jeudi 18 janvier 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Lyon |
| Section | Tribunal Administratif de Lyon |
| N° Dossier | TA69-2400372 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | D |
| Formation | ELOIGNEMENT |
| Avocat requérant | TOMASI |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et un mémoire de production, enregistrés les 15 et 18 janvier 2024, M. E D, actuellement retenu au centre de rétention de l'aéroport Lyon Saint-Exupéry, représenté par Me Imbert Minni, avocate, demande au Tribunal :
1°) de l'admettre au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire ;
2°) d'annuler les décisions du 14 janvier 2024 par lesquelles le préfet de la Haute-Savoie l'a obligé à quitter le territoire français sans délai, en fixant le pays de destination, et l'a interdit de retour pendant 36 mois ;
3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative, à verser à son conseil sous réserve qu'il renonce à la part contributive de l'Etat en application de l'article 37 de la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991.
M. E soutient que :
- les décisions sont entachées d'incompétence ;
- la décision portant obligation de quitter le territoire est insuffisamment motivée et illégale en l'absence d'examen particulier de sa situation,
- elle méconnait les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- la décision refusant l'octroi d'un délai de départ volontaire méconnaît les dispositions des articles L. 612-2 et suivants du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- la décision fixant le pays de destination est illégale en raison de l'illégalité, par voie d'exception, de la mesure d'éloignement ainsi qu'insuffisamment motivée et entachée d'erreur manifeste d'appréciation ;
- la décision lui interdisant le retour en France méconnaît l'article 612-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et elle est disproportionnée au regard de sa situation personnelle.
Des pièces, enregistrés le 16 janvier 2024, ont été produites par le préfet de la Haute-Savoie.
Vu la prestation de serment de Mme F, interprète en langue arabe.
Vu : les autres pièces du dossier.
Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales,
- l'accord du 27 décembre 1968 entre le Gouvernement de la République française et le Gouvernement de la République algérienne démocratique et populaire relatif à la circulation, à l'emploi et au séjour en France des ressortissants algériens et de leur famille ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile,
- le code des relations entre le public et l'administration,
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991,
- le code de justice administrative.
La présidente du tribunal a désigné M. Borges-Pinto, premier conseiller, pour statuer sur les requêtes relevant de l'article L. 614-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Après avoir, au cours de l'audience publique, présenté son rapport et entendu :
- les observations de Me Imbert Minni, avocate, pour le requérant, qui conclut aux mêmes fins que la requête en précisant qu'il vit depuis le 23 décembre 2023 avec une ressortissante française avec laquelle il a pour projet de se marier dès qu'elle sera divorcée et d'avoir des enfants mais qui a fait une fausse couche ; En conséquence, l'obligation de quitter le territoire porte une atteinte excessive à son droit au respect de sa vie privée et familiale et la durée de l'interdiction de de retour est disproportionnée.
- les observations de Me Tomasi, avocat représentant le préfet de la Haute-Savoie qui conclut au rejet de la requête et indique qu'aucun des moyens invoqués par le requérant n'est fondé ;
- et les observations de M. E assisté de Mme F, interprète.
Considérant ce qui suit :
1. M. D E, qui est démuni de tout document d'identité ou acte d'état civil, se déclare ressortissant algérien né le 5 décembre 2000 et être entré en France en 2017. Par arrêté du 14 janvier 2024, le préfet de la Haute-Savoie l'a obligé à quitter le territoire sans délai, l'a interdit de retour pendant une durée de 36 mois et a fixé le pays de destination. Par la présente requête, M. E demande au tribunal d'annuler cet arrêté.
Sur l'aide juridictionnelle :
2. En raison de l'urgence résultant de l'application des dispositions de l'article L. 614-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, il y a lieu d'admettre M. E au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire sur le fondement des dispositions de l'article 20 de la loi du 10 juillet 1991 susvisée.
Sur les conclusions à fin d'annulation :
En ce qui concerne le moyen commun :
3. En premier lieu, Il ressort des pièces produites en défense que, par un arrêté du 15 décembre 2022, régulièrement publié le même jour au recueil des actes administratifs spécial de la préfecture de la Haute-Savoie, le préfet de ce département a donné délégation de signature à Mme B A, pour les périodes de permanence et dans le ressort dudit département du Rhône, à l'effet de prendre toute décision nécessitée par l'exercice de la permanence et ce, notamment, dans le domaine de la législation et de la réglementation relative à l'entrée et au séjour des étrangers en France. Par ailleurs, il ressort également des pièces produites en défense que Mme A, sous-préfète de l'arrondissement de Saint-Julien-en-Genevois, avait été désignée pour assurer la permanence du préfet de la Haute-Savoie du 12 au 15 janvier 2023. Par suite, le moyen tiré de l'incompétence de la signataire de l'arrêté contesté manque en fait et doit être écarté.
4. En second lieu, contrairement à ce que soutient le requérant, l'arrêté attaqué révèle par ses motifs qu'il a été pris après examen des éléments, portés à sa connaissance, relatifs à sa situation familiale et personnelle. La décision attaquée indique, par ailleurs, les considérations de droit et de fait sur lesquelles elle se fonde. Par suite, cette décision, qui ne doit pas nécessairement faire état de tous les éléments relatifs à la situation personnelle de l'intéressé, mais uniquement ceux qui fondent la décision en cause, satisfait aux exigences de motivation résultant des dispositions de l'article L. 211-5 du code des relations entre le public et l'administration. Les moyens tirés du défaut de motivation et du défaut d'examen particulier ne peuvent, dès lors, qu'être écartés.
En ce qui concerne l'obligation de quitter le territoire français :
5. Aux termes des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, (). / 2. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire () à la sûreté publique, () à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales () ". Pour l'application de ces stipulations, l'étranger qui invoque la protection due à son droit au respect de sa vie privée et familiale sur le territoire français doit apporter toute justification permettant d'apprécier la réalité et la stabilité de ses liens personnels et familiaux effectifs en France au regard de ceux qu'il a conservés dans son pays d'origine.
6. M. E soutient que la décision contestée porte une atteinte excessive au droit au respect de sa vie privée et familiale, dès lors qu'il vit en situation de concubinage avec Mme C G, ressortissante française, avec laquelle il a pour projet de se marier dès qu'elle sera divorcée. Toutefois, par la seule attestation qu'il produit, le requérant ne justifie qu'être hébergé par Mme C G, de surcroît que depuis le 23 décembre 2024, sans démontrer l'intensité et la stabilité de la relation alléguée. Par ailleurs, il n'établit pas, ni même n'allègue être dépourvu de toute attache dans son pays d'origine où il a vécu l'essentiel de son existence. M. E ne justifie pas davantage de son insertion sociale ou professionnelle sur le territoire français. Dans ces conditions, et compte tenu de ses conditions de séjour, le préfet de la Haute-Savoie n'a pas porté une atteinte disproportionnée au droit au respect de la vie privée et familiale de M. E en l'obligeant à quitter le territoire français. Le moyen doit, par suite, être écarté.
En ce qui concerne le refus d'octroi d'un délai de départ volontaire :
7. Aux termes de l'article L. 612-1 du même code : " L'étranger faisant l'objet d'une décision portant obligation de quitter le territoire français dispose d'un délai de départ volontaire de trente jours à compter de la notification de cette décision () ". Aux termes de l'article L. 612-2 du même code : " Par dérogation à l'article L. 612-1, l'autorité administrative peut refuser d'accorder un délai de départ volontaire dans les cas suivants : 1° Le comportement de l'étranger constitue une menace pour l'ordre public ; () / 3° Il existe un risque que l'étranger se soustraie à la décision portant obligation de quitter le territoire français dont il fait l'objet ". Aux termes de l'article L. 612-3 du même code : " Le risque mentionné au 3° de l'article L. 612-2 peut être regardé comme établi, sauf circonstance particulière, dans les cas suivants : 1° L'étranger, qui ne peut justifier être entré régulièrement sur le territoire français, n'a pas sollicité la délivrance d'un titre de séjour ; / () 5° L'étranger s'est soustrait à l'exécution d'une précédente mesure d'éloignement ; () 8° L'étranger ne présente pas de garanties de représentation suffisantes, notamment parce qu'il ne peut présenter des documents d'identité ou de voyage en cours de validité, qu'il a refusé de communiquer les renseignements permettant d'établir son identité ou sa situation au regard du droit de circulation et de séjour ou a communiqué des renseignements inexacts, qu'il a refusé de se soumettre aux opérations de relevé d'empreintes digitales ou de prise de photographie prévues au 3° de l'article L. 142-1, qu'il ne justifie pas d'une résidence effective et permanente dans un local affecté à son habitation principale ou qu'il s'est précédemment soustrait aux obligations prévues aux articles L. 721-6 à L. 721-8, L. 731-1, L. 731-3, L. 733-1 à L. 733-4, L. 733-6, L. 743-13 à L. 743-15 et L. 751-5.".
8. Il ressort des motifs de la décision attaquée que, pour refuser à M. E un délai de départ volontaire pour exécuter la mesure d'éloignement prise à son encontre, le préfet de la Haute-Savoie s'est fondé sur les dispositions précitées du 3° de l'article L. 612-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et des 1°, 5° et 8° de l'article L. 612-3 du même code. M. E soutient, sans toutefois l'étayer, une méconnaissance de l'article L. 612-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. En tout état de cause, quand bien même, le requérant n'a fait l'objet d'aucune condamnation, il est constant qu'il n'a pas exécuté une précédente mesure d'éloignement et il ne peut justifier être entré régulièrement sur le territoire français ni disposer d'un document d'identité ou de voyage en cours de validité et n'a pas engagé de démarches en vue de l'obtention d'un titre de séjour depuis son arrivée sur le territoire français. Dans ces conditions, pour ces seules raisons, le préfet de la Haute-Savoie a pu à bon droit considérer qu'il était susceptible de se soustraire à la mesure d'éloignement. Par suite, le moyen doit être écarté.
En ce qui concerne l'interdiction de retour :
9. Aux termes de l'article L. 612-8 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile que lorsque, notamment, l'étranger n'est pas privé de délai de départ volontaire, " l'autorité administrative peut assortir la décision portant obligation de quitter le territoire français d'une interdiction de retour sur le territoire français. ". Aux termes de l'article L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Pour fixer la durée des interdictions de retour mentionnées aux articles L. 612-6 et L. 612-7, l'autorité administrative tient compte de la durée de présence de l'étranger sur le territoire français, de la nature et de l'ancienneté de ses liens avec la France, de la circonstance qu'il a déjà fait l'objet ou non d'une mesure d'éloignement et de la menace pour l'ordre public que représente sa présence sur le territoire français / Il en est de même pour l'édiction et la durée de l'interdiction de retour mentionnée à l'article L. 612-8 ainsi que pour la prolongation de l'interdiction de retour prévue à l'article L. 612-11. ".
10. Pour interdire à M. E le retour sur le territoire français pour une durée 36 mois, le préfet a considéré que l'intéressé ne justifie d'aucune circonstance humanitaire de nature à faire obstacle au prononcé d'une décision d'interdiction de retour sur le territoire français et qu'il se maintient en situation irrégulière sur le territoire national en toute connaissance de cause, sans avoir à aucun moment entrepris des démarches pour solliciter la délivrance d'un titre de séjour. En outre, ainsi qu'il a été dit au point 6, M. E ne justifie d'aucun lien personnel et familial sur le territoire français. Enfin, il ressort des éléments produits en défense que l'intéressé a été interpellé pour conduite sans permis et sous l'emprise de stupéfiants et qu'il est connu de la base du fichier automatisé des empreintes digitales (FAED) sous la même et une autre identité pour avoir été signalisé à quatre reprises pour divers faits de vol. Dans ces conditions, le préfet pouvait légalement lui interdire le retour sur le territoire français. La durée de 36 mois ne présente pas, dans ces circonstances de l'espèce, un caractère disproportionné.
11. Il résulte de ce qui précède que M. E n'est pas fondé à demander l'annulation des décisions du 14 janvier 2024 par lesquelles le préfet de la Haute-Savoie lui a fait obligation de quitter le territoire français sans délai, en fixant le pays de destination, ainsi que, par voie de conséquence, celle de l'interdiction de retour.
Sur les frais exposés et non compris dans les dépens :
12. Les conclusions présentées par M. E, partie perdante dans la présente instance, doivent être rejetées en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
D E C I D E :
Article 1er : M. E est provisoirement admis à l'aide juridictionnelle.
Article 2 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.
Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. E, et au préfet de la Haute-Savoie.
Copie en sera adressée à Me Imbert Minni.
Rendu public par mis à disposition au greffe le 18 janvier 2024.
Le magistrat désigné,
P. Borges-Pinto
Le greffier,
T. Clément
La République mande et ordonne au préfet de la Haute-Savoie en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition,
Un greffier,
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026