mercredi 14 février 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Lyon |
| Section | Tribunal Administratif de Lyon |
| N° Dossier | TA69-2401380 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | D |
| Formation | ELOIGNEMENT |
| Avocat requérant | ROMANET DUTEIL |
Vu la procédure suivante :
Par une requête enregistrée le 12 février 2024, M. E B actuellement retenu au centre de rétention administrative de Lyon Saint-Exupéry et représenté par Me Romanet Duteil, demande au tribunal :
1°) de l'admettre à l'aide juridictionnelle provisoire ;
2°) d'annuler l'arrêté du 10 février 2024 par lequel le préfet de la Loire lui a fait obligation de quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays de destination et a prononcé à son encontre une interdiction de retour sur le territoire national pour une durée de six mois.
Il soutient que :
- l'arrêté attaqué est insuffisamment motivé en droit et en fait ;
- il viole les stipulations des articles 3 et 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- la décision portant obligation de quitter le territoire français est entachée d'une erreur de droit et d'une erreur d'appréciation compte tenu de la gravité de ses effets sur sa situation personnelle ;
- le refus de lui accorder un délai de départ volontaire manque en fait, le préfet ne caractérisant pas un risque de fuite ;
- la décision de placement en centre de rétention administrative est entachée d'une erreur de droit et d'une erreur d'appréciation.
Des pièces ont été produites par le préfet de la Loire le 14 février 2024.
Vu les autres pièces du dossier ;
Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968 modifié ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- le code de justice administrative.
La présidente du tribunal a délégué à Mme Marie Chapard les pouvoirs qui lui sont attribués en application de l'article L. 614-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Au cours de l'audience publique du 14 février 2024, Mme Marie Chapard a présenté son rapport et entendu :
- les observations de Me Romanet Duteil, pour M. B, présent, reprenant les conclusions et moyens de ses écritures, en faisant notamment valoir que M. B dit être entré en France à la fin de l'année 2019 muni d'un visa espagnol ; qu'il est hébergé chez un cousin à Décines quand il travaille et chez sa compagne à Bonson lorsqu'il ne travaille pas et qu'ils ont un projet de mariage pour lequel ils ont récemment déposé un dossier en mairie de Bonson ;
- les observations de M. B, assisté de M. D, interprète en langue arabe, faisant valoir qu'il est entré en France en 2019 muni d'un visa et qu'il se trouvait en Algérie quand le refus de visa du 10 mars 2020 lui a été opposé ; qu'il n'a pas exécuté la précédente mesure d'éloignement pour rester aux côtés de sa compagne mais qu'il a respecté les termes de son assignation à résidence et qu'il souhaite pouvoir travailler pour avoir un logement ;
- et les observations de Me Tomasi, pour le préfet de la Loire, faisant valoir que les moyens soulevés, qui sont à peine articulés, ne sont pas fondés ; que le requérant a fait l'objet d'un refus de visa le 10 mars 2020 et est malgré tout entré en France au mois de juin 2020 ; qu'il n'a pas exécuté la mesure d'éloignement dont il a fait l'objet en 2022 qui lui accordait un délai de départ volontaire de 30 jours ; que sa vie privée et familiale a été prise en compte par le préfet puisqu'il ne vit pas avec sa compagne, que leur relation est récente et qu'il a de la famille proche en Algérie ; qu'on ne lui connait pas d'adresse de domiciliation et qu'il est connu des services de police pour des faits de vol en 2022 et 2023.
La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.
Considérant ce qui suit :
1. M. B, ressortissant algérien né le 4 juillet 1995, entrée en France en 2019 selon ses déclarations, actuellement retenu au centre de rétention administrative de Lyon Saint-Exupéry, demande l'annulation de l'arrêté du 10 février 2024 par lequel le préfet de la Loire lui a fait obligation de quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays de destination et a prononcé à son encontre une interdiction de retour sur le territoire national pour une durée de six mois.
Sur l'aide juridictionnelle à titre provisoire :
2. Le premier alinéa de l'article 20 de la loi susvisée du 10 juillet 1991 dispose que " dans les cas d'urgence (), l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle peut être prononcée () par la juridiction compétente () ". Aux termes de l'article 61 du décret susvisé du 28 décembre 2020 : " L'admission provisoire peut être accordée dans une situation d'urgence (). / L'admission provisoire est accordée par () le président de la juridiction saisie, soit sur une demande présentée sans forme par l'intéressé, soit d'office si celui-ci a présenté une demande d'aide juridictionnelle () sur laquelle il n'a pas encore été statué ".
3. Au cas particulier, eu égard à l'urgence qui s'attache à ce qu'il soit statué sur sa requête, il y a lieu d'admettre, à titre provisoire, M. B au bénéfice de l'aide juridictionnelle.
Sur les conclusions à fin d'annulation :
4. En premier lieu, la décision en litige vise, notamment, les différents articles du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile qui en constituent le fondement et en cite certains. Elle mentionne les conditions d'entrée et de séjour en France de M. B ainsi que des éléments de fait propres à sa situation personnelle. Elle comporte ainsi l'énoncé des éléments de droit et de fait qui en constituent le fondement. Par ailleurs, le préfet n'était pas tenu de mentionner l'ensemble de la situation de l'intéressé. Le moyen tiré d'une insuffisante motivation doit dès lors être écarté.
5. En deuxième lieu, si le requérant soutient que l'arrêté attaqué viole les stipulations de l'articles 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, il n'assorti pas son moyen des précisions suffisantes pour en apprécier le bien-fondé.
6. En troisième lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. / 2. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui ".
7. S'il n'est pas contesté que M. B entretient une relation avec Mme A, de nationalité française, avec laquelle il entretient un projet de mariage, cette relation est toutefois récente et ne donne pas lieu à une communauté de vie. En outre, si le requérant soutient travailler en qualité de cuisinier, il ne produit aucune pièce au soutien de cette allégation, ne démontre pas avoir en France de liens familiaux particuliers et ne conteste pas que sa mère et de la famille proche vivent en Algérie. De plus, il ressort des pièces du dossier que le préfet a tenu compte de sa situation, notamment sa relation amoureuse, en retenant à son encontre une interdiction de retour de seulement six mois. Dans ces conditions, M. B n'est pas fondé à soutenir que les décisions attaquées portent à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée aux buts en vue desquels elles ont été prises.
8. En quatrième lieu, aux termes de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'autorité administrative peut obliger un étranger à quitter le territoire français lorsqu'il se trouve dans les cas suivants : / 1° L'étranger, ne pouvant justifier être entré régulièrement sur le territoire français, s'y est maintenu sans être titulaire d'un titre de séjour en cours de validité ; / () ".
9. D'une part, M. B a présenté un passeport en cours de validité dépourvu de visa. En outre, il ressort des pièces du dossier, notamment de la consultation du fichier " Visabio ", qu'il a fait l'objet d'un refus de visa le 10 mars 2020. Le requérant, qui n'a pas justifié être titulaire du visa exigé pour les ressortissants algériens, n'est pas entré régulièrement en France. Il ne justifie pas être titulaire d'un titre de séjour. Ainsi il entre dans le cas visé au 1° de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile où le préfet peut prononcer une obligation de quitter le territoire français.
10. D'autre part, pour les mêmes motifs que ceux développés au point 6 du présent jugement, le moyen tiré d'une erreur manifeste d'appréciation quant aux conséquences que la décision portant obligation de quitter le territoire français dont M. B fait l'objet a sur sa situation personnelle doit être écarté.
11. En cinquième lieu, aux termes de l'article L. 612-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Par dérogation à l'article L. 612-1, l'autorité administrative peut refuser d'accorder un délai de départ volontaire dans les cas suivants : / () 3° Il existe un risque que l'étranger se soustraie à la décision portant obligation de quitter le territoire français dont il fait l'objet ". Aux termes de l'article L. 612-3 de ce code : " Le risque mentionné au 3° de l'article L. 612-2 peut être regardé comme établi, sauf circonstance particulière, dans les cas suivants : / () 5° L'étranger s'est soustrait à l'exécution d'une précédente mesure d'éloignement ; / () 8° L'étranger ne présente pas de garanties de représentation suffisantes, notamment parce qu'il ne peut présenter des documents d'identité ou de voyage en cours de validité, qu'il a refusé de communiquer les renseignements permettant d'établir son identité ou sa situation au regard du droit de circulation et de séjour ou a communiqué des renseignements inexacts, qu'il a refusé de se soumettre aux opérations de relevé d'empreintes digitales ou de prise de photographie prévues au 3° de l'article L. 142-1, qu'il ne justifie pas d'une résidence effective et permanente dans un local affecté à son habitation principale ou qu'il s'est précédemment soustrait aux obligations prévues aux articles L. 721-6 à L. 721-8, L. 731-1, L. 731-3, L. 733-1 à L. 733-4, L. 733-6, L. 743-13 à L. 743-15 et L. 751-5 ".
12. Il ressort des pièces du dossier que M. B s'est soustrait à une précédente mesure d'éloignement, assortie d'un délai de départ de 30 jours, dont il a fait l'objet le 30 août 2022. Il a également méconnu les obligations de pointage découlant des arrêtés du préfet du Rhône du 25 mars 2022, 1er octobre 2022 et 28 janvier 2023 l'assignant à résidence. Il se trouve ainsi dans le cas où, en application du 5° de l'article L. 612-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, la préfète peut obliger un étranger à quitter le territoire français sans délai. Il ressort aussi de ces pièces qu'il ne présente pas de garanties de représentation suffisantes, notamment parce qu'il ne justifie pas d'une résidence effective et permanente ni de moyens de subsistance. Il se trouve ainsi également dans le cas où, en application du 8° de l'article L. 612-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, la préfète peut obliger un étranger à quitter le territoire français sans délai.
13. En dernier lieu, aux termes de l'article L. 741-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger qui fait l'objet d'une décision de placement en rétention peut la contester devant le juge des libertés et de la détention () ".
14. Il résulte de ces dispositions que M. B ne peut, dans la présente instance, utilement se prévaloir de l'illégalité de la décision de placement en centre de rétention administrative dont il a fait l'objet.
15. Il résulte de tout ce qui précède que M. B n'est pas fondé à demander l'annulation de l'arrêté du 10 février 2024 et des décisions qu'il contient.
Sur les frais liés au litige :
16. En vertu des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative, le tribunal ne peut pas faire bénéficier la partie perdante du paiement par l'autre partie des frais qu'elle a exposés à l'occasion du litige soumis au juge. Dès lors, les conclusions présentées à ce titre par M. B doivent être rejetées.
DÉCIDE :
Article 1er : M. B est admis, à titre provisoire, au bénéfice de l'aide juridictionnelle.
Article 2 : La requête de M. B est rejetée.
Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. E B et au préfet de la Loire.
Lu en audience publique le 14 février 2024.
La magistrate désignée,
M. C,
La greffière,
E. Gros
La République mande et ordonne au préfet de la Loire en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition,
Un greffier,
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026