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AccueilJurisprudence administrativeN° TA69-2400511

Tribunal Administratif de Lyon — Décision N° TA69-2400511

mardi 30 janvier 2024

JuridictionTribunal Administratif de Lyon
SectionTribunal Administratif de Lyon
N° DossierTA69-2400511
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationD
FormationELOIGNEMENT
Avocat requérantGUERAULT

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 18 janvier 2024, et un mémoire, enregistré le 29 janvier 2024, M. A B, représenté par Me Guerault, demande au tribunal :

1°) de prononcer son admission au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire ;

2°) d'annuler l'arrêté du 10 janvier 2024 par lequel la préfète de l'Ain l'a obligé à quitter le territoire français, a refusé de lui accorder un délai de départ volontaire, a fixé le pays de destination et a prononcé à son encontre une interdiction de circulation sur le territoire français d'une durée de trente mois ;

3°) d'enjoindre à la préfète de l'Ain de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour dans un délai de huit jours à compter de la notification du jugement jusqu'au réexamen de son droit au séjour, sous astreinte de 100 euros par jour de retard ;

4°) d'enjoindre à la préfète de l'Ain de saisir les services ayant procédé à son signalement de non-admission dans le système d'information Schengen en vue de la mise à jour du fichier dans un délai de trente jours à compter de la notification du jugement à intervenir, sous astreinte de 100 euros par jour de retard ;

5°) de mettre à la charge de l'État le versement à son conseil d'une somme de 1 300 euros hors taxes, outre les intérêts au taux légal, au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.

Il soutient que :

- les décisions attaquées sont insuffisamment motivées ;

- la décision portant obligation de quitter le territoire français est entachée d'une erreur de droit, les dispositions du 2° de l'article L. 251-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile exigeant que l'intéressé constitue une menace réelle, actuelle et suffisamment grave à l'encontre d'un intérêt fondamental de la société ;

- elle méconnaît l'article L. 251-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile dès lors que les faits reprochés par la préfète ne constituent pas une menace réelle, actuelle et suffisamment grave à l'encontre d'un intérêt fondamental de la société ;

- elle méconnaît l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- la décision de refus de délai de départ volontaire sera annulée compte tenu de l'annulation de la décision portant obligation de quitter le territoire français :

- elle méconnaît l'article L. 251-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la décision fixant le pays de destination sera annulée compte tenu de l'annulation de la décision portant obligation de quitter le territoire français ;

- la décision portant interdiction de circulation sur le territoire français sera annulée compte tenu de l'annulation de la décision portant obligation de quitter le territoire français et de la décision de refus de délai de départ volontaire ;

- elle est entachée d'un défaut d'examen, la préfète n'ayant pas pris en compte sa situation personnelle ;

- elle est entachée d'une erreur d'appréciation ;

- elle méconnaît l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

Par un mémoire en défense, enregistré le 30 janvier 2024, la préfète de l'Ain conclut au rejet de la requête.

Elle soutient que les moyens soulevés par M. B ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces du dossier ;

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 modifiée ;

- le code de justice administrative ;

La présidente du tribunal a désigné Mme Reniez, première conseillère, pour statuer en application des dispositions de l'article L. 614-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

Les parties, dûment convoquées, ont été régulièrement averties du jour de l'audience, à laquelle la préfète de l'Ain n'était ni présente, ni représentée.

Au cours de l'audience publique du 30 janvier 2024, Mme Reniez, magistrate désignée, a présenté son rapport et entendu :

- les observations de Me Guerault, avocat, représentant M. B, qui reprend des moyens de son mémoire ;

- les observations de M. B.

La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.

Considérant ce qui suit :

1. M. B, ressortissant roumain né en 2003, conteste l'arrêté du 10 janvier 2024 par lequel la préfète de l'Ain l'a obligé à quitter le territoire français, a refusé de lui accorder un délai de départ volontaire, a fixé le pays de destination et a prononcé à son encontre une interdiction de circulation sur le territoire français d'une durée de trente mois.

Sur la demande d'admission à l'aide juridictionnelle provisoire :

2. En raison de l'urgence résultant de l'application des dispositions de l'article L. 614-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, il y a lieu d'admettre M. B au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire, sur le fondement de l'article 20 de la loi du 10 juillet 1991 précédemment visée.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

En ce qui concerne le moyen commun à l'ensemble des décisions attaquées :

3. Les décisions litigieuses visent les dispositions du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile dont il est fait application ainsi que la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales. Par ailleurs, elles comportent l'énoncé des considérations de fait qui les fondent. Par suite, et même si ainsi que le fait valoir le requérant l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales n'est pas spécifiquement visé, elles sont suffisamment motivées.

En ce qui concerne la légalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français :

4. En premier lieu, aux termes de l'article L. 251-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'autorité administrative compétente peut, par décision motivée, obliger les étrangers dont la situation est régie par le présent livre, à quitter le territoire français lorsqu'elle constate les situations suivantes : / 2° Leur comportement personnel constitue, du point de vue de l'ordre public ou de la sécurité publique, une menace réelle, actuelle et suffisamment grave à l'encontre d'un intérêt fondamental de la société ; / () / L'autorité administrative compétente tient compte de l'ensemble des circonstances relatives à leur situation, notamment la durée du séjour des intéressés en France, leur âge, leur état de santé, leur situation familiale et économique, leur intégration sociale et culturelle en France, et l'intensité des liens avec leur pays d'origine. ".

5. D'une part, il ressort des pièces du dossier que la préfète de l'Ain a considéré que le comportement personnel de l'intéressé constituait, du point de vue de l'ordre public ou de la sécurité publique, une menace réelle, actuelle et suffisamment grave à l'encontre d'un intérêt fondamental de la société, même si elle n'a pas repris les termes exacts des dispositions précitées du 2° de l'article L. 251-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Le moyen tiré de l'erreur de droit doit dès lors être écarté.

6. D'autre part, M. B a été condamné par un jugement du 4 août 2023 à une peine de douze mois d'emprisonnement pour " extorsion par violence, menace ou contrainte de signature, promesse, secret, fonds, valeur ou bien " en état de récidive et vol en état de récidive. Si le requérant, célibataire sans enfant, se prévaut de la présence des membres de sa famille, notamment ses parents, sur le territoire français, il n'apporte aucune pièce à l'appui de ses allégations et il ne justifie pas davantage de la durée pendant laquelle il a résidé en France ou d'une insertion particulière sur le territoire français. La préfète de l'Ain n'a, par suite, pas méconnu les dispositions précitées de l'article L. 251-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile en considérant que le comportement personnel de l'intéressé constituait, du point de vue de l'ordre public ou de la sécurité publique, une menace réelle, actuelle et suffisamment grave à l'encontre d'un intérêt fondamental de la société et en décidant, en conséquence, de prononcer une décision portant obligation de quitter le territoire français à son encontre.

7. En second lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1° Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance ; / 2° Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale ou à la protection des droits et libertés d'autrui ".

8. M. B se prévaut de la présence des membres de sa famille sur le territoire français. Toutefois, l'intéressé, célibataire sans enfant, n'apporte pas de pièces à l'appui de ses allégations. S'il a indiqué lors de son audition par les services de police le 9 janvier 2024 être venu en France à l'âge de huit ans, il n'apporte aucune pièce de nature à établir la durée pendant laquelle il a résidé sur le territoire français et ne conteste pas avoir été reconduit dans son pays d'origine le 4 mai 2023 avant de revenir en France. Par ailleurs, il ne justifie pas d'une insertion particulière sur le territoire français où il ne conteste pas avoir été condamné à une peine de douze mois d'emprisonnement ainsi qu'il a été dit au point 6. Compte tenu de l'ensemble des circonstances de l'espèce, la décision portant obligation de quitter le territoire en litige n'a pas porté au droit de l'intéressé au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée aux buts en vue desquels elle a été prise. Elle n'a ainsi pas méconnu les stipulations précitées de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

En ce qui concerne la légalité de la décision refusant d'accorder un délai de départ volontaire :

9. En premier lieu, les conclusions dirigées contre la décision portant obligation de quitter le territoire français étant rejetées, l'intéressé ne peut demander, par voie de conséquence, l'annulation de la décision fixant le délai de départ volontaire.

10. En second lieu, aux termes de l'article L. 251-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Les étrangers dont la situation est régie par le présent livre disposent, pour satisfaire à l'obligation qui leur a été faite de quitter le territoire français, d'un délai de départ volontaire d'un mois à compter de la notification de la décision. / L'autorité administrative ne peut réduire le délai prévu au premier alinéa qu'en cas d'urgence et ne peut l'allonger qu'à titre exceptionnel. ".

11. M. B a été condamné le 4 août 2023 à une peine de douze mois d'emprisonnement pour " extorsion par violence, menace ou contrainte de signature, promesse, secret, fonds, valeur ou bien " en état de récidive et vol en état de récidive. Il n'est en outre pas contesté que l'intéressé n'a pas respecté l'interdiction de circulation sur le territoire français qui avait été prise antérieurement à son encontre. Eu égard à la gravité des agissements de l'intéressé et à leur caractère récent, la préfète de l'Ain n'a pas fait une inexacte application des dispositions de l'article L. 251-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile en considérant qu'il y avait urgence à éloigner M. B du territoire français et en refusant de lui accorder un délai de départ volontaire.

En ce qui concerne la légalité de la décision fixant le pays de destination :

12. Les conclusions dirigées contre la décision portant obligation de quitter le territoire français étant rejetées, l'intéressé ne peut demander, par voie de conséquence, l'annulation de la décision fixant le pays de destination.

En ce qui concerne la légalité de la décision portant interdiction de circulation sur le territoire français :

13. En premier lieu, les conclusions dirigées contre la décision portant obligation de quitter le territoire français étant rejetées, l'intéressé ne peut demander, par voie de conséquence, l'annulation de la décision portant interdiction de circulation sur le territoire français.

14. En deuxième lieu, les conclusions dirigées contre la décision de refus de délai de départ volontaire étant rejetées, l'intéressé ne peut demander, par voie de conséquence, en tout état de cause, l'annulation de la décision portant interdiction de circulation sur le territoire français.

15. En troisième lieu, il ne ressort pas des pièces du dossier que la préfète de l'Ain, qui a analysé la situation personnelle de l'intéressé dans son arrêté, et n'était pas tenue de mentionner de manière exhaustive l'ensemble des éléments de cette situation, n'aurait pas pris en compte celle-ci avant d'édicter l'interdiction de circulation sur le territoire français. Le moyen tiré du défaut d'examen doit par suite être écarté.

16. En quatrième lieu, aux termes de l'article L. 251-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'autorité administrative peut, par décision motivée, assortir la décision portant obligation de quitter le territoire français édictée sur le fondement des 2° ou 3° de l'article L. 251-1 d'une interdiction de circulation sur le territoire français d'une durée maximale de trois ans. ".

17. Compte tenu de ce qui a été dit au point 8 et du comportement délictueux de M. B qui a été condamné le 4 août 2023 à douze mois d'emprisonnement pour " extorsion par violence, menace ou contrainte de signature, promesse, secret, fonds, valeur ou bien " en état de récidive et vol en état de récidive, la préfète de l'Ain a pu, sans entacher sa décision d'une erreur d'appréciation, assortir l'obligation de quitter le territoire français d'une décision portant interdiction de circulation sur le territoire français d'une durée de trente mois.

18. En dernier lieu, pour les mêmes motifs que ceux exposés au point 8 et en tenant compte des conséquences spécifiques de l'interdiction de circulation sur le territoire français contestée, le moyen tiré de ce que cette décision méconnaîtrait l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales doit être écarté.

19. Il résulte de ce qui précède que M. B n'est pas fondé à demander l'annulation des décisions du 10 janvier 2024 par lesquelles la préfète de l'Ain l'a obligé à quitter le territoire français, a refusé de lui accorder un délai de départ volontaire, a fixé le pays de destination et a prononcé à son encontre une interdiction de circulation sur le territoire français d'une durée de trente mois.

Sur les conclusions aux fins d'injonction et d'astreinte :

20. Le présent jugement, qui rejette les conclusions aux fins d'annulation présentées par M. B n'implique aucune mesure d'exécution. Les conclusions aux fins d'injonction et d'astreinte doivent par suite être rejetées.

Sur les frais liés au litige :

21. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mise à la charge de l'État, qui n'est pas la partie perdante dans la présente instance, une somme au titre des frais exposés et non compris dans les dépens.

D E C I D E :

Article 1er : M. B est admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire.

Article 2 : Les conclusions de la requête de M. B sont rejetées pour le surplus.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. A B et à la préfète de l'Ain.

Lu en audience publique le 30 janvier 2024.

La magistrate désignée,

E. Reniez

Le greffier,

T. Clément

La République mande et ordonne à la préfète de l'Ain en ce qui la concerne ou à tous huissiers de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

Un greffier,

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