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AccueilJurisprudence administrativeN° TA69-2400728

Tribunal Administratif de Lyon — Décision N° TA69-2400728

mardi 16 septembre 2025

JuridictionTribunal Administratif de Lyon
SectionTribunal Administratif de Lyon
N° DossierTA69-2400728
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
Formation4ème chambre
Avocat requérantIDCHAR

Résumé IA

Le Tribunal Administratif de Lyon a rejeté la requête de Mme A, ressortissante comorienne, qui contestait le refus du préfet de la Loire de lui renouveler un titre de séjour. La requérante invoquait notamment sa qualité de mère d'un enfant français et la méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme. Le tribunal a estimé que le préfet avait procédé à un examen sérieux de sa situation et a jugé que, conformément à l'article L. 441-8 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, le titre de séjour délivré à Mayotte ne l'autorisait pas à séjourner sur le reste du territoire français sans autorisation spéciale. Par conséquent, la demande d'annulation de l'arrêté préfectoral a été rejetée.

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 25 janvier 2024, Mme D A, représentée par Me Idchar, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 29 septembre 2023 par lequel le préfet de la Loire a refusé de lui délivrer un titre de séjour ;

2°) d'enjoindre à la préfète de la Loire de lui délivrer un titre de séjour mention " vie privée et familiale " ;

3°) de mettre à la charge de l'État une somme de 1 500 euros à lui verser en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- l'arrêté attaqué est entaché d'un défaut d'examen sérieux et particulier de sa situation personnelle ;

- il méconnait l'article L. 423-7 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile compte-tenu de sa qualité de mère d'un enfant français ;

- il méconnait l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- il méconnait le paragraphe 1 de l'article 3 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant.

Par un mémoire en défense, enregistré le 14 février 2025, le préfet de la Loire conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir qu'aucun des moyens de la requête n'est fondée.

Par une décision du bureau d'aide juridictionnelle n°2023/008945 du 21 décembre 2023, la demande d'aide juridictionnelle de Mme A a été rejetée.

Vu l'arrêté attaqué et les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention internationale relative aux droits de l'enfant ;

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- la loi n°91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le président de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Le rapport de Mme C, magistrate rapporteure, a été entendu au cours de l'audience publique.

Les parties n'étaient ni présentes, ni représentées.

Considérant ce qui suit :

1. Mme A, ressortissante comorienne née le 9 mai 1983, est entrée en France métropolitaine en 2022 sans plus de précisions, accompagnée de son enfant mineur, de nationalité française, alors qu'elle était titulaire d'un titre de séjour valide dans le département de Mayotte jusqu'au 6 octobre 2022. Elle a sollicité le 5 juillet 2023 le renouvellement de son titre de séjour en se prévalant de sa qualité de parent d'enfant français. Par un arrêté du 29 septembre 2023, dont Mme A demande l'annulation, le préfet de la Loire a refusé de lui renouveler son titre de séjour.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

2. En premier lieu, il ne ressort ni des termes de l'arrêté contesté, suffisamment circonstanciés, ni d'aucune autre pièce du dossier que le préfet de la Loire n'aurait pas procédé à un examen sérieux et particulier de la situation personnelle, administrative, et familiale de Mme A. Par suite, le moyen tiré du défaut d'examen particulier de la situation de la requérante doit être écarté.

3. En deuxième lieu, d'une part, le premier alinéa de l'article L. 441-8 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile limite la validité territoriale des titres de séjour délivrés à Mayotte, en disposant que " les titres de séjour délivrés par le représentant de l'Etat à Mayotte, à l'exception des titres délivrés en application des dispositions des articles L. 121-3, L. 313-41, L. 313-8, du 6° de l'article L. 313-10, de l'article L. 313-13 et du chapitre IV du titre Ier du livre III, n'autorisent le séjour que sur le territoire de Mayotte ". En vertu du deuxième alinéa du même article, " les ressortissants de pays figurant sur la liste, annexée au règlement (CE) n° 539/2001 du Conseil du 15 mars 2001 fixant la liste des pays tiers dont les ressortissants sont soumis à l'obligation de visa pour franchir les frontières extérieures des Etats membres, qui résident régulièrement à Mayotte sous couvert d'un titre de séjour n'autorisant que le séjour à Mayotte et qui souhaitent se rendre dans un autre département, une collectivité régie par l'article 73 de la Constitution ou à Saint-Pierre-et-Miquelon doivent obtenir une autorisation spéciale prenant la forme d'un visa apposé sur leur document de voyage. Ce visa est délivré, pour une durée et dans des conditions définies par décret en Conseil d'Etat, par le représentant de l'Etat à Mayotte après avis du représentant de l'Etat dans le département ou de la collectivité régie par l'article 73 de la Constitution ou de Saint-Pierre-et-Miquelon où ils se rendent, en tenant compte notamment du risque de maintien irrégulier des intéressés hors du territoire de Mayotte et des considérations d'ordre public ".

4. Ces dispositions instituent une autorisation spéciale, délivrée par le représentant de l'État à Mayotte, que doit obtenir l'étranger titulaire d'un titre de séjour délivré à Mayotte dont la validité est limitée à ce département, lorsqu'il entend se rendre dans une autre partie du territoire national, y compris s'il est membre de la famille d'un citoyen français. Elles font obstacle à ce qu'un étranger titulaire d'un titre de séjour délivré à Mayotte puisse, s'il gagne une autre partie du territoire national sans avoir obtenu cette autorisation spéciale, prétendre dans cette autre partie du territoire à la délivrance d'un titre de séjour selon les conditions de droit commun.

5. Les dispositions précitées de l'article L. 441-8, qui subordonnent ainsi l'accès aux autres départements de l'étranger titulaire d'un titre de séjour délivré à Mayotte à l'obtention de cette autorisation spéciale, font obstacle à ce que cet étranger, s'il gagne un autre département sans avoir obtenu cette autorisation, puisse prétendre dans cet autre département à la délivrance d'un titre de séjour dans les conditions de droit commun et en particulier de plein droit de la carte de séjour temporaire telle que prévue à l'article L. 423-7 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

6. Il s'ensuit que, dès lors que la requérante ne conteste pas être entrée sur le territoire métropolitain de la France durant l'année 2022, sans être titulaire du visa prévu par les dispositions précitées de l'article L. 441-8 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, le préfet de la Loire a pu, sans méconnaître ces dispositions ni celles de l'article L. 423-7 du même code, refuser à Mme A une carte de séjour temporaire en qualité de parent d'enfant français au motif qu'elle ne détenait pas, lors du dépôt de sa demande de titre, de visa de court séjour délivré à Mayotte pour le franchissement de la frontière extérieure de l'espace Schengen.

7. En troisième lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. / 2. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui. ".

8. Il ressort des pièces du dossier que Mme A résidait depuis environ un an sur le territoire métropolitain à la date de la décision attaquée, après avoir vécu dans le département de Mayotte depuis au moins l'année 2018. Si la requérante est mère d'un enfant de nationalité française, né le 25 mai 2018 à Mayotte, le refus de séjour en litige n'a ni pour objet ni pour effet de séparer Mme A de son enfant. Par ailleurs, le père de son enfant, de nationalité française est resté sur le territoire mahorais. La requérante produit des certificats de scolarité et photo de classe de son enfant à l'école publique de Firminy et verse aux débats plusieurs factures d'achat de vêtements, de denrées alimentaires, mais également des factures de restauration scolaire pour son fils. Toutefois, l'ensemble de ces éléments sont insuffisants pour démontrer l'existence d'une insertion socio-professionnelle en France métropolitaine, que Mme A n'invoque d'ailleurs pas particulièrement, et considérer que l'intéressée a fixé le centre de ses intérêts personnels et familiaux sur le territoire métropolitain. Dans ces conditions, le préfet de la Loire n'a pas porté une atteinte disproportionnée au droit de Mme A à mener une vie privée et familiale normale en refusant de lui délivrer un titre de séjour et le moyen tiré de la méconnaissance des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales doit ainsi être écarté.

9. En dernier lieu, aux termes du paragraphe 1 de l'article 3 de la convention internationale des droits de l'enfant : " Dans toutes les décisions qui concernent les enfants, qu'elles soient le fait d'institutions publiques ou privées de protection sociale, des tribunaux, des autorités administratives ou des organes législatifs, l'intérêt supérieur de l'enfant doit être une considération primordiale. ". Il résulte de ces stipulations que, dans l'exercice de son pouvoir d'appréciation, l'autorité administrative doit accorder une attention primordiale à l'intérêt supérieur des enfants dans toutes les décisions les concernant. Elles sont applicables non seulement aux décisions qui ont pour objet de régler la situation personnelle d'enfants mineurs mais aussi à celles qui ont pour effet d'affecter, de manière suffisamment directe et certaine, leur situation.

10. Si Mme A fait valoir que son enfant né en 2018 à Mayotte est scolarisé dans un établissement scolaire à Firminy et produit des certificats de scolarité pour les années 2022/2023 et 2023/2024, la décision attaquée n'ayant ni pour effet ni pour objet de le séparer de sa mère, ni de mettre fin à sa scolarisation en France, le moyen tiré de la méconnaissance des stipulations du paragraphe 1 de l'article 3 de la convention internationale des droits de l'enfant doit être écarté.

11. Il résulte de tout ce qui précède que Mme A n'est pas fondée à demander l'annulation de l'arrêté du 29 septembre 2023 par lequel le préfet de la Loire a refusé de lui renouveler son titre de séjour mention " vie privée et familiale ". Ses conclusions à fin d'annulation doivent donc être rejetées, de même que ses conclusions à fin d'injonction sous astreintes et celles présentées sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de Mme A est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à Mme D A, à la préfète de la Loire.

Délibéré après l'audience du 4 septembre 2025, à laquelle siégeaient :

M. Marc Clément, président,

Mme Aurélie Duca, première conseillère,

Mme Ludivine Journoud, conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 16 septembre 2025.

La rapporteure,

L. C

Le président,

M. B

Le greffier,

J. Billot

La République mande et ordonne à la préfète de la Loire en ce qui la concerne et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

Un greffier.

N°2400728

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