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AccueilJurisprudence administrativeN° TA69-2400891

Tribunal Administratif de Lyon — Décision N° TA69-2400891

vendredi 29 mars 2024

JuridictionTribunal Administratif de Lyon
SectionTribunal Administratif de Lyon
N° DossierTA69-2400891
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationD
FormationJU 9ème chambre
Avocat requérantMESSAOUD

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 30 janvier 2024, Mme C D, représentée par Me Messaoud, demande au tribunal :

1°) d'annuler les décisions du 24 janvier 2024 par lesquelles la préfète du Rhône l'a obligée à quitter le territoire français dans le délai de trente jours et a fixé un pays de destination ;

2°) d'enjoindre à la préfète du Rhône de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour dans l'attente du réexamen de sa situation ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat le versement à son conseil d'une somme de 1 200 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.

Mme D soutient que :

- les décisions ont été signées par une autorité incompétente ;

- la préfète n'a pas procédé à un examen complet de sa situation personnelle ;

- l'obligation de quitter le territoire français méconnaît l'article 33 de la convention de Genève ainsi que l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- elle méconnaît également la protection instituée par l'article L. 541-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- elle porte une atteinte disproportionnée au droit au respect de sa vie privée et familiale en violation de l'article 8 de la convention européenne précitée ;

- la décision fixant le pays de renvoi doit être annulée par voie de conséquence de l'annulation de l'obligation de quitter le territoire français ;

- elle méconnaît l'article 3 de la convention européenne précitée.

Par un mémoire en défense enregistré le 12 mars 2024, la préfète du Rhône conclut au rejet de la requête au motif que les moyens ne sont pas fondés.

La présidente du tribunal a délégué les pouvoirs qui lui sont attribués par l'article L. 614-5 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile à Mme de Lacoste Lareymondie.

Vu :

- la décision du bureau d'aide juridictionnelle du 22 février 2024 accordant l'aide juridictionnelle totale à Mme D ;

- l'arrêté du 30 novembre 2023 publié le même jour portant délégation de signature à Mme A B ;

- les autres pièces du dossier ;

Vu :

- la convention de Genève du 28 juillet 1951 relative au statut des réfugiés ;

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Au cours de l'audience publique du 13 mars 2024, Mme de Lacoste Lareymondie a présenté son rapport et entendu les observations de Mme D.

La préfète du Rhône n'était ni présente ni représentée.

La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.

Considérant ce qui suit :

Sur les conclusions à fin d'annulation :

En ce qui concerne les moyens communs à l'ensemble des décisions attaquées :

1. En premier lieu, il appartient non à l'autorité administrative de justifier a priori de la légalité de la décision attaquée, mais au requérant de soulever des moyens assortis de précisions suffisantes permettant au juge d'y statuer. En outre, une délégation de signature ayant une portée réglementaire, elle devient opposable dès sa publication. Il suit de là que les décisions attaquées ne sauraient être entachées d'incompétence au seul motif que le défendeur ne produit pas l'acte qui habilitait le délégataire à les signer. L'arrêté susvisé ayant été régulièrement publié et le tribunal s'étant assuré, au titre de son office, que Mme B a agi dans les limites de la délégation qui lui a été consentie, le moyen tiré de l'incompétence du signataire doit être écarté.

2. En second lieu, si Mme D soutient que la préfète n'aurait pas procédé à un examen complet de sa situation personnelle, ce qui ne ressort ni des termes des décisions en litige ni des pièces du dossier, elle ne précise pas quelle disposition législative ou règlementaire ni quel principe aurait été méconnu de ce fait. Le moyen ne peut donc qu'être écarté.

En ce qui concerne l'obligation de quitter le territoire français :

3. Aux termes de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'autorité administrative peut obliger un étranger à quitter le territoire français lorsqu'il se trouve dans l'un des cas suivants : / () 4° La reconnaissance de la qualité de réfugié ou le bénéfice de la protection subsidiaire a été définitivement refusé à l'étranger ou il ne bénéficie plus du droit de se maintenir sur le territoire français en application des articles L. 542-1 et L. 542-2, à moins qu'il ne soit titulaire de l'un des documents mentionnés au 3° ; (). ".

4. Aux termes de l'article L. 541-1 du même code : " Le demandeur d'asile dont l'examen de la demande relève de la compétence de la France et qui a introduit sa demande auprès de l'Office français de protection des réfugiés et apatrides bénéficie du droit de se maintenir sur le territoire français. " Aux termes de l'article L. 542-2 : " Par dérogation à l'article L. 542-1, le droit de se maintenir sur le territoire français prend fin : () 2° Lorsque le demandeur : () c) présente une nouvelle demande de réexamen après le rejet définitif d'une première demande de réexamen ; () ".

5. Mme D, originaire de la République démocratique du Congo, est entrée en France le 3 octobre 2020. Sa demande d'asile, enregistrée le 19 juillet 2021, a été rejetée en dernier lieu par la Cour nationale du droit d'asile le 22 décembre 2021. Une première demande de réexamen a également été rejetée, en dernier lieu par la même Cour le 24 mai 2023. Le 24 janvier 2024, Mme D a déposé une seconde demande de réexamen. Le même jour, la préfète du Rhône, se fondant sur les dispositions précitées du 4° de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, l'a obligée à quitter le territoire français.

6. En premier lieu, il résulte des dispositions précitées du c) du 2° de l'article L. 542-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, que, du fait du rejet d'une première demande de réexamen de sa demande d'asile, Mme D ne dispose plus du droit de se maintenir sur le territoire français en dépit du dépôt d'une seconde demande de réexamen. Elle ne peut donc utilement soutenir que la préfète aurait méconnu l'article L. 541-1 du même code, quand bien même ni l'Office français de protection des réfugiés et apatrides ni la Cour nationale du droit d'asile ne se sont encore prononcés, à la date de la mesure d'éloignement, sur sa seconde demande de réexamen. A ce titre, si Mme D fait valoir qu'elle dispose d'éléments sérieux justifiant ce second réexamen, cette circonstance est à elle seule insuffisante à démontrer l'illégalité de l'obligation de quitter le territoire français édictée à son encontre. Pour le même motif, le moyen tiré de ce que la décision serait contraire au principe de non refoulement des demandeurs d'asile énoncé à l'article 33 de la Convention de Genève doit être écarté.

7. En deuxième lieu, l'obligation de quitter le territoire français a pour seul objet d'ordonner l'éloignement de Mme D. Elle est ainsi distincte de la décision par laquelle l'autorité administrative fixe le pays vers lequel l'intéressée doit être renvoyée. Dès lors, si la requérante soutient qu'elle est exposée à des risques de traitements inhumains et dégradants en cas de retour dans son pays d'origine, en violation de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, un tel moyen, dirigé contre l'obligation de quitter le territoire français, est inopérant et doit être écarté.

8. En troisième lieu, Mme D, qui a vécu l'essentiel de son existence en République démocratique du Congo où résident encore ses trois enfants mineurs, ne justifie d'aucune attache familiale en France. Si elle se prévaut de sa relation avec une compatriote qui s'est vue reconnaître la qualité de réfugié, la réalité autant que l'ancienneté et la stabilité de cette relation ne ressortent pas suffisamment des pièces du dossier. Enfin, Mme D ne démontre aucune insertion particulière sur le territoire français. Elle n'est donc pas fondée à soutenir que l'obligation de quitter le territoire français porte une atteinte disproportionnée au droit au respect de sa vie privée et familiale en violation de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

En ce qui concerne la décision désignant le pays de renvoi :

9. Aux termes de l'article L. 721-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Un étranger ne peut être éloigné à destination d'un pays s'il établit que sa vie ou sa liberté y sont menacées ou qu'il y est exposé à des traitements contraires aux stipulations de l'article 3 de la Convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales du 4 novembre 1950. ". Aux termes de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " Nul ne peut être soumis à la torture ni à des peines ou traitements inhumains ou dégradants ".

10. En premier lieu, Mme D n'ayant pas démontré l'illégalité de l'obligation de quitter le territoire français, elle n'est pas fondée à s'en prévaloir, par la voie de l'exception et sans soulever d'autres moyens que ceux qui viennent d'être écartés, pour soutenir que la décision désignant un pays de renvoi serait elle-même illégale.

11. En second lieu, Mme D fait valoir qu'elle a été contrainte de fuir la République démocratique du Congo en raison de son orientation sexuelle et des menaces dont elle faisait l'objet de la part de sa famille. Toutefois, à supposer que son homosexualité soit établie, ce qui ne ressort pas suffisamment des pièces du dossier et n'a pas emporté la conviction de l'Office français de protection des réfugiés et apatrides ni de la Cour nationale du droit d'asile, et ce que ne suffisent pas à démontrer ses engagements comme militante de la cause LGBT, Mme D n'apporte aucun élément en vue de démontrer la réalité des mauvais traitements dont elle aurait été victime lorsqu'elle était encore en République démocratique du Congo. A ce sujet, ses déclarations au cours de l'audience publique se sont révélées évasives et peu convaincantes, alors qu'elle a par ailleurs indiqué avoir vécu près de quatorze ans avec son ancien mari qui avait pourtant connaissance de son orientation sexuelle, et leurs trois enfants. En outre, si elle fait valoir que sa compagne actuelle en France s'est vue reconnaître la qualité de réfugiée, cette seule circonstance est à elle seule insuffisante à démontrer qu'elle serait personnellement exposée à des risques pour sa sécurité en cas de retour en République démocratique du Congo alors qu'en outre, la réalité autant que la stabilité de cette relation n'est pas démontrée. Il s'ensuit que Mme D n'est pas fondée à soutenir que la décision fixant le pays de renvoi serait contraire aux stipulations précitées de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

12. Il résulte de l'ensemble de ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation présentées par Mme D doivent être rejetées.

Sur les conclusions à fin d'injonction :

13. Le présent jugement, qui rejette les conclusions à fin d'annulation, n'implique aucune mesure d'exécution. Les conclusions à fin d'injonction doivent donc être également rejetées.

Sur les frais liés au litige :

14. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mis à la charge de l'Etat, qui n'est pas, dans la présente instance, la partie perdante, le versement d'une somme au titre des frais exposés et non compris dans les dépens.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de Mme D est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à Mme C D et à la préfète du Rhône.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 29 mars 2024.

La magistrate désignée,

E. de Lacoste Lareymondie

La greffière,

N. Boumedienne

La République mande et ordonne à la préfète du Rhône en ce qui la concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition,

Un greffier,

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