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AccueilJurisprudence administrativeN° TA69-2401260

Tribunal Administratif de Lyon — Décision N° TA69-2401260

mardi 17 septembre 2024

JuridictionTribunal Administratif de Lyon
SectionTribunal Administratif de Lyon
N° DossierTA69-2401260
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation5ème chambre
Avocat requérantALBERTIN

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 8 février 2024, M. A B, représenté par Me Albertin, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 18 décembre 2023 par lequel la préfète de l'Ardèche a refusé de lui délivrer un titre de séjour, lui a fait obligation de quitter le territoire français dans le délai de trente jours, a fixé le pays de destination de la mesure d'éloignement et a prononcé à son encontre une interdiction de retour sur le territoire français d'une durée d'un an ;

2°) d'enjoindre à la préfète de l'Ardèche :

- à titre principal, de lui délivrer un titre de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " lui permettant d'exercer en France une activité salariée, dans le délai de deux mois à compter de la date de notification du jugement à intervenir, en lui délivrant, dans l'attente, dans un délai de quinze jours, une autorisation provisoire de séjour l'autorisant à travailler ;

- à titre subsidiaire, de réexaminer sa demande dans le délai d'un mois à compter de la notification du jugement à intervenir, en lui délivrant, dans l'attente, et sans délai, une autorisation provisoire de séjour l'autorisant à travailler ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 500 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative, portant intérêts au taux légal.

Il soutient que :

En ce qui concerne la décision portant refus de titre de séjour :

- elle est insuffisamment motivée au regard des dispositions de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, dès lors qu'elle ne se prononce pas sur sa situation concernant la délivrance d'un titre de séjour mention " salarié " ;

- elle est entachée d'une erreur de fait déterminante, dès lors qu'il justifie d'une ancienneté dans son travail et de compétences particulières dans son secteur d'activité ;

- elle méconnaît les dispositions de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- elle méconnaît les dispositions de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, ainsi que les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation des conséquences qu'elle emporte sur sa situation personnelle.

En ce qui concerne les décisions portant obligation de quitter le territoire français et fixant le pays de destination :

- elle sont illégales, par voie d'exception, du fait de l'illégalité de la décision portant refus de titre de séjour ;

- elles méconnaissent les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- elle sont entachées d'une erreur manifeste d'appréciation des conséquences qu'elle emporte sur sa situation personnelle.

En ce qui concerne la décision portant interdiction de retour sur le territoire français d'une durée d'un an :

- elle est illégale, par voie d'exception, du fait de l'illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation des conséquences sur sa situation personnelle, dès lors que des circonstances humanitaires s'opposent à son adoption.

Par un mémoire en défense, enregistré le 27 août 2024, la préfète de l'Ardèche conclut au rejet de la requête.

Elle fait valoir qu'aucun des moyens de la requête n'est fondé.

Vu la décision attaquée et les autres pièces du dossier ;

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- le code de justice administrative.

La présidente de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à 1'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Le Roux, conseillère ;

- et les observations de Me Albertin, représentant M. B.

Considérant ce qui suit :

1. M. B, ressortissant tunisien né le 15 mars 1993, déclare être entré en France en février 2019, sans pouvoir justifier d'une entrée régulière. Le 6 novembre 2023, il a demandé la délivrance d'un titre de séjour sur le fondement des dispositions des articles L. 421-1, L. 423-23 et L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Par l'arrêté attaqué du 18 décembre 2023, la préfète de l'Ardèche a refusé de lui délivrer un titre de séjour, l'a obligé à quitter le territoire français dans le délai de trente jours, a fixé son pays d'origine ou tout pays pour lequel il établit être légalement admissible comme pays de destination et lui a interdit le retour sur le territoire français pour une durée d'un an.

Sur la décision portant refus de titre de séjour :

2. En premier lieu, aux termes de l'article L. 211-2 du code des relations entre le public et l'administration : " Les personnes physiques ou morales ont le droit d'être informées sans délai des motifs des décisions administratives individuelles défavorables qui les concernent. / A cet effet, doivent être motivées les décisions qui : / 1° Restreignent l'exercice des libertés publiques ou, de manière générale, constituent une mesure de police (). ". Aux termes de l'article L. 211-5 du même code : " La motivation exigée par le présent chapitre doit être écrite et comporter l'énoncé des considérations de droit et de fait qui constituent le fondement de la décision. ".

3. En l'espèce, l'arrêté litigieux vise les textes dont il fait application, notamment les articles L. 421-1, L. 423-23 et L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, et les articles 3 et 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales. Il rappelle la nationalité de M. B, ses conditions d'entrée et de séjour sur le territoire, ses démarches administratives ainsi que sa situation professionnelle, personnelle et familiale. Le refus de titre de séjour opposé au requérant fait également mention des motifs précis pour lesquels sa demande ne peut être accueillie, sans que les textes n'exigent une motivation plus spécifique concernant la situation de travailleur du demandeur. Par suite, l'arrêté attaqué, qui n'a pas à reprendre l'ensemble des éléments de la situation personnelle de M. B, est suffisamment motivé en droit comme en fait et cette motivation, qui n'est pas stéréotypée, démontre que la préfète de l'Ardèche a procédé à un examen particulier de la situation personnelle du requérant.

4. En deuxième lieu, M. B soutient que la décision attaquée est entachée d'une erreur de fait en ce qu'elle estime qu'il ne justifie pas d'une ancienneté conséquente dans son emploi, ni de qualifications professionnelles dans ce secteur, alors qu'il a exercé plusieurs emplois dans le domaine de la fibre optique pendant une durée totale de quarante-quatre mois. Toutefois, ces considérations, qui sont relatives à l'appréciation des faits par l'autorité administrative, et non à leur réalité, ne sont pas de nature à caractériser une erreur de fait. Par suite, ce moyen doit être écarté.

5. En troisième lieu, aux termes de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger qui n'entre pas dans les catégories prévues aux articles L. 423-1, L. 423-7, L. 423-14, L. 423-15, L. 423-21 et L. 423-22 ou dans celles qui ouvrent droit au regroupement familial, et qui dispose de liens personnels et familiaux en France tels que le refus d'autoriser son séjour porterait à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée au regard des motifs du refus, se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention "vie privée et familiale" d'une durée d'un an, sans que soit opposable la condition prévue à l'article L. 412-1. / Les liens mentionnés au premier alinéa sont appréciés notamment au regard de leur intensité, de leur ancienneté et de leur stabilité, des conditions d'existence de l'étranger, de son insertion dans la société française ainsi que de la nature de ses liens avec sa famille restée dans son pays d'origine. / L'insertion de l'étranger dans la société française est évaluée en tenant compte notamment de sa connaissance des valeurs de la République. ". Aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. / 2. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui. ".

6. Si M. B atteste de sa présence continue sur le territoire français depuis plus de quatre années à la date de la décision attaquée, par la production de nombreux bulletins de paye à compter du mois de juillet 2019, il est toutefois constant qu'il s'est maintenu en situation irrégulière sur le territoire français durant toute cette période. Il est également constant que M. B est célibataire et sans enfant sur le territoire français et il n'établit pas être dépourvu d'attaches familiales dans son pays d'origine, où il a passé la majeure partie de son existence. En outre, la présence régulière en France de son frère et de sa sœur, avec lesquels il ne démontre par ailleurs pas entretenir de relation particulière, ne lui confère aucun droit au séjour. Enfin, l'existence d'un contrat de travail à durée indéterminée conclu à compter du 4 mai 2021 et les attestations rédigées par des connaissances de M. B postérieurement à l'adoption de la décision attaquée ne sont pas suffisantes pour caractériser une insertion au sein de la société française telle que la décision de refus de délivrance d'un titre de séjour porterait une atteinte disproportionnée à son droit au respect de sa vie privée et familiale. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et des dispositions de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile doit être écarté. Pour les mêmes motifs, et en l'absence d'argumentation distincte sur ce point, la préfète de l'Ardèche n'a pas commis d'erreur manifeste d'appréciation des conséquences de cet arrêté sur la situation personnelle de M. B, de sorte que ce moyen doit également être écarté.

7. En dernier lieu, aux termes de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger dont l'admission au séjour répond à des considérations humanitaires ou se justifie au regard des motifs exceptionnels qu'il fait valoir peut se voir délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention "salarié", "travailleur temporaire" ou "vie privée et familiale", sans que soit opposable la condition prévue à l'article L. 412-1 ".

8. La situation personnelle et familiale de M. B, telle qu'elle a été exposée au point 6, ne relève pas de considérations humanitaires ou de motifs exceptionnels au sens des dispositions précitées. Les seules circonstances qu'il soit titulaire d'un contrat à durée indéterminée dans un secteur reconnu en tension par la préfète de l'Ardèche, et que son employeur ait déposé une demande d'autorisation de travail le concernant postérieurement à l'adoption de la décision attaquée, ne sauraient suffire, à elles seules, à caractériser des considérations exceptionnelles ou un motif humanitaire justifiant l'octroi d'un titre de séjour sur le fondement de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Par suite, c'est sans commettre d'erreur manifeste d'appréciation dans l'application des dispositions de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile que la préfète de l'Ardèche a pu refuser d'admettre M. B, à titre exceptionnel, au séjour.

Sur les décisions portant obligation de quitter le territoire français et fixant le pays de destination :

9. En premier lieu, en l'absence d'illégalité de la décision portant refus de délivrance d'un titre de séjour, le moyen tiré de cette illégalité et soulevé par voie d'exception à l'encontre des décisions portant obligation de quitter le territoire français et fixant le pays de renvoi doit être écarté.

10. En second lieu, en l'absence d'argumentation distincte sur ces points, les moyens tirés de la méconnaissance des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et de l'erreur manifeste d'appréciation doivent être écartés pour les mêmes motifs que ceux exposés au point 6.

Sur la décision portant interdiction de retour sur le territoire français :

11. En premier lieu, en l'absence d'illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français, le moyen tiré de cette illégalité et soulevé par voie d'exception à l'encontre de la décision portant interdiction de retour sur le territoire français doit être écarté.

12. En second lieu, aux termes de l'article L. 612-7 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Lorsque l'étranger s'est maintenu irrégulièrement sur le territoire au-delà du délai de départ volontaire, l'autorité administrative édicte une interdiction de retour. Des circonstances humanitaires peuvent toutefois justifier que l'autorité administrative n'édicte pas d'interdiction de retour. / Les effets de cette interdiction cessent à l'expiration d'une durée, fixée par l'autorité administrative, qui ne peut excéder cinq ans à compter de l'exécution de l'obligation de quitter le territoire français. ".

13. En l'espèce, le requérant ne conteste pas ne pas avoir exécuté une précédente mesure d'éloignement prise par le préfet de la Marne le 30 décembre 2021, confirmée par le tribunal administratif de Châlons-en-Champagne le 25 juillet 2022, et s'être ainsi maintenu sur le territoire français au-delà du délai qui lui avait été accordé pour quitter le territoire français. Par suite, la préfète de l'Ardèche était tenue de prononcer à son encontre une interdiction de retour sur le territoire français en application des dispositions citées au point précédent, sauf à ce que des considérations humanitaires justifient que ne soit pas édictée une telle mesure. Or, hormis la présence en France de son frère et de sa sœur, l'intéressé ne justifie d'aucune vie privée et familiale sur le territoire national, où il réside irrégulièrement depuis son arrivée. Il ne justifie ainsi pas de circonstances humanitaires s'opposant à l'édiction d'une interdiction de retour sur le territoire français. Par suite, la préfète de l'Ardèche n'a pas méconnu les dispositions de l'article L. 612-7 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile en édictant à son encontre une interdiction de retour sur le territoire pour une durée d'un an.

14. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation présentées par M. B doivent être rejetées. Par voie de conséquence, ses conclusions aux fins d'injonction doivent également être rejetées. Il en est de même des conclusions présentées sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de M. B est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. A B et à la préfète de l'Ardèche.

Délibéré après l'audience du 3 septembre 2024, à laquelle siégeaient :

Mme Bour, présidente ;

Mme Jorda, conseillère ;

Mme Le Roux, conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 17 septembre 2024.

La rapporteure,

J. Le Roux

La présidente,

A-S. Bour

La greffière,

C. Touja

La République mande et ordonne à la préfète de l'Ardèche en ce qui la concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition,

Un greffier,

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