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AccueilJurisprudence administrativeN° TA69-2400874

Tribunal Administratif de Lyon — Décision N° TA69-2400874

mardi 2 juillet 2024

JuridictionTribunal Administratif de Lyon
SectionTribunal Administratif de Lyon
N° DossierTA69-2400874
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation1ère chambre
Avocat requérantSCP COUDERC ZOUINE

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et deux mémoires, enregistrée le 27 janvier 2024, le 22 avril 2024 et le 2 mai 2024, Mme A C, représentée par Me Couderc, avocat, demande au tribunal, dans le dernier état de ses écritures :

1°) d'annuler pour excès de pouvoir l'arrêté du 23 janvier 2024 par lequel la préfète de l'Ain a rejeté sa demande de titre de séjour, l'a obligée à quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays à destination duquel elle est susceptible d'être éloignée et a prononcé à son encontre une interdiction de retour sur le territoire français d'une durée d'un an ;

2°) à titre principal, d'enjoindre à la préfète de l'Ain de lui délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " dans un délai d'un mois à compter du jugement à intervenir et de la munir dans l'attente et sans délai d'un récépissé de sa demande de titre de séjour ;

3°) à titre subsidiaire, d'enjoindre à la préfète de l'Ain de réexaminer sa situation dans un délai de deux mois et de la munir dans l'attente et dans un délai de quinze jours d'une autorisation provisoire de séjour ;

4°) d'enjoindre à la préfète de l'Ain d'effacer son signalement aux fins de non-admission dans le système d'information Schengen ;

5°) de mettre à la charge de l'État au profit de son conseil une somme de 1 200 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique.

Elle soutient, dans le dernier état de ses écritures, que :

- le refus de titre de séjour et l'obligation de quitter le territoire français attaqués sont entachés d'incompétence de leur auteur ;

- le refus de titre de séjour contesté méconnaît l'article L. 425-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- il méconnaît l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et est entaché d'erreur manifeste d'appréciation de sa situation personnelle ;

- l'obligation de quitter le territoire français est illégale du fait de l'illégalité du refus de titre de séjour ;

- elle méconnaît le 9° du premier alinéa de l'article L. 611-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- elle méconnaît l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et est entachée d'erreur manifeste d'appréciation de sa situation personnelle ;

- la décision refusant d'accorder un délai de départ volontaire est illégale du fait de l'illégalité du refus de titre de séjour et de l'obligation de quitter le territoire français ;

- la décision fixant le pays de renvoi est illégale du fait de l'illégalité du refus de titre de séjour et de l'obligation de quitter le territoire français ;

- elle méconnaît l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales eu égard à son état de santé ;

- l'interdiction de retour sur le territoire français d'une durée d'un an est illégale du fait de l'illégalité du refus de titre de séjour et de l'obligation de quitter le territoire français ;

- elle est entachée d'erreur d'appréciation au regard des dispositions du premier alinéa de l'article L. 612-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, dès lors dès lors qu'elle justifie de circonstances humanitaires particulières en raison de son état de santé et du fait qu'elle a quitté son pays d'origine il y a vingt-sept ans ;

- elle méconnaît l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et est entachée d'erreur manifeste d'appréciation de sa situation personnelle.

Par un mémoire en défense, enregistré le 23 avril 2024, la préfète de l'Ain conclut au rejet de la requête.

Elle fait valoir que les moyens présentés par la requérante ne sont pas fondés.

Mme C a été admise au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 4 avril 2024.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique ;

- le code de justice administrative.

Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. Drouet, président,

- et les observations de Me Lefèvre, avocate, suppléant Me Couderc, avocat, pour Mme C.

Considérant ce qui suit :

1. En premier lieu, le refus de titre de séjour et l'obligation de quitter le territoire français attaqués ont été signés par M. D B, directeur de la citoyenneté et de l'intégration à la préfecture de l'Ain, lequel bénéficiait d'une délégation de la part de la préfète de l'Ain en date du 11 décembre 2023, publiée au recueil des actes administratifs de la préfecture de l'Ain le 13 décembre 2023 et accessible tant au juge qu'aux parties. Par suite, le moyen tiré de l'incompétence de l'auteur des décisions contestées doit être écarté.

2. En deuxième lieu, le collège des médecins de l'Office français pour l'immigration et l'intégration a estimé, dans un avis du 29 décembre 2023 dont la préfète s'est approprié le sens, que l'état de santé de Mme C, ressortissante arménienne née le 18 octobre 1963 souffrant d'un syndrome dépressif imposant un traitement antidépresseur et d'une artériopathie de stade II des membres inférieurs pour laquelle elle a subi deux interventions, nécessite une prise en charge médicale dont le défaut peut entraîner des conséquences d'une exceptionnelle gravité mais qu'elle peut effectivement bénéficier d'un traitement approprié dans son pays d'origine et que son état de santé peut lui permettre de voyager sans risque vers ce pays. Les documents médicaux produits par la requérante ne sont pas suffisants pour remettre en cause cet avis en ce qui concerne la disponibilité des soins en Arménie et la possibilité de voyager sans risque pour la santé de Mme C. Par suite, doit être écarté comme non fondé le moyen tiré de la méconnaissance des dispositions du premier alinéa de l'article L. 425-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

3. En troisième lieu, il est constant que Mme C, ressortissante arménienne née le 18 octobre 1963 et entrée en France en décembre 2008, est célibataire et sans charge de famille et n'a pas exécuté deux précédentes mesures d'éloignement prises à son encontre le 8 septembre 2017 et le 12 novembre 2019 et devenues définitives à la suite du rejet de ses recours contentieux. Ainsi qu'il a été dit au point précédent, les dispositions de l'article L. 425-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile n'ont pas été méconnues. Par suite, compte tenu de l'ensemble des circonstances de l'espèce, la décision contestée de refus de titre de séjour n'a pas porté au droit de Mme C au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée par rapport aux buts poursuivis par cette décision et n'a, ainsi, pas méconnu les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales. Pour les mêmes motifs, la décision en litige n'est pas entachée d'erreur manifeste d'appréciation de la situation personnelle de la requérante.

4. En quatrième lieu, il résulte de ce qui a été dit aux points 1 à 3 que la requérante n'est pas fondée à exciper à l'encontre de l'obligation de quitter le territoire français de l'illégalité du refus de titre de séjour.

5. En cinquième lieu, il résulte de ce qui a été dit au point précédent que l'obligation de quitter le territoire français ne méconnaît pas les dispositions du 9° du premier alinéa de l'article L. 611-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

6. En sixième lieu, pour les mêmes motifs que ceux retenus au point 3, l'obligation de quitter le territoire français ne méconnaît pas les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et n'est pas entachée d'erreur manifeste d'appréciation de la situation personnelle de la requérante.

7. En septième lieu, il résulte de ce qui a été dit aux points 1 à 6 que la requérante n'est pas fondée à exciper à l'encontre de la décision refusant d'accorder un délai de départ volontaire de l'illégalité de l'illégalité du refus de titre de séjour et de l'obligation de quitter le territoire français.

8. En huitième lieu, il résulte de ce qui a été dit aux points 1 à 6 que la requérante n'est pas fondée à exciper à l'encontre de la décision fixant le pays de renvoi de l'illégalité du refus de titre de séjour et de l'obligation de quitter le territoire français.

9. En neuvième lieu, ainsi qu'il a été dit au point 2, les documents médicaux produits par la requérante ne sont pas suffisants pour remettre en cause l'avis du 29 décembre 2023 du collège des médecins de l'Office français pour l'immigration et l'intégration, dont la préfète s'est approprié le sens, en ce qui concerne la disponibilité des soins en Arménie et la possibilité de voyager sans risque pour la santé de Mme C. Dans ces conditions, la décision fixant le pays de destination ne méconnaît pas l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

10. En dixième lieu, il résulte de ce qui a été dit aux points 1 à 6 que la requérante n'est pas fondée à exciper à l'encontre de l'interdiction de retour sur le territoire français d'une durée d'un an de l'illégalité du refus de titre de séjour et de l'obligation de quitter le territoire français.

11. En dernier lieu, aux termes de l'article L. 612-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Lorsqu'aucun délai de départ volontaire n'a été accordé à l'étranger, l'autorité administrative assortit la décision portant obligation de quitter le territoire français d'une interdiction de retour sur le territoire français. Des circonstances humanitaires peuvent toutefois justifier que l'autorité administrative n'édicte pas d'interdiction de retour. / () " Selon l'article L. 612-10 du même code : " Pour fixer la durée des interdictions de retour mentionnées aux articles L. 612-6 et L. 612-7, l'autorité administrative tient compte de la durée de présence de l'étranger sur le territoire français, de la nature et de l'ancienneté de ses liens avec la France, de la circonstance qu'il a déjà fait l'objet ou non d'une mesure d'éloignement et de la menace pour l'ordre public que représente sa présence sur le territoire français. / () ".

12. Eu égard aux éléments mentionnés aux points 2 et 3, caractérisant la situation de Mme C notamment sur le plan sanitaire, la requérante ne justifie pas de circonstances humanitaires au sens des dispositions précitées du premier alinéa de l'article L. 612-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Par suite, la préfète n'a pas fait une inexacte application des dispositions du premier alinéa de cet article en prononçant à l'encontre de l'intéressée une interdiction de retour sur le territoire français d'une durée d'un an. Pour les mêmes motifs, cette décision d'interdiction de retour ne méconnaît pas les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et n'est pas entachée d'erreur manifeste d'appréciation de la situation personnelle de la requérante.

13. Il résulte de tout ce qui précède que Mme C n'est pas fondée à demander l'annulation de l'arrêté du 23 janvier 2024 par lequel la préfète de l'Ain a rejeté sa demande de titre de séjour, l'a obligée à quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays à destination duquel elle est susceptible d'être éloignée et a prononcé à son encontre une interdiction de retour sur le territoire français d'une durée d'un an. Par voie de conséquence, doivent être rejetées les conclusions de sa requête aux fins d'injonctions et celles à fin de mise à la charge de l'État des frais exposés et non compris dans les dépens dans les conditions prévues par les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991.

DÉCIDE :

Article 1er : La requête n° 2400874 est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à Mme A C, à Me Couderc et à la préfète de l'Ain.

Délibéré après l'audience du 18 juin 2024, à laquelle siégeaient :

- M. Drouet, président,

- Mme Maubon, première conseillère,

- M. Gilbertas, premier conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 2 juillet 2024.

Le président rapporteur,

H. DrouetL'assesseure la plus ancienne,

G. Maubon

La greffière,

C. Amouny

La République mande et ordonne à la préfète de l'Ain en ce qui la concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

Une greffière,

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