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AccueilJurisprudence administrativeN° TA69-2400644

Tribunal Administratif de Lyon — Décision N° TA69-2400644

mercredi 10 juillet 2024

JuridictionTribunal Administratif de Lyon
SectionTribunal Administratif de Lyon
N° DossierTA69-2400644
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation7ème chambre
Avocat requérantSCP COUDERC ZOUINE

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 22 janvier 2024, Mme A D, représentée par la SCP Couderc-Zouine, demande au tribunal :

1°) d'annuler les décisions du 20 avril 2023 par lesquelles la préfète du Rhône lui a refusé la délivrance d'un titre de séjour, l'a obligée à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays à destination duquel elle pourra être éloignée d'office ;

2°) d'enjoindre à la préfète du Rhône, dans le délai de deux mois, de lui délivrer un titre de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " ou " étudiant ", et de la munir sans délai d'un récépissé de sa demande l'autorisant à travailler ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 200 euros hors taxes, au titre des dispositions combinées de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 991, à verser à son conseil, à charge pour celui-ci de renoncer à percevoir la part contributive de l'Etat.

Elle soutient que :

1°) s'agissant de la décision portant refus de séjour :

- elle est entachée d'incompétence de l'auteur de l'acte ;

- elle est entachée d'une erreur de droit dès lors qu'il appartenait au préfet de faire usage de l'exemption de visa de long séjour prévue par les dispositions de l'article L. 422-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation ;

- elle méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

2°) s'agissant de la décision portant obligation de quitter le territoire français :

- elle est illégale par exception d'illégalité de la décision portant refus de séjour ;

- elle méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation ;

3°) s'agissant des décisions fixant le délai de départ volontaire et le pays de destination : elles sont illégales par exception d'illégalité des décisions portant refus de séjour et obligation de quitter le territoire français.

La requête a été communiquée à la préfète du Rhône, qui n'a pas produit d'observations.

Par une ordonnance du 15 avril 2024, la clôture de l'instruction a été fixée au 6 mai 2024.

Mme D a été admise au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 7 décembre 2023.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968 modifié ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

La présidente de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience le rapport de Mme Jourdan et les observations de Me Lefevre pour la requérante.

Considérant ce qui suit :

1. Mme D, ressortissante algérienne, née le 28 septembre 1998, est entrée en France, le 10 août 2017, munie de son passeport revêtu d'un visa de long séjour valant titre de séjour et portant la mention " étudiant ". Son titre a été régulièrement renouvelé jusqu'au 13 septembre 2020. Le 10 mai 2022, l'intéressée a sollicité la délivrance d'un nouveau titre de séjour portant la mention " étudiant ". Par des décisions du 20 avril 2023 dont la requérante demande au tribunal de prononcer l'annulation, la préfète du Rhône lui a refusé la délivrance d'un titre de séjour, l'a obligée à quitter le territoire français dans un délai de trente jours, et a fixé le pays à destination duquel elle pourra être éloignée d'office.

2. Les décisions attaquées, en date du 20 avril 2023, ont été signées par Mme C E, directrice des migrations et de l'intégration, qui a reçu délégation à cet effet par un arrêté de la préfète du Rhône, en date du 29 mars 2023 régulièrement publié au recueil des actes administratifs spécial de la préfecture le 31 mars 2023, accessible tant au juge qu'aux parties. Par suite, le moyen tiré de l'incompétence de l'auteur de l'acte manque en fait et doit être écarté.

En ce qui concerne la décision portant refus de séjour :

3. En premier lieu, il résulte des termes mêmes de la décision critiquée que, pour refuser de délivrer un certificat de résidence portant la mention " étudiant " à Mme D, la préfète du Rhône a pris en considération l'ensemble de la situation de l'intéressée et ne s'est pas estimée liée par la circonstance que celle-ci ne justifiait pas être en possession d'un visa de long séjour. En outre, et en tout état de cause, dès lors que l'accord franco-algérien de 1968 régit, de manière pleine et entière, les conditions de séjour des ressortissants algériens, Mme D ne saurait utilement se prévaloir de la méconnaissance des dispositions de l'article L. 422-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Ainsi, le moyen tiré de l'erreur de droit doit être écarté.

4. En deuxième lieu, aux termes du titre III du protocole annexé à l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968 susvisé : " Les ressortissants algériens qui suivent un enseignement, un stage ou font des études en France et justifient de moyens d'existence suffisants (bourses ou autres ressources) reçoivent, sur présentation, soit d'une attestation de pré-inscription ou d'inscription dans un établissement d'enseignement français, soit d'une attestation de stage, un certificat de résidence valable un an, renouvelable et portant la mention " étudiant " ou " stagiaire ". ". Aux termes de l'article 9 du même accord : " Pour être admis à entrer et séjourner plus de trois mois sur le territoire français au titre des articles 4, 5, 7, 7 bis al. 4 (lettre c et d) (a à d) et du titre III du protocole, les ressortissants algériens doivent présenter un passeport en cours de validité muni d'un visa de long séjour délivré par les autorités françaises. ".

5. Mme D soutient qu'au regard du suivi médical dont elle a bénéficié après avoir " décroché " au moment de la crise sanitaire ainsi que du réel sérieux et de la grande motivation dont elle a fait preuve, qui lui ont, au demeurant, permis de valider une première année de licence " sciences de la vie " et de poursuivre en deuxième année, en refusant de lui délivrer un certificat de résidence portant la mention " étudiant ", la préfète du Rhône a entaché sa décision d'une " erreur manifeste d'appréciation ". Toutefois, en l'absence de tout relevé de notes et d'attestation d'assiduité pour la période allant de 2017 et 2020, au cours de laquelle elle disposait pourtant d'un titre de séjour portant la mention " étudiant ", en dépit de son isolement lors de la crise sanitaire, Mme D ne peut soutenir que la préfète du Rhône aurait fait une inexacte application des stipulations susmentionnées de l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968 modifié, l'absence de progression dans les études ne pouvant être davantage justifiée par l'attestation d'un médecin généraliste faisant état de consultations de médecine générale ayant eu lieu entre les mois de février 2021 et mars 2023. Ces éléments n'établissent pas davantage que l'état de santé de la requérante aurait été incompatible avec la poursuite de ses études. Enfin, si l'intéressée présente une inscription en deuxième année de licence " sciences de la vie " au titre de l'année universitaire 2023-2024, celle-ci est toutefois postérieure à la décision attaquée et ne suppose, en tout état de cause, que la validation de sa première année de licence depuis son entrée en France en 2017. Ainsi, le moyen tiré de l'inexacte application des stipulations susmentionnées de l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968 modifié doit être écarté.

6. En troisième lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. (). ".

7. Mme D fait état de ce qu'elle est arrivée sur le territoire national en 2017, de la présence régulière sur le territoire de son frère et de sa sœur, de sa scolarité désormais sérieuse et assidue, ainsi que des liens particuliers qu'elle a tissés sur le territoire national. Toutefois, l'intéressée n'était entrée en France que pour suivre des études supérieures et s'y est cependant maintenue au-delà de la durée de validité de son dernier titre de séjour. Il est constant que ses parents vivent en Algérie où elle ne se trouvera dès lors pas en situation d'isolement, la décision attaquée ne la privant pas de la possibilité de maintenir des liens avec sa famille présente en France. Par ailleurs, il ne ressort pas des pièces du dossier que la requérante aurait noué des liens particulièrement intenses et pérennes en France où elle demeure célibataire et sans charge de famille et qu'ainsi, elle ne pourrait poursuivre sa vie privée et familiale en Algérie où elle a passé l'essentiel de son existence. Par suite, Mme D n'est pas fondée à soutenir que la décision attaquée aurait porté une atteinte disproportionnée à son droit au respect de sa vie privée et familiale en France au regard des buts poursuivis. Le moyen tiré de la méconnaissance des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales doit dès lors, être écarté ainsi que celui tiré de l'erreur manifeste d'appréciation au soutien duquel la requérante ne soulève aucune argumentation particulière.

En ce qui concerne la décision portant obligation de quitter le territoire français :

8. En premier lieu, en l'absence d'illégalité de la décision portant refus de séjour, le moyen tiré de cette illégalité et soulevé par voie d'exception à l'encontre de la décision portant obligation de quitter le territoire français, doit être écarté.

9. En deuxième lieu, le moyen tiré de la méconnaissance des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales doit être écarté pour les mêmes motifs que ceux énoncés précédemment.

En ce qui concerne les décisions fixant le délai de départ volontaire et le pays de destination :

10. En l'absence d'illégalité des décisions portant refus de titre de séjour et obligation de quitter le territoire français, le moyen tiré de l'illégalité de ces décisions et soulevé par voie d'exception à l'encontre des décisions fixant le délai de départ volontaire et le pays de destination doit être écarté.

11. Il résulte de l'ensemble de ce qui précède que cette requête doit être rejetée, en ce comprises les conclusions aux fins d'annulation, d'injonction, d'astreinte et au titre des frais exposés et non compris dans les dépens.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de Mme D est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à Mme A D et à la préfète du Rhône.

Délibéré après l'audience du 21 juin 2024, à laquelle siégeaient :

Mme Jourdan, présidente,

Mme Rizzato, première conseillère,

M. Gueguen, conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 10 juillet 2024.

La présidente,

D. Jourdan

L'assesseure la plus ancienne

dans l'ordre du tableau,

C. Rizzato

La greffière,

I. Rignol

La République mande et ordonne à la préfète du Rhône en ce qui la concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition,

Un greffier,

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