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AccueilJurisprudence administrativeN° TA69-2400866

Tribunal Administratif de Lyon — Décision N° TA69-2400866

jeudi 1 février 2024

JuridictionTribunal Administratif de Lyon
SectionTribunal Administratif de Lyon
N° DossierTA69-2400866
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationD
FormationELOIGNEMENT
Avocat requérantLEFEVRE-DUVAL

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 29 janvier 2024, M. A se disant Islem Salhi, retenu au centre de rétention administrative de Lyon Saint Exupéry, demande au tribunal :

1°) de l'admettre au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire :

2°) d'ordonner, avant-dire droit, la mise à disposition de son dossier par la préfecture ;

3°) d'annuler les décisions du 28 janvier 2024 par lesquelles la préfète du Rhône l'a obligé à quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays à destination duquel il pourra être éloigné d'office et a prononcé à son encontre une interdiction de retour sur le territoire national d'une durée de trois ans ;

4°) de mettre à la charge de l'État la somme de 1 000 euros à verser à son conseil en application des dispositions combinées de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique, à charge pour celui-ci de renoncer à percevoir la part contributive de l'État versée au titre de l'aide juridictionnelle.

Il soutient que :

En ce qui concerne l'ensemble des décisions contestées :

- elles sont entachées d'incompétence de leur signataire ;

- elles sont insuffisamment motivées au regard des dispositions des articles L. 211-2 et L. 211-5 du code des relations entre le public et l'administration ;

- elles sont entachées d'un défaut d'examen sérieux de sa situation personnelle ;

En ce qui concerne la décision portant obligation de quitter le territoire français :

- elle méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

En ce qui concerne la décision portant refus de délai de départ volontaire :

- elle méconnaît les dispositions des articles L. 612-2, 3° et L. 612-3, 1°, 5° et 8° du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

En ce qui concerne la décision portant interdiction de retour sur le territoire français d'une durée de trois ans :

- elle méconnaît les dispositions des articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et revêt un caractère disproportionné ; en effet :

• il est présent en France depuis l'année 2020, où il est hébergé par sa cousine, et y a exercé plusieurs activités professionnelles ;

• il dispose d'attaches familiales sur le territoire français et y a rencontré sa compagne, ressortissante française avec laquelle il est marié religieusement et souhaite fonder une famille ;

- son signalement à fin de non-admission dans le système d'information Schengen (SIS) l'empêchera également d'obtenir un visa ou un titre de séjour et constitue une mesure d'expulsion automatique dans tout l'espace Schengen.

La requête a été communiquée à la préfète du Rhône qui n'a pas produit de mémoire en défense mais qui a versé, les 30 et 31 janvier et le 1er février 2024, des pièces au dossier.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le règlement (UE) n° 2016/399 du Parlement européen et du Conseil du 9 mars 2016 ;

- le règlement (UE) n° 2018/1861 du Parlement européen et du Conseil du 28 novembre 2018 ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- la loi n° 2024-42 du 26 janvier 2024 ;

- le décret n° 2020-1717 du 28 décembre 2020 ;

- le code de justice administrative.

La présidente du tribunal a désigné M. Gueguen, conseiller, pour statuer en application des dispositions de l'article L. 614-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique, tenue avec l'assistance de Mme Gros, greffière :

- le rapport de M. Gueguen ;

- les observations de Me Lefevre-Duval, avocate de permanence, représentant M. A se disant Salhi, qui conclut aux mêmes fins par les mêmes moyens mais déclare se désister du moyen tiré de l'incompétence de la signataire des décisions contestées et soutient en outre que la décision portant refus de délai de départ volontaire est illégale par voie de conséquence de l'illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français ; elle insiste en particulier sur les moyens tirés de l'insuffisance de motivation de la mesure d'éloignement en litige et du caractère disproportionné de l'interdiction de retour sur le territoire national d'une durée de trois ans prononcée à l'encontre du requérant ;

- les observations de M. A se disant Salhi, assisté de M. F, interprète en langue arabe, qui indique, en réponse aux différentes questions qui lui ont été posées, qu'il entretient une relation sentimentale avec une ressortissante française depuis deux ans et qu'il souhaite désormais vivre en France ;

- et les observations de Mme D, représentant la préfète du Rhône, qui conclut au rejet de la requête en faisant valoir que les moyens soulevés par M. A se disant Salhi ne sont pas fondés ; elle insiste en particulier sur la circonstance tirée de ce que le requérant ne justifie d'aucune attache suffisamment ancienne, intense et stable sur le territoire français, l'intéressé n'apportant notamment aucune preuve de l'existence même de la ressortissante française avec laquelle il soutient entretenir une relation depuis deux années, alors qu'il ne peut justifier d'une communauté de vie avec cette dernière, compte tenu de ce qu'il déclare être hébergé par l'une de ses cousines, et qu'il n'avait aucunement fait état de leur relation lors de son audition par les services de la police nationale le 22 avril 2023.

La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.

Considérant ce qui suit :

1. M. " B C se disant Islem Salhi ", ressortissant algérien né " le 10 septembre 2001 " selon ses écritures, déclare être entré en France au cours de l'année 2020 où il est connu des services de la police nationale, des services préfectoraux et de l'administration pénitentiaire sous les identités de Fethi C, né le 10 septembre 1996, Salhi Islam, né le 10 septembre 2004, Islam Salhi, né le 10 septembre 2004, Islem Salhi, né le 10 septembre 2001, et Islem Salhi, né le 10 septembre 2004. Interpellé le 7 septembre 2021 par les services de la police nationale lors d'un contrôle d'identité, l'intéressé a fait l'objet de deux arrêtés du même jour par lesquels la préfète de la Gironde l'a obligé à quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays à destination duquel il pourrait être éloigné d'office, a prononcé à son encontre une interdiction de retour sur le territoire national d'une durée de trois ans, en l'informant qu'il faisait l'objet d'un signalement à fin de non-admission dans le système d'information Schengen (SIS), et l'a assigné à résidence dans le département de la Gironde pour une durée de quarante-cinq jours. Les services de la police nationale de Bordeaux constateront, le 22 octobre 2021, que M. A se disant Salhi ne s'était jamais présenté afin de faire constater qu'il respectait la mesure d'assignation à résidence dont il faisait l'objet, l'intéressé ayant entre-temps été interpellé le 18 octobre 2021 par les services de la police nationale de Lyon puis placé en garde à vue pour des faits de " recel de vol ". Après avoir été interpellé à plusieurs reprises par les services de la police nationale de Lyon entre les 7 et 15 décembre 2021, notamment pour des faits de " recel de vol " et de " violences avec arme par destination envers une (personne dépositaire de l'autorité publique) PDAP ", par un arrêté du 17 décembre suivant, le préfet du Rhône a assigné M. A se disant Salhi à résidence dans le département du Rhône pour une durée de quarante-cinq jours. Les services de la police nationale constateront, le 28 décembre 2021, que l'intéressé ne s'était pas présenté les 20, 23 et 27 décembre 2021 afin de faire constater qu'il respectait cette mesure d'assignation à résidence. Interpellé le 3 janvier 2023 par les services de la police nationale de Cognac puis placé en garde à vue pour des faits d' " usage de stupéfiants ", M. A se disant Salhi a fait l'objet de décisions du 4 janvier suivant par lesquelles la préfète de la Charente l'a obligé à quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays à destination duquel il pourrait être éloigné d'office et a prononcé à son encontre une interdiction de retour sur le territoire national d'une durée de trois ans, en l'informant qu'il faisait l'objet d'un signalement à fin de non-admission dans le SIS. Après avoir été interpellé par les services de la police nationale le 22 avril 2023, par un arrêté du même jour, la préfète du Rhône a assigné l'intéressé à résidence dans le département du Rhône pour une durée de quarante-cinq jours. Les services de la police nationale constateront, le 26 mai 2023, que M. A se disant Salhi ne s'était pas présenté les 22 et 25 mai 2023 afin de faire constater qu'il respectait la mesure d'assignation à résidence dont il faisait l'objet. Interpellé le 23 juin 2023 par les services de la police nationale au sein du tramway T1, dans le 3ème arrondissement de Lyon, puis placé en garde à vue pour des faits de " vol aggravé par deux circonstances sans violence ", l'intéressé a fait l'objet d'un arrêté du 24 juin suivant par lequel la préfète du Rhône a ordonné son placement en rétention administrative. Par une ordonnance du 26 juin 2023, confirmée par une ordonnance du premier président de la cour d'appel de Lyon du 29 juin suivant, le juge des libertés et de la détention du tribunal judiciaire de Lyon a ordonné la prolongation de cette rétention pour une durée de vingt-huit jours, puis, le 24 juillet 2023, pour une durée de trente jours supplémentaires. En l'absence de réponse des autorités algériennes à la demande de délivrance d'un laissez-passer consulaire qui leur avait été adressée par les services de la préfecture du Rhône le 29 juin 2023, par un arrêté du 23 août suivant, la préfète du Rhône a assigné M. A se disant Salhi à résidence dans le département du Rhône pour une durée de quarante-cinq jours. Les services de la police nationale constateront, le 29 août 2023, que M. A se disant Salhi ne s'était pas présenté les 24 et 28 août 2023 afin de faire constater qu'il respectait la mesure d'assignation à résidence dont il faisait l'objet. Interpellé le 24 septembre 2023 dans le 1er arrondissement de Lyon par les services de la police nationale puis placé en garde à vue pour des faits de " vol en réunion ", l'intéressé a fait l'objet, le jour-même, d'un arrêté par lequel la préfète du Rhône l'a assigné à résidence dans le département du Rhône pour une durée de quarante-cinq jours. Les services de la police nationale constateront, le 27 septembre 2023, que M. A se disant Salhi ne s'était pas présenté le 25 septembre 2023 afin de faire constater qu'il respectait cette mesure d'assignation à résidence, l'intéressé ayant en effet été écroué à la maison d'arrêt de Lyon-Corbas suite à sa condamnation à une peine d'emprisonnement délictuel de quatre mois pour ces faits de " vol en réunion " prononcée en comparution immédiate par le président du tribunal correctionnel de Lyon le 25 septembre 2023. Après avoir bénéficié d'une remise de peine de trente jours accordée le 26 octobre suivant, M. A se disant Salhi, qui avait été libéré le 26 décembre 2023, a été interpellé le 27 janvier 2024 par les services de la police nationale au sein de la station de métro " Saxe-Gambetta ", dans le 3ème arrondissement de Lyon, puis placé en garde à vue pour des faits de " recel de vol ". Par des décisions du lendemain, dont le requérant demande au tribunal de prononcer l'annulation, la préfète du Rhône l'a obligé à quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays à destination duquel il pourra être éloigné d'office et a prononcé à son encontre une interdiction de retour sur le territoire nationale d'une durée de trois ans. Enfin, par un arrêté du 28 janvier 2024, l'autorité préfectorale a ordonné le placement de l'intéressé au centre de rétention administrative de Lyon Saint-Exupéry pour une durée de quarante-huit heures, et, par une ordonnance du 30 janvier suivant, la juge des libertés et de la détention du tribunal judiciaire de Lyon a ordonné la prolongation de cette rétention pour une durée de vingt-huit jours.

Sur la demande d'admission au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire :

2. Selon les termes de l'article 20 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique : " Dans les cas d'urgence, sous réserve de l'application des règles relatives aux commissions ou désignations d'office, l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle peut être prononcée par la juridiction compétente ou son président. () ".

3. En raison de l'urgence résultant de l'application des dispositions de l'article L. 614-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, il y a lieu d'admettre M. A se disant Salhi au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire sur le fondement des dispositions citées au point précédent.

Sur la demande de communication du dossier par l'administration :

4. Selon les termes de l'article L. 5 du code de justice administrative : " L'instruction des affaires est contradictoire. Les exigences de la contradiction sont adaptées à celles de l'urgence () ". Et aux termes de l'article L. 614-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger peut demander au président du tribunal administratif ou au magistrat désigné à cette fin () la communication du dossier contenant les pièces sur la base desquelles la décision contestée a été prise. ".

5. La préfète du Rhône ayant produit, les 30 et 31 janvier et le 1er février 2024, les pièces relatives à la situation administrative de M. A se disant Salhi, l'affaire est en état d'être jugée et le principe du contradictoire a été respecté. Il n'apparaît donc pas nécessaire, dans les circonstances de l'espèce, d'ordonner avant-dire droit la communication de l'entier dossier du requérant détenu par l'administration.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

En ce qui concerne l'ensemble des décisions contestées :

6. En premier lieu, aux termes de l'article L. 211-2 du code des relations entre le public et l'administration : " Les personnes physiques ou morales ont le droit d'être informées sans délai des motifs des décisions administratives individuelles défavorables qui les concernent. / A cet effet, doivent être motivées les décisions qui : / 1° Restreignent l'exercice des libertés publiques ou, de manière générale, constituent une mesure de police ; () ". L'article L. 211-5 du même code prévoit à cet égard que : " La motivation exigée par le présent chapitre doit être écrite et comporter l'énoncé des considérations de droit et de fait qui constituent le fondement de la décision. ". Par ailleurs, aux termes de l'article L. 613-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, dans sa rédaction issue de la loi du 26 janvier 2024 pour contrôler l'immigration, améliorer l'intégration : " La décision portant obligation de quitter le territoire français est motivée. Elle est édictée après vérification du droit au séjour, en tenant notamment compte de la durée de présence de l'étranger sur le territoire français, de la nature et de l'ancienneté de ses liens avec la France et des considérations humanitaires pouvant justifier un tel droit. () ". Enfin, selon les termes de l'article L. 613-2 du même code : " Les décisions relatives au refus () du délai de départ volontaire prévues aux articles L. 612-2 () et les décisions d'interdiction de retour () prévues aux articles L. 612-6, () sont distinctes de la décision portant obligation de quitter le territoire français. Elles sont motivées. ".

7. Les décisions contestées visent les textes dont elles font application, en particulier les articles 3 et 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, ainsi que les dispositions utiles du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, et exposent les circonstances de fait propres à la situation personnelle de M. A se disant Salhi sur lesquelles la préfète du Rhône s'est fondée pour l'obliger à quitter le territoire français sans délai, pour fixer le pays à destination duquel il pourra être éloigné d'office ainsi que pour décider, dans son principe et dans sa durée, de prononcer à son encontre une interdiction de retour sur le territoire national d'une durée de trois ans. Contrairement à ce que semble soutenir le requérant, l'autorité préfectorale n'était pas tenue de mentionner l'ensemble des éléments relatifs à sa situation personnelle et familiale, et si l'intéressé lui fait grief d'avoir considéré qu'il ne pouvait " justifier de la réalité de ses moyens d'existence effectifs puisqu'il déclar(ait) vivre " au 8, rue du 8 mai 1945 à Villeurbanne " sans plus de précision et sans démontrer avoir un logement stable et établi " sur le territoire français, la divergence d'analyse quant aux garanties de représentation que présentaient M. A se disant Salhi à la date du 28 janvier 2024, afin de prévenir le risque qu'il se soustraie à la mesure d'éloignement dont il faisait l'objet, n'est pas de nature à établir l'insuffisance de motivation alléguée dès lors que la motivation d'une décision s'apprécie indépendamment du bien-fondé des motifs retenus. Par suite, les décisions contestées, qui comportent l'énoncé des considérations de droit et de fait qui en constituent le fondement et ont ainsi permis au requérant d'en contester utilement le bien-fondé, sont suffisamment motivées au regard des dispositions citées au point précédent.

8. En second lieu, il ne ressort ni des termes des décisions contestées, ni d'aucune autre pièce du dossier, que la préfète du Rhône n'aurait pas procédé à un examen sérieux et particulier de la situation personnelle de M. A se disant Salhi préalablement à leur édiction. À cet égard, si le requérant fait grief à l'autorité préfectorale de ne pas avoir pris en compte sa " situation familiale " " dans sa décision de placement en rétention ", cette circonstance est sans incidence sur les décisions contestées qui n'ont ni pour objet, ni pour effet d'ordonner le placement en rétention administrative de l'intéressé. Par ailleurs, si l'intéressé fait également grief à la préfète du Rhône de ne pas avoir tiré les " conséquence(s) " de ce qu'il réside en France depuis l'année 2020, de ce qu'il y essaye de s'y intégrer et de ce qu'il y a rencontré sa compagne, ressortissante française avec laquelle il est marié religieusement et a pour projet de se marier civilement et de fonder une famille, la divergence d'analyse quant à l'ancienneté, l'intensité et la stabilité des liens privés et familiaux de M. A se disant Salhi sur le territoire français n'est pas de nature à établir le défaut d'examen allégué. Enfin, si le requérant soutient que l'autorité préfectorale aurait omis de mentionner l'adresse à laquelle il déclare être hébergé, située au 41, rue du 8 mai 1945 à Villeurbanne, et s'il ressort effectivement des pièces du dossier que l'intéressé avait précédemment déclaré cette adresse auprès des services de la préfecture du Rhône et de l'administration pénitentiaire, ainsi qu'en attestent tant son audition par les services de la police nationale, le 24 septembre 2023, que sa fiche pénale et sa fiche de levée d'écrou, il ressort cependant de sa dernière audition par les services de la police nationale, le 27 janvier 2024, que le requérant avait déclaré être domicilié au " 8, rue du (8) mai 1945 " à Villeurbanne, après avoir déclaré à ces mêmes services, le 21 octobre 2023, qu'il résidait au " 1, rue Moillard 1945 " à Villeurbanne. En tout état de cause, la divergence d'analyse quant aux garanties de représentation que présentaient M. A se disant Salhi à la date du 28 janvier 2024, afin de prévenir le risque qu'il se soustraie à la mesure d'éloignement dont il faisait l'objet, n'est pas davantage de nature à établir le défaut d'examen allégué. Par suite, le moyen tiré de l'erreur de droit, tel qu'articulé, doit être écarté.

En ce qui concerne la décision portant obligation de quitter le territoire français :

9. Selon les termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. / 2. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui. ".

10. M. A se disant Salhi soutient que la décision contestée porte une atteinte disproportionnée à son droit au respect de sa vie privée et familiale, dès lors qu'il réside en France depuis l'année 2020, qu'il essaye de s'y " intégrer du mieux (qu'il) peu(t) en travaillant ", et qu'il y a rencontré sa compagne, Mme " E ", ressortissante française avec laquelle il est marié religieusement et projette de se marier civilement puis de fonder une famille. Toutefois, il ressort des pièces du dossier que le requérant est entré irrégulièrement sur le territoire français à une date incertaine et a précédemment fait l'objet de deux mesures d'éloignement les 7 septembre 2021 et 4 janvier 2023 qu'il reconnaît dans ses écritures ne pas avoir exécutées. Par ailleurs, si l'intéressé verse au débat la copie de la carte nationale d'identité française d'une personne qu'il présente comme étant sa cousine, une attestation d'hébergement rédigée par cette dernière le 31 janvier 2024, une facture d'eau du 1er décembre 2023, ainsi qu'une attestation manuscrite non datée, signée " Visse " et rédigée par une personne dont l'identité ne ressort pas des pièces du dossier mais qu'il présente comme étant sa compagne avec laquelle il entretiendrait une relation sentimentale " depuis deux ans " et se serait marié religieusement " il y a cinq mois ", ces seuls éléments ne sont pas de nature à démontrer l'ancienneté, l'intensité et la stabilité des liens privés et familiaux dont il se prévaut sur le territoire national, en particulier vis-à-vis de cette prétendue compagne dont il n'avait pas fait état lors de son audition par les services de la police nationale le 22 avril 2023 et avec laquelle il ne justifie en tout état de cause d'aucune communauté de vie effective. En outre, alors que, contrairement à ses allégations, M. A se disant Salhi ne démontre pas avoir entrepris des " démarches pour régulariser (s)a situation administrative ", il ne justifie pas davantage d'une insertion sociale et professionnelle sur le territoire français où il reconnaît dans ses écritures avoir " commis des infractions ". À cet égard, il ressort des pièces produites en défense, d'une part, que l'intéressé est défavorablement connu des services de la police nationale pour avoir fait l'objet de onze signalements au fichier automatisé des empreintes digitales (FAED) sous cinq identités différentes, entre le 12 août 2021 et le 28 janvier 2024, pour des faits de " vol aggravé par deux circonstances avec violences ", de " vente à la sauvette exercice non autorisé d'une profession dans un lieu public en violation des dispositions réglementaires sur la police de ce lieu ", de " rébellion ", de " recel de bien provenant d'un délit puni d'une peine n'excédant pas 5 ans d'emprisonnement ", de " maintien irrégulier sur le territoire français après placement en rétention ou assignation à résidence d'un étranger ayant fait l'objet d'une obligation de quitter le territoire ", de " recel de bien provenant d'un vol ", de " violence aggravée par deux circonstances suivie d'incapacité n'excédant pas 8 jours ", d'" usage illicite de stupéfiants ", d'" entrée irrégulière d'un étranger en France ", de " vol aggravé par deux circonstances sans violence " et de " vol en réunion sans violence ", et, d'autre part, qu'il a été incarcéré à la maison d'arrêt de Lyon-Corbas du 25 septembre au 26 décembre 2023 après avoir été condamné à une peine d'emprisonnement de quatre mois pour des faits de " vol en réunion ". Enfin, le requérant, célibataire et sans enfants à charge en France, n'établit ni même n'allègue être dépourvu de toute attache dans son pays d'origine où il a vécu l'essentiel de son existence, où il aurait obtenu, selon ses propres déclarations auprès des services de la police nationale, un diplôme en mécanique, et où résident, toujours selon ces mêmes déclarations, ses parents ainsi que ses frères et sœurs. Dans ces circonstances, compte tenu de la durée et des conditions de son séjour sur le territoire national, la préfète du Rhône n'a pas porté une atteinte disproportionnée au droit au respect de la vie privée et familiale de M. A se disant Salhi en l'obligeant à quitter le territoire français. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance des stipulations précitées de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales doit être écarté.

En ce qui concerne la décision portant refus de délai de départ volontaire :

11. En premier lieu, en l'absence d'illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français, le moyen tiré de ce que la décision contestée devrait être annulée par voie de conséquence de l'illégalité de cette décision doit être écarté.

12. En second lieu, aux termes de l'article L. 612-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger faisant l'objet d'une décision portant obligation de quitter le territoire français dispose d'un délai de départ volontaire de trente jours à compter de la notification de cette décision. () ". Cependant, l'article L. 612-2 du même code prévoit que : " Par dérogation à l'article L. 612-1, l'autorité administrative peut refuser d'accorder un délai de départ volontaire dans les cas suivants : / 1° Le comportement de l'étranger constitue une menace pour l'ordre public ; / () 3° Il existe un risque que l'étranger se soustraie à la décision portant obligation de quitter le territoire français dont il fait l'objet. ". Et selon les termes de l'article L. 612-3 de ce même code : " Le risque mentionné au 3° de l'article L. 612-2 peut être regardé comme établi, sauf circonstance particulière, dans les cas suivants : / 1° L'étranger, qui ne peut justifier être entré régulièrement sur le territoire français, n'a pas sollicité la délivrance d'un titre de séjour ; / () 5° L'étranger s'est soustrait à l'exécution d'une précédente mesure d'éloignement ; / () 8° L'étranger ne présente pas de garanties de représentation suffisantes, notamment parce qu'il ne peut présenter des documents d'identité ou de voyage en cours de validité, qu'il a refusé de communiquer les renseignements permettant d'établir son identité ou sa situation au regard du droit de circulation et de séjour ou a communiqué des renseignements inexacts, qu'il a refusé de se soumettre aux opérations de relevé d'empreintes digitales ou de prise de photographie prévues au 3° de l'article L. 142-1, qu'il ne justifie pas d'une résidence effective et permanente dans un local affecté à son habitation principale ou qu'il s'est précédemment soustrait aux obligations prévues aux articles L. 721-6 à L. 721-8, L. 731-1, L. 731-3, L. 733-1 à L. 733-4, L. 733-6, L. 743-13 à L. 743-15 et L. 751-5. "

13. Pour refuser d'accorder un délai de départ volontaire à M. A se disant Salhi, la préfète du Rhône s'est fondée sur les dispositions précitées du 1° et du 3° de l'article L. 612-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, ainsi que sur celles des 1°, 5° et 8° de l'article L. 612-3 du même code, en considérant, d'une part, que le comportement de l'intéressé constituait une menace pour l'ordre public, dès lors qu'il avait " été interpellé et placé en garde à vue pour des faits de recel de vol, affaire traitée en flagrant délit pour laquelle il (était) personnellement mis en cause ", qu'il était " par ailleurs défavorablement connu des services de police pour avoir été signalisé à neuf reprises notamment pour des faits de violence " et qu'il avait " été écroué dès le (25 septembre 2023) et condamné à 4 mois d'emprisonnement pour des fait(s) de vol en réunion ", et, d'autre part, qu'il existait un risque qu'il se soustraie à la mesure d'éloignement dont il faisait l'objet, en l'absence de circonstances particulières, dès lors, premièrement, qu'il ne pouvait " justifier d'une entrée régulière sur le territoire national puisqu'il ne justifi(ait) pas être détenteur d'un passeport en cours de validité revêtu du visa obligatoire et ne démontr(ait) pas être titulaire d'un titre de séjour en cours de validité ", deuxièmement, qu'il s'était précédemment soustrait aux deux mesures d'éloignement dont il avait fait l'objet les 7 septembre 2021 et 4 janvier 2023, et, troisièmement, qu'il ne pouvait " justifier de la réalité de ses moyens d'existence effectifs puisqu'il déclar(ait) vivre au 8 rue du 8 mai 1945 à Villeurbanne () sans plus de précision et sans démontrer avoir un logement stable et établi sur le territoire et (était) sans ressource, travaillant dans () les marchés sans démontrer le caractère licite de cette activité ". En l'espèce, si le requérant soutient que l'autorité préfectorale aurait omis de mentionner l'adresse à laquelle il déclare être hébergé, située au 41, rue du 8 mai 1945 à Villeurbanne, et s'il fait état des éléments relatifs à sa situation personnelle et familiale tels que précédemment exposés au point 10, il ne conteste pas le motif tiré ce que son comportement constituait une menace pour l'ordre public à la date du 28 janvier 2024, au sens et pour l'application des dispositions du 1° de l'article L. 612-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, ni utilement celui tiré de ce qu'il existait un risque qu'il se soustraie à la mesure d'éloignement dont il faisait l'objet au sens et pour l'application des dispositions combinées du 3° de l'article L. 612-2 et des 1° et 5° de l'article L. 612-3 du même code, lesquels motifs étaient, à eux-seuls, de nature à justifier légalement la décision contestée. Par suite, la préfète du Rhône n'a pas fait une inexacte application des dispositions précitées des articles L. 612-2 et L. 612-3 du code de l'entrée et du séjour en refusant d'accorder à M. A se disant Salhi un délai de départ volontaire.

En ce qui concerne la décision portant interdiction de retour sur le territoire français d'une durée de trois ans :

14. En premier lieu, aux termes de l'article L. 612-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, dans sa rédaction issue de la loi du 26 janvier 2024 pour contrôler l'immigration, améliorer l'intégration : " Lorsqu'aucun délai de départ volontaire n'a été accordé à l'étranger, l'autorité administrative assortit la décision portant obligation de quitter le territoire français d'une interdiction de retour sur le territoire français. Des circonstances humanitaires peuvent toutefois justifier que l'autorité administrative n'édicte pas d'interdiction de retour. / Les effets de cette interdiction cessent à l'expiration d'une durée, fixée par l'autorité administrative, qui ne peut excéder cinq ans à compter de l'exécution de l'obligation de quitter le territoire français () ". Et selon les termes de l'article L. 612-10 du même code : " Pour fixer la durée des interdictions de retour mentionnées aux articles L. 612-6 et L. 612-7, l'autorité administrative tient compte de la durée de présence de l'étranger sur le territoire français, de la nature et de l'ancienneté de ses liens avec la France, de la circonstance qu'il a déjà fait l'objet ou non d'une mesure d'éloignement et de la menace pour l'ordre public que représente sa présence sur le territoire français. () ".

15. Il appartient au juge de l'excès de pouvoir, saisi d'un moyen en ce sens, de rechercher si les motifs qu'invoque l'autorité compétente sont de nature à justifier légalement dans son principe et sa durée la décision d'interdiction de retour et si la décision ne porte pas au droit de l'étranger au respect de sa vie privée et familiale garanti par l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales une atteinte disproportionnée aux buts en vue desquels elle a été prise. En revanche, lorsqu'il est saisi d'un moyen le conduisant à apprécier les conséquences de la mesure d'interdiction de retour sur la situation personnelle de l'étranger et que sont invoquées des circonstances étrangères aux quatre critères posés par les dispositions précitées de l'article L. 612-10, il incombe seulement au juge de l'excès de pouvoir de s'assurer que l'autorité compétente n'a pas commis d'erreur manifeste d'appréciation.

16. Pour prononcer à l'encontre de M. A se disant Salhi une interdiction de retour sur le territoire français d'une durée de trois ans, la préfète du Rhône, après avoir relevé l' " absence de circonstances humanitaires ", a retenu que l'intéressé, " célibataire et sans enfant à charge ", s'était " déjà soustrait à une précédente mesure d'éloignement " et " présentait () un comportement délictueux constitutif d'une menace pour l'ordre public ". En l'espèce, si le requérant fait état de son parcours en France depuis l'année 2020 ainsi que de ses liens sur le territoire français, ces éléments ne sauraient être regardés comme des circonstances humanitaires au sens et pour l'application des dispositions de l'article L. 612-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Par ailleurs, si M. A se disant Salhi soutient que la durée de la mesure d'interdiction de retour sur le territoire français en litige revêt un caractère disproportionné, il résulte toutefois de ce qui a été précédemment exposé au point 10 que l'intéressé ne justifie pas de l'ancienneté, de la stabilité et de l'intensité des liens privés et familiaux dont il se prévaut sur le territoire national, en particulier vis-à-vis de sa compagne, et qu'il a déjà fait l'objet d'au moins une précédente mesure d'éloignement. Enfin, le requérant ne conteste pas que sa présence sur le territoire français représentait, à la date du 28 janvier 2024, une menace pour l'ordre public. Par suite, la préfète du Rhône, qui s'est limitée à édicter une interdiction de retour sur le territoire français d'une durée de trois ans, alors que la durée d'une telle interdiction pouvait être fixée à cinq ans, n'a pas commis d'erreur manifeste d'appréciation au regard des dispositions précitées de l'article L. 612-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, ni davantage fait une inexacte application des dispositions de l'article L. 612-10 du même code en prononçant à l'encontre de M. A se disant Salhi une telle interdiction de retour, laquelle ne présente pas, dans les circonstances de l'espèce, un caractère disproportionné.

17. En second lieu, selon les termes de l'article L. 613-5 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger auquel est notifiée une interdiction de retour sur le territoire français est informé qu'il fait l'objet d'un signalement aux fins de non-admission dans le système d'information Schengen, conformément à l'article 24 du règlement (UE) n° 2018/1861 du Parlement européen et du Conseil du 28 novembre 2018 sur l'établissement, le fonctionnement et l'utilisation du système d'information Schengen (SIS) dans le domaine des vérifications aux frontières, modifiant la convention d'application de l'accord de Schengen et modifiant et abrogeant le règlement (CE) n° 1987/2006. () ".

18. Si M. A se disant Salhi soutient que son signalement à fin de non-admission dans le système d'information Schengen (SIS) résultant de l'interdiction de retour sur le territoire français prononcée à son encontre l'empêchera d'obtenir un visa ou un titre de séjour et constitue " une mesure d'expulsion automatique dans tout l'espace Schengen ", il résulte toutefois des dispositions du règlement du Parlement européen et du Conseil du 9 mars 2016 concernant un code de l'Union relatif au régime de franchissement des frontières par les personnes, et en particulier du c) du paragraphe 5 de son article 6, que, par dérogation au d) du paragraphe 1 du même article, le signalement d'un ressortissant d'un pays tiers dans le SIS n'interdit pas à un État membre de l'autoriser à entrer sur son territoire pour des motifs humanitaires ou d'intérêt national, ou en raison d'obligations internationales. Par suite, le moyen doit être écarté.

19. Il résulte de l'ensemble de ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation de M. A se disant Salhi doivent être rejetées. Par voie de conséquence, ses conclusions présentées au titre des dispositions combinées de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique doivent également être rejetées.

D É C I D E :

Article 1er : M. A se disant Salhi est admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire.

Article 2 : La requête de M. A se disant Salhi est rejetée

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. A se disant Islem Salhi et à la préfète du Rhône.

Lu en audience publique le 1er février 2024.

Le magistrat désigné,

C. Gueguen

La greffière,

E. Gros

La République mande et ordonne à la préfète du Rhône, en ce qui la concerne, ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

Un greffier,

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