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AccueilJurisprudence administrativeN° TA69-2400953

Tribunal Administratif de Lyon — Décision N° TA69-2400953

mardi 16 juillet 2024

JuridictionTribunal Administratif de Lyon
SectionTribunal Administratif de Lyon
N° DossierTA69-2400953
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation1ère chambre
Avocat requérantLARABI-HADI

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire, enregistrés les 31 janvier et 31 mai 2024, ce dernier n'ayant pas été communiqué, Mme A C épouse D, représentée par Me Larabi-Hadi, demande au tribunal :

1°) d'annuler les décisions du 28 décembre 2023 par lesquelles le préfet de la Loire lui a refusé un titre de séjour, l'a obligée à quitter le territoire français dans un délai de trente jours, et a déterminé le pays de destination en cas de reconduite ;

2°) d'enjoindre au préfet de la Loire de lui délivrer une carte de résident algérien portant la mention " vie privée et familiale ", ou à tout le moins de réexaminer sa situation, dans le délai de quinze jours à compter de la notification du jugement à intervenir, sous astreinte de 150 euros par jour de retard ;

3°) de mettre à la charge de l'État le versement d'une somme de 2 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

Sur la décision portant refus de titre de séjour :

- la décision portant refus de titre de séjour est entachée d'incompétence ;

- cette décision est insuffisamment motivée ;

- elle est entachée d'erreur de fait quant à la disponibilité d'un traitement adéquat en Algérie au regard de l'état de santé de son enfant ;

- cette décision procède d'une inexacte application des stipulations du 5) de l'article 6 de l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968 ; l'avis du collège des médecins de l'Office français de l'immigration et de l'intégration (OFII) ne précise pas la durée des soins nécessités ; le traitement nécessité est indisponible en Algérie ;

- elle méconnaît les exigences de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- cette décision méconnaît également les stipulations de l'article 3-1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant ;

Sur la décision portant obligation de quitter le territoire français :

- cette décision est illégale du fait de l'illégalité de la décision refusant un titre de séjour ;

- elle est entachée d'erreur manifeste d'appréciation ;

Sur la l'article 3 de l'arrêté en litige :

- l'indication d'une éventuelle interdiction de retour sur le territoire national méconnaît les stipulations de l'article 6 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et de libertés fondamentales ;

- il en va de même s'agissant de la désignation des autorités chargées de mettre à exécution les décisions attaquées.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- la convention internationale relative aux droits de l'enfant ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code de justice administrative.

Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le rapport de M. Gilbertas, premier conseiller, a été entendu au cours de l'audience publique.

Considérant ce qui suit :

1. Mme A C épouse D, ressortissante algérienne née le 26 mars 1982, demande l'annulation des décisions du 28 décembre 2023 par lesquelles le préfet de la Loire a refusé de lui délivrer un titre de séjour, l'a obligée à quitter le territoire français dans le délai de trente jours et a déterminé le pays de destination en cas de reconduite.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

2. Aux termes de l'article 6 de l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968 : " Les dispositions du présent article ainsi que celles des deux articles suivants, fixent les conditions de délivrance et de renouvellement du certificat de résidence aux ressortissants algériens établis en France ainsi qu'à ceux qui s'y établissent, sous réserve que leur situation matrimoniale soit conforme à la législation française. Le certificat de résidence d'un an portant la mention " vie privée et familiale " est délivré de plein droit : () ; 5) au ressortissant algérien, qui n'entre pas dans les catégories précédentes ou dans celles qui ouvrent droit au regroupement familial, dont les liens personnels et familiaux en France sont tels que le refus d'autoriser son séjour porterait à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée au regard des motifs du refus ; () ".

3. Si les dispositions de l'article L. 425-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, qui prévoient la délivrance d'une autorisation provisoire de séjour au bénéfice des parents d'enfants dont l'état de santé répond aux conditions prévues par l'article L. 425-9 du même code, ne sont pas applicables aux ressortissants algériens dont la situation est entièrement régie par les stipulations de l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968, cette circonstance ne fait pas obstacle à ce que le préfet, dans le cadre de son pouvoir discrétionnaire d'appréciation ou au regard de la vie privée et familiale de l'intéressé, délivre à ces ressortissants un certificat de résidence pour l'accompagnement d'un enfant malade. Si la procédure consultative médicale prévue par les dispositions précitées du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile n'est, dès lors, pas applicable dans le cas du ressortissant algérien sollicitant le séjour en qualité de parent d'un enfant mineur dont l'état de santé justifierait le maintien sur le territoire français, il est toutefois loisible à l'administration, alors même qu'une consultation n'est pas requise par les textes applicables, d'y procéder, afin d'éclairer utilement sa décision, et une irrégularité éventuellement commise dans le déroulement d'une procédure suivie à titre facultatif par l'administration n'est normalement de nature à vicier la légalité de la décision intervenue que dans la mesure où cette irrégularité a exercé, en fait, une influence sur cette décision.

4. Pour refuser le titre de séjour sollicité par Mme D, le préfet de la Loire s'est approprié les termes de l'avis du collège des médecins de l'Office français de l'immigration et de l'intégration (OFII) selon lequel, si l'état de santé du fils de la requérante nécessitait une prise en charge dont le défaut entraînerait pour l'enfant des conséquences d'une extrême gravité, un traitement adapté était effectivement disponible en Algérie. Mme D produit des certificats médicaux de deux praticiens algériens spécialistes en néphrologie, qui s'ils sont postérieurs à la date de la décision attaquée doivent être regardés comme révélant un état de fait antérieur à cette date, indiquant l'absence du traitement Cellcept en fiole liquide d'un gramme en Algérie, éléments confirmés par les attestations produites par deux pharmaciens algériens et remettant en cause les conclusions de l'avis précité. Ainsi, et dès lors qu'il ressort des pièces du dossier que le défaut de ce traitement en Algérie emporterait des conséquences d'une extrême gravité pour l'enfant de Mme D et que l'intéressé suit actuellement un tel traitement en France, c'est en méconnaissance des stipulations précitées que le préfet de la Loire a refusé le titre de séjour sollicité.

5. Il résulte de ce qui précède, sans qu'il soit besoin d'examiner les autres moyens de la requête, que Mme D est fondée à demander l'annulation de la décision du 28 décembre 2023 lui refusant un titre de séjour ainsi que, par voie de conséquence, des décisions du même jour l'obligeant à quitter le territoire dans un délai de trente jours et déterminant le pays de reconduite.

Sur les conclusions accessoires :

6. D'une part, le présent jugement implique nécessairement pour son exécution qu'il soit enjoint au préfet de la Loire de délivrer à Mme D une carte de résident algérien portant la mention " vie privée et familiale " dans un délai qu'il convient de fixer à quatre mois, sans qu'il soit besoin d'assortir cette injonction d'une astreinte.

7. D'autre part, il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de l'État le versement d'une somme de 1 000 euros à la requérante au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

D E C I D E :

Article 1er : Les décisions du préfet de la Loire du 28 décembre 2023 sont annulées.

Article 2 : Il est enjoint au préfet de la Loire de délivrer un titre de séjour portant la mention " vie privée et familiale " à Mme D dans un délai de quatre mois à compter de la notification du présent jugement.

Article 3 : L'État versera une somme de 1 000 euros à Mme D au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 4 : Le surplus de conclusions de la requête de Mme D est rejeté.

Article 5 : Le présent jugement sera notifié à Mme A C épouse D et au préfet de la Loire.

Délibéré après l'audience du 2 juillet 2024, à laquelle siégeaient :

M. Drouet, président,

Mme Maubon, première conseillère,

M. Gilbertas, premier conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 16 juillet 2024.

Le rapporteur,

M. Gilbertas

Le président,

H. Drouet

La greffière,

A. Farlot

La République mande et ordonne au préfet de la Loire en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

Une greffière,

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