lundi 12 février 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Lyon |
| Section | Tribunal Administratif de Lyon |
| N° Dossier | TA69-2401070 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | D |
| Formation | ELOIGNEMENT |
| Avocat requérant | SELARL BS2A BESCOU ET SABATIER |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et un mémoire, enregistrés les 3 et 6 février 2024, M. C A, représenté par Me Bescou, demande au tribunal :
1°) d'annuler l'arrêté du 2 février 2024 par lequel la préfète de l'Ain l'a obligé à quitter sans délai le territoire français, a fixé le pays de destination, lui a fait interdiction de retour sur le territoire français pendant deux ans et l'a assigné à résidence dans le département de l'Ain pour une durée de 45 jours ;
2°) d'enjoindre à la préfète de l'Ain de réexaminer sa situation et de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour dans un délai d'un mois à compter de la notification du jugement à intervenir, sous astreinte de 100 euros par jour de retard, et de lui délivrer dans l'attente une autorisation provisoire de séjour ;
3°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 200 euros au bénéfice de son conseil en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
M. A soutient que :
- les décisions attaquées ont été signées par une autorité incompétente ;
Sur la décision portant obligation de quitter le territoire français :
- elle méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'Hmme et des libertés fondamentales ;
- elle méconnaît les stipulations de l'article 3-1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant ;
- elle est entachée d'une erreur manifeste dans l'appréciation de ses conséquences sur sa situation personnelle ;
Sur la décision portant refus de délai de départ volontaire :
- elle est illégale en raison de l'illégalité de la décision d'éloignement sur laquelle elle se fonde ;
- elle est entachée d'erreur d'appréciation dans l'application des articles L. 612-1, L. 612-2 et L. 612-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
Sur la décision portant interdiction de retour sur le territoire français :
- elle est illégale en raison de l'illégalité des décisions d'éloignement et de refus de délai de départ volontaire sur lesquelles elle se fonde ;
- elle méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'Homme et des libertés fondamentales ;
- elle est entachée d'erreur d'appréciation dans l'application des articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
Sur la décision fixant le pays de destination :
- elle est illégale en raison de l'illégalité de la décision d'éloignement sur laquelle elle se fonde.
Par un mémoire en défense, enregistré le 6 février 2024, la préfète de l'Ain conclut au rejet de la requête.
La préfète soutient que les moyens soulevés par le requérant ne sont pas fondés.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'Homme et des libertés fondamentales ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- le code des relations entre le public et l'administration ;
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique ;
- le code de justice administrative.
La présidente du tribunal a désigné Mme B pour statuer sur les litiges relatifs aux décisions portant mesure d'éloignement des ressortissants étrangers en application du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Au cours de l'audience publique du 7 février 2024, ont été entendus :
- le rapport de Mme B,
- les observations de Me Bescou, représentant M. A, qui reprend les conclusions de la requête par les mêmes moyens, et soulève le moyen tiré de l'illégalité de la mesure d'assignation à résidence en tant qu'elle trouve son fondement légal dans une décision d'éloignement elle-même illégale.
Considérant ce qui suit :
1. M. A, ressortissant albanais né le 24 janvier 1990, demande l'annulation de l'arrêté du 2 février 2024, par lequel la préfète de l'Ain l'a obligé à quitter sans délai le territoire français, a fixé le pays de destination, a prononcé à son encontre une interdiction de retour sur le territoire français d'une durée de deux ans et l'a assigné à résidence dans le département de l'Ain pour une durée de 45 jours.
Sur les conclusions à fin d'annulation :
2. L'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'Homme et des libertés fondamentales stipule : " Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui. ".
3. Il ressort des pièces du dossier que M. A est entré en France avec son épouse en février 2017 et leur premier enfant né en 2011. Un second enfant est né de leur union en France le 7 septembre 2017. Si M. A a déjà fait l'objet de deux décisions d'éloignement, dont l'une en février 2022 qui fait l'objet d'un appel toujours pendant devant la Cour administrative d'appel, il justifie désormais, au jour de la décision en litige, d'un emploi d'ouvrier pour la société AetD, sous couvert d'un contrat à durée déterminée valable du 1er novembre 2023 au 29 février 2024, que la société s'est engagée à transformer en contrat à durée indéterminée à compter du 1er mars 2024. Il produit des attestations de son employeur et de ses collègues louant ses qualités professionnelles. En outre, son épouse est embauchée, par un contrat de travail à durée indéterminée à temps plein depuis le 15 février 2023, par la société GSF, en qualité d'agent de service dans le secteur industriel, et perçoit un salaire supérieur à 2 000 euros nets par mois. Il ressort également des pièces du dossier que la sœur de Mme A, présente à l'audience, réside en France, dans la même commune que le requérant, sous couvert d'un titre de séjour en qualité de conjointe de français. En outre, les enfants du requérant sont scolarisés en France, depuis sept années pour l'aîné, respectivement en classe de 5ème et de cours préparatoire. M. A, qui maîtrise la langue française, produit plusieurs attestations de connaissances ou de proches, y compris du maire de sa commune, attestant de la bonne intégration de sa famille sur le territoire, de la recherche constante d'emploi par lui-même et son épouse depuis plusieurs années, et de leur implication dans des associations caritatives. Dans ces conditions, au regard de leur intégration sociale et professionnelle, de la scolarisation de leurs enfants depuis plusieurs années, de l'ancienneté de leur séjour en France et de la présence à leurs côtés de la sœur de Mme A en situation régulière sur le territoire, M. A et son épouse doivent être regardés comme ayant désormais leur vie privée et familiale en France. Dans ces conditions, M. A est fondé à soutenir qu'en l'obligeant à quitter le territoire français, la préfète de l'Ain a porté à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée aux buts en vue desquels cette décision a été prise et, par suite, méconnu les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'Homme et des libertés fondamentales. La décision portant obligation de quitter le territoire français doit donc être annulée pour ce motif, sans qu'il soit besoin d'examiner les autres moyens soulevés contre elle.
4. Il résulte de ce qui précède que les décisions portant refus de délai de départ volontaire, fixation du pays de destination, interdiction de retour sur le territoire français et assignation à résidence doivent être annulées, en raison de l'illégalité de la décision d'éloignement sur laquelle ces décisions se fondent, sans qu'il soit besoin de statuer sur les autres moyens de la requête.
Sur les conclusions à fin d'injonction :
5. En premier lieu, l'article L. 614-16 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile dispose : " Si la décision portant obligation de quitter le territoire français est annulée, il est immédiatement mis fin aux mesures de surveillance prévues aux articles L. 721-6, L. 721-7, L. 731-1, L. 731-3, L. 741-1 et L. 743-13, et l'étranger est muni d'une autorisation provisoire de séjour jusqu'à ce que l'autorité administrative ait à nouveau statué sur son cas. ". Il y a lieu d'enjoindre à la préfète de l'Ain, en application de ces dispositions, de mettre fin aux mesures de surveillance dont fait l'objet M. A et de lui délivrer, dans un délai d'un mois à compter de la notification du jugement, une autorisation provisoire de séjour jusqu'à ce qu'il ait été à nouveau statué sur son cas.
6. L'annulation des décisions attaquées n'implique aucune autre mesure d'exécution, de sorte que les conclusions à fin d'injonction sous astreinte doivent, pour le surplus, être rejetées.
Sur les frais de l'instance :
7. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
D E C I D E :
Article 1er : Les décisions de la préfète de l'Ain du 2 février 2024 portant obligation de quitter le territoire français sans délai, fixation du pays de destination, interdiction de retour sur le territoire français et assignation à résidence à l'égard de M. A sont annulées.
Article 2 : Il est enjoint à la préfète de l'Ain de délivrer à M. A une autorisation provisoire de séjour jusqu'au réexamen de sa situation dans un délai d'un mois à compter de la notification du présent jugement, et de mettre fin aux mesures de surveillance dont il fait l'objet.
Article 3 : L'État versera la somme de 1 000 euros à M. A, en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Article 4 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.
Article 5 : Le présent jugement sera notifié à M. C A et à la préfète de l'Ain.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 12 février 2024
La magistrate désignée,
C. B
La greffière,
E. Gros
La République mande et ordonne à la préfète de l'Ain en ce qui la concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
Le greffier,
N°2401070
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026