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AccueilJurisprudence administrativeN° TA69-2400929

Tribunal Administratif de Lyon — Décision N° TA69-2400929

vendredi 2 février 2024

JuridictionTribunal Administratif de Lyon
SectionTribunal Administratif de Lyon
N° DossierTA69-2400929
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationD
FormationELOIGNEMENT
Avocat requérantHOUPPE

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 31 janvier 2024, M. A B demande au tribunal :

1°) de l'admettre au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire ;

2°) d'annuler l'arrêté en date du 29 janvier 2024 par lequel le préfet de la Drôme lui a fait obligation de quitter le territoire français sans délai, a fixé son pays de renvoi et lui a fait interdiction de retour sur le territoire français pour une durée d'un an ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat le versement à son conseil d'une somme de 1000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et du deuxième alinéa de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991, à charge pour son conseil de renoncer au bénéfice de l'aide juridictionnelle.

Il soutient que :

- la décision attaquée est entachée d'un défaut de motivation et d'un défaut d'examen de sa situation ;

- l'obligation de quitter le territoire français en litige porte une atteinte disproportionnée à son droit au respect de sa vie privée et familiale, en violation de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- la décision lui refusant un délai de départ volontaire méconnaît les dispositions des articles L. 612-2 et L. 612-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la décision portant interdiction de retour sur le territoire français méconnaît les dispositions de l'article L. 612-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

Le préfet de la Drôme a produit des pièces, enregistrées le 1er février 2024.

La présidente du tribunal a désigné M. Richard-Rendolet, premier conseiller, pour statuer en application de l'article L. 614-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- l'accord entre le Gouvernement de la République française et le Gouvernement du royaume du Maroc en matière de séjour et d'emploi du 9 octobre 1987 ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique ;

- le code de justice administrative.

Les parties ayant été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus, au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. Richard-Rendolet ;

- les observations de Me Houppe, avocate, pour M. B, qui conclut aux mêmes fins que la requête et par les mêmes moyens et soutient en outre que l'illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français entache d'illégalité la décision fixant le pays de renvoi prise sur son fondement ;

- les observations de Me Reneaud-Akni, substituant Me Tomasi, pour le préfet de la Drôme, qui conclut au rejet de la requête au motif que les moyens ne sont pas fondés ;

- et les observations de M. B, requérant.

La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.

Considérant ce qui suit :

1. M. B, ressortissant marocain, demande au tribunal d'annuler l'arrêté en date du 29 janvier 2024 par lequel le préfet de la Drôme lui a fait obligation de quitter le territoire français sans délai, a fixé son pays de renvoi et lui a fait interdiction de retour sur le territoire français pour une durée d'un an.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

2. Les décisions attaquées comportent les considérations de droit et de fait qui les fondent et sont, par suite, suffisamment motivées. Si M. B fait valoir que la mention selon laquelle il n'aurait accompli aucune démarche en vue de régulariser sa situation est erronée et qu'il n'est pas fait mention de son insertion professionnelle, il est constant que l'arrêté attaqué mentionne les déclarations de l'intéressé relatives à sa situation professionnelle, et il ressort des pièces du dossier que le préfet de la Drôme ne s'est pas déterminé au regard de démarches de régularisation dont M. B n'établit en tout état de cause pas la réalité. Par suite, les moyens tirés du défaut de motivation et du défaut d'examen dont seraient entachées ces décisions doivent être écartés.

3. Aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale. / (.) ".

4. Pour soutenir que l'arrêté attaqué porterait atteinte à son droit au respect de sa vie privée, M. B se prévaut de sa résidence en France depuis l'année 2018, de son insertion professionnelle et des relations qu'il a nouées sur le territoire national. Toutefois, il ressort des pièces du dossier que M. B s'est maintenu irrégulièrement sur le territoire national malgré une mesure d'éloignement prise à son encontre par le préfet du Gard le 11 septembre 2022 et qu'il est célibataire sans charge de famille, sa fille née en 2012 résidant au Maroc. Si l'intéressé fait valoir son insertion professionnelle, il est constant que lorsqu'il a conclu un contrat à durée indéterminée le 7 novembre 2022 en tant que technicien de fibre optique, il ne disposait pas de droit au séjour lui permettant de travailler en France et faisait l'objet d'une décision portant obligation de quitter le territoire. Enfin, si M. B se prévaut de son intégration en France, il ressort des pièces du dossier que l'intéressé est défavorablement connu des services de police pour des faits de viol, violence suivie d'incapacité supérieure à huit jours par une personne étant ou ayant été conjoint, concubin ou partenaire de la victime, arrestation, enlèvement, séquestration ou détention arbitraire, conduite d'un véhicule en état d'ivresse manifeste et refus d'obtempérer à une sommation de s'arrêter. Dans ces conditions, le moyen tiré de l'atteinte excessive que l'obligation de quitter le territoire français porterait au droit du requérant au respect de sa vie privée et familiale en violation de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales doit être écarté.

5. Aux termes de l'article L. 612-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger faisant l'objet d'une décision portant obligation de quitter le territoire français dispose d'un délai de départ volontaire de trente jours à compter de la notification de cette décision () ". Aux termes de l'article L. 612-2 du même code : " Par dérogation à l'article L. 612-1, l'autorité administrative peut refuser d'accorder un délai de départ volontaire dans les cas suivants : () / 3° Il existe un risque que l'étranger se soustraie à la décision portant obligation de quitter le territoire français dont il fait l'objet ". Aux termes de l'article L. 612-3 du même code : " Le risque mentionné au 3° de l'article L. 612-2 peut être regardé comme établi, sauf circonstance particulière, dans les cas suivants : () / 5° L'étranger s'est soustrait à l'exécution d'une précédente mesure d'éloignement ".

6. Si M. B fait valoir qu'il dispose de garanties de représentations du fait de sa domiciliation à Valence, il est constant que l'intéressé s'est soustrait à la décision portant obligation de quitter le territoire français prise à son encontre le 11 septembre 2022. Dès lors, le préfet de la Drôme a pu, sans méconnaître les dispositions des articles L. 612-2 et L. 612-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, refuser de lui accorder un délai de départ volontaire. Par suite, le moyen doit être écarté.

7. Il résulte de ce qui a été dit ci-dessus que M. B n'est pas fondé à soutenir que l'illégalité de l'obligation de quitter le territoire français qui lui est opposée entache d'illégalité la décision fixant son pays de renvoi prise sur son fondement.

8. Aux termes de l'article L. 612-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Lorsqu'aucun délai de départ volontaire n'a été accordé à l'étranger, l'autorité administrative assortit la décision portant obligation de quitter le territoire français d'une interdiction de retour sur le territoire français. Des circonstances humanitaires peuvent toutefois justifier que l'autorité administrative n'édicte pas d'interdiction de retour ". Aux termes de l'article L. 612-10 du même code : " Pour fixer la durée des interdictions de retour mentionnées aux articles L. 612-6 et L. 612-7, l'autorité administrative tient compte de la durée de présence de l'étranger sur le territoire français, de la nature et de l'ancienneté de ses liens avec la France, de la circonstance qu'il a déjà fait l'objet ou non d'une mesure d'éloignement et de la menace pour l'ordre public que représente sa présence sur le territoire français ".

9. Il ressort des pièces du dossier et en particulier des termes circonstanciés de l'arrêté en litige que, pour opposer au requérant une interdiction de retour sur le territoire français d'une durée d'un an, le préfet de la Drôme a pris en considération la situation de M. B au regard des critères énoncés à l'article L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Par suite et compte tenu de ce qui a été dit précédemment quant à la situation personnelle et familiale du requérant, celui-ci n'est pas fondé à soutenir que cette décision méconnaît les dispositions des articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

10. Il résulte de tout ce qui précède que M. B n'est pas fondé à demander l'annulation de l'arrêté du 29 janvier 2024 par lequel le préfet de la Drôme lui a fait obligation de quitter le territoire français sans délai, a fixé son pays de renvoi et lui a fait interdiction de retour sur le territoire français pour une durée d'un an. Par voie de conséquence, les conclusions présentées sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative doivent également être rejetées.

D E C I D E :

Article 1er : M. B est admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire.

Article 2 : Le surplus des conclusions de la requête de M. B est rejeté.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. A B et au préfet de la Drôme.

Lu en audience publique le 2 février 2024.

Le magistrat désigné,

F-X. Richard-RendoletLe greffier,

T. Clément

La République mande et ordonne au préfet de la Drôme en ce qui le concerne, ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition,

Un greffier,

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