vendredi 12 juillet 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Lyon |
| Section | Tribunal Administratif de Lyon |
| N° Dossier | TA69-2401196 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | D |
| Formation | 9ème chambre |
| Avocat requérant | PETIT |
Vu la procédure suivante :
Par une requête enregistrée le 29 janvier 2024 et un mémoire complémentaire enregistré le 4 mai 2024, M. C A, représenté par Me Petit, demande au tribunal :
1°) d'annuler l'arrêté du 13 décembre 2023 par lequel la préfète de l'Ain a rejeté sa demande de titre de séjour, l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays de destination en cas de reconduite d'office ;
2°) d'enjoindre à la préfète, en cas d'annulation du refus de titre, à titre principal de lui délivrer une carte de séjour temporaire mention " vie privée et familiale " ou à tout le moins " étudiant-élève " dans le mois suivant la notification du jugement à intervenir, et, dans l'attente de le munir d'une autorisation provisoire de séjour avec droit au travail ; à titre subsidiaire de réexaminer sa situation après lui avoir délivré une autorisation provisoire de séjour avec droit au travail jusqu'au réexamen de sa situation ;
3°) d'enjoindre à la préfète, en cas d'annulation des autres décisions, de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour avec droit au travail, dans un délai de huit jours, et jusqu'au réexamen de sa situation ;
4°) de mettre à la charge de l'Etat le versement à son conseil d'une somme de 1 300 euros au titre des dispositions combinées de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991, sous réserve que ce dernier renonce à percevoir le bénéfice de l'aide juridictionnelle.
Il soutient que :
- la préfète s'est à tort estimée liée par l'avis rendu par les services de la police aux frontières et a entaché son refus de titre d'une erreur de droit ;
- c'est à tort que la préfète a estimé que les actes d'état-civil qu'il avait produits à l'appui de sa demande n'étaient pas authentiques et ne permettaient pas de justifier de son identité et de sa nationalité, et qu'elle a ainsi indiqué que sa demande n'était pas conforme aux dispositions de l'article R. 413-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- la décision de refus de séjour est entachée d'un défaut d'examen réel et sérieux de sa situation ;
- la décision de refus de séjour méconnaît l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, et est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation quant à ses conséquences sur sa situation personnelle ;
- la décision de refus de séjour est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation dans l'application de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- il est fondé à exciper de l'illégalité de la décision de refus de séjour à l'appui de ses conclusions dirigées contre la décision lui faisant obligation de quitter le territoire français ;
- la décision lui faisant obligation de quitter le territoire français méconnaît l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, et est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation quant à ses conséquences sur sa situation personnelle ;
- il est fondé à exciper de l'illégalité de la décision lui faisant obligation de quitter le territoire français à l'appui de ses conclusions dirigées contre la décision fixant le délai de départ volontaire ;
- la décision fixant le délai de départ volontaire est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation et d'un défaut d'examen de sa situation ;
- il est fondé à exciper de l'illégalité de la décision lui faisant obligation de quitter le territoire français à l'appui de ses conclusions dirigées contre la décision fixant le pays de destination ;
- la décision fixant le pays de destination méconnaît l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.
Par un mémoire en défense enregistré le 14 mai 2024, la préfète de l'Ain conclut au rejet de la requête.
Elle soutient qu'aucun des moyens de la requête n'est fondé.
M. A a produit un mémoire enregistré le 24 juin 2024, qui n'a pas été communiqué.
M. A a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale, par une décision du bureau d'aide juridictionnelle en date du 8 mars 2024.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- le code civil ;
- le code de justice administrative.
Le président de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.
Les parties ayant été régulièrement averties du jour de l'audience ;
Après avoir entendu, au cours de l'audience publique :
- le rapport de M. Besse,
- et les observations de Me Petit, représentant le requérant.
Considérant ce qui suit :
1. M. A, ressortissant malien né en 2004, est entré en France en 2021 avec ses parents. Sa sœur Aichetou, mineure, s'est vu reconnaître la qualité de réfugiée par décision du 24 mars 2022 de l'Office français de protection des réfugiés et apatrides. Le requérant a présenté une demande d'asile, rejetée par l'Office français de protection des réfugiés et apatrides, et une demande de titre de séjour. Par un arrêté du 13 décembre 2023, la préfète de l'Ain a refusé de délivrer le titre de séjour sollicité au motif qu'il n'avait pas produit à l'appui de sa demande les documents justifiant de son état-civil et de sa nationalité, comme l'exigent les dispositions de l'article R. 431-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Il l'a également obligé à quitter le territoire français, sur le fondement des 3° et 4° de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, et désigné le pays de destination. M. A demande l'annulation de ces décisions.
Sur la légalité de l'arrêté du 13 décembre 2023 :
2. Aux termes de l'article L. 424-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " La carte de résident prévue à l'article L. 424-1, délivrée à l'étranger reconnu réfugié, est également délivrée à : () 4° Ses parents si l'étranger qui a obtenu le bénéfice de la protection est un mineur non marié, sans que la condition de régularité du séjour ne soit exigée. " Aux termes de l'article R. 431-10 du même code : " L'étranger qui demande la délivrance ou le renouvellement d'un titre de séjour présente à l'appui de sa demande : / 1° Les documents justifiants de son état civil ; 2° les documents justifiant de sa nationalité : () ". Aux termes de l'article L. 811-2 de ce code : " La vérification de tout acte d'état civil étranger est effectuée dans les conditions définies à l'article 47 du code civil. ". L'article 47 du code civil dispose que : " Tout acte de l'état civil des Français et des étrangers fait en pays étranger et rédigé dans les formes usitées dans ce pays fait foi, sauf si d'autres actes ou pièces détenus, des données extérieures ou des éléments tirés de l'acte lui-même établissent, le cas échéant après toutes vérifications utiles, que cet acte est irrégulier, falsifié ou que les faits qui y sont déclarés ne correspondent pas à la réalité. (). ".
3. Il résulte de ces dispositions que la force probante d'un acte d'état civil établi à l'étranger peut être combattue par tout moyen susceptible d'établir que l'acte en cause est irrégulier, falsifié ou inexact. En cas de contestation par l'administration de la valeur probante d'un acte d'état civil établi à l'étranger, il appartient au juge administratif de former sa conviction au vu de l'ensemble des éléments produits par les parties. Pour juger qu'un acte d'état civil produit devant lui est dépourvu de force probante, qu'il soit irrégulier, falsifié ou inexact, le juge doit en conséquence se fonder sur tous les éléments versés au dossier dans le cadre de l'instruction du litige qui lui est soumis. Ce faisant, il lui appartient d'apprécier les conséquences à tirer de la production par l'étranger d'une carte consulaire ou d'un passeport dont l'authenticité est établie ou n'est pas contestée, sans qu'une force probante particulière puisse être attribuée ou refusée par principe à de tels documents.
4. Par ailleurs, lorsqu'est produit devant l'administration un acte d'état civil émanant d'une autorité étrangère qui a fait l'objet d'une légalisation, sont en principe attestées la véracité de la signature apposée sur cet acte, la qualité de celui qui l'a dressé et l'identité du sceau ou timbre dont cet acte est revêtu. En cas de doute sur la véracité de la signature, sur l'identité du timbre ou sur la qualité du signataire de la légalisation, il appartient à l'autorité administrative de procéder, sous le contrôle du juge, à toutes vérifications utiles pour s'assurer de la réalité et de l'authenticité de la légalisation. En outre, la légalisation se bornant à attester de la régularité formelle d'un acte, la force probante de celui-ci peut être combattue par tout moyen susceptible d'établir que l'acte en cause est irrégulier, falsifié ou inexact. Par suite, en cas de contestation de la valeur probante d'un acte d'état civil légalisé établi à l'étranger, il revient au juge administratif de former sa conviction en se fondant sur tous les éléments versés au dossier dans le cadre de l'instruction du litige qui lui est soumis.
5. Pour estimer que M. A ne produisait pas à l'appui de sa demande des documents faisant foi de son état-civil et de sa nationalité, la préfète de l'Ain s'est fondée sur l'avis émis le 5 juin 2023 par les services spécialisés de la police aux frontières, qui avaient procédé à l'analyse de son acte de naissance. Ces derniers ont relevé que l'acte de naissance n'était pas établi dans les formes, le numéro NINA (Numéro d'identification nationale des personnes) n'étant pas mentionné, tandis que la date de l'évènement relaté est en chiffres et non en lettres. Le service relevait également qu'il n'avait pas eu communication du jugement supplétif auquel renvoie l'acte de naissance.
6. Tout d'abord, si les actes de naissance produits comportent effectivement des cases destinés à être complétées par le NINA du requérant, sans comporter ce numéro, il ressort des pièces du dossier, et notamment du code des personnes et de la famille B et de la décision n°2023-254 du 11 décembre 2023 de la Défenseure des droits, que cette mention n'est pas obligatoire, des démarches spécifiques devant être effectuées par les personnes nées avant 2009, date d'entrée en vigueur de ces dispositions, pour obtenir ledit numéro. Par ailleurs, la mention en lettres de la date de l'évènement relaté n'est pas de nature à affecter les éléments substantiels de l'acte. En outre, le requérant a produit l'extrait conforme du jugement supplétif, que ne conteste pas avoir reçu la préfète de l'Ain, qui relève que ce jugement ne contiendrait aucune des mentions obligatoires prévues par le code de procédure civile, commerciale et sociale malien. Cette critique est toutefois dépourvue de pertinence, dès lors qu'elles portent sur un extrait certifié conforme de cet acte. Enfin, l'acte de naissance du requérant a été légalisé le 27 février 2024 par le consul général B à Lyon, faisant présumer la véracité de la signature apposée sur cet acte, la qualité de celui qui l'a dressé et l'identité du sceau ou timbre dont cet acte est revêtu. Dans ces conditions, et comme pour les autres membres de sa famille, ainsi qu'il en a été jugé par jugements du même jour, les éléments avancés par la préfète de l'Ain ne sont pas de nature en l'espèce à remettre en cause la valeur probante de l'acte d'état-civil produit par M. A. Dès lors, la préfète de l'Ain ne pouvait refuser de lui délivrer un titre de séjour en se fondant sur le caractère incomplet de sa demande.
7. Il résulte de ce qui précède, et sans qu'il soit besoin d'examiner les autres moyens de la requête, que M. A est fondé à demander l'annulation de la décision de refus de titre de séjour qui lui a été opposée pour ce seul motif, ainsi que, par voie de conséquence, celle de la décision portant obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours et de la décision fixant le pays de destination.
Sur les conclusions à fin d'injonction :
8. Eu égard au motif d'annulation retenu, le présent jugement n'implique pas nécessairement que la préfète de l'Ain délivre au requérant le titre de séjour qu'il sollicitait au regard de sa vie privée et familiale. Il y a lieu seulement d'enjoindre à ladite préfète de réexaminer la situation de M. A, dans un délai qu'il y a lieu de fixer à deux mois à compter de la notification du jugement. Par ailleurs, il y a lieu, dans l'attente, d'enjoindre à la préfète de l'Ain de lui délivrer dans un délai de huit jours une autorisation provisoire de séjour. En revanche, compte tenu du fondement de la demande de titre de séjour, ni l'article R.431-14 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, au demeurant non invoqué, établissant la liste des titres de séjour dont le récépissé autorise le titulaire à travailler, ni aucun autre texte ne font obligation au préfet d'assortir le récépissé d'une autorisation de travail.
Sur les frais d'instance :
9. Dans les circonstances de l'espèce, il y a lieu de mettre à la charge de l'Etat, partie perdante, le versement d'une somme de 650 euros à Me Petit, conseil de M. A au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991, sous réserve de sa renonciation à percevoir la part contributive de l'Etat au titre de l'aide juridictionnelle.
D E C I D E :
Article 1er : Les décisions du 13 décembre 2023 par lesquelles la préfète de l'Ain a refusé de délivrer un titre de séjour à M. A, lui a fait obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays de destination sont annulées.
Article 2 : Il est fait injonction à la préfète de l'Ain de réexaminer la situation de M. A dans un délai de deux mois à compter de la notification du jugement, après lui avoir délivré dans les huit jours une autorisation provisoire de séjour.
Article 3 : L'Etat versera à Me Petit, la somme de 650 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991, sous réserve de sa renonciation à percevoir la part contributive de l'Etat au titre de l'aide juridictionnelle.
Article 4 : Les conclusions de la requête sont rejetées pour le surplus.
Article 5 : Le présent jugement sera notifié à M. C A, à la préfète de l'Ain et à Me Petit.
Délibéré après l'audience du 28 juin 2024, à laquelle siégeaient :
M. Besse, président,
Mme Allais, première conseillère,
Mme de Lacoste Lareymondie, première conseillère.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 12 juillet 2024.
Le président-rapporteur,
T. Besse
L'assesseure la plus ancienne,
A. Allais
La greffière,
C. Réveillé
La République mande et ordonne à la préfète de l'Ain, en ce qui la concerne, ou à tous commissaires de justice à ce requis, en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
Une greffière,
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026