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AccueilJurisprudence administrativeN° TA69-2401117

Tribunal Administratif de Lyon — Décision N° TA69-2401117

mardi 16 juillet 2024

JuridictionTribunal Administratif de Lyon
SectionTribunal Administratif de Lyon
N° DossierTA69-2401117
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation1ère chambre
Avocat requérantSCP COUDERC ZOUINE

Texte intégral

Vu les procédures suivantes :

I. Par une requête, enregistrée le 5 février 2024 sous le n° 2401117, et un mémoire, enregistré le 9 février 2024, Mme A D épouse C, représentée par Me Zouine, demande au tribunal :

1°) d'annuler les décisions du 20 décembre 2023 par lesquelles la préfète du Rhône lui a refusé un titre de séjour, l'a obligée à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a déterminé le pays de destination en cas de reconduite ;

2°) d'enjoindre à la préfète du Rhône de lui délivrer une carte de résident, ou à tout le moins une carte de séjour portant la mention " vie privée et familiale ", ou à titre encore plus subsidiaire de réexaminer sa situation, dans le délai de deux mois à compter de la notification du jugement à intervenir et en la munissant d'une autorisation provisoire de séjour ;

3°) de mettre à la charge de l'État une somme de 1 200 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.

Elle soutient que :

Sur l'ensemble des décisions attaquées :

- les décision attaquées sont entachées d'incompétence ;

Sur la décision portant refus de titre de séjour :

- cette décision procède d'une inexacte application des dispositions de l'article L. 423-11 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- elle méconnaît les dispositions de l'article L. 423-23 du même code et les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- elle procède d'une erreur manifeste d'appréciation ;

Sur la décision portant obligation de quitter le territoire français :

- cette décision est illégale du fait de l'illégalité de la décision refusant un titre de séjour ;

- elle est insuffisamment motivée, révélant en cela un défaut d'examen de sa situation particulière ;

- elle procède d'une erreur de droit au regard de la régularité de son séjour en France au bénéfice d'un visa multi-entrées ;

- elle méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

Sur les décisions portant détermination du délai de départ volontaire et pays de destination :

- ces décisions sont illégales du fait de l'illégalité de la mesure d'éloignement ;

- elles méconnaissent l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

Par un mémoire en défense, enregistré le 27 juin 2024 et non communiqué, la préfète du Rhône conclut au rejet de la requête.

Elle soutient que les moyens de la requête ne sont pas fondés.

II. Par une requête, enregistrée le 5 février 2024 sous le n° 2401118, et un mémoire, enregistré le 9 février 2024, M. F C, représenté par Me Zouine, demande au tribunal :

1°) d'annuler les décisions du 20 décembre 2023 par lesquelles la préfète du Rhône lui a refusé un titre de séjour, l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a déterminé le pays de destination en cas de reconduite ;

2°) d'enjoindre à la préfète du Rhône de lui délivrer une carte de résident, ou à tout le moins une carte de séjour portant la mention " vie privée et familiale ", ou à titre encore plus subsidiaire de réexaminer sa situation, dans le délai de deux mois à compter de la notification du jugement à intervenir et en le munissant d'une autorisation provisoire de séjour ;

3°) de mettre à la charge de l'État une somme de 1 200 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.

Il soutient que :

Sur l'ensemble des décisions attaquées :

- les décision attaquées sont entachées d'incompétence ;

Sur la décision portant refus de titre de séjour :

- cette décision est entachée d'un vice de procédure en l'absence de l'avis du collège des médecins de l'OFII ;

- cette décision procède d'une inexacte application des dispositions de l'article L. 425-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ; elle méconnaît également les dispositions de l'article L. 423-11 du même code ;

- elle méconnaît les dispositions de l'article L. 423-23 du même code et les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- elle procède d'une erreur manifeste d'appréciation ;

Sur la décision portant obligation de quitter le territoire français :

- cette décision est illégale du fait de l'illégalité de la décision refusant un titre de séjour ;

- elle est insuffisamment motivée, révélant en cela un défaut d'examen de sa situation particulière ;

- elle procède d'une erreur de droit au regard de la régularité de son séjour en France au bénéfice d'un visa multi-entrées ;

- elle méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

Sur les décisions portant détermination du délai de départ volontaire et pays de destination :

- ces décisions sont illégales du fait de l'illégalité de la mesure d'éloignement ;

- elles méconnaissent l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

Par un mémoire en défense, enregistré le 27 juin 2024 et non communiqué, la préfète du Rhône conclut au rejet de la requête.

Elle soutient que les moyens de la requête ne sont pas fondés.

Les demandes d'aide juridictionnelle présentées par M. C et par Mme C ont été rejetées par des décisions du 23 février 2024.

Vu les autres pièces des dossiers.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendu au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. Gilbertas, premier conseiller,

- et les observations de Me Lulé, suppléant Me Zouine, pour les requérants.

Considérant ce qui suit :

1. Mme A D épouse C et M. F C, ressortissants syriens nés respectivement les 1er février 1958 et 2 janvier 1945, demandent, par les requêtes susvisées sur lesquelles il convient de statuer par un seul jugement, l'annulation des décisions du 20 décembre 2023 par lesquelles la préfète du Rhône a refusé de leur délivrer un titre de séjour, les a obligés à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a déterminé le pays de destination en cas de reconduite.

Sur l'ensemble des décisions attaquées :

2. Les décisions attaquées ont été signées par Mme B E, directrice des migrations et de l'intégration, qui a reçu délégation à cet effet par un arrêté de la préfète du Rhône en date du 30 novembre 2023 régulièrement publié au recueil des actes administratifs spécial de la préfecture. Par suite, le moyen tiré de l'incompétence du signataire de l'acte doit être écarté.

Sur les décisions portant refus de titre de séjour :

3. En premier lieu, aux termes de l'article L. 423-11 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger, parent à charge d'un français et de son conjoint, se voit délivrer une carte de résident d'une durée de dix ans sous réserve de la production du visa de long séjour prévu au 1° de l'article L. 411-1 et de la régularité du séjour ".

4. Pour refuser à M. et Mme C les titres de séjour sollicités sur le fondement des dispositions précitées, la préfète du Rhône a relevé que les intéressés ne justifiaient pas de leur dépendance économique à l'égard de leur fils de nationalité française, étant par ailleurs non dépourvus de revenus propres. Elle a également relevé que ceux-ci ne présentaient pas de visa de long séjour ainsi qu'exigé par ces dispositions. Si les requérants produisent des attestations de virements réguliers de la part de leur fils, ils n'établissent cependant pas disposer du visa de long séjour prévu au 1° de l'article L. 411-1. Dans ces conditions, et pour ce seul motif, c'est par une exacte application des dispositions précitées que la préfète du Rhône a pu refuser les titres de séjours sollicités sur ce fondement par M. et Mme C.

5. En deuxième lieu, aux termes de l'article L. 425-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger, résidant habituellement en France, dont l'état de santé nécessite une prise en charge médicale dont le défaut pourrait avoir pour lui des conséquences d'une exceptionnelle gravité et qui, eu égard à l'offre de soins et aux caractéristiques du système de santé dans le pays dont il est originaire, ne pourrait pas y bénéficier effectivement d'un traitement approprié, se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " d'une durée d'un an. La condition prévue à l'article L. 412-1 n'est pas opposable. / La décision de délivrer cette carte de séjour est prise par l'autorité administrative après avis d'un collège de médecins du service médical de l'Office français de l'immigration et de l'intégration, dans des conditions définies par décret en Conseil d'Etat. () ". Selon les termes de l'article R. 425-11 du même code : " Pour l'application de l'article L. 425-9, le préfet délivre la carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " au vu d'un avis émis par un collège de médecins à compétence nationale de l'Office français de l'immigration et de l'intégration. L'avis est émis dans les conditions fixées par arrêté du ministre chargé de l'immigration et du ministre chargé de la santé au vu, d'une part, d'un rapport médical établi par un médecin de l'office et, d'autre part, des informations disponibles sur les possibilités de bénéficier effectivement d'un traitement approprié dans le pays d'origine de l'intéressé. () ". L'article R. 425-13 de ce même code prévoit que : " Le collège à compétence nationale mentionné à l'article R. 425-12 est composé de trois médecins, il émet un avis dans les conditions de l'arrêté mentionné au premier alinéa du même article. La composition du collège et, le cas échéant, de ses formations est fixée par décision du directeur général de l'Office français de l'immigration et de l'intégration. Le médecin ayant établi le rapport médical ne siège pas au sein du collège. () ".".

6. D'une part, La préfète du Rhône produit en défense l'avis du collège des médecins de l'Office français de l'immigration et de l'intégration (OFII) sur la base duquel la décision de refus de titre de séjour opposé à M. C a été édictée. Il s'ensuit que le moyen tiré du vice de procédure à cet égard doit être écarté.

7. D'autre part, l'avis en cause du 22 septembre 2023 du collège des médecins de l'OFII indique que l'état de santé de M. C nécessite une prise en charge médicale dont l'interruption ne devrait pas entraîner de conséquences d'une exceptionnelle gravité et que l'état de santé de l'intéressé lui permettait de voyager sans risque vers la Syrie. Si M. C fait valoir être atteint d'un cancer de la prostate et indique différents scénarii d'évolution de sa maladie, il ne remet par là pas en cause l'appréciation portée par le collège des médecins de l'OFII, et la préfète à sa suite, selon lequel l'interruption du traitement par hormonothérapie dont il bénéficie ne devrait pas occasionner pour lui des conséquences d'une extrême gravité. Dans ces conditions, et quel que soit la disponibilité effective de ce traitement en Syrie, c'est par une exacte application des dispositions précitées que la préfète du Rhône a pu refuser à M. C un titre de séjour au titre de l'article L. 425-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

8. En troisième lieu, aux termes de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger qui n'entre pas dans les catégories prévues aux articles L. 423-1, L. 423-7, L. 423-14, L. 423-15, L. 423-21 et L. 423-22 ou dans celles qui ouvrent droit au regroupement familial, et qui dispose de liens personnels et familiaux en France tels que le refus d'autoriser son séjour porterait à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée au regard des motifs du refus, se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " d'une durée d'un an, sans que soit opposable la condition prévue à l'article L. 412-1. / Les liens mentionnés au premier alinéa sont appréciés notamment au regard de leur intensité, de leur ancienneté et de leur stabilité, des conditions d'existence de l'étranger, de son insertion dans la société française ainsi que de la nature de ses liens avec sa famille restée dans son pays d'origine. / L'insertion de l'étranger dans la société française est évaluée en tenant compte notamment de sa connaissance des valeurs de la République ".

9. M. et Mme C font valoir, à l'appui de leur demande de titre de séjour présentée sur le fondement des dispositions précitées, la présence en France de leur fils français, les capacités financières de celui-ci au regard de sa situation professionnelle ainsi que la situation de dépendance économique dans laquelle ils se trouvent à son égard, compte tenu de la faiblesse des pensions qu'ils touchent dans leur pays d'origine. M. C indique également avoir passé une partie de ses études en France au cours des années 1960 et le couple se prévaut de fréquentes visites au bénéfice de visas de court séjour multi-entrée, le dernier ayant été délivré en 2019. Toutefois, de tels liens, compte tenu également de l'absence de nécessité médicale de rester en France concernant M. C ainsi qu'il a été dit au point 7 du présent jugement, n'apparaissent pas tels que la décision en litige y porterait une atteinte disproportionnée au regard de ses objectifs. Le moyen tiré de la méconnaissance des dispositions précitées et des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales doit ainsi être écarté ainsi que, pour les mêmes motifs, celui tiré de l'erreur manifeste d'appréciation.

Sur les décisions portant obligation de quitter le territoire :

10. En premier lieu, l'illégalité des décisions portant refus de titre de séjour opposées aux requérants n'étant pas établie, ceux-ci ne saurait exciper d'une telle illégalité à l'encontre des décisions attaquées.

11. En deuxième lieu, les décisions attaquées visent les dispositions et stipulations dont elles font application et elles relèvent les éléments biographiques de M. et Mme C pertinents pour cette appréciation. Ni une telle motivation, suffisante en l'espèce, ni les autres pièces du dossier ne caractérisent un défaut d'examen de la situation des requérants, ce qui n'est pas plus révélé par le délai d'instruction de leurs demandes, enregistrées le 8 octobre 2018, qu'il leur appartenait de compléter le cas échéant. Les moyens afférents doivent ainsi être écartés.

12. En troisième lieu, si les requérants indiquent toujours disposer d'un droit rémanent à l'entrée et au séjour sur le territoire national au bénéfice d'un visa de court séjour multi-entrées, une telle circonstance, qui regarde les modalités d'exécution de la mesure d'éloignement en litige, est sans emport sur la légalité de cette décision, compte tenu notamment du fondement de celle-ci, en l'espèce le refus de titre de séjour qui leur a été opposé. En tout état de cause, compte tenu du délai de départ volontaire édicté concomitamment et du caractère indéterminé de la date de notification de la décision en litige, les requérants n'établissent pas disposer d'un droit au séjour rémanent suffisant à ces égards. Le moyen afférent doit ainsi être écarté.

13. En quatrième lieu, aux termes de l'article L. 611-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Ne peuvent faire l'objet d'une décision portant obligation de quitter le territoire français : () 9° L'étranger résidant habituellement en France si son état de santé nécessite une prise en charge médicale dont le défaut pourrait avoir pour lui des conséquences d'une exceptionnelle gravité et si, eu égard à l'offre de soins et aux caractéristiques du système de santé du pays de renvoi, il ne pourrait pas y bénéficier effectivement d'un traitement approprié ".

14. Il résulte de ce qui été dit au point 7 du présent jugement que la situation de M. C n'entrait pas dans le champ d'application des dispositions précitées. Le moyen tiré de la méconnaissance de ces dispositions doit ainsi être écarté.

15. En dernier lieu, les moyens tirés de la méconnaissance des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et de l'erreur manifeste d'appréciation doivent être écartés pour les motifs relevés au point 9 du présent jugement.

Sur les décisions fixant le délai de départ volontaire et le pays de destination :

16. D'une part, l'illégalité des décisions portant mesure d'éloignement n'étant pas établi, les requérant ne sont pas fondés à s'en prévaloir à l'encontre des décisions en litige.

17. D'autre part, les requérants n'établissent pas par la seule invocation de la situation sécuritaire générale en Syrie être exposés en cas de retour en Syrie à des risques contraires aux exigences des stipulations de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales. Le moyen afférent doit ainsi être écarté.

18. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation des requêtes n° 2401117 et n° 2401118 doivent être rejetées ainsi que, par voie de conséquence, les conclusions à fin d'injonction les assortissant et celles relatives aux frais du litige.

D E C I D E :

Article 1er : Les requêtes n° 2401117 et n° 2401118 sont rejetées.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à Mme A D épouse C, à M. F C, à Me Zouine et à la préfète du Rhône.

Délibéré après l'audience du 2 juillet 2024, à laquelle siégeaient :

M. Drouet, président,

Mme Maubon, première conseillère,

M. Gilbertas, premier conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 16 juillet 2024.

Le rapporteur,

M. Gilbertas

Le président,

H. Drouet

La greffière,

A. Farlot

La République mande et ordonne à la préfète du Rhône en ce qui la concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

Une greffière,

Nos 2401117, 2401118

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