jeudi 25 janvier 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Lyon |
| Section | Tribunal Administratif de Lyon |
| N° Dossier | TA69-2400583 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | D |
| Formation | ELOIGNEMENT |
| Avocat requérant | TOMASI |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et des pièces enregistrées le 20 et 23 janvier 2024, M. A B, représenté par Me Bouchet, demande au tribunal :
1°) de l'admettre provisoirement au bénéfice de l'aide juridictionnelle ;
2°) d'annuler la décision 19 janvier 2024 par laquelle le préfet de l'Isère l'a obligé à quitter sans délai le territoire français, a fixé le pays de destination et lui a interdit de circuler sur le territoire français pendant une durée de trois ans ;
3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 000 euros, en application des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991, à verser à son conseil sous réserve que celui-ci renonce à percevoir la part contributive de l'Etat au titre de l'aide juridictionnelle.
Il soutient que :
Sur l'ensemble de la décision attaquée :
-elle est signée par un auteur incompétent ;
-elle est insuffisamment motivée et révèle un défaut d'examen sérieux de sa situation personnelle ;
Sur l'obligation de quitter le territoire français :
-elle méconnaît le 2° de l'article L. 251-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
-elle méconnaît son droit au respect de la vie privée et familiale garanti par l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
Sur le refus d'octroi d'un délai de départ volontaire :
-il méconnaît l'article L. 251-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile en l'absence d'urgence caractérisée ;
Sur l'interdiction de circulation sur le territoire français :
-elle présente un caractère disproportionné, méconnaît l'article 45 de la Charte des droits fondamentaux de l'Union européenne et porte une atteinte manifeste à son droit à la libre circulation sur le territoire de l'Union européenne.
Le préfet de l'Isère a produit des pièces le 23 janvier 2024.
Vu :
- la décision attaquée ;
- les autres pièces du dossier.
Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales :
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- la loi du 10 juillet 1991 sur l'aide juridique ;
- le code de justice administrative.
La présidente du tribunal a délégué les pouvoirs qui lui sont attribués par l'article L. 614-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile à Mme Feron.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de Mme Feron ;
- les observations de Me Bouchet, avocat de M. B, qui conclut aux mêmes fins que dans la requête et par les mêmes moyens ;
- les observations de Me Tomasi, avocat du préfet de l'Isère, qui indique que M. B aurait déjà été éloigné à deux reprises en direction de l'Italie en exécution notamment d'une décision d'obligation de quitter le territoire français prononcée à son encontre le 5 octobre 2021 ;
- les observations de M. B qui indique n'avoir pas exécuté la décision d'obligation de quitter le territoire français du 5 octobre 2021.
La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.
Considérant ce qui suit :
1. M. A B, ressortissant italien né le 6 septembre 2001, déclare être entré en France en 2010. Par une décision du 19 janvier 2024 dont il demande l'annulation, le préfet de l'Isère l'a obligé à quitter sans délai le territoire français, a fixé le pays de destination et lui a interdit de revenir sur le territoire français pendant une durée de trois ans. Il l'a par ailleurs placé au centre de rétention administrative de Lyon Saint-Exupéry.
Sur la demande d'admission provisoire à l'aide juridictionnelle :
2. En raison de l'urgence résultant de l'application des dispositions des articles L. 614-7 à L. 614-13 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, il y a lieu d'admettre M. B au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire, sur le fondement de l'article 20 de la loi du 10 juillet 1991 susvisée.
Sur les conclusions à fin d'annulation :
En ce qui concerne l'ensemble de la décision attaquée :
3. En premier lieu, la décision attaquée a été signée par Mme Nathalie Cencic, secrétaire générale adjointe de la préfecture, qui dispose d'une délégation de compétence par un arrêté du préfet de l'Isère du 21 août 2023, publié au recueil des actes administratifs du même jour. Dès lors, le moyen tiré de l'incompétence de la signataire de la décision attaquée doit être écarté.
4. En second lieu, la décision attaquée comporte les considérations de droit et de fait qui la fondent et est, par suite, suffisamment motivée. En outre, il ne ressort pas des pièces du dossier que le préfet de l'Isère n'aurait pas procédé à un examen particulier de la situation du requérant préalablement à son édiction.
En ce qui concerne l'obligation de quitter le territoire français :
5. En premier lieu, aux termes de l'article L. 251-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'autorité administrative compétente peut, par décision motivée, obliger les étrangers dont la situation est régie par le présent livre, à quitter le territoire français lorsqu'elle constate les situations suivantes : / () / 2° Leur comportement personnel constitue, du point de vue de l'ordre public ou de la sécurité publique, une menace réelle, actuelle et suffisamment grave à l'encontre d'un intérêt fondamental de la société ; / () / L'autorité administrative compétente tient compte de l'ensemble des circonstances relatives à leur situation, notamment la durée du séjour des intéressés en France, leur âge, leur état de santé, leur situation familiale et économique, leur intégration sociale et culturelle en France, et l'intensité des liens avec leur pays d'origine. ".
6. Il appartient à l'autorité administrative, qui ne saurait se fonder sur la seule existence d'une infraction à la loi, d'examiner, d'après l'ensemble des circonstances de l'affaire, si la présence de l'intéressé sur le territoire français est de nature à constituer une menace réelle, actuelle et suffisamment grave pour un intérêt fondamental de la société française, ces conditions étant appréciées en fonction de sa situation individuelle, notamment de la durée de son séjour en France, de sa situation familiale et économique et de son intégration.
7. Il ressort des pièces du dossier que M. B, qui déclare sans l'établir être entré sur le territoire français en 2010, a été condamné par le tribunal correctionnel d'Aix-en- Provence le 24 février 2020 à une peine de six mois d'emprisonnement avec sursis pour des faits d'offre ou de cession non autorisée de stupéfiants et a été de nouveau condamné par le même tribunal le 6 octobre 2020 à une peine de vingt mois d'emprisonnement ferme pour des faits d'offre ou de cession non autorisée de stupéfiants et d'outrage à agent. Il reconnaît avoir déjà été condamné dès 2019 par le tribunal pour enfants C pour des faits similaires. Il n'est en outre pas contesté qu'il est défavorablement connu des services de police pour des faits, commis entre 2017 et 2024, de détention, offre ou cession illicites de stupéfiants, d'outrage à agent, d'extorsion avec arme, de transport d'arme, de conduite d'un véhicule et d'usage d'un faux nom. Par ailleurs, s'il justifie a travaillé sous contrats d'intérim d'octobre 2022 à avril 2023, cette expérience de seulement quelques mois ne suffit pas à caractériser une insertion professionnelle stable. Enfin, eu égard à son âge et à ses condamnations pénales, la circonstance que ses parents résident régulièrement en France, à Salaise-sur-Sanne, n'est pas, à elle seule, de nature à démontrer une intégration sociale particulière en France. Compte tenu de l'ensemble de ces éléments, le préfet de l'Isère, qui a pu considérer que le comportement de l'intéressé constituait une menace réelle, actuelle et suffisamment grave à l'encontre d'un intérêt fondamental de la société, n'a pas méconnu les dispositions précitées de l'article L. 251-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
8. En second lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale () ". Il ressort des pièces du dossier que M. B se trouve en France au moins depuis 2017, date de sa première interpellation, que ses parents résident régulièrement en Isère à la date de la décision attaquée et qu'il a réalisé des missions d'intérim d'octobre 2022 à avril 2023. Il soutient par ailleurs être en couple avec une ressortissante française, avec qui il ne vit pas. Toutefois, ainsi qu'il a été dit, ces éléments ne caractérisent pas une insertion sociale et professionnelle stable en France, son séjour y étant caractérisé par une décision d'obligation de quitter le territoire français en date du 5 octobre 2021, trois condamnations pénales et de nombreux signalements des forces de police. Compte tenu de l'ensemble de ces éléments, la décision portant obligation de quitter le territoire français prise à son encontre ne méconnaît pas son droit au respect de la vie privée et familiale au sens de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.
En ce qui concerne le refus d'octroi d'un délai de départ volontaire :
9. Aux termes de l'article L. 251-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Les étrangers dont la situation est régie par le présent livre disposent, pour satisfaire à l'obligation qui leur a été faite de quitter le territoire français, d'un délai de départ volontaire d'un mois à compter de la notification de la décision.
L'autorité administrative ne peut réduire le délai prévu au premier alinéa qu'en cas d'urgence et ne peut l'allonger qu'à titre exceptionnel ".
10. Compte tenu des motifs exposés au point 7, le préfet de l'Isère n'a pas méconnu les dispositions précitées en estimant qu'il y avait urgence à éloigner M. B. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance de l'article L. 251-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile doit être écarté.
En ce qui concerne l'interdiction de circulation sur le territoire français :
11. Aux termes de l'article L. 251-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'autorité administrative peut, par décision motivée, assortir la décision portant obligation de quitter le territoire français édictée sur le fondement des 2° ou 3° de l'article L. 251-1 d'une interdiction de circulation sur le territoire français d'une durée maximale de trois ans. ". Aux termes de l'article L. 251-6 de ce code : " Le sixième alinéa de l'article L. 251-1 et les articles L. 251-3, L. 251-7 et L. 261-1 sont applicables à l'interdiction de circulation sur le territoire français. " et aux termes du sixième alinéa de l'article L. 251-1 du même code : " L'autorité administrative compétente tient compte de l'ensemble des circonstances relatives à leur situation, notamment la durée du séjour des intéressés en France, leur âge, leur état de santé, leur situation familiale et économique, leur intégration sociale et culturelle en France, et l'intensité des liens avec leur pays d'origine. ".
12. Compte tenu de ce qui a été dit au point 7 sur la situation personnelle de M. B, ainsi que sur la menace à l'ordre public que constitue sa présence sur le territoire français, l'intéressé n'est pas fondé à soutenir que le préfet de l'Isère aurait commis une erreur d'appréciation en lui interdisant de circuler sur le territoire français pendant une durée de trois ans. Il n'est pas non plus fondé à soutenir que cette interdiction porterait une atteinte disproportionnée à son droit à la libre circulation et méconnaîtrait l'article 45 de la Charte des droits fondamentaux de l'Union européenne.
13. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation présentées par M. B doivent être rejetées.
14. Il résulte de ce qui précède que les conclusions présentées par M. B à fin d'annulation de la décision du 19 janvier 2024 doivent être rejetées. Il en va de même, par voie de conséquence, de ses conclusions à fin d'application des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991.
DECIDE :
Article 1er : M. B est provisoirement admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle.
Article 2 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.
Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. A B et au préfet de l'Isère.
Copie en sera adressée à Me Bouchet.
Lu en audience publique le 25 janvier 2023.
La magistrate désignée,
C. FERON La greffière,
F. GAILLARD
La République mande et ordonne au préfet de l'Isère en ce qui le concerne et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution du présent jugement.
Pour expédition,
Une greffière,
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026