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AccueilJurisprudence administrativeN° TA69-2400871

Tribunal Administratif de Lyon — Décision N° TA69-2400871

mardi 10 septembre 2024

JuridictionTribunal Administratif de Lyon
SectionTribunal Administratif de Lyon
N° DossierTA69-2400871
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationD
Formation8ème chambre
Avocat requérantZOUNGRANA

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire complémentaire enregistrés les 29 janvier et 1er juillet 2024, Mme C A, représentée par Me Zoungrana, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 26 décembre 2023 par lequel la préfète du Rhône a rejeté sa demande de titre de séjour, lui a fait obligation de quitter le territoire français dans un délai de 30 jours et a fixé son pays de destination ;

2°) d'enjoindre à la préfète du Rhône de lui délivrer un titre de séjour l'autorisant à travailler sous astreinte de 200 euros par jour de retard ou, à défaut, de procéder au réexamen de sa demande de titre de séjour " salarié " ou " étudiant " dans le délai de quinze jours ;

4°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 800 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- il n'est pas justifié de la compétence du signataire de la décision attaquée ;

- la décision attaquée est insuffisamment motivée ;

- le refus de séjour qui lui est opposé est entaché d'un vice de procédure, faute de justification de la consultation régulière du collège des médecins de l'Office français de l'immigration et de l'intégration ;

- le refus de séjour critiqué méconnaît les dispositions de l'article L. 425-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le refus de séjour critiqué méconnaît les stipulations de l'article 5 de la convention franco-gabonaise et les dispositions des articles L. 435-1 et L. 421-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le refus de séjour contesté méconnaît l'article 9 de la convention franco-gabonaise et les dispositions de l'article L. 422-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, est entaché d'une erreur de droit et résulte d'une erreur manifeste d'appréciation ;

- l'obligation qui lui est faite de quitter le territoire français porte une atteinte disproportionnée à sa vie privée et familiale et l'expose à un risque de traitements inhumains et dégradants en violation des articles 3 et 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

Par un mémoire en défense enregistré le 18 juin 2024, la préfète du Rhône conclut au rejet de la requête.

Elle soutient que les moyens invoqués ne sont pas fondés.

Mme A a été admise au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du bureau d'aide juridictionnelle du 23 février 2024.

Vu l'arrêté attaqué et les autres pièces du dossier ;

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- la convention franco-gabonaise du 2 décembre 1992 relative à la circulation et au séjour des personnes ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique ;

- le code de justice administrative.

Les parties ayant été régulièrement averties du jour de l'audience ;

Le président de la formation de jugement ayant dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience ;

Après avoir entendu, au cours de l'audience publique, le rapport de M. Richard-Rendolet.

Considérant ce qui suit :

1. Ressortissante gabonaise née en 1997, Mme A demande l'annulation de l'arrêté du 26 décembre 2023 par lequel la préfète du Rhône a rejeté sa demande de titre de séjour, lui a fait obligation de quitter le territoire français dans un délai de 30 jours et a fixé le pays vers lequel elle pourrait être éloignée d'office.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

2. L'arrêté attaqué a été signé par Mme B, directrice des migrations et de l'intégration, en vertu de la délégation qui lui a été donnée par un arrêté de la préfète du Rhône du 30 novembre 2023 publié le lendemain au recueil des actes administratifs de la préfecture. Par suite, le moyen tiré de l'incompétence de la signataire de l'arrêté du 26 décembre 2023 doit être écarté.

3. Traduisant un examen de la situation personnelle de la requérante, l'arrêté critiqué, qui fait état de façon circonstanciée du fondement de sa demande de titre de séjour, de l'avis émis par le collège des médecins de l'Office français de l'immigration et de l'intégration (OFII) quant à son état de santé ainsi que de sa situation administrative, personnelle et familiale, comporte l'ensemble des éléments de fait et de droit qui donnent leur fondement aux décisions qu'il contient. Par suite, le moyen tiré du défaut de motivation des décisions en litige doit être écarté.

En ce qui concerne la décision portant refus de séjour :

4. Aux termes de l'article L. 425-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger, résidant habituellement en France, dont l'état de santé nécessite une prise en charge médicale dont le défaut pourrait avoir pour lui des conséquences d'une exceptionnelle gravité et qui, eu égard à l'offre de soins et aux caractéristiques du système de santé dans le pays dont il est originaire, ne pourrait pas y bénéficier effectivement d'un traitement approprié, se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention "vie privée et familiale" d'une durée d'un an (). / La décision de délivrer cette carte de séjour est prise par l'autorité administrative après avis d'un collège de médecins du service médical de l'Office français de l'immigration et de l'intégration () ".

5. Il ressort des pièces du dossier que, contrairement à ce qu'allègue la requérante, la décision en litige a été prise conformément à l'avis d'un collège de trois médecins de l'Office français de l'immigration et de l'intégration (OFII) émis le 7 juin 2023 au vu des conclusions d'un rapport établi le 27 mars précédent par un médecin n'ayant lui-même pas siégé au sein de ce collège. Dans ces conditions, le moyen tiré de l'irrégularité de la procédure suivie au regard des dispositions des articles R. 425-11, R. 425-12 et R. 425-13 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile dont se prévaut la requérante doit être écarté.

6. Pour rejeter la demande d'admission au séjour formée par Mme A, la préfète du Rhône s'est fondée sur l'avis du collège de médecins du 7 juin 2023 mentionné ci-dessus selon lequel l'état de santé de la requérante, qui fait l'objet d'un suivi en France pour un diabète de type 1 et un albinisme oculo-cutané ayant justifié la prise en charge d'un carcinome basocellulaire, pourrait faire l'objet d'une prise en charge appropriée au Gabon. Si la requérante justifie du suivi dont elle fait l'objet et tire profit depuis son arrivée en France, les éléments généraux qu'elle avance sur le système de soins au Gabon ne suffisent pas pour établir que, contrairement aux énonciations de l'avis du 7 juin 2023 faisant lui-même suite à un précédent avis du 15 octobre 2021 qui envisageait alors la poursuite d'une prise en charge médicale pendant 12 mois, elle ne pourrait pas effectivement bénéficier d'un suivi approprié dans son pays d'origine. Par suite, Mme A n'est pas fondée à soutenir que la décision qu'elle conteste méconnaît les dispositions de l'article L. 425-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

7. Aux termes de l'article 5 de la convention franco-gabonaise du 2 décembre 1992 : " Les ressortissants de chacune des Parties contractantes désireux d'exercer sur le territoire de l'autre une activité professionnelle salariée doivent en outre, pour être admis sur le territoire de cette Partie, justifier de la possession : () 2° D'un contrat de travail visé par le Ministère du travail dans les conditions prévues par la législation de l'Etat d'accueil ". L'article L. 5221-2 du code du travail dispose que : " Pour entrer en France en vue d'y exercer une profession salariée, l'étranger présente : / 1° Les documents et visas exigés par les conventions internationales et les règlements en vigueur ; / 2° Un contrat de travail visé par l'autorité administrative ou une autorisation de travail ". Aux termes de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger dont l'admission au séjour répond à des considérations humanitaires ou se justifie au regard des motifs exceptionnels qu'il fait valoir peut se voir délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention () " vie privée et familiale " () ". Aux termes de l'article L. 421-1 du même code : " L'étranger qui exerce une activité salariée sous contrat de travail à durée indéterminée se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " salarié " d'une durée maximale d'un an. / La délivrance de cette carte de séjour est subordonnée à la détention préalable d'une autorisation de travail, dans les conditions prévues par les articles L. 5221-2 et suivants du code du travail () ".

8. Il ressort des pièces du dossier que Mme A a bénéficié jusqu'au 31 janvier 2023 d'un titre de séjour en raison de son état de santé sur le fondement de l'article L. 425-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, dont elle a sollicité le renouvellement en application des mêmes dispositions. Si la requérante expose que, titulaire en particulier d'un contrat de travail à durée déterminée pour la période du 4 septembre 2023 au 2 août 2024, elle était éligible à la délivrance d'un titre de séjour " salarié " sur le fondement des dispositions citées au point précédent, Mme A, comme le relève la décision attaquée, n'a toutefois bénéficié d'une autorisation de travail qu'à titre accessoire à son autorisation de séjour en tant qu'étranger malade et ne bénéficie pas de l'autorisation de travail prévue par l'article L. 5221-1 du code du travail applicable à sa situation. Alors que les éléments dont la requérante fait état et relatifs à son exercice d'une activité salariée au cours des années passées, notamment son emploi en qualité d'assistant achats, ne suffisent pas pour considérer que l'intéressée serait éligible au séjour pour les motifs exceptionnels prévus par les dispositions précitées de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ou qu'un refus de titre de séjour sur le fondement de cet article résulterait d'une erreur manifeste d'appréciation, les moyens tirés de la méconnaissance des stipulations de l'article 5 de la convention franco-gabonaise du 2 décembre 1992 et des dispositions des articles L. 421-1 et L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile doivent être écartés.

9. Aux termes de l'article 9 de la convention franco-gabonaise du 2 décembre 1992 : " Les ressortissants de chacune des Parties contractantes désireux de poursuivre des études supérieures ou d'effectuer un stage de formation de niveau supérieur sur le territoire de l'autre doivent, outre le visa de long séjour prévu à l'article 4, justifier d'une attestation d'inscription ou de préinscription dans l'établissement d'enseignement où s'effectue le stage, ainsi que, dans tous les cas, de moyens d'existence suffisants () ".

10. A l'appui de sa contestation, Mme A soutient qu'étant inscrite au titre de l'année 2023-2024 en 1ère année de master " droit des contrats mention droit public " à l'université de Saint-Etienne susceptible d'être validée par l'exercice d'une activité professionnelle, elle était éligible à la délivrance d'un titre de séjour portant la mention " étudiant " sur le fondement des stipulations citées au point précédent de l'article 9 de la convention franco-gabonaise de 1992. Toutefois, il est constant que la décision en litige fait suite à la demande de renouvellement du titre de séjour délivré à la requérante en raison de son état de santé, qu'un justificatif de l'inscription de Mme A dans un établissement d'enseignement supérieur n'avait pas été transmis à l'autorité préfectorale et qu'ainsi que le relève la préfète du Rhône, l'intéressée, employée dans le cadre d'un contrat à durée déterminée, ne justifiait pas du suivi et de la réussite dans cette formation dans laquelle elle était déjà inscrite l'année précédente. Dans ces conditions et alors au demeurant que la requérante est entrée en France pour y poursuivre des études au mois de septembre 2015, les moyens tirés par Mme A de la méconnaissance des stipulations citées au point précédent ainsi que de l'erreur de droit et de l'erreur d'appréciation commises par l'autorité administrative dans l'examen de sa situation doivent être écartés.

En ce qui concerne l'obligation de quitter le territoire français :

11. Aux termes de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " Nul ne peut être soumis à la torture ni à des peines et traitements inhumains et dégradants ". Aux termes de l'article 8 de cette même convention : " Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale () ". Pour soutenir que l'obligation de quitter le territoire français qui lui est opposée méconnaît ces stipulations, Mme A se borne à faire valoir les risques liés à un défaut de prise en charge de son état de santé au Gabon. Compte tenu de ce qui a été dit au point 6 et alors que la requérante, qui ne fait pas état d'attaches particulières en France, ne conteste pas les attaches familiales que la décision attaquée lui prête au Gabon, le moyen doit être écarté.

12. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions dirigées contre l'arrêté du 26 décembre 2023 doivent être rejetées.

Sur les conclusions à fin d'injonction :

13. Le présent jugement, qui rejette les conclusions de la requête de Mme A à fin d'annulation, n'appelle aucune mesure d'exécution.

Sur les frais liés au litige :

14. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce qu'il en soit fait application à l'encontre de l'Etat, qui n'est pas partie perdante.

DECIDE :

Article 1er : La requête de Mme A est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à Mme C A et à la préfète du Rhône.

Délibéré après l'audience du 8 juillet 2024, à laquelle siégeaient :

M. Gille, président,

M. Richard-Rendolet, premier conseiller,

Mme Feron, première conseillère

Rendu public par mise à disposition au greffe le 10 septembre 2024.

Le rapporteur,

F-X. Richard-RendoletLe président,

A. Gille

La greffière,

L. Khaled

La République mande et ordonne au préfet du Rhône en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition,

Un greffier

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