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AccueilJurisprudence administrativeN° TA69-2400645

Tribunal Administratif de Lyon — Décision N° TA69-2400645

mercredi 10 juillet 2024

JuridictionTribunal Administratif de Lyon
SectionTribunal Administratif de Lyon
N° DossierTA69-2400645
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation7ème chambre
Avocat requérantDEME

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 23 janvier 2024, M. E F A C, représenté par Me Deme, demande au tribunal :

1°) de l'admettre au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire ;

2°) d'annuler les décisions du 7 décembre 2023 par lesquelles la préfète du Rhône lui a refusé la délivrance d'un titre de séjour et lui a fait obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours ;

3°) d'enjoindre à la préfète du Rhône, dans un délai d'un mois à compter de la notification du jugement à intervenir :

- à titre principal, de lui délivrer un titre de séjour portant la mention " étudiant " ;

- à titre subsidiaire, de procéder au réexamen de sa situation et de lui délivrer, sans délai, une autorisation provisoire de séjour l'autorisant à travailler ;

4°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 800 euros au titre des dispositions combinées de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991, à verser à son conseil sous réserve qu'il renonce à percevoir la part contributive de l'Etat.

Il soutient que :

En ce qui concerne l'ensemble des décisions attaquées :

- elles ont été signées par une autorité incompétente ;

- elles sont insuffisamment motivées en fait au regard des dispositions des articles L. 211-2 et L. 211-5 du code des relations entre le public et l'administration ;

- elles sont entachées d'un défaut d'examen sérieux et particulier de sa situation.

En ce qui concerne la décision lui refusant un titre de séjour :

- elle méconnait les dispositions de l'article L. 422-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ainsi que la circulaire du 7 octobre 2008 et est entachée d'erreur manifeste d'appréciation ;

La requête a été communiquée à la préfète du Rhône, qui n'a pas produit d'observations.

Par une ordonnance du 15 avril 2024, la clôture de l'instruction a été fixée au 6 mai 2024.

M. A C a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle partielle par une décision du 10 février 2023.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- le code de justice administrative.

La présidente de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience ;

Le rapport de Mme Jourdan a été entendu au cours de l'audience publique.

Considérant ce qui suit :

1. M. A C, ressortissant tchadien, né le 12 août 2000, est entré en France le 23 octobre 2020 sous couvert d'un passeport revêtu d'un visa long séjour afin d'y poursuivre des études supérieures. Son titre a été régulièrement renouvelé jusqu'au 30 novembre 2022. Le 6 janvier 2023, l'intéressé a sollicité le renouvellement de son titre de séjour portant la mention " étudiant ". Par des décisions du 7 décembre 2023 dont le requérant demande au tribunal de prononcer l'annulation, la préfète du Rhône lui a refusé la délivrance d'un titre de séjour, l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours, et a fixé le pays à destination duquel il pourra être éloigné d'office.

Sur l'admission au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire :

2. M. A C ayant été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle partielle par une décision du 22 mars 2024, il n'y a plus lieu de statuer sur sa demande.

En ce qui concerne les moyens communs aux décisions attaquées :

3. En premier lieu, les décisions attaquées ont été signées par Mme B D, directrice des migrations et de l'intégration, qui disposait d'une délégation consentie à cet effet par un arrêté de la préfète du Rhône du 30 novembre 2023 régulièrement publié le lendemain au recueil des actes administratifs spécial de la préfecture, accessible tant au juge qu'aux parties. Par suite, le moyen tiré de l'incompétence de l'auteur des décisions attaquées doit être écarté.

4. En deuxième lieu, les décisions par lesquelles la préfète du Rhône a rejeté la demande de titre de séjour présentée par M. A C, l'a obligé à quitter le territoire français dans le délai d'un mois et a fixé le pays de destination, qui mentionnent la convention européenne de sauvegarde des droits de l'Homme et des libertés fondamentales, le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile mais également les circonstances relatives à la situation personnelle du requérant comportent ainsi l'énoncé des éléments de droit et de fait qui en constituent le fondement et satisfont dès lors aux exigences de motivation résultant des dispositions des articles L. 211-2 et suivants du code des relations entre le public et l'administration. Le moyen tiré du défaut de motivation doit, dès lors, être écarté.

5. En troisième lieu, il ne ressort ni des termes de la décision attaquée ni d'aucune autre pièce du dossier que la préfète du Rhône, qui n'avait pas à énoncer l'ensemble des éléments de la situation de M. A C, n'aurait pas procédé à un examen particulier de la situation de l'intéressé préalablement à l'édiction des décisions contestées. Par suite, le moyen tiré de l'erreur de droit en l'absence d'un tel examen, doit être écarté.

En ce qui concerne la décision portant refus d'admission au séjour :

6. Aux termes de l'article L. 422-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger qui établit qu'il suit un enseignement en France ou qu'il y fait des études et qui justifie disposer de moyens d'existence suffisants se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " étudiant " d'une durée inférieure ou égale à un an. () ". Il appartient à l'administration, saisie d'une demande de renouvellement de titre de séjour présentée en qualité d'étudiant, de rechercher, à partir de l'ensemble du dossier et notamment au regard de sa progression dans le cursus universitaire, de son assiduité aux cours et de la cohérence de ses choix d'orientation, si le demandeur peut être regardé comme poursuivant effectivement ses études.

7. Pour refuser de renouveler le titre de séjour de M. A C, la préfète du Rhône s'est fondée sur la circonstance que M. A C, à son arrivée en France, s'est inscrit en qualité d'auditeur libre à l'université Lyon 2, formation qui n'était pas celle qu'il avait déclarée pour l'obtention de son visa et qui ne lui conférait pas la qualité d'étudiant, et que l'intéressé en justifiait par la délivrance tardive de son visa l'ayant empêché de s'inscrire en licence histoire à l'université Caen Normandie. La préfète a également relevé que l'intéressé s'était inscrit, au titre des années 2021/2022, 2022/2023, puis 2023/2024, en première année de licence de droit à l'université Lyon 2, mais qu'il n'avait validé aucun diplôme. Si M. A C se prévaut de ce qu'il a suivi avec assiduité ses cours de licence et qu'il s'est présenté aux examens, ce dont il justifie par les relevés de notes versés aux débats, ses résultats très faibles et l'absence d'obtention de diplômes caractérisent une absence de progression et de sérieux dans le suivi de ses études, les relevés précités mettant en évidence la seule validation de quatre unités d'enseignement en deux ans. Par ailleurs, si M. A C fait état de plusieurs problèmes auriculaires dont une surdité qui s'aggrave progressivement, il ne ressort cependant pas des certificats médicaux qu'il produit des 17 décembre 2020, 10 mars 2021, 11 juin 2021, 2 juillet 2021, et 2 janvier 2024, que son état de santé aurait été incompatible avec la poursuite d'études supérieures au cours des années universitaires 2021-2022 et 2022-2023. Le requérant ne justifie pas davantage de la réalité des difficultés économiques dont il allègue avoir été victime ni de leur impact sur ses études. Enfin, il ne peut utilement invoquer la circulaire du 7 octobre 2008 qui est dépourvue de valeur réglementaire. Par suite, la préfète du Rhône n'a pas méconnu les dispositions de l'article L. 422-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, ni commis d'erreur manifeste d'appréciation en refusant de lui accorder un titre de séjour en qualité d'étudiant.

8. Il résulte de ce qui précède que la requête de M. A C doit ainsi être rejetée, en ce comprises ses conclusions aux fins d'annulation, d'injonction sous astreinte et celles présentées au titre des frais liés au litige.

D É C I D E

Article 1er : Il n'y a plus lieu de statuer sur la demande d'admission à l'aide juridictionnelle provisoire.

Article 2 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. E F A C et à la préfète du Rhône.

Délibéré après l'audience du 21 juin 2024, à laquelle siégeaient :

Mme Jourdan, présidente,

Mme Rizzato, première conseillère,

M. Gueguen, conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 10 juillet 2024.

La présidente,

D. Jourdan

L'assesseure la plus ancienne,

C. Rizzato

La greffière,

I. Rignol

La République mande et ordonne à la préfète du Rhône en ce qui la concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition,

Un greffier,

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