mardi 6 février 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Lyon |
| Section | Tribunal Administratif de Lyon |
| N° Dossier | TA69-2401067 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | ELOIGNEMENT |
| Avocat requérant | TOMASI |
Vu la procédure suivante :
Par une requête enregistrée le 2 février 2024, et un mémoire enregistré le 6 février 2024, M. C A, alors retenu au centre de rétention administrative de Lyon Saint-Exupéry, représenté par Me Dachary, demande au tribunal, dans le dernier état de ses écritures :
1°) d'annuler les décisions du 1er février 2024 par lesquelles le préfet du Puy-de-Dôme l'a obligé à quitter le territoire français sans délai, a désigné un pays de renvoi et lui a interdit de retourner sur le territoire français pour une durée de vingt-quatre mois ;
2°) de l'admettre provisoirement à l'aide juridictionnelle ;
3°) d'enjoindre au préfet de réexaminer sa situation dans le délai d'un mois suivant la notification du jugement et sous astreinte de 50 euros par jour de retard ;
3°) de mettre à la charge de l'Etat le versement à son conseil d'une somme de 1 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.
M. A soutient que :
- les décisions sont insuffisamment motivées ;
- le préfet n'a pas procédé à un examen complet de sa situation personnelle ;
- il n'a pas eu la possibilité d'être assisté par un interprète au cours de son audition ;
- l'obligation de quitter le territoire français méconnaît l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, dès lors qu'il se trouve en séjour régulier sur le territoire français ;
- il entre dans le champ de l'article L. 432-22 du même code, et relève donc des catégories d'étrangers susceptible de bénéficier d'un titre de séjour de plein droit ; il ne peut donc pas faire l'objet d'une mesure d'éloignement ;
- elle méconnaît l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- la décision refusant d'accorder un délai de départ volontaire méconnaît l'article L. 612-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : en effet, d'une part, il justifie de garanties suffisantes de représentation et d'autre part, son comportement ne constitue pas une menace pour l'ordre public ;
- l'interdiction de retour est illégale par voie d'exception de l'illégalité de l'obligation de quitter le territoire français ;
- elle méconnaît les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code précité, dès lors qu'il justifie de circonstances humanitaires faisant obstacle à l'édiction d'une telle mesure laquelle présente, en outre, un caractère disproportionné ;
- la décision fixant le pays de destination méconnaît l'article 3 de la convention européenne précitée.
La présidente du tribunal a délégué les pouvoirs qui lui sont attribués par l'article L. 614-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile à Mme de Lacoste Lareymondie.
Vu les autres pièces du dossier ;
Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Au cours de l'audience publique du 6 février 2024, Mme de Lacoste Lareymondie a présenté son rapport et entendu :
- les observations de Me Dachary, représentant M. A, qui conclut aux mêmes fins que la requête, par les mêmes moyens ;
- les observations de M. A, assisté de M. B, interprète ;
- les observations de Me Tomasi, représentant le préfet du Puy-de-Dôme, qui conclut au rejet de la requête au motif que les moyens ne sont pas fondés.
La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.
Considérant ce qui suit :
Sur la demande d'admission à l'aide juridictionnelle provisoire :
1. En raison de l'urgence résultant de l'application de l'article L. 614-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, il y a lieu d'admettre M. A au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire, sur le fondement de l'article 20 de la loi du 10 juillet 1991 susvisée.
Sur les conclusions à fin d'annulation :
En ce qui concerne les moyens communs à l'ensemble des décisions attaquées :
2. Contrairement à ce que soutient M. A, les décisions litigieuses comportent l'ensemble des considérations de droit et de fait sur lesquelles le préfet s'est fondé pour ordonner son éloignement du territoire français. Elles sont donc suffisamment motivées.
3. D'autre part, si M. A soutient que le préfet n'aurait pas procédé à un examen complet de sa situation personnelle, ce qui ne ressort d'aucun des termes de la décision en litige et pas davantage que des pièces du dossier, il ne précise pas quelle disposition légale ou règlementaire ni quel principe aurait été ici méconnu de ce fait. De sorte que le moyen ne peut qu'être écarté.
4. Enfin, s'il ressort effectivement du procès-verbal de l'audition de M. A par les forces de police le 1er février 2024, que l'intéressé n'était pas assisté d'un interprète, il n'établit pas l'avoir demandé, alors qu'en outre, il parle et comprend le français ainsi qu'il est ressorti des débats au cours de l'audience publique. En tout état de cause, il n'indique pas quels sont les informations qu'il aurait été privé de faire valoir à l'occasion de son audition et qui auraient été utiles à l'examen de sa situation. Le moyen soulevé en ce sens doit donc être écarté.
En ce qui concerne l'obligation de quitter le territoire français :
5. Aux termes de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'autorité administrative peut obliger un étranger à quitter le territoire français lorsqu'il se trouve dans l'un des cas suivants : / () 4° La reconnaissance de la qualité de réfugié ou le bénéfice de la protection subsidiaire a été définitivement refusé à l'étranger ou il ne bénéficie plus du droit de se maintenir sur le territoire français en application des articles L. 542-1 et L. 542-2, à moins qu'il ne soit titulaire de l'un des documents mentionnés au 3° ; (). " Aux termes de l'article L. 542-1 du même code : " En l'absence de recours contre la décision de l'Office français de protection des réfugiés et apatrides dans le délai prévu à l'article L. 532-1, le droit de se maintenir sur le territoire français prend fin à la notification de cette décision. () " Aux termes de l'article L. 611-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger mineur de dix-huit ans ne peut faire l'objet d'une décision portant obligation de quitter le territoire français ".
6. Selon l'article L. 431-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Lorsqu'un étranger a présenté une demande d'asile qui relève de la compétence de la France, l'autorité administrative, après l'avoir informé des motifs pour lesquels une autorisation de séjour peut être délivrée et des conséquences de l'absence de demande sur d'autres fondements à ce stade, l'invite à indiquer s'il estime pouvoir prétendre à une admission au séjour à un autre titre et, dans l'affirmative, à déposer sa demande dans un délai fixé par décret. Il est informé que, sous réserve de circonstances nouvelles, notamment pour des raisons de santé, et sans préjudice de l'article L. 611-3, il ne pourra, à l'expiration de ce délai, solliciter son admission au séjour. () " Aux termes de l'article R. 431-5 du même code : " Si l'étranger séjourne déjà en France, sa demande est présentée dans les délais suivants : () 2° Au plus tard la veille de son dix-neuvième anniversaire, pour l'étranger mentionné aux articles () L. 423-22 ; () 3° Au plus tard, deux mois après la date de son dix-huitième anniversaire, s'il ne remplit pas les conditions de délivrance de l'un des titres de séjour mentionnés au 2°. () ". Enfin, aux termes de l'article R. 431-12 du même code : " L'étranger admis à souscrire une demande de délivrance ou de renouvellement de titre de séjour se voit remettre un récépissé qui autorise sa présence sur le territoire pour la durée qu'il précise. "
7. L'autorité administrative ne saurait légalement prendre une obligation de quitter le territoire français à l'encontre d'un étranger que si ce dernier se trouve en situation irrégulière au regard des règles relatives à l'entrée et au séjour. Les conditions de délai dans lesquelles un étranger peut être autorisé à déposer une demande de titre de séjour sont sans incidence sur l'appréciation de la régularité de son séjour sur le territoire. Dès lors, un étranger qui se trouve toujours dans le délai dans lequel il peut déposer sa demande, mais qui n'a entamé aucune démarche en ce sens et ne s'est ainsi pas vu remettre de récépissé l'autorisant à se maintenir provisoirement sur le territoire français, ne saurait être regardé, pour ce seul motif, comme étant en situation régulière et ne pouvant faire l'objet d'une mesure d'éloignement. En revanche, lorsque la loi prescrit que l'intéressé doit se voir attribuer de plein droit un titre de séjour, cette circonstance fait obstacle à ce qu'il puisse légalement être l'objet d'une mesure d'éloignement.
8. En l'espèce, M. A, de nationalité afghane, est né le 31 décembre 2005. Il est entré en France selon ses déclarations en 2021. Il a été pris en charge par le service de l'aide sociale à l'enfance du département du Cantal à compter du 16 septembre 2021. Le 21 février 2023, il a déposé une demande d'asile, rejetée par l'Office français de protection des réfugiés et des apatrides le 24 octobre 2023. M. A n'ayant pas fait appel de cette décision devant la Cour nationale du droit d'asile, elle est devenue définitive, circonstance sur laquelle s'est fondée le préfet du Puy-de-Dôme pour ordonner son éloignement. Il est constant qu'à la date de la décision en litige, M. A, devenu majeur, n'avait entamé aucune démarche pour régulariser son séjour. Par ailleurs, sa demande d'asile ayant été définitivement rejetée, il entrait effectivement dans les prévisions du 4° de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et pouvait donc légalement faire l'objet d'une obligation de quitter le territoire français pour ce motif. S'il fait valoir qu'il se trouvait encore dans le délai de deux mois suivant son dix-huitième anniversaire, fixé par les dispositions précitées de l'article R. 431-5 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, pour déposer une demande de titre de séjour et qu'il ne pouvait donc, de ce fait, faire l'objet d'une mesure d'éloignement, cette circonstance est sans incidence sur l'appréciation de la régularité de son séjour et ne pouvait donc constituer, en tant que telle, un obstacle à son éloignement.
9. Par ailleurs, contrairement à ce qu'il soutient, M. A, qui ne suit aucune formation, ne remplit pas les conditions pour se voir remettre un titre de séjour de plein droit par application de l'article L. 423-22 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
10. Il s'ensuit que le préfet du Puy-de-Dôme pouvait, sans méconnaître l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, l'obliger à quitter le territoire français.
11. En dernier lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale () ". M. A, qui réside en France depuis à peine deux ans à la date de la décision en litige, ne justifie d'aucune attache familiale ou personnelle intense et stable en France à l'exception de son frère, tandis que les autres membres de sa famille vivent toujours en Afghanistan. Par ailleurs, il ne démontre aucune insertion particulière, la seule obtention du diplôme d'études en langue française de niveau A1 étant insuffisante à cet égard. Dès lors, il n'est pas fondé à soutenir que l'obligation de quitter le territoire français aurait été prise en violation de l'article 8 de la convention européenne précitée.
En ce qui concerne le refus d'accorder un délai de départ volontaire :
12. Aux termes de l'article L. 612-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger faisant l'objet d'une décision portant obligation de quitter le territoire français dispose d'un délai de départ volontaire de trente jours à compter de la notification de cette décision. () " Selon l'article L. 612-2 du même code : " Par dérogation à l'article L. 612-1, l'autorité administrative peut refuser d'accorder un délai de départ volontaire dans les cas suivants : 1° Le comportement de l'étranger constitue une menace pour l'ordre public ; () 3° Il existe un risque que l'étranger se soustraie à la décision portant obligation de quitter le territoire français dont il fait l'objet. "
13. Par ailleurs, aux termes de l'article L. 612-3 : " Le risque mentionné au 3° de l'article L. 612-2 peut être regardé comme établi, sauf circonstance particulière, dans les cas suivants : () 4° L'étranger a explicitement déclaré son intention de ne pas se conformer à son obligation de quitter le territoire français ; () 8° L'étranger ne présente pas de garanties de représentation suffisantes, notamment parce qu'il ne peut présenter des documents d'identité ou de voyage en cours de validité, qu'il a refusé de communiquer les renseignements permettant d'établir son identité ou sa situation au regard du droit de circulation et de séjour ou a communiqué des renseignements inexacts, qu'il a refusé de se soumettre aux opérations de relevé d'empreintes digitales ou de prise de photographie prévues au 3° de l'article L. 142-1, qu'il ne justifie pas d'une résidence effective et permanente dans un local affecté à son habitation principale ou qu'il s'est précédemment soustrait aux obligations prévues aux articles L. 721-6 à L. 721-8, L. 731-1, L. 731-3, L. 733-1 à L. 733-4, L. 733-6, L. 743-13 à L. 743-15 et L. 751-5. "
14. Pour refuser d'accorder un délai de départ volontaire à M. A, le préfet du Puy-de-Dôme a estimé que le comportement de l'intéressé constituait une menace pour l'ordre public et qu'il existe un risque de soustraction à la mesure d'éloignement.
15. Si le préfet du Puy-de-Dôme fait valoir que M. A serait défavorablement connu des services de police pour des faits d'agression sexuelle sur mineur de 15 ans, la matérialité de tels fait ne ressort d'aucune des pièces du dossier alors qu'en outre, il n'est pas davantage démontré que M. A aurait été condamné pour ce motif, de sorte que la menace à l'ordre public n'est pas suffisamment caractérisée.
16. En revanche, et contrairement à ce qu'il soutient, M. A ne justifie d'aucun hébergement stable sur le territoire français. S'il produit une attestation d'hébergement de son frère, ce document, établi pour les besoins du présent contentieux, est à lui seul dépourvu de toute force probante. En outre, l'intéressé a déclaré au cours de son audition n'avoir plus d'hébergement depuis qu'il a quitté le foyer pour mineurs au sein duquel il était logé jusqu'à sa majorité. Par ailleurs, il est constant qu'il est dépourvu de tout document d'identité. Dès lors, le préfet pouvait valablement estimer qu'il ne présentait pas de garanties suffisantes de représentation et refuser, pour ce seul motif, de lui accorder un délai de départ volontaire en considérant qu'il existe un risque de soustraction à l'exécution de la mesure d'éloignement.
En ce qui concerne l'interdiction de retour sur le territoire français :
17. Aux termes de l'article L. 612-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Lorsqu'aucun délai de départ volontaire n'a été accordé à l'étranger, l'autorité administrative assortit la décision portant obligation de quitter le territoire français d'une interdiction de retour sur le territoire français. Des circonstances humanitaires peuvent toutefois justifier que l'autorité administrative n'édicte pas d'interdiction de retour. / Les effets de cette interdiction cessent à l'expiration d'une durée, fixée par l'autorité administrative, qui ne peut excéder cinq ans à compter de l'exécution de l'obligation de quitter le territoire français, et dix ans en cas de menace grave pour l'ordre public. "
18. Aux termes de l'article L. 612-10 : " Pour fixer la durée des interdictions de retour mentionnées aux articles L. 612-6 et L. 612-7, l'autorité administrative tient compte de la durée de présence de l'étranger sur le territoire français, de la nature et de l'ancienneté de ses liens avec la France, de la circonstance qu'il a déjà fait l'objet ou non d'une mesure d'éloignement et de la menace pour l'ordre public que représente sa présence sur le territoire français. / Il en est de même pour l'édiction et la durée de l'interdiction de retour mentionnée à l'article L. 612-8 () ".
19. Ainsi qu'il a été dit précédemment, M. A, qui est entré mineur sur le territoire français, a fêté son dix-huitième anniversaire le 31 décembre 2023 et se trouvait donc, à la date de la décision litigieuse, depuis à peine un mois en situation irrégulière. Sa demande d'asile a également été rejetée très récemment. Enfin, il résulte de ce qui a été dit au point 15 ci-dessus qu'il n'est pas démontré que son comportement constituerait une menace pour l'ordre public. Dans ces circonstances, la décision lui interdisant de retourner sur le territoire français pour une durée de deux ans présente un caractère disproportionné et doit être annulée, sans qu'il soit besoin de se prononcer sur les autres moyens soulevés à son encontre.
En ce qui concerne la décision fixant le pays de destination :
20. Aux termes de l'article L. 721-3 du code précité : " L'autorité administrative fixe, par une décision distincte de la décision d'éloignement, le pays à destination duquel l'étranger peut être renvoyé en cas d'exécution d'office d'une décision portant obligation de quitter le territoire français, d'une interdiction de retour sur le territoire français, d'une décision de mise en œuvre d'une décision prise par un autre État, d'une interdiction de circulation sur le territoire français, d'une décision d'expulsion, d'une peine d'interdiction du territoire français ou d'une interdiction administrative du territoire français. " Selon l'article L. 721-4 : L'autorité administrative peut désigner comme pays de renvoi : " 1° Le pays dont l'étranger a la nationalité, sauf si l'Office français de protection des réfugiés et apatrides ou la Cour nationale du droit d'asile lui a reconnu la qualité de réfugié ou lui a accordé le bénéfice de la protection subsidiaire ou s'il n'a pas encore été statué sur sa demande d'asile ; 2° Un autre pays pour lequel un document de voyage en cours de validité a été délivré en application d'un accord ou arrangement de réadmission européen ou bilatéral ; 3° Ou, avec l'accord de l'étranger, tout autre pays dans lequel il est légalement admissible. / Un étranger ne peut être éloigné à destination d'un pays s'il établit que sa vie ou sa liberté y sont menacées ou qu'il y est exposé à des traitements contraires aux stipulations de l'article 3 de la Convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales du 4 novembre 1950. "
21. Aux termes de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " Nul ne peut être soumis à la torture ni à des peines ou traitements inhumains et dégradants ".
22. Pour soutenir qu'il encoure des risques de traitements inhumains et dégradants en cas de retour en Afghanistan, M. A soutient qu'il provient de la région de Katal au sein de laquelle les tensions seraient très vives depuis le retour au pouvoir des Talibans, et indique également qu'un de ses oncles, membre du mouvement taliban, menacerait gravement sa famille. Toutefois, M. A n'apporte aucun élément de preuve qui viendrait corroborer ses allégations. S'il se prévaut de ce que son frère a obtenu la protection subsidiaire, il ressort des pièces du dossier que cette protection lui a été accordée en 2016 en raison non des menaces qui auraient personnellement pesé sur lui mais du contexte sécuritaire général de la région de Katal dont rien ne permet de penser qu'il n'aurait pas évolué depuis. Par ailleurs, M. A n'apporte aucun élément en vue de démontrer ses allégations selon lesquelles il serait susceptible d'être regardé par les autorités de son pays comme " occidentalisé " au risque d'être persécuté pour ce motif. En effet, outre qu'il ne maîtrise que très imparfaitement la langue française, il n'a donné aucune indication, ni dans ses écritures ni au cours de l'audience publique, sur les conditions de vie qu'il a adoptées depuis son entrée en France et qui pourraient laisser ainsi penser qu'il aurait adhéré au mode de vie occidental. Enfin, la demande d'asile de M. A a été rejetée par l'Office français de protection des réfugiés et des apatrides le 24 octobre 2023. Dès lors, M. A n'établit pas suffisamment les dangers auxquels il prétend être exposé en cas de retour en Afghanistan. Le moyen tiré de la violation de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales doit donc être écarté.
23. Il résulte de tout ce qui précède que M. A est seulement fondé à demander l'annulation de la décision lui interdisant de retourner sur le territoire français pour une durée de deux ans, le surplus des conclusions à fin d'annulation de la requête devant être rejeté.
Sur les conclusions aux fins d'injonction et d'astreinte :
24. Le présent jugement annulant seulement l'interdiction de retour sur le territoire français, il n'y a pas lieu de faire droit aux conclusions tendant à ce qu'il soit enjoint au préfet du Puy-de-Dôme, sous astreinte, de réexaminer la situation de M. A qui demeure tenu de quitter le territoire français sans délai.
Sur les frais liés au litige :
25. Il n'y a pas lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de l'Etat le versement à M. A d'une somme au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
D E C I D E :
Article 1er : M. A est admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire.
Article 2 : La décision du 1er février 2024 du préfet du Puy-de-Dôme portant interdiction de retour sur le territoire français pour une durée de deux ans est annulée.
Article 3 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.
Article 4 : Le présent jugement sera notifié à M. A et au préfet du Puy-de-Dôme.
Lu en audience publique le 6 février 2024.
La magistrate déléguée,
E. de Lacoste Lareymondie
Le greffier,
T. Clément
La République mande et ordonne au préfet du Puy-de-Dôme en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition,
Un greffier,
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026