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AccueilJurisprudence administrativeN° TA69-2400594

Tribunal Administratif de Lyon — Décision N° TA69-2400594

jeudi 1 février 2024

JuridictionTribunal Administratif de Lyon
SectionTribunal Administratif de Lyon
N° DossierTA69-2400594
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationD
FormationELOIGNEMENT
Avocat requérantGREPINET

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 21 janvier 2024, M. B A, représenté par Me Grepinet, demande au tribunal d'annuler les décisions du 19 janvier 2024 par lesquelles la préfète du Rhône a décidé de son transfert aux autorités autrichiennes, responsables de l'examen de sa demande d'asile, et l'a assigné à résidence dans l'attente de ce transfert.

Il soutient, dans le dernier état de ses moyens, que :

- la décision de transfert est insuffisamment motivée ;

-elle est entachée d'une erreur d'appréciation dans l'application de l'article 17 du règlement (UE) n° 604/2013 du 26 juin 2013 dès lors qu'il se trouve dans une situation de particulière fragilité et que les autorités autrichiennes ne sont pas en capacité de traiter sa demande d'asile ;

- elle méconnaît l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales puisqu'il risque d'être exposé à des traitements inhumains et dégradants en cas de retour vers le Bangladesh.

Par un mémoire en défense et des pièces enregistrés le 24 janvier 2024, la préfète du Rhône conclut au rejet de la requête.

Elle fait valoir qu'aucun des moyens n'est fondé.

Vu :

- les décisions attaquées ;

- les autres pièces du dossier.

Vu :

- les règlements (UE) n°604/2013 et n°603/2013 du 26 juin 2013 ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi du 10 juillet 1991 sur l'aide juridique ;

- le code de justice administrative.

La présidente du tribunal a délégué les pouvoirs qui lui sont attribués par l'article L. 614-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile à Mme Feron.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Feron ;

- les observations de Me Grepinet, avocat de M. A, qui conclut aux mêmes fins que dans la requête et par les mêmes moyens en présentant en outre un moyen nouveau tiré de l'insuffisance de la motivation de la décision de transfert en litige ;

-les observations de M. A, assisté de Mme C, interprète en langue bangladaise, qui confirme être entré en France le 1er août 2023, déclare qu'il souhaite rester en France et qu'il a des problèmes de santé ;

-la préfète n'était ni présente ni représentée.

La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.

Considérant ce qui suit :

1. M. B A, né le 3 mars 1993 au Bangladesh, déclare être entré en France en 2023. Il a déposé une demande d'asile auprès des services de l'Etat le 9 août 2023. Il est apparu, après consultation du fichier Eurodac, que les empreintes de l'intéressé ont été relevées en dernier lieu en Autriche où il a demandé l'asile le 13 février 2023. Les autorités autrichiennes, interrogées le 23 août 2023, ont fait connaître leur accord explicite, le 28 août 2023, pour reprendre en charge M. A sur le fondement du b) de l'article 18 du règlement (UE) n° 604/2013 du 26 juin 2013. Par un arrêté du 19 janvier 2024 dont M. A demande l'annulation, la préfète de Rhône a décidé de son transfert aux autorités autrichiennes et de son assignation dans l'attente de ce transfert.

2. En premier lieu, la décision de transfert en litige, qui ne devait pas nécessairement faire état de tous les éléments relatifs à la situation personnelle de l'intéressé, satisfait aux exigences de motivation résultant des dispositions de l'article L. 211-5 du code des relations entre le public et l'administration.

3. En deuxième lieu, aux termes du 2 de l'article 3 du règlement (UE) n° 604/2013 du 26 juin 2013 : " () Lorsqu'il est impossible de transférer un demandeur vers l'Etat membre initialement désigné comme responsable parce qu'il y a de sérieuses raisons de croire qu'il existe dans cet Etat membre des défaillances systémiques dans la procédure d'asile et les conditions d'accueil des demandeurs, qui entrainent un risque de traitement inhumain ou dégradant au sens de l'article 4 de la charte des droits fondamentaux de l'Union européenne, l'Etat membre procédant à la détermination de l'Etat membre responsable poursuit l'examen des critères énoncés au chapitre III afin d'établir si un autre Etat membre peut être désigné comme responsable ". Aux termes de l'article 17 du même règlement : " Par dérogation à l'article 3, paragraphe 1, chaque Etat membre peut décider d'examiner une demande de protection internationale qui lui est présentée par un ressortissant de pays tiers ou un apatride, même si cet examen ne lui incombe pas en vertu des critères fixés dans le présent règlement. / L'Etat membre qui décide d'examiner une demande de protection internationale en vertu du présent paragraphe devient l'Etat membre responsable et assume les obligations qui sont liées à cette responsabilité. () ".

4. Eu égard au niveau de protection des libertés et des droits fondamentaux dans les Etats membres de l'Union européenne, lorsque la demande de protection internationale a été introduite dans un Etat autre que la France, que cet Etat a accepté de prendre ou de reprendre en charge le demandeur et en l'absence de sérieuses raisons de croire qu'il existe dans cet État membre des défaillances systémiques dans la procédure d'asile et les conditions d'accueil des demandeurs, qui entraînent un risque de traitement inhumain ou dégradant au sens de l'article 4 de la Charte des droits fondamentaux de l'Union européenne, les craintes dont le demandeur fait état quant au défaut de protection dans cet Etat membre doivent en principe être présumées non fondées, sauf à ce que l'intéressé apporte, par tout moyen, la preuve contraire. La seule circonstance qu'à la suite du rejet de sa demande de protection par cet Etat membre l'intéressé serait susceptible de faire l'objet d'une mesure d'éloignement ne saurait caractériser la méconnaissance par cet Etat de ses obligations.

5. En l'espèce, M. A soutient craindre pour sa vie en cas de retour en Autriche, pays responsable de sa demande d'asile. Toutefois, il n'indique pas en quoi consiste le défaut global de protection des demandeurs d'asile qu'il reproche à l'Autriche. Par ailleurs, il ne ressort d'aucune des pièces du dossier que le requérant, célibataire sans enfants à charge, serait dans une situation de particulière vulnérabilité ou souffrirait de pathologies que la préfète du Rhône aurait omis de prendre en considération. Par suite, M. A n'est pas fondé à soutenir que la préfète du Rhône aurait commis une erreur manifeste d'appréciation en ne faisant pas usage de la possibilité prévue par les dispositions de l'article 17 du règlement (UE) n° 604/2013 du 26 juin 2013 de faire examiner par la France la demande d'asile de l'intéressé.

6. En dernier lieu, M. A soutient qu'il encourt un risque de persécution au Bangladesh à raison de ses engagements politiques et que la décision en litige l'exposerait en conséquence à des traitements inhumains et dégradants au sens de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales. Toutefois, la décision en litige n'a ni pour objet, ni pour effet, de renvoyer le requérant au Bangladesh mais en Autriche, pays responsable de sa demande d'asile. Comme il a été dit, il ne démontre pas que les autorités autrichiennes ne seraient pas en capacité d'examiner sa demande d'asile dans des conditions conformes à l'ensemble des garanties exigées par le droit d'asile. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance des stipulations de de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales doit être écarté.

7. Il résulte de ce qui précède que les conclusions présentées par M. A à fin d'annulation des décisions du 19 janvier 2024 doivent être rejetées.

DECIDE :

Article 1er : La requête de M. A est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. A et à la préfète du Rhône.

Copie en sera adressée à Me Grepinet.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 1er février 2024.

La magistrate désignée,

C. FERON La greffière,

F. GAILLARD

La République mande et ordonne à la préfète du Rhône en ce qui la concerne et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution du présent jugement.

Pour expédition,

Une greffière,

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