour la sûreté de l'Etat ou la sécurité publique et sous réserve que l'article L. 631-3 n'y fasse pas obstacle : 1° L'étranger qui est père ou mère d'un enfant français mineur résidant en France, à condition qu'il établisse contribuer effectivement à l'entretien et à l'éducation de l'enfant dans les conditions prévues par l'article 371-2 du code civil depuis la naissance de celui-ci ou depuis au moins un an ; [] / Par dérogation au présent article, peut faire l'objet d'une décision d'expulsion en application de l'article L. 631-1 l'étranger mentionné aux 1° à 4° du présent article lorsque les faits à l'origine de la décision d'expulsion ont été commis à l'encontre de son conjoint, d'un ascendant ou de ses enfants ou de tout enfant sur lequel il exerce l'autorité parentale ". Aux termes des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1° Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. / 2° Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui ".

6. Il ressort des pièces du dossier que M. A, qui prétend être entré en France en 2008, a fait l'objet d'une mesure d'expulsion du territoire italien le 11 septembre 2010. Il a aussi fait l'objet, entre 2016 et 2022, de cinq condamnations pénales pour des faits de vol aggravé, de conduite sans permis, de rébellion et refus d'obtempérer en exposant autrui à un risque à l'occasion d'un contrôle routier, de violences à l'encontre de sa conjointe et de son fils alors âgé de deux ans, d'agression sexuelle à l'encontre de sa conjointe et de détention de stupéfiants. S'il est le père de quatre enfants nés entre 2015 et 2020, issus d'une union avec une ressortissante française, il a été déchu de l'exercice de l'autorité parentale sur ses enfants par un jugement du tribunal correctionnel de Lyon du 8 juin 2022 et a été condamné à deux reprises pour des violences conjugales exercées à l'encontre de leur mère. M. A a également fait l'objet durant sa détention, entre 2021 et 2023, de trois conseils de discipline en raison de son comportement à l'encontre du personnel pénitentiaire. En outre, l'intéressé n'est pas dépourvu de famille dans son pays d'origine, où résident son père, ses sœurs et son frère. Dans ces conditions, compte tenu de l'existence de condamnations pénales récentes et d'une particulière gravité, ainsi que du risque sérieux de récidive que présente le requérant, la préfète du Rhône n'a pas commis d'erreur d'appréciation en édictant l'arrêté contesté ni porté une atteinte disproportionnée au droit au respect de la vie privée et familiale de M. A.

7. Il résulte de tout ce qui précède que M. A n'est pas fondé à demander l'annulation de l'arrêté du 19 septembre 2023.

8. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que la somme demandée par le conseil de M. A au titre des frais exposés par lui et non compris dans les dépens soit mise à la charge de l'Etat qui n'a pas la qualité de partie perdante dans la présente instance.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de M. A est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. B A et à la préfète du Rhône.

Délibéré après l'audience du 28 mai 2025, à laquelle siégeaient :

- M. Jean-Pascal Chenevey, président,

- Mme Marine Flechet, première conseillère,

- Mme Marie Chapard, conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 2 juin 2025.

La rapporteure,

M. Chapard

Le président,

J.-P. Chenevey

La greffière,

S. Saadallah

La République mande et ordonne à la préfète du Rhône en ce qui la concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition,

Un greffier,

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