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AccueilJurisprudence administrativeN° TA69-2400995

Tribunal Administratif de Lyon — Décision N° TA69-2400995

mardi 2 juillet 2024

JuridictionTribunal Administratif de Lyon
SectionTribunal Administratif de Lyon
N° DossierTA69-2400995
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation1ère chambre
Avocat requérantTOMASI

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 1er février 2024, M. A B, représenté par Me Laubriet, demande au tribunal :

1°) d'annuler les décisions du 30 janvier 2024 par lesquelles le préfet de l'Isère l'a obligé à quitter sans délai le territoire français, a déterminé le pays de destination en cas de reconduite et l'a interdit de retour sur le territoire pour une durée de deux ans ;

2°) de mettre à la charge de l'Etat le versement d'une somme de 1 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

Sur l'ensemble des décisions :

- les décisions attaquées sont entachées d'incompétence ;

- elles sont insuffisamment motivées, révélant en cela un défaut d'examen de sa situation particulière ;

Sur la décision portant obligation de quitter le territoire :

- cette décision est entachée d'erreur manifeste d'appréciation dans l'application de l'article L. 613-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- elle est entachée d'erreur de droit dès lors que sa situation entre de plein droit dans le cas de délivrance d'un titre de séjour par application de l'article 6 1) de l'accord franco-algérien ;

- elle méconnaît les exigences de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

Sur la décision portant refus de délai de départ volontaire :

- cette décision est illégale du fait de l'illégalité de la décision portant mesure d'éloignement ;

- elle procède d'une inexacte application des dispositions des articles L. 612-2 et L. 612-3 du code précité ;

Sur la décision portant interdiction de retour sur le territoire :

- elle méconnaît les dispositions des articles L. 612-6 et L. 612-10 du code précité et revêt un caractère disproportionné.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;- le code de justice administrative.

Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. Gilbertas, premier conseiller,

- et les observations de Me Laubriet pour M. B.

Considérant ce qui suit :

Sur l'ensemble des décisions attaquées :

1. D'une part, l'arrêté en litige a été signé par M. Laurent Simplicien, secrétaire général de la préfecture de l'Isère, qui disposait à cet effet d'une délégation en vertu d'un arrêté du préfet de l'Isère du 21 août 2023, publié le même jour au recueil des actes administratifs spécial de la préfecture. Par suite, le moyen tiré de l'incompétence du signataire de l'arrêté attaqué doit être écarté.

2. D'autre part, l'arrêté en litige vise les dispositions et stipulations dont il fait application et relève les éléments biographiques du requérant pertinents pour cette application. A cet égard, si M. B conteste l'appréciation portée par l'autorité compétente sur tout ou partie de ces éléments, un tel grief relève du bienfondé des décisions attaquées et non de la motivation de l'arrêté les portant. Il ne ressort ni de cette motivation, suffisante en l'espèce, ni des autres pièces du dossier que les décisions en litige auraient été édictées à l'issue d'un examen incomplet de sa situation personnelle. Les moyens afférents doivent ainsi être écartés.

Sur la décision portant obligation de quitter le territoire français :

3. D'une part, aux termes de l'article L. 613-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " La décision portant obligation de quitter le territoire français est motivée. Elle est édictée après vérification du droit au séjour, en tenant notamment compte de la durée de présence de l'étranger sur le territoire français, de la nature et de l'ancienneté de ses liens avec la France et des considérations humanitaires pouvant justifier un tel droit ".

4. Ainsi qu'il a été dit, il ressort des pièces du dossier, et notamment des mentions de l'arrêté attaqué, que l'autorité compétente a pris en compte l'ensemble des éléments mentionnés par les dispositions précitées avant l'édiction de la décision attaquée. Le moyen tiré de l'erreur manifeste d'appréciation à cet égard doit ainsi être écarté.

5. D'autre part, aux termes du 1) de l'article 6 de l'accord franco-algérien : " () Le certificat de résidence d'un an portant la mention " vie privée et familiale " est délivré de plein droit : / 1) au ressortissant algérien, qui justifie par tout moyen résider en France depuis plus de dix ans ou plus de quinze ans si, au cours de cette période, il a séjourné en qualité d'étudiant ; () ". Ces stipulations ne privent pas l'autorité compétente du pouvoir qui lui appartient de refuser à un ressortissant algérien la délivrance du certificat de résidence lorsque sa présence en France constitue une menace pour l'ordre public.

6. Il ressort des pièces du dossier que M. B, ressortissant algérien né le 24 mars 1984, a été condamné, entre les années 2002 et 2021, à trente-deux reprises par les juridictions pénales, pour une variété de délits tels que violences aggravées en récidive, menaces de mort, conduite sans permis en état alcoolique ou encore outrage à personne dépositaire de l'autorité publique. Il est constant qu'il a été incarcéré, sur cette même période, pendant une durée totale de sept années. Il a été interpellé en septembre 2023 pour des faits, notamment, de recel provenant d'une extorsion puis le 29 janvier 2024 pour des faits de vol de véhicule en réunion, recel de vol et défaut de permis de conduire. L'ensemble de ces éléments, compte tenu de la gravité des faits reprochés, de leur répétition et du caractère très récent des dernières mises en cause, caractérise une menace à l'ordre public. Dans ces conditions, et par application des stipulations et principes ci-dessus analysés, M. B n'est pas fondé à soutenir qu'il entrait de plein droit dans le champ d'application des stipulations en cause. Le moyen tiré de l'erreur de droit entachant la décision l'obligeant à quitter le territoire doit ainsi être écarté.

7. Enfin, M. B fait valoir sa présence en France depuis 1996, à l'âge de douze ans, le bénéfice de deux certificats de résidence algériens valable dix ans, dont le dernier a expiré en 2021 et dont il n'a pas sollicité le renouvellement, ainsi que de la présence dans ce pays d'une grande partie de sa famille et de sa compagne, ressortissante française dans les premiers mois de sa grossesse, sans toutefois établir aucun de ces liens personnels par les pièces produites. Alors même que M. B est présent depuis plus de vingt-cinq ans sur le territoire national, les éléments produits ne témoignent d'aucune intégration en France et illustrent au contraire la permanence d'une menace à l'ordre public associée à sa présence en France ainsi que relevé au point précédent. Dans ces conditions, la décision portant obligation de quitter le territoire attaquée ne saurait être regardée comme méconnaissant son droit à une vie privée et familiale normale tel que protégé par l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

Sur la décision portant refus de délai de départ volontaire :

8. Aux termes de l'article L. 612-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Par dérogation à l'article L. 612-1, l'autorité administrative peut refuser d'accorder un délai de départ volontaire dans les cas suivants : 1° Le comportement de l'étranger constitue une menace pour l'ordre public ; () 3° Il existe un risque que l'étranger se soustraie à la décision portant obligation de quitter le territoire français dont il fait l'objet ". Selon l'article L. 612-3 suivant : " Le risque mentionné au 3° de l'article L. 612-2 peut être regardé comme établi, sauf circonstance particulière, dans les cas suivants : () 3° L'étranger s'est maintenu sur le territoire français plus d'un mois après l'expiration de son titre de séjour, du document provisoire délivré à l'occasion d'une demande de titre de séjour ou de son autorisation provisoire de séjour, sans en avoir demandé le renouvellement ; () 8° L'étranger ne présente pas de garanties de représentation suffisantes, notamment parce () qu'il ne justifie pas d'une résidence effective et permanente dans un local affecté à son habitation principale "..

9. D'une part, l'illégalité de la décision portant mesure d'éloignement n'étant pas établie, M. B ne saurait en exciper à l'encontre de la décision attaquée.

10. D'autre part, pour refuser un délai de départ volontaire à M. B, le préfet de l'Isère a relevé, au visa des dispositions précitées, que sa présence en France constituait une menace pour l'ordre public, dans les conditions relevées au point 7 du présent jugement, et qu'il ne justifiait pas d'une résidence permanente et effective sur le territoire national ni ne produisait de documents de voyage. Si M. B produit des éléments tendant à justifier la perte de documents d'identité, les éléments relatifs à sa résidence ne permettent pas de le faire regarder comme justifiant d'un domicile permanent. Dans ces conditions, c'est sans erreur d'appréciation dans l'application des dispositions précitées que le préfet de l'Isère a pu lui refuser un délai de départ volontaire.

Sur la décision portant interdiction de retour sur le territoire :

11. Aux termes de l'article L. 612-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Lorsqu'aucun délai de départ volontaire n'a été accordé à l'étranger, l'autorité administrative assortit la décision portant obligation de quitter le territoire français d'une interdiction de retour sur le territoire français. Des circonstances humanitaires peuvent toutefois justifier que l'autorité administrative n'édicte pas d'interdiction de retour ". Aux termes de l'article L. 612-10 du même code : " Pour fixer la durée des interdictions de retour mentionnées aux articles L. 612-6 et L. 612-7, l'autorité administrative tient compte de la durée de présence de l'étranger sur le territoire français, de la nature et de l'ancienneté de ses liens avec la France, de la circonstance qu'il a déjà fait l'objet ou non d'une mesure d'éloignement et de la menace pour l'ordre public que représente sa présence sur le territoire français ".

12. Pour édicter la décision d'interdiction de retour sur le territoire en litige, le préfet de l'Isère a relevé l'ensemble des éléments à sa disposition concernant le séjour de M. B en France, la circonstance qu'il disposait de liens familiaux rémanents en Algérie et celle tenant à la menace pour l'ordre public que représentait sa présence en France. En se bornant à faire valoir les éléments relevés au point 8 du présent jugement, et compte tenu de la menace particulièrement grave pour l'ordre public généré par sa présence, le requérant ne caractérise aucune circonstance humanitaire à même de faire obstacle à l'édiction de la mesure en litige ou de faire revêtir à cette mesure, d'une durée de deux ans, un caractère disproportionné. Les moyens afférents doivent ainsi être écartés.

13. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation de la requête doivent être rejetées ainsi que, par voie de conséquence, les conclusions présentées au titre des frais du litige.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de M. B est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. A B et au préfet de l'Isère.

Délibéré après l'audience du 4 juin 2024, à laquelle siégeaient :

M. Drouet, président,

Mme Maubon, première conseillère,

M. Gilbertas, premier conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 2 juillet 2024.

Le rapporteur,

M. Gilbertas

Le président,

H. Drouet

La greffière,

C. Amouny

La République mande et ordonne au préfet de l'Isère en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

Une greffière,

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