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AccueilJurisprudence administrativeN° TA69-2400323

Tribunal Administratif de Lyon — Décision N° TA69-2400323

mercredi 17 janvier 2024

JuridictionTribunal Administratif de Lyon
SectionTribunal Administratif de Lyon
N° DossierTA69-2400323
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
FormationELOIGNEMENT
Avocat requérantTOMASI

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire, enregistrés les 13 et 17 janvier 2024, M. C B demande au tribunal :

1°) de l'admettre au bénéfice de l'aide juridictionnelle à titre provisoire ;

2°) d'annuler l'arrêté du 12 janvier 2024 par lequel le préfet de la Savoie l'a obligé à quitter le territoire français, ne lui a pas accordé de délai de départ volontaire, a fixé le pays de destination et a prononcé une interdiction de circulation sur le territoire français d'une durée de deux ans ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat le versement à son conseil de la somme de 1 000 euros sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991, à charge pour ce dernier de renoncer au bénéfice de l'aide juridictionnelle.

Il soutient que :

En ce qui concerne l'ensemble des décisions attaquées :

- elles ont été signées par une autorité incompétente ;

En ce qui concerne la décision l'obligeant à quitter le territoire français :

- elle est insuffisamment motivée en droit et en fait ;

- elle est entachée d'une erreur de droit, faute pour le préfet de la Savoie d'avoir procédé à un examen particulier de sa situation personnelle, s'agissant notamment de l'acquisition d'un droit au séjour permanent sur le territoire français ;

- elle est entachée d'une erreur de fait ;

- elle méconnaît les dispositions des articles L. 234-1 et L. 251-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- elle méconnaît les dispositions du 1° et du 2° de l'article L. 251-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

En ce qui concerne la décision refusant de lui accorder un délai de départ volontaire :

- elle n'est pas suffisamment motivée en fait ;

- elle est entachée d'une erreur de droit, faute pour le préfet de la Savoie d'avoir procédé à un examen particulier de sa situation personnelle ;

- elle méconnaît les dispositions du paragraphe 3 de l'article 30 de la directive 2004/38/CE du 29 avril 2004 et de l'article L. 251-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

En ce qui concerne la décision fixant le pays de destination :

- elle n'est pas suffisamment motivée en fait ;

- elle est entachée d'une erreur de droit, faute pour le préfet de la Savoie d'avoir procédé à un examen particulier de sa situation personnelle ;

En ce qui concerne la décision lui interdisant de circuler sur le territoire français pendant deux ans :

- elle n'est pas suffisamment motivée en fait ;

- elle est entachée d'une erreur de droit, faute pour le préfet de la Savoie d'avoir procédé à un examen particulier de sa situation personnelle ;

- elle porte une atteinte disproportionnée à la liberté de circulation garantie par l'article 20 du traité sur le fonctionnement de l'Union européenne et par l'article 45 de la charte des droits fondamentaux de l'Union européenne et méconnaît les dispositions de l'article 27 de la directive 2004/38/CE du 29 avril 2004.

Des pièces, enregistrées le 15 janvier 2024, ont été produites en défense par le préfet de la Savoie.

La présidente du tribunal a délégué les pouvoirs qui lui sont attribués par l'article L. 614-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile à Mme Gros, conseillère.

Vu les autres pièces du dossier ;

Vu :

- le traité sur le fonctionnement de l'Union européenne ;

- la charte des droits fondamentaux de l'Union européenne ;

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- la directive n°2004/38/CE du Parlement européen et du Conseil du 29 avril 2004 ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative ;

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Au cours de l'audience publique du 17 janvier 2024, Mme Gros a présenté son rapport et entendu :

- les observations de Me Beligon, représentant M. B, qui reprend les conclusions et les moyens de la requête, précise que le comportement du requérant ne constitue pas, du point de vue de l'ordre public, une menace réelle, actuelle et grave dès lors, d'une part, que la condamnation prononcée le 10 mars 2023 concerne des faits commis en 2020 et que la peine a été aménagée ab initio et, d'autre part, que la matérialité des faits à l'origine de son placement en garde à vue le 10 janvier 2024, qu'il conteste, n'est nullement établie, ajoute que la décision obligeant M. B à quitter le territoire français méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et excipe de l'illégalité de cette décision à l'appui des conclusions dirigées contre les décisions n'accordant pas de délai de départ volontaire au requérant et prononçant à son encontre une interdiction de circulation sur le territoire français d'une durée de deux ans,

- les observations de M. B, assisté de Mme A, interprète en langue roumaine,

- et les observations de Me Tomasi, représentant le préfet de la Savoie, qui conclut au rejet de la requête aux motifs que les décisions attaquées ont été signées par une autorité compétente, sont suffisamment motivées et procèdent d'un examen particulier de la situation de M. B, que l'intéressé n'a pas acquis de droit au séjour permanent en France, que le préfet de la Savoie pouvait l'obliger à quitter le territoire français sur le fondement du 2° de l'article L. 251-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile dès lors que son comportement constitue, du point de vue de l'ordre public, une menace réelle, actuelle et grave compte-tenu du jugement du tribunal correctionnel du 10 mars 2023 et des faits à l'origine de son placement en garde à vue le 10 janvier 2024, qu'il y a, pour les mêmes motifs, urgence à éloigner le requérant du territoire français et que l'interdiction de circulation sur le territoire français d'une durée de deux ans prononcée à son encontre est justifiée et proportionnée au regard de la menace à l'ordre public qu'il représente et de son absence de vie privée et familiale intense en France.

La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.

Considérant ce qui suit :

1. M. C B, ressortissant roumain né le 27 août 1990, déclare être entré en France le 7 janvier 2019. Le 10 janvier 2024, il a été interpellé et placé en garde à vue pour des faits de violences aggravées. Par un arrêté du 12 janvier 2024, dont M. B demande l'annulation, le préfet de la Savoie l'a obligé de quitter le territoire français, a refusé de lui accorder un délai de départ volontaire et a prononcé une interdiction de circulation sur le territoire français d'une durée de deux ans.

Sur la demande d'admission au bénéfice de l'aide juridictionnelle à titre provisoire :

2. Aux termes de l'article 20 de la loi du 10 juillet 1991 : " Dans les cas d'urgence, sous réserve de l'application des règles relatives aux commissions ou désignations d'office, l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle peut être prononcée par la juridiction compétente ou son président. () ".

3. En raison de l'urgence, il y a lieu d'admettre M. B au bénéfice de l'aide juridictionnelle à titre provisoire.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

En ce qui concerne le moyen commun aux décisions contestées :

4. Les décisions attaquées ont été signées par Mme Laurence Tur, secrétaire générale, qui a reçu délégation à cet effet par arrêté du préfet de la Savoie du 22 mai 2023, publié le même jour au recueil des actes administratifs de la préfecture. Dès lors, le moyen tiré de l'incompétence du signataire des décisions attaquées doit être écarté.

En ce qui concerne la décision obligeant M. B à quitter le territoire français :

5. En premier lieu, la décision obligeant M. B à quitter le territoire français vise notamment les dispositions du 2° de l'article L. 251-1 et de l'article L. 251-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, indique que l'intéressé, de nationalité roumaine, déclare, sans en justifier, être entré en France le 7 janvier 2019, relève qu'il fait l'objet d'un signalement dans le fichier automatisé des empreintes digitales pour des faits de meurtre commis le 5 juillet 2020, requalifiés en violences avec usage d'une arme et en état d'ivresse ayant entraîné une incapacité totale de travail supérieure à huit jours, pour lesquels il a été condamné le 10 mars 2023 à trois ans d'emprisonnement dont deux avec sursis, ajoute qu'il a été placé en garde à vue le 10 janvier 2024 pour des faits de violences aggravées et précise que célibataire et sans enfant à charge, il ne démontre ni vie privée et familiale ancrée dans la durée en France, ni insertion sociale ou professionnelle particulière. Cette décision comporte, ainsi, l'énoncé des considérations de droit et de fait qui en constituent le fondement et est, par suite, suffisamment motivée.

6. En deuxième lieu, compte-tenu notamment du caractère peu précis des déclarations de M. B s'agissant de son activité professionnelle lors de son audition par les services de police le 11 janvier 2024, la seule circonstance que la décision attaquée ne comprenne, en dehors du visa de l'article L. 251-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, aucun développement s'agissant d'un éventuel droit au séjour permanent acquis par l'intéressé ne saurait, en l'espèce, caractériser un défaut d'examen particulier de sa situation personnelle. Le moyen tiré de l'erreur de droit qu'aurait commise le préfet de la Savoie en ne se livrant pas à un tel examen doit, par suite, être écarté.

7. En troisième lieu, aux termes de l'article L. 251-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Ne peuvent faire l'objet d'une décision portant obligation de quitter le territoire français en application de l'article L. 251-1 les citoyens de l'Union européenne ainsi que les membres de leur famille qui bénéficient du droit au séjour permanent prévu par l'article L. 234-1. ". Aux termes de l'article L. 234-1 du même code : " Les citoyens de l'Union européenne mentionnés à l'article L. 233-1 qui ont résidé de manière légale et ininterrompue en France pendant les cinq années précédentes acquièrent un droit au séjour permanent sur l'ensemble du territoire français. ".

8. Si M. B fait valoir qu'il réside en France de manière ininterrompue depuis son arrivée le 7 janvier 2019, il ne justifie toutefois de sa présence sur le territoire qu'à compter du 15 mars 2019, date à laquelle il a souscrit un abonnement de téléphonie mobile. A la date de la décision attaquée, le requérant ne justifiait, ainsi, pas de cinq années de résidence ininterrompue en France. Par suite, il n'est pas fondé à soutenir qu'il aurait acquis un droit au séjour permanent faisant obstacle à l'édiction, à son encontre, d'une décision portant obligation de quitter le territoire français.

9. En quatrième lieu, il résulte de l'instruction, eu égard notamment à ce qui a été dit au point 8, que le préfet de la Savoie aurait pris la même décision s'il n'avait pas considéré, à tort, que M. B ne justifiait d'aucune insertion professionnelle. Le moyen d'erreur de fait soulevé par le requérant doit, dès lors, être écarté.

10. En cinquième lieu, aux termes de l'article L. 251-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'autorité administrative compétente peut, par décision motivée, obliger les étrangers dont la situation est régie par le présent livre, à quitter le territoire français lorsqu'elle constate les situations suivantes : / 1° Ils ne justifient plus d'aucun droit au séjour tel que prévu par les articles L. 232-1, L. 233-1, L. 233-2 ou L. 233-3 ; / 2° Leur comportement personnel constitue, du point de vue de l'ordre public ou de la sécurité publique, une menace réelle, actuelle et suffisamment grave à l'encontre d'un intérêt fondamental de la société ; () ". Il résulte de ces dispositions qu'il appartient à l'autorité administrative d'un Etat membre qui envisage de prendre une mesure d'éloignement à l'encontre d'un ressortissant d'un autre Etat membre de ne pas se fonder sur la seule existence d'une infraction à la loi, mais d'examiner, d'après l'ensemble des circonstances de l'affaire, si la présence de l'intéressé sur le territoire français est de nature à constituer une menace réelle, actuelle et suffisamment grave pour un intérêt fondamental de la société française. L'ensemble de ces conditions doivent être appréciées en fonction de la situation individuelle de la personne, notamment de la durée de son séjour en France, de sa situation familiale et économique ainsi que de son intégration.

11. D'une part, il ressort des termes de la décision attaquée, rappelés au point 5, que le préfet de la Savoie a entendu fonder la mesure d'éloignement prononcée à l'encontre de M. B exclusivement sur les dispositions du 2° de l'article L. 251-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Par suite, le requérant ne peut utilement invoquer la méconnaissance des dispositions du 1° du même article.

12. D'autre part, il ressort des pièces du dossier que M. B a été condamné par un jugement du 10 mars 2023 à une peine de trois ans d'emprisonnement dont deux avec sursis pour des faits, graves, de violences exercées avec usage d'une arme et en état d'ivresse suivies d'une incapacité temporaire de travail de vingt-quatre jours, commis le 5 juillet 2020. La partie ferme de l'emprisonnement a été aménagée sous le régime de la détention à domicile sous surveillance électronique, assorti notamment de l'interdiction de fréquenter les débits de boissons. Le 10 janvier 2024, M. B a été interpellé et placé en garde à vue pour des faits de violences aggravées qui auraient été commis le jour même. Si l'intéressé conteste les faits qui lui sont reprochés, il a néanmoins reconnu lors de son audition par les services de police s'être rendu le 10 janvier 2024 dans un premier bar à 13 heures, l'avoir quitté vers 17 heures pour en rejoindre un deuxième avant d'arriver aux alentours de 20 heures dans le bar où il a été interpellé, après avoir consommé au total " plus de 20 bières ", ce en violation de l'interdiction de fréquenter les débits de boisson prononcée dans le cadre de son aménagement de peine. Par ailleurs, si le requérant justifie résider en France depuis le mois de mars 2019 et y avoir exercé une activité professionnelle du 2 avril 2019 au 20 décembre 2023, il est célibataire et sans charge de famille sur le territoire national, où il se prévaut uniquement de la présence de deux frères établis respectivement à Grenoble (Isère) et à Challes-les-Eaux (Savoie) sur l'identité et la situation administrative desquels il ne fournit pas de précisions. Dans ces conditions, en estimant que le comportement de M. B représentait une menace réelle, actuelle et suffisamment grave à l'encontre d'un intérêt fondamental de la société et en décidant, pour ce motif, de l'obliger à quitter le territoire français, le préfet de la Savoie n'a pas méconnu les dispositions précitées du 2° de l'article L. 251-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

13. En sixième lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. / 2. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale ou à la protection des droits et libertés d'autrui. ".

14. Ainsi qu'il a été dit plus haut, M. B justifie résider en France depuis le mois de mars 2019 et y avoir exercé une activité professionnelle du 2 avril 2019 au 20 décembre 2023. Toutefois, son comportement est constitutif d'une menace pour l'ordre public. Par ailleurs, le requérant, célibataire et sans charges de famille, se prévaut uniquement, et sans autres précisions, de la présence en France de deux frères habitant respectivement à Grenoble (Isère) et à Challes-les-Eaux (Savoie), alors qu'il conserve des attaches privées et familiales en Roumanie, où résident notamment sa mère et un frère et où il a lui-même vécu l'essentiel de son existence. Dans ces conditions, M. B n'est pas fondé à soutenir qu'en l'obligeant à quitter le territoire français, le préfet de la Savoie aurait porté à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée aux buts en vue desquels cette décision a été prise et aurait, ainsi, méconnu les stipulations précitées de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

En ce qui concerne la décision refusant d'accorder à M. B un délai de départ volontaire :

15. En premier lieu, la décision attaquée indique qu'eu égard à la nature des faits commis par M. B, précédemment rappelés, à leur répétition et au risque de récidive, il y a urgence à éloigner l'intéressé du territoire français sans délai. Elle est, ainsi, suffisamment motivée en fait.

16. En deuxième lieu, il ne ressort pas des pièces du dossier, notamment pas des termes de l'arrêté attaqué, que le préfet de la Savoie n'aurait pas procédé à un examen particulier de la situation de M. B avant de décider qu'aucun délai de départ volontaire ne lui serait accordé et aurait, ainsi, commis une erreur de droit.

17. En troisième lieu, il résulte de ce qui précède que M. B n'est pas fondé à exciper de l'illégalité de la décision l'obligeant à quitter le territoire français à l'appui de ses conclusions dirigées contre la décision refusant de lui accorder un délai de départ volontaire.

18. En quatrième lieu, aux termes de l'article 30 de la directive n° 2004/38/CE du 29 avril 2004 visée ci-dessus : " () 3. La notification comporte l'indication de la juridiction ou de l'autorité administrative devant laquelle l'intéressé peut introduire un recours ainsi que du délai de recours et, le cas échéant, l'indication du délai imparti pour quitter le territoire de l'État membre. Sauf en cas d'urgence dûment justifié, ce délai ne peut être inférieur à un mois à compter de la date de notification. ". Aux termes de l'article L. 251-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Les étrangers dont la situation est régie par le présent livre disposent, pour satisfaire à l'obligation qui leur a été faite de quitter le territoire français, d'un délai de départ volontaire d'un mois à compter de la notification de la décision. / L'autorité administrative ne peut réduire le délai prévu au premier alinéa qu'en cas d'urgence et ne peut l'allonger qu'à titre exceptionnel. ".

19. Compte tenu de la menace réelle, actuelle et suffisamment grave pour un intérêt fondamental de la société que représente le comportement de M. B, rappelé au point 12, en estimant qu'il y avait urgence à l'éloigner du territoire français et en refusant ainsi de lui accorder un délai de départ volontaire, le préfet de la Savoie n'a pasméconnu les dispositions de l'article L. 251-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ni, en tout état de cause, celles du paragraphe 3 de l'article 30 de la directive n° 2004/38/CE du 29 avril 2004.

En ce qui concerne la décision fixant le pays de destination :

20. En premier lieu, la décision fixant le pays de destination mentionne la nationalité de M. B et relève l'absence de violation de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales. Elle est, ainsi, suffisamment motivée en fait.

21. En second lieu, il ne ressort pas des pièces du dossier, notamment pas des termes de l'arrêté attaqué, que le préfet de la Savoie n'aurait pas procédé à un examen particulier de la situation de M. B avant de fixer le pays à destination duquel il pourra être éloigné d'office et aurait, ainsi, commis une erreur de droit.

En ce qui concerne la décision interdisant à M. B de circuler sur le territoire français pendant deux ans :

22. En premier lieu, la décision interdisant à M. B de circuler sur le territoire français pendant deux ans indique que l'intéressé déclare être entré en France pour la dernière fois le 7 janvier 2019, rappelle la condamnation prononcée à son encontre le 10 mars 2023 ainsi que les faits ayant conduit à son placement en garde à vue le 10 janvier 2024 et mentionne qu'il est célibataire et sans charges de famille sur le territoire français où il se prévaut, sans en justifier, de la présence de deux frères, tandis qu'il conserve des attaches familiales, en la personne de sa mère et d'un frère, en Roumanie, où il a lui-même vécu jusqu'à l'âge de 29 ans. Cette décision est, ainsi, suffisamment motivée en fait.

23. En deuxième lieu, il ne ressort pas des pièces du dossier, notamment pas des termes de l'arrêté attaqué, que le préfet de la Savoie n'aurait pas procédé à un examen particulier de la situation de M. B avant de prononcer à son encontre une interdiction de circulation sur le territoire français d'une durée de deux ans et aurait, ainsi, commis une erreur de droit.

24. En troisième lieu, il résulte de ce qui précède que M. B n'est pas fondé à exciper de l'illégalité de la décision l'obligeant à quitter le territoire français à l'appui de ses conclusions dirigées contre la décision lui interdisant de circuler sur le territoire français pendant deux ans.

25. En quatrième lieu, si la charte des droits fondamentaux de l'Union européenne indique, à son article 45, que " tout citoyen ou toute citoyenne de l'Union a le droit de circuler et de séjourner librement sur le territoire des Etats membres ", elle précise la portée de ce droit à son article 52 en ajoutant que " les droits reconnus par la présente charte qui trouvent leur fondement dans les traités communautaires ou dans le traité sur l'Union européenne s'exercent dans les conditions et limites définies par ceux-ci ". Aux termes de l'article 20 du traité sur le fonctionnement de l'Union européenne : " () 2. Les citoyens de l'Union jouissent des droits et sont soumis aux devoirs prévus par les traités. Ils ont, entre autres : a) le droit de circuler et de séjourner librement sur le territoire des Etats membres ; () Ces droits s'exercent dans les conditions et limites définies par les traités et par les mesures adoptées en application de ceux-ci. ". Aux termes de l'article 27 de la directive n° 2004/38/CE du 29 avril 2004 visée ci-dessus : " 1. Sous réserve des dispositions du présent chapitre, les Etats membres peuvent restreindre la liberté de circulation et de séjour d'un citoyen de l'Union () pour des raisons d'ordre public, de sécurité publique ou de santé publique () ". Aux termes de l'article L. 251-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'autorité administrative peut, par décision motivée, assortir la décision portant obligation de quitter le territoire français édictée sur le fondement des 2° ou 3° de l'article L. 251-1 d'une interdiction de circulation sur le territoire français d'une durée maximale de trois ans. ".

26. Pour les mêmes motifs qu'exposés au point 12, en prononçant à l'encontre de M. B une interdiction de circulation sur le territoire français d'une durée de deux ans, laquelle ne présente pas, dans les circonstances de l'espèce, un caractère disproportionné, le préfet de la Savoie n'a pas méconnu les stipulations précitées de la charte des droits fondamentaux et du traité sur le fonctionnement de l'Union européenne ni, en tout état de cause, les dispositions de l'article 27 de la directive n° 2004/38/CE du 29 avril 2004.

27. Il résulte de tout ce qui précède que M. B n'est pas fondé à demander l'annulation de l'arrêté du 12 janvier 2024 par lequel le préfet de la Savoie l'a obligé à quitter le territoire français, ne lui a pas accordé de délai de départ volontaire, a fixé le pays de destination et a prononcé une interdiction de circulation sur le territoire français d'une durée de deux ans.

Sur les frais liés au litige :

28. En vertu des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative, le tribunal ne peut pas faire bénéficier la partie perdante du remboursement par l'autre partie de ses frais d'instance. Les conclusions présentées à ce titre par M. B doivent, dès lors, être rejetées.

DECIDE :

Article 1er : M. B est admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle à titre provisoire.

Article 2 : Le surplus des conclusions de la requête de M. B est rejeté.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. C B et au préfet de la Savoie.

Copie en sera adressée à l'association Forum Réfugiés - Cosi.

Rendu en audience publique le 17 janvier 2024.

La magistrate désignée,

R. Gros

La greffière,

E. Gros

La République mande et ordonne au préfet de la Savoie en ce qui le concerne ou à tous commissaires ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition,

Un greffier,

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