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AccueilJurisprudence administrativeN° TA69-2401266

Tribunal Administratif de Lyon — Décision N° TA69-2401266

mercredi 21 février 2024

JuridictionTribunal Administratif de Lyon
SectionTribunal Administratif de Lyon
N° DossierTA69-2401266
TypeOrdonnance
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Avocat requérantCASCIO, CASCIO ORTAL, DOMMEE, MARC

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 8 février 2024, complétée le 13 février, et un mémoire enregistré le 15 février 2024, la société Alteabois, représentée par Me Dommée, demande au juge des référés statuant en application de l'article L. 551-1 du code de justice administrative, dans le dernier état de ses écritures :

1°) d'annuler la procédure de passation du lot n° 4 " assistance technique pour structure " de l'accord-cadre ayant pour objet l'assistance technique et économique de la construction pour les ouvrages des bâtiments réalisés directement par le Grand Lyon et la décision de la métropole de Lyon rejetant son offre ;

2°) d'enjoindre à la métropole de Lyon, si elle entend poursuivre la passation du marché, de reprendre la procédure au stade de l'analyse des offres ;

3°) de mettre à la charge de la métropole de Lyon la somme de 5 000 euros au titre des frais du litige.

Elle soutient que :

- la métropole de Lyon ne lui a pas communiqué les caractéristiques et les avantages de l'offre retenue, en méconnaissance de l'article R. 2181-4 du code de la commande publique et de ses obligations de publicité et de mise en concurrence ;

- le sous-critère 1 relatif à la pertinence du nombre d'heures affectées à la mission objet du cas pratique ne permet pas de déterminer l'offre économiquement la plus avantageuse ;

- il a avantagé la société TPF Ingénierie et par suite rompu le principe d'égalité de traitement entre les candidats ;

- la métropole a méconnu le règlement de la consultation et ses obligations de publicité et de mise en concurrence en tenant compte, pour le sous-critère 1, de ce qu'elle avait estimé dans son offre des heures qui n'étaient pas demandées dans l'exercice de base ;

- la mise en œuvre de ce sous-critère est de nature à l'avoir lésée.

Par des mémoires en défense enregistrés les 15 et 16 février 2024 la métropole de Lyon, représentée par Me Charrel, conclut au rejet de la requête et à ce que la somme de 5 000 euros soit mise à la charge de la société Alteabois au titre des frais du litige.

Elle fait valoir que :

- l'offre de la société Alteabois était irrégulière ;

- en tout état de cause, les moyens qu'elle soulève ne sont pas fondés ;

- elle n'est donc pas susceptible d'avoir été lésée par les manquements invoqués.

La métropole de Lyon a produit le rapport d'analyse des offres ainsi que, sur le fondement de l'article R. 412-2-1 du code de justice administrative, un mémoire distinct demandant qu'il soit soustrait au contradictoire.

Vu les autres pièces du dossier ;

Vu :

- le code de la commande publique ;

- le code de justice administrative ;

La présidente du tribunal ayant désigné Mme Michel, vice-présidente, pour statuer sur les demandes en référé ;

Les parties ayant été régulièrement averties du jour de l'audience ;

Après avoir entendu au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Michel,

- les observations de Me Jolly, pour la société Alteabois, et celles de Me Harket, pour la métropole de Lyon ;

À l'issue de laquelle la juge des référés a clos l'instruction.

Considérant ce qui suit :

1. Aux termes de l'article L. 551-1 du code de justice administrative : " Le président du tribunal administratif, ou le magistrat qu'il délègue, peut être saisi en cas de manquement aux obligations de publicité et de mise en concurrence auxquelles est soumise la passation par les pouvoirs adjudicateurs de contrats administratifs ayant pour objet l'exécution de travaux, la livraison de fournitures ou la prestation de services, avec une contrepartie économique constituée par un prix ou un droit d'exploitation, la délégation d'un service public ou la sélection d'un actionnaire opérateur économique d'une société d'économie mixte à opération unique. / () / Le juge est saisi avant la conclusion du contrat. ".

2. Par un avis de marché publié le 22 octobre 2023, la métropole de Lyon a lancé une procédure de passation sur appel d'offre ouvert du lot n° 4 " assistance technique pour structure " de l'accord-cadre ayant pour objet l'assistance technique et économique de la construction pour les ouvrages des bâtiments réalisés directement par le Grand Lyon. Par un courrier du 29 janvier 2024, la société Alteabois a été informée que son offre, classée en deuxième position, n'avait pas été retenue et que le marché avait été attribué à la société TPF Ingénierie. La société Alteabois demande au juge des référés d'annuler la procédure engagée par la métropole de Lyon et la décision de rejet de son offre.

3. En premier lieu, aux termes de l'article R. 2181-4 du code de la commande publique : " A la demande de tout soumissionnaire ayant fait une offre qui n'a pas été rejetée au motif qu'elle était irrégulière, inacceptable ou inappropriée, l'acheteur communique dans les meilleurs délais et au plus tard quinze jours à compter de la réception de cette demande : () / 2° Lorsque le marché a été attribué, les caractéristiques et les avantages de l'offre retenue. ".

4. Le courrier du 29 janvier 2024 de la métropole de Lyon notifiant à la société Alteabois sa décision de rejeter son offre a été complété le 13 février 2024 à la demande de la société qui a eu communication des notes que l'offre de la société TPF Ingénierie a obtenues à chacun des critères et sous-critères. La métropole de Lyon, dans son mémoire en défense enregistré le 16 février 2024, a cité les appréciations littérales du rapport d'analyse des offres correspondant à ces notes, dont elle a occulté les informations qui relèvent du secret des affaires. La société Alteabois a ainsi disposé d'une information suffisamment complète sur les motifs qui ont conduit l'acheteur à écarter son offre et à retenir l'offre de la société TPF Ingénierie, de nature à lui permettre de contester utilement, avant que le juge des référés ne statue, les conditions dans lesquelles a été attribué le marché litigieux. Il suit de là que la société Alteabois n'est pas fondée à soutenir que l'article R. 2181-4 du code de la commande publique et les obligations de publicité et de mise en concurrence pesant sur l'acheteur ont été méconnus.

5. En deuxième lieu, aux termes de l'article L. 2152-7 du code de la commande publique : " Le marché est attribué au soumissionnaire ou, le cas échéant, aux soumissionnaires qui ont présenté l'offre économiquement la plus avantageuse sur la base d'un ou plusieurs critères objectifs, précis et liés à l'objet du marché ou à ses conditions d'exécution. (). ". Aux termes de l'article L. 2152-8 du même code : " Les critères d'attribution n'ont pas pour effet de conférer une liberté de choix illimitée à l'acheteur et garantissent la possibilité d'une véritable concurrence. (). ".

6. L'article 3.5.1 du règlement de la consultation indique que le critère relatif à la pertinence des temps passés et de la méthodologie proposés dans le cas pratique, qui consiste à aménager et construire l'annexe d'un collège, est apprécié au regard de deux sous-critères portant sur l'adéquation de la méthodologie proposée pour répondre aux différents éléments de la mission du cas pratique, pour lequel l'offre de la société Alteabois a obtenu la note maximale de 5, et la pertinence du nombre d'heures affectées à cette mission. Il précise que ce second sous-critère sera apprécié sur la base du document dénommé " Décomposition des temps pour le cas pratique ", qui définit tous les éléments de mission que la maîtrise d'ouvrage entend confier à son maître d'œuvre ou son assistant à maîtrise d'œuvre, et que les candidats doivent renseigner dans ce document remis avec leur offre le nombre d'heures affectées, par catégorie d'emploi, pour chaque élément de mission. Il ne résulte pas de l'instruction que l'estimation par la métropole de Lyon du nombre d'heures consacrées à la mission du cas pratique, lequel correspond à l'objet du marché, au regard de laquelle le sous-critère a été apprécié, s'écarterait des conditions raisonnablement prévisibles d'exécution du contrat. Il s'ensuit que le moyen tiré de ce que le sous-critère portant sur la pertinence du nombre d'heures affectées à la mission objet du cas pratique ne permettrait pas de dégager l'offre économiquement la plus avantageuse doit être écarté.

7. En troisième lieu la circonstance que, par une délibération du 28 janvier 2019, le conseil de la métropole de Lyon a approuvé le principe de financement de constructions, dont le collège objet du cas pratique, ne suffit pas à établir que les travaux d'extension de ce collège auraient été réalisés entre 2019 et 2020 et que la société TPF Ingénierie aurait assisté pendant ces travaux la métropole de Lyon de sa compétence technique et économique de la construction dans le cadre d'un marché conclu en 2016 ayant le même objet que le marché litigieux. Le moyen tiré de ce que le cas pratique a eu pour effet de privilégier la société TPF Ingénierie et de rompre le principe d'égalité de traitement entre les candidats doit, dès lors, être écarté.

8. En dernier lieu, il ressort du rapport d'analyse des offres que, pour la pertinence du nombre d'heures affectées à la mission objet du cas pratique proposé par la société Alteabois, la métropole de Lyon a jugé, après avoir relevé que l'entreprise avait estimé des heures qui n'étaient pas demandées dans l'exercice de base, très satisfaisant le nombre d'heures total nécessaire et correcte la répartition du temps passé entre les ingénieurs et les techniciens, ce qui a justifié de lui attribuer quatre points sur cinq, correspondant à une offre " satisfaisante " car " complète, détaillée, claire et adaptée " ou " avec réserve(s) mineure(s) sans incidence sur la qualité ". En prenant en compte cette réserve mineure sur le chiffrage supplémentaire, la métropole de Lyon n'a pas méconnu le règlement de la consultation, ni ses obligations de publicité et de mise en concurrence.

9. Il résulte de ce qui précède que la société Alteabois n'est pas fondée à demander l'annulation de la procédure de passation du marché et de la décision rejetant son offre. Sa requête doit être rejetée en toutes ses conclusions. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à sa charge la somme de 1 400 euros à verser à la métropole de Lyon au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

DECIDE :

Article 1er : La requête de la société Alteabois est rejetée.

Article 2 : La société Alteabois versera à la métropole de Lyon la somme de 1 400 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 3 : La présente ordonnance sera notifiée aux sociétés Alteabois et TPF Ingénierie et à la la métropole de Lyon.

Fait à Lyon, le 21 février 2024.

La juge des référés,

C. Michel

La greffière,

S. Hosni

La République mande et ordonne à la préfète du Rhône en ce qui la concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition,

Un greffier

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