mardi 6 février 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Lyon |
| Section | Tribunal Administratif de Lyon |
| N° Dossier | TA69-2401065 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | D |
| Formation | ELOIGNEMENT |
| Avocat requérant | DACHARY |
Vu la procédure suivante :
Par une requête, enregistrée le 2 février 2024, M. A B, alors retenu au centre de rétention administrative de Lyon Saint-Exupéry, représenté par Me Dachary, demande au tribunal :
1°) d'annuler les décisions du 1er février 2024 par lesquelles le préfet de Savoie l'a obligé à quitter le territoire français sans délai et lui a interdit de retourner sur le territoire français pour une durée de deux ans ;
2°) de l'admettre provisoirement à l'aide juridictionnelle ;
3°) de mettre à la charge de l'Etat le versement à son conseil d'une somme de 1 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.
M. B soutient que :
- les décisions sont insuffisamment motivées ;
- le préfet n'a pas procédé à un examen complet de sa situation ;
- la décision fixant le pays de destination a été prise à l'issue d'une procédure irrégulière, en l'absence de procédure contradictoire préalable contrairement aux prescriptions de l'article L. 121-1 du code des relations entre le public et l'administration ;
- le préfet ne pouvait édicter une obligation de quitter le territoire français mais ne pouvait qu'ordonner son transfert vers l'Italie en application de l'article L. 572-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- une telle décision méconnaît également le principe de non-refoulement des demandeurs d'asile ;
- le refus de lui accorder un délai de départ volontaire méconnaît l'article L. 612-2 et l'article L. 612-10 du même code, des circonstances particulières pouvant justifier qu'un délai lui soit octroyé ;
- la décision fixant le pays de destination méconnaît l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- l'interdiction de retour sur le territoire français méconnaît les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code précité ;
- il n'existe aucune perspective raisonnable d'éloignement vers l'Italie.
La présidente du tribunal a délégué les pouvoirs qui lui sont attribués par l'article L. 614-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile à Mme de Lacoste Lareymondie.
Vu les autres pièces du dossier ;
Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- le code des relations entre le public et l'administration ;
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Au cours de l'audience publique du 6 février 2024, Mme de Lacoste Lareymondie a présenté son rapport et entendu :
- les observations de Me Dachary, représentant M. B, qui conclut aux mêmes fins que la requête, par les mêmes moyens à l'exception du moyen tiré de la violation du principe du contradictoire qu'elle déclare abandonner ;
- les observations de M. B, assisté de M. C, interprète ;
- les observations de Me Tomasi, représentant le préfet de la Savoie, qui conclut au rejet de la requête au motif que les moyens de la requête ne sont pas fondés.
La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.
Considérant ce qui suit :
Sur la demande d'admission à l'aide juridictionnelle provisoire :
1. En raison de l'urgence résultant de l'application de l'article L. 614-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, il y a lieu d'admettre M. B au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire, sur le fondement de l'article 20 de la loi du 10 juillet 1991 susvisée.
Sur les conclusions à fin d'annulation :
En ce qui concerne le moyen commun à l'ensemble des décisions contestées :
2. Contrairement à ce que soutient M. B, les décisions litigieuses comportent l'ensemble des considérations de droit et de fait sur lesquelles le préfet s'est fondé pour ordonner son éloignement du territoire français. Elles sont donc suffisamment motivées, sans que n'ait d'incidence la circonstance qu'il ne soit pas fait référence à d'éventuelles démarches entreprises par l'intéressé pour demander l'asile en Italie.
3. Par ailleurs, si M. B soutient que le préfet n'aurait pas procédé à un examen complet de sa situation personnelle, ce qui ne ressort d'aucun des termes de la décision en litige et pas davantage que des pièces du dossier, il ne précise pas quelle disposition légale ou règlementaire ni quel principe aurait été ici méconnu de ce fait. De sorte que le moyen ne peut qu'être écarté.
En ce qui concerne l'obligation de quitter le territoire français :
4. Aux termes de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'autorité administrative peut obliger un étranger à quitter le territoire français lorsqu'il se trouve dans l'un des cas suivants : / 1° L'étranger, ne pouvant justifier être entré régulièrement sur le territoire français, s'y est maintenu sans être titulaire d'un titre de séjour en cours de validité ; (). "
5. Aux termes de l'article L. 572-1 du même code : " () l'étranger dont l'examen de la demande d'asile relève de la responsabilité d'un autre Etat peut faire l'objet d'un transfert vers l'Etat responsable de cet examen. () "
6. M. B, de nationalité égyptienne, a été interpellé le 31 janvier 2024 à la frontière franco-italienne alors qu'il se trouvait à bord d'un autocar en provenance de Chambéry et à destination de Turin, dépourvu de tout document l'autorisant à séjourner sur le territoire des Etats membres de l'Union européenne et sans papier d'identité. Les autorités italiennes ont alors sollicité sa réadmission sur le territoire français, et M. B a donc été remis à la police aux frontières en vue de son éloignement.
7. Contrairement à ce que soutient M. B, il ne ressort d'aucune des pièces du dossier qu'il aurait déposé une demande d'asile en Italie, ou qu'il aurait manifesté son intention de déposer une demande de protection internationale en Italie ou en France. Au cours de son audition par les forces de police, M. B a indiqué avoir quitté l'Egypte " pour des raisons économiques ", et ne pas vouloir y retourner parce que " la vie est trop difficile là-bas ". Il a également confirmé n'avoir déposé aucune demande d'asile en France, et a expliqué vouloir rejoindre l'Italie pour y retrouver son frère et " demander des papiers ". Enfin, il ressort du relevé des empreintes de M. B réalisé à l'occasion de son interpellation que l'intéressé est inconnu du système d'information Eurodac. Dans ces circonstances, M. B ne peut sérieusement soutenir que le préfet de Savoie a méconnu les dispositions de l'article L. 572-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile en s'abstenant de prendre une décision de transfert vers l'Italie. Pour les mêmes motifs, il n'est pas fondé à soutenir que l'obligation de quitter le territoire français aurait été prise en violation du principe de non refoulement des demandeurs d'asile.
En ce qui concerne le refus d'accorder un délai de départ volontaire :
8. Aux termes de l'article L. 612-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger faisant l'objet d'une décision portant obligation de quitter le territoire français dispose d'un délai de départ volontaire de trente jours à compter de la notification de cette décision. () " Selon l'article L. 612-2 du même code : " Par dérogation à l'article L. 612-1, l'autorité administrative peut refuser d'accorder un délai de départ volontaire dans les cas suivants : () 3° Il existe un risque que l'étranger se soustraie à la décision portant obligation de quitter le territoire français dont il fait l'objet. "
9. Par ailleurs, aux termes de l'article L. 612-3 : " Le risque mentionné au 3° de l'article L. 612-2 peut être regardé comme établi, sauf circonstance particulière, dans les cas suivants : 1° L'étranger, qui ne peut justifier être entré régulièrement sur le territoire français, n'a pas sollicité la délivrance d'un titre de séjour ; () 4° L'étranger a explicitement déclaré son intention de ne pas se conformer à son obligation de quitter le territoire français ; 5° L'étranger s'est soustrait à l'exécution d'une précédente mesure d'éloignement ; () 8° L'étranger ne présente pas de garanties de représentation suffisantes, notamment parce qu'il ne peut présenter des documents d'identité ou de voyage en cours de validité, qu'il a refusé de communiquer les renseignements permettant d'établir son identité ou sa situation au regard du droit de circulation et de séjour ou a communiqué des renseignements inexacts, qu'il a refusé de se soumettre aux opérations de relevé d'empreintes digitales ou de prise de photographie prévues au 3° de l'article L. 142-1, qu'il ne justifie pas d'une résidence effective et permanente dans un local affecté à son habitation principale ou qu'il s'est précédemment soustrait aux obligations prévues aux articles L. 721-6 à L. 721-8, L. 731-1, L. 731-3, L. 733-1 à L. 733-4, L. 733-6, L. 743-13 à L. 743-15 et L. 751-5. "
10. Pour contester le refus de lui accorder un délai de départ volontaire, M. B se borne à faire valoir qu'il souhaitait se rendre en Italie et n'avait donc pas l'intention de rester en France. Cependant, outre qu'il ne justifie d'aucun droit au séjour en Italie, les autorités italiennes ayant d'ailleurs refusé de l'admettre sur leur territoire, l'intéressé a déclaré au cours de son audition son intention ne pas vouloir repartir en Egypte. Il est par ailleurs constant qu'il n'a jamais entamé de démarche en vue de régulariser son séjour, tandis qu'il a fait l'objet d'une première mesure d'éloignement édictée par le préfet de Seine-Saint-Denis le 3 mars 2023, qu'il s'est abstenue d'exécuter. Enfin, il ne justifie d'aucun hébergement sur le territoire national, et est dépourvu de tout document l'autorisant à voyager. Dans ces circonstances, le préfet pouvait, sans méconnaître les dispositions précitées du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, refuser de lui accorder un délai de départ volontaire.
En ce qui concerne l'interdiction de retour sur le territoire français :
11. Aux termes de l'article L. 612-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Lorsqu'aucun délai de départ volontaire n'a été accordé à l'étranger, l'autorité administrative assortit la décision portant obligation de quitter le territoire français d'une interdiction de retour sur le territoire français. Des circonstances humanitaires peuvent toutefois justifier que l'autorité administrative n'édicte pas d'interdiction de retour. / Les effets de cette interdiction cessent à l'expiration d'une durée, fixée par l'autorité administrative, qui ne peut excéder cinq ans à compter de l'exécution de l'obligation de quitter le territoire français, et dix ans en cas de menace grave pour l'ordre public. "
12. Aux termes de l'article L. 612-10 : " Pour fixer la durée des interdictions de retour mentionnées aux articles L. 612-6 et L. 612-7, l'autorité administrative tient compte de la durée de présence de l'étranger sur le territoire français, de la nature et de l'ancienneté de ses liens avec la France, de la circonstance qu'il a déjà fait l'objet ou non d'une mesure d'éloignement et de la menace pour l'ordre public que représente sa présence sur le territoire français. / Il en est de même pour l'édiction et la durée de l'interdiction de retour mentionnée à l'article L. 612-8 () ".
13. Ainsi qu'il a été dit précédemment, M. B n'établit pas avoir déposé de demande de protection internationale, et ne démontre pas davantage être venu en France ou vouloir se rendre en Italie en vue d'y obtenir l'asile. Il ne peut donc s'en prévaloir pour soutenir qu'il justifiait de circonstances humanitaires faisant obstacle à l'édiction d'une interdiction de retour sur le territoire français. Le moyen tiré de la méconnaissance des dispositions précitées du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile doit donc être écarté.
En ce qui concerne la décision fixant le pays de destination :
14. Aux termes de l'article L. 721-3 du code précité : " L'autorité administrative fixe, par une décision distincte de la décision d'éloignement, le pays à destination duquel l'étranger peut être renvoyé en cas d'exécution d'office d'une décision portant obligation de quitter le territoire français (). " Selon l'article L. 721-4 : L'autorité administrative peut désigner comme pays de renvoi : " 1° Le pays dont l'étranger a la nationalité, sauf si l'Office français de protection des réfugiés et apatrides ou la Cour nationale du droit d'asile lui a reconnu la qualité de réfugié ou lui a accordé le bénéfice de la protection subsidiaire ou s'il n'a pas encore été statué sur sa demande d'asile ; 2° Un autre pays pour lequel un document de voyage en cours de validité a été délivré en application d'un accord ou arrangement de réadmission européen ou bilatéral ; 3° Ou, avec l'accord de l'étranger, tout autre pays dans lequel il est légalement admissible. / Un étranger ne peut être éloigné à destination d'un pays s'il établit que sa vie ou sa liberté y sont menacées ou qu'il y est exposé à des traitements contraires aux stipulations de l'article 3 de la Convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales du 4 novembre 1950. "
15. Aux termes de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " Nul ne peut être soumis à la torture ni à des peines ou traitements inhumains et dégradants ".
16. Ni dans son audition par les forces de police, ni dans sa requête, M. B ne donne d'indications sur les risques qui pèseraient sur sa vie ou sa sécurité en cas de retour en Egypte. Si, au cours de l'audience publique, M. B a évoqué un conflit familial, il n'a apporté aucun commencement de preuve en vue de démontrer la réalité des menaces qu'il prétend encourir, et n'établit pas davantage être dans l'impossibilité de pouvoir bénéficier de la protection des autorités de son pays. Le moyen tiré de la méconnaissance de l'article 3 de la convention européenne précitée ne peut donc qu'être écarté.
17. Enfin, si M. B fait valoir qu'il n'existe aucune perspective raisonnable d'éloignement vers l'Italie, un tel moyen, au demeurant dépourvu de toute précision permettant d'en apprécier le bien-fondé, est sans rapport avec l'objet des décisions en litige et ne peut donc qu'être écarté.
18. Il résulte de l'ensemble de ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation présentées par M. B doivent être rejetées.
Sur les conclusions relatives aux frais non compris dans les dépens :
19. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mis à la charge de l'Etat, qui n'est pas, dans la présente instance, la partie perdante, le versement d'une somme au titre des frais exposés et non compris dans les dépens.
D E C I D E :
Article 1er : M. B est admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire.
Article 2 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.
Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. B et au préfet de la Savoie.
Lu en audience publique le 6 février 2024.
La magistrate déléguée,
E. de Lacoste Lareymondie
Le greffier,
T. Clément
La République mande et ordonne au préfet de la Savoie en ce qui le concerne ou à tous huissiers de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition,
Un greffier,
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026