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AccueilJurisprudence administrativeN° TA69-2400706

Tribunal Administratif de Lyon — Décision N° TA69-2400706

vendredi 26 janvier 2024

JuridictionTribunal Administratif de Lyon
SectionTribunal Administratif de Lyon
N° DossierTA69-2400706
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationD
FormationELOIGNEMENT
Avocat requérantBOUCHET

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 24 janvier 2024, M. A demande au Tribunal :

1°) de l'admettre provisoirement au bénéfice de l'aide juridictionnelle ;

2°) d'annuler les décisions du 23 janvier 2024 par lesquelles le préfet de la Savoie l'a obligé à quitter le territoire français sans délai, en fixant le pays de destination, et l'a interdit de retour pendant un an ;

3°) de mettre à la charge de l'État la somme de 1 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative, à verser à son conseil sous réserve qu'il renonce à la part contributive de l'Etat en application de l'article 37 de la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991.

Il soutient que :

- les décisions sont entachées insuffisamment motivées et illégales en l'absence d'examen particulier de sa situation ;

- la décision portant obligation de quitter le territoire et celle fixant le pays de destination sont entachée d'erreur manifeste d'appréciation, l'autorité administrative devant prendre une décision de remise dans sa situation, en application de l'article L. 621-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la décision lui refusant un délai de départ volontaire méconnait l'article L. 612-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la décision lui interdisant le retour en France est illégale en raison de l'illégalité, par voie d'exception, de la mesure d'éloignement, et méconnait les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code précité.

La présidente du tribunal a désigné M. Reymond-Kellal, premier conseiller, pour statuer sur les requêtes relevant de l'article L. 614-7 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

Vu :

- la désignation d'office de Me Bouchet,

- la prestation de serment de Mme B, interprète en langue bengali,

- les décisions attaquées et les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile,

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991,

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Après avoir, au cours de l'audience publique, présenté son rapport et entendu :

- les observations de Me Bouchet pour le requérant, qui conclut aux mêmes fins que la requête en soutenant les mêmes moyens ;

- les déclarations de M. A, assisté de Mme B, qui confirme qu'il a été " reconduit " à la frontière par les autorités de la police italienne ;

- et les observations de Me Renaud-Akni, substituant Me Tomasi, pour le préfet de la Savoie, qui conclut au rejet de la requête en soutenant que les moyens ne sont pas fondés.

Considérant ce qui suit :

1. M. A, ressortissant bangladais né en 1991, est entré pour la première fois en France en 2019. Sa demande d'asile a été rejetée par l'OFPRA le 31 janvier 2020, puis par la CNDA le 16 juin 2020. Il a fait l'objet d'une obligation de quitter le territoire français dans un délai de 30 jours par décisions du préfet du Val d'Oise du 13 mars 2023. Le 22 janvier 2024, il a été interpellé par le service de la police aux frontières italienne alors qu'il circulait à bord d'un véhicule en provenance de France, lequel l'a remis aux autorités française. Par décisions du 23 janvier 2024, le préfet de la Savoie l'a obligé à quitter le territoire français sans délai, en fixant le pays de destination, et l'a interdit de retour pendant un an. Placé en rétention en vue de l'exécution de cette mesure d'éloignement, M. A demande l'annulation de ces décisions.

Sur l'aide juridictionnelle :

2. En raison de l'urgence résultant de l'application des dispositions de l'article L. 614-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, il y a lieu d'admettre M. A au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire sur le fondement des dispositions de l'article 20 de la loi du 10 juillet 1991 susvisée.

Sur le surplus des conclusions :

En ce qui concerne les moyens communs :

3. Les décisions attaquées indiquent les considérations de droit et de fait qui en constituent le fondement. Celles-ci permettent d'en comprendre le sens et d'en contester utilement le bien fondé. Elles sont ainsi suffisamment motivées alors même qu'elles ne mentionnent pas l'ensemble des éléments de la situation personnelle de l'intéressé puisqu'ils ne constituent pas le fondement de ces décisions. En outre, il ressort de la motivation des décisions et des éléments produits par le préfet de la Savoie dans l'instance qu'il a procédé à un examen de la situation personnelle de M. A préalablement à leur édiction.

En ce qui concerne l'obligation de quitter le territoire français :

4. Il ressort des pièces du dossier que la reconnaissance de la qualité de réfugié ou le bénéfice de la protection subsidiaire a été définitivement refusé à M. A. Il ne justifie d'aucune décision des autorités italiennes l'admettant à entrer ou à séjourner sur le territoire de cet Etat, ni n'était en provenance directe de celui-ci lorsqu'il a été interpellé. Au demeurant, les autorités italiennes ont manifestement refusé son entrée sur leur territoire en le remettant à la police de l'air et des frontières française lorsqu'il a tenté de franchir la frontière. Dès lors, le requérant entre dans le champ d'application du 4° de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers, autorisant l'édiction d'une obligation de quitter le territoire dans cette situation, sans qu'il puisse revendiquer un droit à la réadmission prévue par l'article L. 621-1 du même code. Il n'apparait pas, par ailleurs, que la mesure d'éloignement est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation quant à ses conséquences sur sa situation personnelle, malgré ses démarches tendant à déposer une demande de régularisation en Italie.

En ce qui concerne le délai de départ volontaire :

5. Le 3° de l'article L. 612-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile dispose que l'autorité administrative peut refuser l'octroi d'un délai de départ volontaire lorsque le comportement de l'étranger présente un risque de se soustraire à la mesure d'éloignement dont il fait l'objet. Selon les dispositions des 5° et 8° de l'article L. 612-3 du même code, une telle situation peut résulter, sauf circonstance particulière, de la soustraction à une précédente mesure d'éloignement et de l'absence de garanties suffisantes de représentation, notamment parce que l'étranger ne peut justifier d'une résidence effective et permanente dans un local affecté à son habitation principale.

6. Il ressort des pièces du dossier que M. A ne peut être regardé comme ayant exécuté la précédente mesure d'éloignement dès lors qu'il est constant qu'il n'a pas franchi de frontières extérieures des Etats parties à la convention dite de C, conformément à l'article R. 711-1 du code précité. De plus, le requérant, qui indique multiplier les aller-retours entre la France et l'Italie alors qu'il ne dispose d'aucun droit de séjour dans l'un ou l'autre Etat, ne justifie d'aucune résidence identifiable sur le territoire. Le préfet de la Savoie, qui ne s'est pas borné à appliquer les dispositions précitées sans examiner sa situation, n'a commis aucune erreur d'appréciation en refusant un délai de départ volontaire après avoir estimé que le comportement de M. A présentait un risque de fuite qui n'était pas levé par des circonstances particulières.

En ce qui concerne le pays de destination :

7. Il est constant que M. A est un ressortissant bangladais qui ne justifie d'aucun droit au séjour en Italie et que sa demande d'asile a été définitivement rejetée, sans qu'il produise d'éléments nouveaux depuis. La décision fixant le pays dont il a la nationalité comme pays de destination de la mesure d'éloignement n'est, dès lors, entachée d'aucune erreur d'appréciation.

En ce qui concerne l'interdiction de retour :

8. Aux termes de l'article L. 612-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Lorsqu'aucun délai de départ volontaire n'a été accordé à l'étranger, l'autorité administrative assortit la décision portant obligation de quitter le territoire français d'une interdiction de retour sur le territoire français. Des circonstances humanitaires peuvent toutefois justifier que l'autorité administrative n'édicte pas d'interdiction de retour. () ". Aux termes de l'article L. 612-10 du même code : " Pour fixer la durée des interdictions de retour () l'autorité administrative tient compte de la durée de présence de l'étranger sur le territoire français, de la nature et de l'ancienneté de ses liens avec la France, de la circonstance qu'il a déjà fait l'objet ou non d'une mesure d'éloignement et de la menace pour l'ordre public que représente sa présence sur le territoire français. () ".

9. Il résulte des dispositions précitées qu'en l'absence de circonstances humanitaires et compte tenu du refus d'accorder un délai de départ volontaire à M. A, le préfet de la Savoie devait assortir la mesure d'éloignement d'une interdiction de retour en France. Eu égard aux éléments indiqués aux points 4 et 6 précédents, et en l'absence d'attaches familiales en France ou en Italie puisque le requérant a lui-même indiqué que ses parents et sa fraterie résident dans son pays d'origine, le préfet de la Savoie a pu légalement fixer la durée de l'interdiction de retour à un an. La circonstance que cette décision implique son signalement dans le fichier de non-admission dit C ne l'entache pas davantage d'illégalité.

10. Il résulte de tout ce qui précède que M. A n'est pas fondé à demander l'annulation des décisions du 23 janvier 2024. Ses conclusions en ce sens, ainsi que celles accessoires, doivent, par conséquent, être rejetées.

D E C I D E :

Article 1er : M. A est provisoirement admis à l'aide juridictionnelle.

Article 2 : Le surplus des conclusions de la requête de M. A est rejeté.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. A et au préfet de la Savoie.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 26 janvier 2024.

Le magistrat désigné,

R. Reymond-Kellal

La greffière,

E. Gros

La République mande et ordonne au préfet de la Savoie en ce qui le concerne ou à tous commissaire de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition,

Un greffier,

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