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AccueilJurisprudence administrativeN° TA69-2400627

Tribunal Administratif de Lyon — Décision N° TA69-2400627

mardi 2 avril 2024

JuridictionTribunal Administratif de Lyon
SectionTribunal Administratif de Lyon
N° DossierTA69-2400627
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationD
FormationJU 9ème chambre
Avocat requérantSELARL BS2A BESCOU ET SABATIER

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 23 janvier 2024, M. B A, représenté par Me Laurent Sabatier, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 10 janvier 2024 par lequel la préfète du Rhône lui a fait obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays à destination duquel il pourra être éloigné d'office ;

2°) d'enjoindre à la préfète du Rhône de procéder au réexamen de sa situation dans un délai d'un mois à compter de la notification du jugement à intervenir, sous astreinte de 100 euros par jour de retard, et de lui délivrer, dans cette attente, une autorisation provisoire de séjour ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 200 euros à verser à son conseil au titre des dispositions combinées de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991, à charge pour ce dernier de renoncer au bénéfice de l'aide juridictionnelle.

Il soutient que :

S'agissant du moyen commun aux décisions attaquées :

- les décisions attaquées ont été signées par une autorité incompétente ;

- elles méconnaissent son droit d'être entendu tel que garanti par les stipulations de l'article 41 de la charte des droits fondamentaux de l'Union européenne ;

S'agissant de l'obligation de quitter le territoire français :

- la décision portant obligation de quitter le territoire français est entachée d'une erreur de fait dès lors qu'il est en couple avec une ressortissante française enceinte de quatre mois ;

- elle a été prise sans réel examen de sa situation personnelle ;

- elle est entachée d'un vice de procédure en l'absence de saisine du collège de médecins de l'Office français de l'immigration et de l'intégration ;

- elle méconnaît les dispositions du 9° de l'article L. 611-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- elle méconnaît l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation quant à ses conséquences sur sa situation personnelle ;

S'agissant du délai de départ volontaire :

- la décision relative au délai de départ volontaire est illégale du fait de l'illégalité de la décision portant refus de séjour et de la décision portant obligation de quitter le territoire français ;

S'agissant du pays de destination :

- la décision fixant le pays de destination est illégale du fait de l'illégalité de la décision portant refus de séjour et de la décision portant obligation de quitter le territoire français ;

- elle méconnaît l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

La requête a été communiquée à la préfète du Rhône qui n'a pas produit de mémoire en défense.

M. A a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale, par une décision du bureau d'aide juridictionnelle du 22 février 2024.

La présidente du tribunal a désigné Mme Fullana Thevenet pour statuer sur les litiges relatifs aux décisions portant mesure d'éloignement ou remise des ressortissants étrangers en application du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- la charte des droits fondamentaux de l'Union européenne ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Fullana Thevenet,

- les observations de Me Guillaume, substituant Me Sabatier, représentant M. A, non présent, qui a repris ses conclusions et moyens.

La préfète n'était ni présente, ni représentée.

La clôture de l'instruction est intervenue à l'issue de l'audience.

Considérant ce qui suit :

1. M. A, ressortissant centrafricain né le 4 août 1970, est entré en France le 7 juin 2019 selon ses déclarations. Il a déposé une demande d'asile, qui a été rejetée le 19 octobre 2020 par l'Office français de protection des réfugiés et apatrides et le 7 janvier 2021 par la Cour nationale du droit d'asile. Il a sollicité le réexamen de sa demande d'asile et sa demande a été rejetée par une décision de l'Office français de protection des réfugiés et apatrides le 6 août 2021, confirmée par la Cour nationale du droit d'asile le 24 novembre 2021. Il demande au tribunal d'annuler l'arrêté du 10 janvier 2024 par lequel la préfète du Rhône lui a fait obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays à destination duquel il pourra être éloigné d'office.

Sur les moyens communs aux décisions attaquées :

2. En premier lieu, l'arrêté en litige a été signé par Aurélie Hoarau, adjointe à la cheffe du bureau de l'éloignement de la préfecture du Rhône, qui disposait à cet effet d'une délégation, par un arrêté de la préfète du Rhône du 30 novembre 2023, régulièrement publié au recueil des actes administratifs spécial de la préfecture du Rhône du 1er décembre suivant. Le moyen tiré de l'incompétence de l'auteur des décisions attaquées doit, par suite, être écarté.

3. En second lieu, aux termes du paragraphe 1 de l'article 41 de la Charte des droits fondamentaux de l'Union européenne : " Toute personne a le droit de voir ses affaires traitées impartialement, équitablement et dans un délai raisonnable par les institutions et organes de l'Union ". Aux termes du paragraphe 2 de ce même article : " Ce droit comporte notamment : / - le droit de toute personne d'être entendue avant qu'une mesure individuelle qui l'affecterait défavorablement ne soit prise à son encontre ; () ". Aux termes du paragraphe 1 de l'article 51 de la Charte : " Les dispositions de la présente Charte s'adressent aux institutions, organes et organismes de l'Union dans le respect du principe de subsidiarité, ainsi qu'aux Etats membres uniquement lorsqu'ils mettent en œuvre le droit de l'Union. () ".

4. Ainsi que la Cour de justice de l'Union européenne l'a jugé dans ses arrêts C-166/13 et C-249/13 des 5 novembre et 11 décembre 2014, le droit d'être entendu préalablement à l'adoption d'une décision de retour implique que l'autorité administrative mette le ressortissant étranger en situation irrégulière à même de présenter, de manière utile et effective, son point de vue sur l'irrégularité du séjour et les motifs qui seraient susceptibles de justifier que l'autorité s'abstienne de prendre à son égard une décision de retour. Il n'implique toutefois pas que l'administration ait l'obligation de mettre l'intéressé à même de présenter ses observations de façon spécifique sur la décision l'obligeant à quitter le territoire français ou sur la décision le plaçant en rétention dans l'attente de l'exécution de la mesure d'éloignement, dès lors qu'il a pu être entendu sur l'irrégularité du séjour ou la perspective de l'éloignement.

5. Le droit d'être entendu implique que l'autorité préfectorale, avant de prendre à l'encontre d'un étranger une décision portant obligation de quitter le territoire français non prise concomitamment au refus de délivrance d'un titre de séjour, mette l'intéressé à même de présenter ses observations écrites et lui permette, sur sa demande, de faire valoir des observations orales, de telle sorte qu'il puisse faire connaître, de manière utile et effective, son point de vue sur la mesure envisagée avant qu'elle n'intervienne.

6. Une violation des droits de la défense, en particulier du droit d'être entendu, n'entraîne l'annulation de la décision prise au terme de la procédure administrative en cause que si, en l'absence de cette irrégularité, cette procédure pouvait aboutir à un résultat différent.

7. En l'espèce, il ressort des pièces du dossier que le requérant a pu faire état de son état de santé auprès des services préfectoraux lors de son audition et que les éléments qu'il a communiqués ont été appréciés par la préfète du Rhône. En outre, si le requérant évoque l'existence d'une compagne de nationalité française enceinte de ses œuvres, il n'a fourni aucun élément sur ce point devant le tribunal de sorte qu'il n'apparaît pas que ces simples allégations auraient pu conduire la préfète du Rhône à avoir une appréciation différente sur son droit au séjour et faire obstacle à l'édiction des décisions litigieuses. Par suite, le moyen tiré du non-respect du droit d'être entendu doit être écarté.

Sur la décision portant obligation de quitter le territoire français :

8. En premier lieu, si M. A soutient que la décision est entachée d'une erreur de fait dès lors que la préfète du Rhône ne mentionne pas la circonstance qu'il est séparé d'une ressortissante française qui est enceinte de ses œuvres, il a lui-même indiqué ne pas en avoir fait état devant la préfète, l'arrêté indiquant que l'intéressé s'est déclaré célibataire et sans enfant à charge, et il ne produit, en tout état de cause, aucune pièce de nature à étayer ses allégations sur ce point. Par suite, le moyen tiré de l'erreur de fait doit être écarté.

9. En deuxième lieu et compte tenu de ce qui a été dit précédemment, il ne ressort ni des termes de la décision en litige ni des pièces du dossier que la préfète du Rhône n'aurait pas procédé, au regard des éléments avancés par M. A, à un réel examen de sa situation avant de prendre la mesure d'éloignement en litige.

10. En troisième lieu, aux termes de l'article L. 611-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile applicable à la date de l'arrêté attaqué : " Ne peuvent faire l'objet d'une décision portant obligation de quitter le territoire français : / () 9° L'étranger résidant habituellement en France si son état de santé nécessite une prise en charge médicale dont le défaut pourrait avoir pour lui des conséquences d'une exceptionnelle gravité et si, eu égard à l'offre de soins et aux caractéristiques du système de santé du pays de renvoi, il ne pourrait pas y bénéficier effectivement d'un traitement approprié. () ". Aux termes de l'article R. 611-1 de ce code : " Pour constater l'état de santé de l'étranger mentionné au 9° de l'article L. 611-3, l'autorité administrative tient compte d'un avis émis par un collège de médecins à compétence nationale de l'Office français de l'immigration et de l'intégration. "

11. Si M. A a fait état de son état de santé, lors de son audition, il ne ressort pas des pièces du dossier que la préfète disposait d'éléments d'information suffisamment précis permettant d'établir qu'il présentait un état de santé susceptible de le faire entrer dans la catégorie des étrangers relevant du 9° de l'article L. 611-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Les pièces produites devant le tribunal, constituées, d'une part, de certificats médicaux datant de 2021 et confirmant qu'il souffre d'hypertension et d'une hypertrophie bénigne de la prostate et, d'autre part, d'une ordonnance datée du 7 septembre 2023 pour la prescription de médicaments en lien avec ces pathologies ne permettent pas davantage de démontrer que l'état de santé de M. A implique effectivement une prise en charge dont le défaut pourrait entraîner des conséquences d'une exceptionnelle gravité et qui n'est pas disponible dans son pays d'origine. Par suite, les moyens tirés du vice de procédure résultant de l'absence de saisine du collège de médecins de l'Office français de l'immigration et de l'intégration et de la méconnaissance des dispositions du 9° de l'article L. 611-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile doivent être écartés.

12. En dernier lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale. () ".

13. Il ressort des pièces du dossier que M. A, qui déclare résider en France depuis le 7 juin 2019, est célibataire et sans enfant en charge et ne justifie d'aucune insertion socio-professionnelle particulière. En outre et ainsi qu'il a été dit précédemment, il ne produit aucune pièce relative à l'existence d'une ex-compagne de nationalité française qui serait enceinte de ses œuvres et ne démontre pas que son état de santé justifie, même à titre exceptionnel, son maintien sur le territoire français. Dans ces conditions, compte tenu de la durée comme des conditions de son séjour en France et en dépit de la circonstance qu'il ne constitue pas une menace à l'ordre public, la décision portant obligation de quitter le territoire français ne porte pas au droit de M. A au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée aux buts en vue desquels elle a été prise et ne méconnaît pas l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales. Elle n'est pas davantage entachée d'une erreur manifeste d'appréciation quant à ses conséquences sur sa situation personnelle.

Sur la décision portant délai de départ volontaire :

14. Compte tenu de ce qui a été dit précédemment, M. A n'est pas fondé à demander l'annulation de la décision fixant le délai de départ volontaire par voie de conséquence de l'annulation de la décision portant obligation de quitter le territoire français. En outre, l'arrêté en litige ne comportant aucune décision portant refus de séjour, le moyen tiré de ce que la décision portant délai de départ volontaire serait illégale en conséquence de l'illégalité du refus de séjour ne peut qu'être écarté.

Sur la décision fixant le pays de destination :

15. En premier lieu, compte tenu de ce qui a été dit précédemment, M. A n'est pas fondé à demander l'annulation de la décision fixant le pays de destination par voie de conséquence de l'annulation de la décision portant obligation de quitter le territoire français. En outre, l'arrêté en litige ne comportant aucune décision portant refus de séjour, le moyen tiré de ce que la décision fixant le pays de destination serait illégale en conséquence de l'illégalité du refus de séjour ne peut qu'être écarté.

16. En second lieu, aux termes de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " Nul ne peut être soumis à la torture ni à des traitements inhumains ou dégradants ".

17. M. A se prévaut de son état de santé et indique ne pas pouvoir retourner dans son pays d'origine en raison de risques de traitements inhumains et dégradants, tels que décrits par un rapport de l'Organisation des Nations Unies du 4 août 2021 sur les violations des droits de l'homme et du droit international humanitaire pendant la période électorale. Toutefois, il ne produit aucun élément probant à l'appui de ses allégations sur les risques qu'il encourt personnellement en cas de retour en Centrafrique alors que ses demandes d'asile ont été rejetées en dernier lieu par la Cour nationale du droit d'asile. Dans ces conditions et eu égard, en outre, à ce qui a été dit précédemment s'agissant de son état de santé, le moyen tiré de ce que la décision fixant le pays de destination méconnaîtrait les stipulations de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés doit être écarté.

18. Il résulte de ce qui précède que M. A n'est pas fondé à soutenir que les décisions du 10 janvier 2024 de la préfète du Rhône sont entachées d'illégalité et à en demander l'annulation. Dès lors, ses conclusions à fin d'annulation ainsi que, par voie de conséquence, ses conclusions aux fins d'injonction et d'astreinte et celles tendant à la mise en œuvre des dispositions combinées de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 doivent être rejetées.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de M. A est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. B A et à la préfète du Rhône.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 2 avril 2024.

La magistrate désignée,

M. Fullana ThevenetLa greffière,

S. Lecas

La République mande et ordonne à la préfète du Rhône en ce qui la concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition,

Un greffier,

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