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AccueilJurisprudence administrativeN° TA69-2400313

Tribunal Administratif de Lyon — Décision N° TA69-2400313

jeudi 6 juin 2024

JuridictionTribunal Administratif de Lyon
SectionTribunal Administratif de Lyon
N° DossierTA69-2400313
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation3ème chambre
Avocat requérantMESSAOUD

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 12 janvier 2024, Mme C D, représentée par Me Messaoud, demande au tribunal :

1°) d'annuler les décisions du 15 septembre 2023 par lesquelles la préfète du Rhône a refusé de lui délivrer un titre de séjour et l'a obligée à quitter le territoire français dans un délai de trente jours en fixant le pays à destination duquel elle pourra être éloignée ;

2°) d'enjoindre à la préfète du Rhône de lui délivrer un titre de séjour dans le délai d'un mois à compter de la notification de la décision à intervenir ou, à défaut, de réexaminer sa demande et, en tout hypothèse, de lui délivrer dans l'attente une autorisation provisoire de séjour l'autorisant à travailler, y compris en cas d'annulation de la seule obligation de quitter le territoire français ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 200 euros en application des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991.

Elle soutient que :

- les décisions attaquées ont été signées par une autorité incompétente à défaut de preuve d'un arrêté de délégation de signature régulièrement publié ;

- elles sont entachées d'un défaut d'examen particulier de sa situation personnelle ;

- la décision de refus de titre de séjour méconnaît les dispositions de l'article L. 422-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile dès lors qu'elle justifie du caractère sérieux et de la progression dans ses études ;

- elle méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation ;

- la décision portant obligation de quitter le territoire français est illégale par exception d'illégalité de la décision lui refusant un titre de séjour ;

- elle méconnaît l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation ;

- la décision fixant le pays de destination est illégale par exception d'illégalité des décisions lui refusant un titre de séjour et l'obligeant à quitter le territoire français.

La clôture d'instruction a été fixée par ordonnance au 16 avril 2024.

La préfète du Rhône a produit des pièces, enregistrées le 2 mai 2024, postérieurement à la clôture d'instruction.

Mme D a été admise au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du bureau d'aide juridictionnelle du 8 décembre 2023.

Vu les autres pièces du dossier ;

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

La présidente de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience ;

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience ;

Le rapport de Mme Lacroix a été entendu au cours de l'audience publique.

Considérant ce qui suit :

1. Mme C D, ressortissante brésilienne née le 3 janvier 1999, entrée en France le 28 septembre 2020 sous couvert d'un visa de long séjour portant la mention " étudiant ", a sollicité à l'expiration de ce visa la délivrance d'un titre de séjour en cette qualité. Elle conteste les décisions du 15 septembre 2023 par lesquelles la préfète du Rhône a refusé de lui délivrer un titre de séjour et l'a obligée à quitter le territoire français dans un délai de trente jours en fixant le pays à destination duquel elle pourra être éloignée.

2. En premier lieu, les décisions attaquées ont été signées par Mme A B, directrice des migrations et de l'intégration ainsi que le précise la décision, en vertu d'une délégation de signature consentie par un arrêté du 21 août 2023 de la préfète du Rhône, publié le lendemain au recueil des actes administratifs spécial de la préfecture. Il s'ensuit que le moyen tiré de l'incompétence du signataire, qui manque en fait, doit être écarté.

3. En deuxième lieu, il ne ressort pas des pièces du dossier ni des décisions attaquées que la préfète du Rhône n'aurait pas procédé à un examen particulier de la situation personnelle de Mme D. Le moyen tiré de l'erreur de droit doit être écarté.

4. En troisième lieu, aux termes de l'article L. 422-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger qui établit qu'il suit un enseignement en France ou qu'il y fait des études et qui justifie disposer de moyens d'existence suffisants se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " étudiant " d'une durée inférieure ou égale à un an (). ". Ces dispositions permettent à l'administration d'apprécier, sous le contrôle du juge, la réalité et le sérieux des études poursuivies.

5. Il ressort des pièces du dossier que Mme D a obtenu en 2021 une licence de lettres modernes-Portugais. Elle a interrompu ses études l'année suivante puis a suivi une formation en alternance de " responsable d'unité opérationnelle " au sein d'une unité de formation d'apprentis pendant l'année scolaire 2022-2023. A l'appui de sa demande de titre, elle a présenté une attestation d'admission dans une formation en alternance conduisant au certificat d'aptitude professionnelle de boulangerie. Alors que cette dernière formation est d'un niveau de certification inférieur au diplôme de licence qu'elle a obtenu en 2021, l'intéressée ne produit aucune pièce permettant d'établir le sérieux de cette réorientation. Dans ces conditions, la préfète du Rhône n'a pas méconnu les dispositions de l'article L. 422-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile en considérant qu'elle ne justifiait pas de la réalité et du sérieux de ses études.

6. En quatrième lieu, les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, aux termes desquelles toute personne a droit au respect d'une vie privée et familiale normale, sont par elles-mêmes sans incidence sur l'appréciation par l'administration de la réalité et du sérieux des études de Mme D. Par suite, le moyen tiré de ce que le refus de titre a été pris en méconnaissance de ces stipulations est inopérant. Par ailleurs, l'obligation de quitter le territoire français ne porte pas au droit de Mme D au respect de sa vie et familiale une atteinte disproportionnée aux buts en vue desquels elle a été prise et n'est pas entachée d'une erreur manifeste dans l'appréciation de ses conséquences sur sa situation personnelle au seul motif qu'elle rendrait impossible l'aboutissement de son projet professionnel.

7. En cinquième lieu, il résulte de ce qui a été dit ci-dessus que Mme D n'est pas fondée à soutenir que l'illégalité du refus de titre de séjour qui lui a été opposé entache d'illégalité la mesure d'éloignement prise sur son fondement

8. En dernier lieu, il résulte de ce qui précède que le moyen tiré de l'illégalité de la décision fixant le pays de destination par voie d'exception de l'illégalité des décisions portant refus de séjour et obligation de quitter le territoire français doit, en tout état de cause s'agissant de cette première décision, être écarté.

9. Il résulte de ce qui précède que Mme D n'est pas fondée à demander l'annulation des décisions du 15 septembre 2023 par lesquelles la préfète du Rhône a refusé de lui délivrer un titre de séjour, l'a obligée à quitter le territoire français et a fixé le pays de destination. Sa requête doit être rejetée dans toutes ses conclusions.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de Mme D est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à Mme C D et à la préfète du Rhône.

Délibéré après l'audience du 16 mai 2024, à laquelle siégeaient :

Mme Michel, présidente,

Mme Lacroix, première conseillère,

Mme Reniez, première conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 6 juin 2024.

La rapporteure,La présidente,

A. LacroixC. Michel

La greffière,

K. Schult

La République mande et ordonne à la préfète du Rhône en ce qui la concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition,

Un greffier,

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