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AccueilJurisprudence administrativeN° TA69-2401099

Tribunal Administratif de Lyon — Décision N° TA69-2401099

jeudi 5 décembre 2024

JuridictionTribunal Administratif de Lyon
SectionTribunal Administratif de Lyon
N° DossierTA69-2401099
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation2ème chambre
Avocat requérantSCP BOUYSSOU ET ASSOCIES

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et des mémoires, enregistrés les 29 janvier, 21 juin et 20 août 2024, M. A E, M. O G, Mme I P, M. D T, M. C N, Mme B M, Mme J F, M. K R, Mme H S et M. Q L, le premier dénommé ayant la qualité de représentant unique, représentés par la SELARL Raffin Roche avocats, demandent au tribunal, dans le dernier état de leurs écritures :

1°) d'annuler la décision du 24 novembre 2023 par laquelle le maire de Saint-Bonnet-de-Mure a rejeté leur demande d'abrogation de l'arrêté du 17 mai 2023 délivrant à la SARL Guignard promotion un permis d'aménager pour la réalisation d'un lotissement composé de 25 lots au maximum destiné à la création d'un parc d'activités sur un terrain situé chemin du Bois rond ;

2°) d'enjoindre au maire de Saint-Bonnet-de-Mure d'abroger l'arrêté du 17 mai 2023 dans un délai de quinze jours à compter de la notification du jugement ;

3°) de mettre à la charge de la commune de Saint-Bonnet-de-Mure une somme globale de 800 euros, d'une part, et de la SARL Guignard promotion une somme globale de 1 500 euros, d'autre part, au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Ils soutiennent que :

- ils disposent d'un intérêt leur donnant qualité pour agir en qualité d'élus au conseil municipal, de propriétaires contribuables et de riverains du projet ;

- leur requête est recevable car elle n'est pas tardive ; ils ont procédé aux formalités de notification requises par l'article R. 600-1 du code de l'urbanisme ;

- la décision attaquée est entachée d'une erreur de droit dès lors qu'il est possible d'abroger un acte administratif unilatéral obtenu par fraude ;

- le maire de Saint-Bonnet-de-Mure était tenu d'abroger l'arrêté du 17 mai 2023 dès lors que les conditions auxquelles cet arrêté était subordonné ne sont plus remplies ;

- la décision attaquée est entachée de fraude et d'un détournement de pouvoir ;

- elle n'est assortie d'aucune demande de dérogation aux espaces protégés, en méconnaissance de l'article L. 411-1 du code de l'environnement ;

- aucune concession d'aménagement n'a été conclue, en méconnaissance de l'article L. 300-4 du code de l'urbanisme ;

- l'étude d'impact est insuffisante dès lors qu'elle décrit insuffisamment le projet, que les dépenses ont été appréciées sommairement, que les impacts du projet n'ont pas été pris en compte sur les terres et l'économie locale agricoles, que les solutions alternatives n'ont pas été examinées, que les impacts du projet ont été sous-estimés et que les mesures d'évitement et de réduction mises en œuvre sont insuffisantes et constituent des mesures de compensation déguisées.

Par des mémoires en défense, enregistrés les 23 avril et 8 juillet 2024, la SARL Guignard promotion, représentée par la SCP Bouyssou et associés, conclut au rejet de la requête, au besoin après avoir fait application des articles L. 600-5-1 ou L. 600-5 du code de l'urbanisme, et à ce qu'une somme de 6 000 euros soit mise à la charge solidaire des requérants au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- la requête est irrecevable car tardive ; les requérant ne produisent pas les justificatifs imposés par l'article R. 600-4 du code de l'urbanisme ; ils ne justifient pas davantage d'un intérêt pour agir ;

- aucun des moyens soulevés par les requérants n'est fondé.

Par des mémoires en défense, enregistrés les 6 mai et 8 novembre 2024, ce dernier mémoire n'ayant pas été communiqué, la commune de Saint-Bonnet-de-Mure, représentée par la SCP CGCB Avocats et Associés, conclut au rejet de la requête et à ce qu'une somme de 3 000 euros soit mise à la charge des requérants au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- la requête est irrecevable dès lors que les requérant ne produisent pas les justificatifs imposés par l'article R. 600-4 du code de l'urbanisme et qu'ils ne justifient pas davantage d'un intérêt pour agir ;

- aucun des moyens soulevés par les requérants n'est fondé.

La requête a été communiquée à la communauté de communes de l'Est lyonnais qui n'a pas produit d'observations.

Par une lettre du 24 juin 2024, les parties ont été informées, en application de l'article R. 611-11-1 du code de justice administrative, de la période à laquelle il était envisagé d'appeler l'affaire à une audience et que l'instruction pourrait être close à partir du 9 juillet 2024 sans information préalable.

Une ordonnance portant clôture de l'instruction immédiate a été prise le 16 septembre 2024.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de l'environnement ;

- le code de l'urbanisme ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Jeannot, rapporteure,

- les conclusions de M. Bodin-Hullin, rapporteur public,

- les observations de Me Raffin, représentant M. E et autres requérants,

- les observations de Me Aldigier, représentant la commune de Saint-Bonnet-de-Mure,

- et celles de Me Izembard, représentant la SARL Guignard promotion.

Considérant ce qui suit :

1. Par un arrêté du 17 mai 2023, le maire de Saint-Bonnet-de-Mure a délivré à la SARL Guignard promotion un permis d'aménager pour la réalisation d'un lotissement composé de 25 lots au maximum destiné à la création d'un parc d'activités sur un terrain situé chemin du Bois rond. M. E et autres requérants demandent l'annulation de la décision du 24 novembre 2023 par laquelle le maire de Saint-Bonnet-de-Mure a rejeté leur demande d'abrogation de cet arrêté du 17 mai 2023.

Sur la fin de non-recevoir tirée du défaut d'intérêt à agir :

2. Aux termes de l'article L. 600-1-2 du code de l'urbanisme : " Une personne autre que l'Etat, les collectivités territoriales ou leurs groupements ou une association n'est recevable à former un recours pour excès de pouvoir contre une décision relative à l'occupation ou à l'utilisation du sol régie par le présent code que si la construction, l'aménagement ou le projet autorisé sont de nature à affecter directement les conditions d'occupation, d'utilisation ou de jouissance du bien qu'elle détient ou occupe régulièrement ou pour lequel elle bénéficie d'une promesse de vente, de bail, ou d'un contrat préliminaire mentionné à l'article L. 261-15 du code de la construction et de l'habitation. () ".

3. D'une part, il résulte de ces dispositions qu'il appartient, en particulier, à tout requérant qui saisit le juge administratif d'un recours pour excès de pouvoir tendant à l'annulation d'un permis de construire, de démolir ou d'aménager, de préciser l'atteinte qu'il invoque pour justifier d'un intérêt lui donnant qualité pour agir, en faisant état de tous éléments suffisamment précis et étayés de nature à établir que cette atteinte est susceptible d'affecter directement les conditions d'occupation, d'utilisation ou de jouissance de son bien. Il appartient au défendeur, s'il entend contester l'intérêt à agir du requérant, d'apporter tous éléments de nature à établir que les atteintes alléguées sont dépourvues de réalité. Il appartient ensuite au juge de l'excès de pouvoir de former sa conviction sur la recevabilité de la requête au vu des éléments ainsi versés au dossier par les parties, en écartant le cas échéant les allégations qu'il jugerait insuffisamment étayées mais sans pour autant exiger de l'auteur du recours qu'il apporte la preuve du caractère certain des atteintes qu'il invoque au soutien de la recevabilité de celui-ci.

4. D'autre part, un tiers justifiant d'un intérêt à agir est recevable à demander, dans le délai du recours contentieux, l'annulation de la décision par laquelle l'autorité administrative a refusé de faire usage de son pouvoir d'abroger ou de retirer un acte administratif obtenu par fraude, quelle que soit la date à laquelle il l'a saisie d'une demande à cette fin.

5. M. G, Mme P, M. T, M. N, Mme M, Mme F et M. R se prévalent de leur qualité de conseillers municipaux pour établir un intérêt leur donnant qualité pour agir, compte tenu de la méconnaissance des prérogatives du conseil municipal en l'absence de conclusion de toute concession d'aménagement avec la commune et de toute procédure de publicité et de mise en concurrence pour ce projet d'aménagement. Toutefois, quelle que soit la finalité de l'aménagement, de telles considérations ne sont pas de nature à conférer un intérêt à agir contre le refus d'abrogation d'un permis d'aménager au regard des dispositions applicables de l'article L. 600-1-2 du code de l'urbanisme. Pour les mêmes motifs, ils ne peuvent utilement soutenir que le projet aurait dû être soumis à l'approbation du conseil municipal, alors au demeurant que l'article L. 123-16 du code de l'environnement dispose que seuls les projets des collectivités territoriales doivent faire l'objet d'une délibération motivée de l'organe délibérant de la collectivité en cas de conclusions défavorables du commissaire enquêteur. De même, la circonstance que la maîtrise foncière du terrain d'assiette du projet par la société pétitionnaire n'aurait pas été acquise à la date de délivrance du permis d'aménager est sans incidence sur l'appréciation de leur intérêt à agir.

6. L'ensemble des requérants font valoir que, alors qu'ils disposent de la qualité de contribuables communaux, le projet d'aménagement en cause va entraîner des coûts pour la commune compte tenu des travaux qui en découleront. Toutefois, de telles considérations ne sont, là encore, pas de nature à conférer un intérêt à agir contre le refus d'abrogation litigieux au regard des dispositions applicables de l'article L. 600-1-2 du code de l'urbanisme, alors même que la réalisation du projet impliquerait une participation financière de la commune.

7. Enfin, il ressort des pièces du dossier que les propriétés des requérants sont situées à des distances comprises entre 370 mètres et un kilomètre du terrain d'assiette du projet, dont elles sont séparées par de nombreuses constructions. Si les requérants font valoir que le projet d'aménagement va engendrer des nuisances sonores et visuelles, notamment pour M. L dont la propriété est la plus proche du projet, ainsi qu'une augmentation du trafic routier, ils ne caractérisent pas, compte tenu notamment du trafic déjà existant dans le secteur urbanisé de la commune dans lequel se situent lesdites propriétés et de la distance entre le projet et ces dernières, des éléments constitutifs de troubles dans les conditions d'occupation, d'utilisation ou de jouissance de ces biens, au sens de l'article L. 600-1-2 précité du code de l'urbanisme.

8. Il résulte de ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation de la requête de M. E et autres requérants ne sont pas recevables et doivent être rejetées.

Sur les conclusions à fin d'injonction :

9. Les conclusions à fin d'annulation n'étant pas recevables, les conclusions à fin d'injonction ne peuvent qu'être rejetées.

Sur les frais liés au litige :

10. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mis à la charge de la commune de Saint-Bonnet-de-Mure et de la SARL Guignard promotion, qui ne sont pas, dans la présente instance, parties perdantes, le versement d'une somme au titre des frais exposés par les requérants et non compris dans les dépens. En revanche, il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce et en application de ces mêmes dispositions, de mettre à la charge solidaire des requérants, partie perdante, le versement à la SARL Guignard promotion d'une somme de 1 500 euros et de mettre à la charge des requérants le versement à la commune de Saint-Bonnet-de-Mure d'une somme globale de 1 500 euros au titre des frais exposés et non compris dans les dépens.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de M. E et autres requérants est rejetée.

Article 2 : M. E et autres requérants verseront solidairement à la SARL Guignard promotion la somme de 1 500 euros en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 3 : M. E et autres requérants verseront à la commune de Saint-Bonnet-de-Mure la somme globale de 1 500 euros en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 4 : Le présent jugement sera notifié à M. A E, représentant unique, à la commune de Saint-Bonnet-de-Mure, à la SARL Guignard promotion et à la communauté de communes de l'Est lyonnais.

Délibéré après l'audience du 21 novembre 2024, à laquelle siégeaient :

M. Jean-Pascal Chenevey, président,

Mme Marine Flechet, première conseillère,

Mme Flore-Marie Jeannot, première conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 5 décembre 2024.

La rapporteure,

F.-M. Jeannot

Le président,

J.-P. Chenevey

La greffière,

S. Saadallah

La République mande et ordonne à la préfète du Rhône, en ce qui la concerne, ou à tous commissaires de justice à ce requis, en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition,

Un greffier,

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