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AccueilJurisprudence administrativeN° TA69-2400468

Tribunal Administratif de Lyon — Décision N° TA69-2400468

jeudi 6 juin 2024

JuridictionTribunal Administratif de Lyon
SectionTribunal Administratif de Lyon
N° DossierTA69-2400468
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation3ème chambre
Avocat requérantLGAvocats, Association d'Avocats à Responsabilité Professionnelle Individuelle

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 16 janvier 2024, Mme B A, représentée par Me Levildier, demande au tribunal :

1°) d'annuler les décisions du 12 décembre 2023 par lesquelles la préfète du Rhône a refusé de lui délivrer un titre de séjour, l'a obligée à quitter le territoire français en fixant le pays à destination duquel elle pourra être éloignée d'office et lui a interdit le retour sur le territoire français pour une durée de six mois ;

2°) d'enjoindre à la préfète du Rhône de lui délivrer un titre de séjour portant la mention " étudiant " à compter de la notification de la décision à intervenir, sous astreinte de cent euros par jour de retard ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 2 000 euros en application des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991.

Elle soutient que :

- la décision refusant de lui délivrer le titre de séjour sollicité est entachée d'une erreur de fait en ce qu'elle n'a pas interrompu ses études en France et méconnaît les stipulations de l'article 9 de la convention franco-ivoirienne du 21 septembre 1992 ;

- la décision portant obligation de quitter le territoire français méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- la décision lui faisant interdiction de retour sur le territoire français est insuffisamment motivée et méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

La clôture d'instruction a été fixée par ordonnance au 16 avril 2024.

Un mémoire en défense présenté par la préfète du Rhône, a été enregistré le 7 mai 2024, postérieurement à la clôture d'instruction et n'a pas été communiqué.

Vu les autres pièces du dossier ;

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- la convention entre le Gouvernement de la République française et le Gouvernement de la République de Côte d'Ivoire relative à la circulation et au séjour des personnes, signée à Abidjan le 21 septembre 1992 ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code de justice administrative ;

La présidente de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience ;

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience ;

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Lacroix,

- et les observations de Me Levildier, représentant Mme A.

Considérant ce qui suit :

1. Mme B A, ressortissante ivoirienne née le 3 janvier 1999, est entrée en France le 15 janvier 2017 sous couvert d'un visa de long séjour portant la mention " étudiant ". Elle a sollicité, le 19 janvier 2022, la délivrance d'un titre de séjour en cette qualité. Elle conteste les décisions du 12 décembre 2023 par lesquelles la préfète du Rhône a refusé de lui délivrer un titre de séjour, l'a obligée à quitter le territoire français en fixant le pays à destination duquel elle pourra être éloignée d'office et lui a interdit le retour sur le territoire français pour une durée de six mois.

2. En premier lieu et d'une part, aux termes de l'article 9 de la convention entre le gouvernement de la République française et le gouvernement de la République de Côte d'Ivoire relative à la circulation et au séjour des personnes, signée à Abidjan le 21 septembre 1992 : " Les ressortissants de chacun des États contractants désireux de poursuivre des études supérieures ou d'effectuer un stage de formation de niveau supérieur sur le territoire de l'autre État doivent, outre le visa de long séjour prévu à l'article 4, justifier d'une attestation d'inscription ou préinscription dans l'établissement d'enseignement choisi, ou d'une attestation d'accueil de l'établissement où s'effectue le stage, ainsi que, dans tous les cas, de moyens d'existence suffisants. / Les intéressés reçoivent un titre de séjour temporaire portant la mention " étudiant". Ce titre de séjour est renouvelé annuellement sur justification de la poursuite effective des études ou du stage et de la possession de moyens d'existence suffisants. (). ".

3. D'autre part, aux termes de l'article R. 431-8 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger titulaire d'un document de séjour doit, en l'absence de présentation de demande de délivrance d'un nouveau document de séjour six mois après sa date d'expiration, justifier à nouveau, pour l'obtention d'un document de séjour, des conditions requises pour l'entrée sur le territoire national lorsque la possession d'un visa est requise pour la première délivrance d'un document de séjour. ".

4. Pour refuser de délivrer à Mme A le titre de séjour qu'elle avait sollicité pour poursuivre ses études supérieures, la préfète s'est fondée sur les circonstances qu'elle avait fait l'objet de deux précédentes décisions de refus de titre de séjour le 12 septembre 2018 et le 24 janvier 2020 assorties d'obligations de quitter le territoire français et qu'elle n'avait pas présenté de visa de long séjour à l'appui de sa demande. L'erreur qu'aurait commise la préfète du Rhône en indiquant qu'elle n'avait pas suivi d'études en France au cours des années 2018 et 2019 est sans incidence sur le motif opposé tenant à l'absence de présentation de visa de long séjour. La préfète ayant rejeté sa demande pour ce seul motif, qui n'est pas contesté, elle ne peut utilement invoquer la méconnaissance des stipulations précitées de l'article 9 de la convention franco-ivoirienne.

5. En deuxième lieu, Mme A se prévaut de la présence sur le territoire français de sa mère, titulaire d'une carte de résident " longue durée - UE ", et de son frère, de nationalité française, son père étant par ailleurs décédé, ainsi que de son parcours d'études en France. Toutefois elle n'établit pas, par les documents qu'elle produit, l'intensité des relations qu'elle entretiendrait avec les membres de sa famille installés en France, ni qu'elle n'aurait pas conservé de liens avec son pays d'origine où elle a vécu jusqu'à l'âge de 18 ans et ni qu'elle aurait fixé le centre de ses intérêts privés sur le territoire français. Dans ces conditions, la préfète du Rhône n'a pas porté à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée au regard des buts en vue desquels elle a pris la décision l'obligeant à quitter le territoire français et n'a, dès lors, pas méconnu les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

6. En troisième lieu, aux termes de l'article L. 612-8 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Lorsque l'étranger n'est pas dans une situation mentionnée aux articles L. 612-6 et L. 612-7, l'autorité administrative peut assortir la décision portant obligation de quitter le territoire français d'une interdiction de retour sur le territoire français. / Les effets de cette interdiction cessent à l'expiration d'une durée, fixée par l'autorité administrative, qui ne peut excéder deux ans à compter de l'exécution de l'obligation de quitter le territoire français. ". Aux termes de l'article L. 612-10 de ce code : " Pour fixer la durée des interdictions de retour mentionnées aux articles L. 612-6 et L. 612-7, l'autorité administrative tient compte de la durée de présence de l'étranger sur le territoire français, de la nature et de l'ancienneté de ses liens avec la France, de la circonstance qu'il a déjà fait l'objet ou non d'une mesure d'éloignement et de la menace pour l'ordre public que représente sa présence sur le territoire français. / Il en est de même pour l'édiction et la durée de l'interdiction de retour mentionnée à l'article L. 612-8 ainsi que pour la prolongation de l'interdiction de retour prévue à l'article L. 612-11. ".

7. La préfète du Rhône a interdit à Mme A de retourner sur le territoire français pour une durée de six mois aux motifs que l'intéressée, entrée en France pour y effectuer ses études, ne justifiait pas d'une vie privée et familiale ancienne, stable et intense sur le territoire et qu'elle avait fait l'objet de deux précédentes mesures d'éloignement les 12 septembre 2018 et 24 janvier 2020. Cette décision est suffisamment motivée en fait. A défaut d'une argumentation spécifique sur ce point, le moyen tiré de la méconnaissance des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales doit être écarté pour les mêmes motifs que ceux exposés au point 5.

8. Il résulte de ce qui précède que Mme A n'est pas fondée à demander l'annulation des décisions du 12 décembre 2023 par lesquelles la préfète du Rhône a refusé de lui délivrer un titre de séjour, l'a obligée à quitter le territoire français, a fixé le pays de destination et lui a interdit le retour sur le territoire français pour une durée de six mois. Sa requête doit être rejetée, dans toutes ses conclusions.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de Mme A est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à Mme B A et à la préfète du Rhône.

Délibéré après l'audience du 16 mai 2024, à laquelle siégeaient :

Mme Michel, présidente,

Mme Lacroix, première conseillère,

Mme Reniez, première conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 6 juin 2024.

La rapporteure,La présidente,

A. LacroixC. Michel

La greffière,

K. Schult

La République mande et ordonne à la préfète du Rhône en ce qui la concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition,

Un greffier,

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