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AccueilJurisprudence administrativeN° TA69-2400757

Tribunal Administratif de Lyon — Décision N° TA69-2400757

mardi 6 février 2024

JuridictionTribunal Administratif de Lyon
SectionTribunal Administratif de Lyon
N° DossierTA69-2400757
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
FormationELOIGNEMENT
Avocat requérantCLEMENT

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une ordonnance n° 2400578 du 25 janvier 2024, le magistrat désigné du tribunal administratif de Bordeaux a transmis au tribunal administratif de Lyon, en application des articles R. 776-12-12 et R. 776-15 du code de justice administrative, le dossier de la requête présentée pour M. B.

Par cette requête initialement enregistrée le 23 janvier 2024 au greffe du tribunal administratif de Bordeaux sous le n° 2400578, puis le 25 janvier 2024 au greffe du tribunal administratif de Lyon sous le n°2400757, M. C B, représenté par Me Edjimbi, demande au tribunal :

1°) d'annuler les décisions du 21 janvier 2024 par lesquelles la préfète du Rhône l'a obligé sans délai à quitter le territoire français, a fixé le pays de destination et lui a interdit de circuler sur le territoire français pour une durée de six mois

2°) de mettre à la charge de l'Etat le versement à son conseil de la somme de 1500 euros sur le fondement des dispositions combinées de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.

Il soutient que :

- les décisions sont entachées d'incompétence ; elles sont insuffisamment motivées ;

- la décision portant obligation de quitter le territoire français est entachée d'une erreur de droit et d'une erreur manifeste d'appréciation ; elle méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ainsi que celles de l'article 3-1 de la convention internationale des droits de l'enfant ;

- la décision de refus de délai de départ volontaire est privée de base légale ; elle est entachée d'erreur manifeste d'appréciation et disproportionnée au regard de sa situation personnelle ;

- la décision fixant le pays de renvoi est privée de base légale ;

- la décision portant interdiction de circuler sur le territoire français est privée de base légale ; elle méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ainsi que celles de l'article 3-1 de la convention internationale des droits de l'enfant ; elle est disproportionnée et entachée d'erreur manifeste d'appréciation.

Par un mémoire en défense, enregistré le 24 janvier 2024, la préfète du Rhône conclut au rejet de la requête.

Elle soutient que les moyens soulevés par le requérant ne sont pas fondés.

Vu les décisions attaquées ;

Vu les autres pièces du dossier ;

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- la convention internationale relative aux droits de l'enfant ;

- la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- le code de justice administrative ;

La présidente du tribunal a délégué les pouvoirs qui lui sont attribués par les articles L. 614-7 à L. 614-13 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile à M. Delahaye.

Les parties, dûment convoquées, ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. Delahaye, magistrat désigné ;

- les observations de Me Clément représentant M. B qui conclut aux mêmes fins que la requête par les mêmes moyens et ajoute que la décision de refus d'octroi d'un délai de départ volontaire est illégale en l'absence d'urgence à éloigner l'intéressé du territoire français et que l'assignation à résidence devra être annulée en raison de l'exception d'illégalité de la mesure d'éloignement.

- les déclarations de M. B, assisté par Mme D, interprète en langue roumaine.

La préfète du Rhône n'étant ni présente, ni représentée.

La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience conformément aux dispositions de l'article R. 776-26 du code de justice administrative.

Considérant ce qui suit :

1. M. C B, ressortissant roumain né le 22 juillet 1983, demande l'annulation des décisions du 21 janvier 2024 par lesquelles la préfète du Rhône l'a obligé sans délai à quitter le territoire français, a fixé le pays de destination et lui a interdit de circuler sur le territoire français pour une durée de six mois. Il demande également à l'audience l'annulation de décision du 24 janvier 2024 par laquelle la préfète du Rhône l'a assigné à résidence.

Sur les moyens communs aux décisions attaquées :

2. En premier lieu, les décisions litigieuses ont été signées par M. E A, sous-préfet de l'arrondissement de Villefranche-sur-Saône, qui disposait d'une délégation de signature à cet effet par arrêté de la préfète du Rhône du 21 août 2023, régulièrement publié le lendemain au recueil des actes administratifs. Par suite, le moyen tiré de l'incompétence des décisions en litige doit être écarté.

3. En second lieu, les décisions attaquées comportent les considérations de droit et de fait qui les fondent et sont, par suite, suffisamment motivées.

Sur l'obligation de quitter le territoire français :

4. Aux termes de l'article L. 251-1 du code de l'entrée et du séjour et des étrangers et du droit d'asile : " L'autorité administrative compétente peut, par décision motivée, obliger les étrangers dont la situation est régie par le présent livre, à quitter le territoire français lorsqu'elle constate les situations suivantes : () 2° Leur comportement personnel constitue, du point de vue de l'ordre public ou de la sécurité publique, une menace réelle, actuelle et suffisamment grave à l'encontre d'un intérêt fondamental de la société () L'autorité administrative compétente tient compte de l'ensemble des circonstances relatives à leur situation, notamment la durée du séjour des intéressés en France, leur âge, leur état de santé, leur situation familiale et économique, leur intégration sociale et culturelle en France, et l'intensité des liens avec leur pays d'origine.". Aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. / 2. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui ". Aux termes de l'article 3-1 de la convention internationale des droits de l'enfant : " Dans toutes les décisions qui concernent les enfants, qu'elles soient le fait d'institutions publiques ou privées de protection sociale, des tribunaux, des autorités administratives ou des organes législatifs, l'intérêt supérieur de l'enfant doit être une considération primordiale ".

5. Pour obliger M. B à quitter le territoire français sur le fondement des dispositions précitées du 2° de l'article L. 251-1 du code de l'entrée et du séjour et des étrangers et du droit d'asile au motif que son comportement constitue une menace réelle, actuelle et suffisamment grave à l'encontre d'un intérêt fondamental de la société, la préfète du Rhône a relevé que l'intéressé a été interpellé et placé en garde à vue le 21 janvier 2024 pour des faits de violence par une personne en état d'ivresse manifeste, conduite d'un véhicule en état d'ivresse manifeste et délit de fuite après un accident par conducteur de véhicule terrestre et qu'il est par ailleurs défavorablement connu des services de police pour des faits de violence sans incapacité, en présence d'un mineur, par une personne étant ou ayant été conjoint, concubin ou partenaire lié à la victime par un pacte civil de solidarité signalisés le 23 janvier 2023, menace de mort ou d'atteinte aux biens dangereuse pour les personnes à l'encontre d'un dépositaire de l'autorité publique signalisés le 3 juillet 2022, de conduite d'un véhicule en état d'ivresse manifeste signalisés les 15 septembre 2019 et 23 avril 2023, de circulation avec un véhicule terrestre à moteur sans assurance signalisés le 14 janvier 2022 et 23 avril 2023, de conduite sans permis signalisés le 7 janvier 2011, de vols signalisés les 15 décembre 2009 et 25 janvier 2015, et de recels signalisés le 8 mars 2010.

6. D'une part, en se bornant à faire valoir qu'il n'a jamais fait l'objet de condamnation pénale, M. B, qui ne conteste pas la matérialité des faits ayant conduit aux nombreux signalements précités, n'établit pas, au regard de la gravité de ces faits et de leur réitération sur une longue période, que la préfète du Rhône aurait commis une erreur de droit ou une erreur d'appréciation en estimant que son comportement personnel constitue, du point de vue de l'ordre public ou de la sécurité publique, une menace réelle, actuelle et suffisamment grave à l'encontre d'un intérêt fondamental de la société au sens des dispositions précitées du 2° de l'article L. 251-1 du code de l'entrée et du séjour et des étrangers et du droit d'asile.

7. D'autre part, M. B fait valoir qu'il vit en concubinage avec sa compagne depuis leur entrée en France en 2000, que leurs deux enfants mineurs de 9 et 10 ans sont scolarisés et qu'il est salarié en qualité d'étancheur dans le cadre d'un contrat à durée indéterminée conclu le 6 avril 2022. Toutefois, M. B, qui se borne à produire à l'instance un contrat de travail récemment conclu le 6 avril 2022, n'établit pas son ancienneté de séjour, ni la présence en France de sa compagne et de ses enfants, ni en tout état de cause sa contribution à l'entretien et à l'éducation de ces derniers, alors qu'il n'établit, ni même n'allègue être dépourvu d'attaches familiales et personnelles dans son pays d'origine. Enfin, ainsi qu'il a été dit précédemment, M. B a été identifié à plusieurs reprises en qualité d'auteur d'infractions graves, dont il ne conteste pas la matérialité quand bien même celles-ci n'ont à ce jour donné lieu à aucune condamnation. Compte tenu de ces éléments, l'intéressé n'est pas fondé à soutenir que la décision litigieuse aurait porté à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée par rapport aux buts en vue desquels elle a été prise, ni qu'elle aurait méconnu l'intérêt supérieur de ses deux enfants. Les moyens tirés de la violation des stipulations précitées doivent par suite être écartés. La décision en litige n'est pas davantage entachée d'erreur manifeste d'appréciation quant à ses conséquences sur la situation personnelle de l'intéressé.

Sur le refus d'octroi d'un délai de départ volontaire :

8. En premier lieu, eu égard à ce qui a été dit précédemment, M. B n'est pas fondé à exciper de l'illégalité de la mesure d'éloignement à l'encontre de la décision lui refusant l'octroi d'un délai de départ volontaire.

9. En second lieu, aux termes de l'article L. 251-3 du code de l'entrée et du séjour et des étrangers et du droit d'asile : " Les étrangers dont la situation est régie par le présent livre disposent, pour satisfaire à l'obligation qui leur a été faite de quitter le territoire français, d'un délai de départ volontaire d'un mois à compter de la notification de la décision. L'autorité administrative ne peut réduire le délai prévu au premier alinéa qu'en cas d'urgence et ne peut l'allonger qu'à titre exceptionnel. ".

10. Il ressort des pièces du dossier qu'eu égard à la gravité des nombreux faits délictueux reprochés à M. B, la préfète du Rhône pu à bon droit estimer, sur le fondement des dispositions précitées de l'article L. 251-3 du code de l'entrée et du séjour et des étrangers et du droit d'asile, qu'il y a urgence à l'éloigner du territoire français et qu'il n'y avait en conséquence pas lieu de lui accorder un délai de départ volontaire. Elle n'est pas davantage entachée d'erreur manifeste d'appréciation quant à ses conséquences sur la situation personnelle de l'intéressé.

Sur la fixation du pays de destination :

11. Eu égard à ce qui a été dit précédemment, M. B n'est pas fondé à se prévaloir de l'illégalité des décisions précédentes à l'encontre de la décision fixant le pays à destination duquel il pourra être reconduit d'office.

Sur l'interdiction de circuler sur le territoire français :

12. En premier lieu, eu égard à ce qui a été dit précédemment, M. B n'est pas fondé à exciper de l'illégalité des mesures précédentes à l'encontre de la décision lui interdisant de circuler sur le territoire français.

13. En second lieu, aux termes de l'article L. 251-4 du code de l'entrée et du séjour et des étrangers et du droit d'asile : " L'autorité administrative peut, par décision motivée, assortir la décision portant obligation de quitter le territoire français édictée sur le fondement des 2° ou 3° de l'article L. 251-1 d'une interdiction de circulation sur le territoire français d'une durée maximale de trois ans. ". Aux termes de l'article L. 251-6 du même code : " Le sixième alinéa de l'article L. 251-1 et les articles L. 251-3, L. 251-7 et L. 261-1 sont applicables à l'interdiction de circulation sur le territoire français. ".

14. Compte tenu de ce qui a été dit précédemment sur sa situation personnelle, ainsi que sur son comportement, M. B, n'est pas fondé à soutenir que la préfète du Rhône a commis une erreur d'appréciation en lui interdisant de circuler sur le territoire français pour une durée de six mois, ni que cette mesure présenterait un caractère disproportionné au regard de sa situation, ni enfin que cette décision aurait porté à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée par rapport aux buts en vue desquels elle a été prise ou qu'elle aurait méconnu l'intérêt supérieur de ses deux enfants. Elle n'est pas davantage entachée d'erreur manifeste d'appréciation quant à ses conséquences sur la situation personnelle de l'intéressé.

Sur l'assignation à résidence :

15. Il résulte de ce qui a été dit précédemment que le moyen tiré de l'exception d'illégalité de la mesure d'éloignement soulevé à l'encontre de la mesure d'assignation à résidence doit être écarté.

16. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions aux fins d'annulation présentées par M. B doivent être rejetées, ainsi que, par voie de conséquence, ses conclusions présentées sur le fondement des dispositions combinées de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.

D E C I D E :

Article 1 : La requête de M. B est rejetée.

Article 2: Le présent jugement sera notifié à M. C B et à la préfète du Rhône.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 6 février 2024.

Le magistrat désigné,

L. DelahayeLa greffière,

F. Gaillard

La République mande et ordonne à la préfète du Rhône en ce qui la concerne et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition,

Un greffier,

N°2400757

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