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AccueilJurisprudence administrativeN° TA69-2401504

Tribunal Administratif de Lyon — Décision N° TA69-2401504

jeudi 22 février 2024

JuridictionTribunal Administratif de Lyon
SectionTribunal Administratif de Lyon
N° DossierTA69-2401504
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationD
FormationELOIGNEMENT
Avocat requérantMUSCILLO

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire complémentaire, enregistrés les 15 et 16 février 2024, M. E A, représenté par Me Sabatier, demande au tribunal :

1°) d'annuler les décisions du 13 février 2024 par lesquelles la préfète du Rhône l'a obligé à quitter sans délai le territoire français, a fixé le pays de destination, lui a interdit de revenir sur le territoire français pendant une durée de six mois et l'a assigné à résidence ;

2°) d'enjoindre à la préfète du Rhône de réexaminer sa situation dans un délai d'un mois suivant la notification du jugement à intervenir et sous astreinte de 100 euros par jour de retard, en lui délivrant une autorisation provisoire de séjour dans l'attente de ce réexamen ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 200 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

Sur l'ensemble des décisions attaquées:

-il n'est pas justifié de la compétence de son signataire ;

Sur l'obligation de quitter le territoire français :

-elle est entachée d'erreur manifeste d'appréciation dès lors que sa présence en France ne représente pas une menace à l'ordre public ;

-elle est entachée d'une erreur de droit dès lors qu'il peut prétendre à la délivrance d'un titre de séjour de plein droit en qualité de père d'un enfant français ;

-elle méconnaît son droit au respect de la vie privée et familiale garanti par l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

-elle méconnaît l'intérêt supérieur de ses enfants au sens de l'article 3,1° de la convention relative aux droits de l'enfant ;

-elle est entachée d'une erreur manifeste dans l'appréciation des conséquences de cette décision sur sa situation personnelle ;

Sur le refus d'octroi d'un délai de départ volontaire :

-il est illégal du fait de l'illégalité de l'obligation de quitter le territoire français sur laquelle il est fondé ;

-il est entaché d'erreur d'appréciation dans l'application des dispositions des articles L. 612-2 et L. 612-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

Sur la décision fixant le pays de destination :

-elle est illégale du fait de l'illégalité de l'obligation de quitter le territoire français sur laquelle elle est fondée ;

Sur l'interdiction de retour sur le territoire français :

-elle est illégale du fait de l'illégalité de l'obligation de quitter le territoire français sur laquelle elle est fondée ;

-elle méconnaît les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et sa durée présente un caractère disproportionné ;

- elle méconnaît son droit au respect de la vie privée et familiale garanti par l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et l'intérêt supérieur de ses enfants au sens de l'article 3,1° de la convention relative aux droits de l'enfant ;

Sur l'assignation :

-elle est illégale du fait de l'illégalité de l'obligation de quitter le territoire français sur laquelle elle est fondée.

Par un mémoire en défense et des pièces enregistrés les 15 et 16 février 2024, la préfète du Rhône conclut au rejet de la requête.

Elle fait valoir qu'aucun des moyens n'est fondé.

Vu :

- les décisions attaquées ;

- les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales :

- la convention relative aux droits de l'enfant ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi du 10 juillet 1991 sur l'aide juridique ;

- le code de justice administrative.

La présidente du tribunal a délégué les pouvoirs qui lui sont attribués par l'article L. 614-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile à Mme Feron.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Feron ;

- les observations de Me Sabatier, avocat de M. A, qui conclut aux mêmes fins que dans la requête et par les mêmes moyens ;

-les observations de M. A, assisté de Mme C, interprète en langue arabe, qui déclare qu'il souhaite rester en France pour s'occuper de sa fille.

-la préfète n'était ni présente ni représentée.

La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.

Considérant ce qui suit :

1. M. E A, ressortissant tunisien né le 2 février 1997, déclare être entré en France au mois d'octobre 2022. Par des décisions du 13 février 2024 dont il demande l'annulation, la préfète du Rhône l'a obligé à quitter sans délai le territoire français, a fixé le pays de destination, lui a interdit de revenir sur le territoire français pendant une durée de six mois et l'a assigné à résidence pour une durée de quarante-cinq jours.

Sur l'ensemble des décisions attaquées :

2. Les décisions attaquées ont été signées par Mme D B, cheffe du bureau de l'éloignement, auquel la préfète du Rhône a, par un arrêté du 30 janvier 2024 publié le 31 janvier suivant au recueil des actes administratifs de la préfecture, délégué sa signature à l'effet de signer, notamment, les décisions en litige. Par suite, le moyen tiré de l'incompétence de la signataire des décisions attaquées manque en fait et doit être écarté.

Sur l'obligation de quitter le territoire français :

3. En premier lieu, aux termes de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'autorité administrative peut obliger un étranger à quitter le territoire français lorsqu'il se trouve dans les cas suivants : 1° L'étranger, ne pouvant justifier être entré régulièrement sur le territoire français, s'y est maintenu sans être titulaire d'un titre de séjour en cours de validité ; ".

4. M. A ne conteste pas être entré irrégulièrement en France au mois d'octobre 2022 et s'y être maintenu sans demander de titre de séjour. Il se trouvait ainsi dans la situation, prévue par les dispositions précitées, de faire l'objet d'une obligation de quitter le territoire français. Il ne peut utilement soutenir que sa présence en France ne constituerait pas une menace à l'ordre public dès lors que ce n'est pas le motif de la décision d'obligation de quitter le territoire français en litige.

5. En deuxième lieu, aux termes de l'article L. 423-7 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger qui est père ou mère d'un enfant français mineur résidant en France et qui établit contribuer effectivement à l'entretien et à l'éducation de l'enfant dans les conditions prévues par l'article 371-2 du code civil, depuis la naissance de celui-ci ou depuis au moins deux ans, se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " d'une durée d'un an, sans que soit opposable la condition prévue à l'article L. 412-1 ".

6. M. A déclare être le père d'une enfant française née le 29 août 2023 à Villeurbanne, qu'il a reconnue le 21 novembre 2023. En se bornant à produire des photos prises avec l'enfant à une date inconnue et trois factures d'achat de matériel de puériculture, M. A, qui n'habite plus avec sa fille depuis le mois de novembre 2023 et dont la compagne a déposé plainte pour violences conjugales le 12 février 2024, ne démontre pas contribuer à l'entretien et à l'éducation de sa fille au sens des dispositions précitées. Il n'est donc pas fondé à se prévaloir du bénéfice d'un titre de séjour de plein droit faisant obstacle à son éloignement.

7. En dernier lieu, il ressort des pièces du dossier que M. A a eu une enfant française née le 29 août 2023 à Villeurbanne. Toutefois, M. A, qui n'habite plus avec sa fille depuis le mois de novembre 2023 et dont la compagne a déposé plainte pour violences conjugales ainsi qu'il a été dit, ne démontre pas contribuer à l'entretien et à l'éducation de son enfant. Par ailleurs, il déclare être entré en France seulement au mois d'octobre 2022, ne justifie d'aucune insertion professionnelle et ne démontre pas être dépourvu d'attaches dans son pays d'origine où il a vécu jusqu'à l'âge de 25 ans. Compte tenu de ces éléments, la décision portant obligation de quitter le territoire français ne méconnaît pas son droit au respect de la vie privée et familiale au sens de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, ni ne méconnaît l'intérêt supérieur de son enfant au sens de l'article 3, 1° de la convention internationale des droits de l'enfant. Pour les mêmes motifs, elle n'est pas non plus entachée d'une erreur manifeste dans l'appréciation de ses conséquences sur la situation de l'intéressé.

Sur le refus d'octroi d'un délai de départ volontaire :

8. En premier lieu, compte tenu de ce qui a été dit plus haut, le requérant n'est pas fondé à invoquer l'illégalité de l'obligation de quitter le territoire français à l'encontre de la décision lui refusant l'octroi d'un délai de départ volontaire.

9. En second lieu, aux termes de l'article L. 612-1 du même code : " L'étranger faisant l'objet d'une décision portant obligation de quitter le territoire français dispose d'un délai de départ volontaire de trente jours à compter de la notification de cette décision () ". Aux termes de l'article L. 612-2 du même code : " Par dérogation à l'article L. 612-1, l'autorité administrative peut refuser d'accorder un délai de départ volontaire dans les cas suivants : 1° Le comportement de l'étranger constitue une menace pour l'ordre public ; / 3° Il existe un risque que l'étranger se soustraie à la décision portant obligation de quitter le territoire français dont il fait l'objet ". Aux termes de l'article L. 612-3 du même code : " Le risque mentionné au 3° de l'article L. 612-2 peut être regardé comme établi, sauf circonstance particulière, dans les cas suivants : 1° L'étranger, qui ne peut justifier être entré régulièrement sur le territoire français, n'a pas sollicité la délivrance d'un titre de séjour ; 4° L'étranger a explicitement déclaré son intention de ne pas se conformer à son obligation de quitter le territoire français ; 8° L'étranger ne présente pas de garanties de représentation suffisantes, notamment parce qu'il ne peut présenter des documents d'identité ou de voyage en cours de validité, qu'il a refusé de communiquer les renseignements permettant d'établir son identité ou sa situation au regard du droit de circulation et de séjour ou a communiqué des renseignements inexacts, qu'il a refusé de se soumettre aux opérations de relevé d'empreintes digitales ou de prise de photographie prévues au 3° de l'article L. 142-1, qu'il ne justifie pas d'une résidence effective et permanente dans un local affecté à son habitation principale ou qu'il s'est précédemment soustrait aux obligations prévues aux articles L. 721-6 à L. 721-8, L. 731-1, L. 731-3, L. 733-1 à L. 733-4, L. 733-6, L. 743-13 à L. 743-15 et L. 751-5 ".

10. Il ressort des pièces du dossier que M. A ne peut justifier de la régularité de son entrée sur le territoire français et n'a pas demandé de titre de séjour. Il entrait donc dans la situation, prévue au 1° de l'article L. 612-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, dans laquelle la préfète pouvait refuser de lui octroyer un délai de départ volontaire. Si le requérant conteste les autres motifs de ce refus, en particulier celui tiré du 8° du même article, il ressort des pièces du dossier que la préfète aurait pris la même décision en se fondant uniquement sur le 1° de cet article. Par conséquent, et dès lors que le requérant ne justifie pas de circonstances particulières au sens des dispositions précitées, le moyen tiré de la méconnaissance des dispositions de l'article L. 612-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile doit être écarté.

Sur l'interdiction de retour sur le territoire français :

11. En premier lieu, compte tenu de ce qui a été dit plus haut, le requérant n'est pas fondé à invoquer l'illégalité de l'obligation de quitter le territoire français à l'encontre de la décision portant interdiction de retour sur le territoire français.

12. En deuxième lieu, aux termes de l'article L. 612-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Lorsqu'aucun délai de départ volontaire n'a été accordé à l'étranger, l'autorité administrative assortit la décision portant obligation de quitter le territoire français d'une interdiction de retour sur le territoire français. Des circonstances humanitaires peuvent toutefois justifier que l'autorité administrative n'édicte pas d'interdiction de retour ". Aux termes de l'article L. 612-10 du même code : " Pour fixer la durée des interdictions de retour mentionnées aux articles L. 612-6 et L. 612-7, l'autorité administrative tient compte de la durée de présence de l'étranger sur le territoire français, de la nature et de l'ancienneté de ses liens avec la France, de la circonstance qu'il a déjà fait l'objet ou non d'une mesure d'éloignement et de la menace pour l'ordre public que représente sa présence sur le territoire français ".

13. Il ressort des pièces du dossier que M. A, qui déclare être entré en France seulement au mois d'octobre 2022, ne justifie d'aucune insertion sociale ou professionnelle en France. S'il a eu une enfant française née le 29 août 2023 à Villeurbanne, il ne vit plus avec la mère, qui a porté plainte pour violences conjugales à son encontre, ni ne justifie contribuer à l'entretien ou à l'éducation de son enfant. Il ne démontre pas être dépourvu d'attaches dans son pays d'origine où il a vécu jusqu'à l'âge de 25 ans. Compte tenu de l'ensemble de ces éléments, la préfète pouvait, sans méconnaître les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ni commettre d'erreur d'appréciation, prononcer à son encontre une interdiction de retour de six mois, dont la durée ne présente pas en l'espèce de caractère disproportionné. Pour les mêmes motifs, l'interdiction de retour sur le territoire français ne méconnaît pas non plus le droit au respect de la vie privée et familiale du requérant au sens de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, ni ne méconnaît l'intérêt supérieur de son enfant au sens de l'article 3,1° de la convention relative aux droits de l'enfant.

Sur les décisions portant fixation du pays de destination et assignation à résidence :

14. Compte tenu de ce qui a été dit plus haut, le requérant n'est pas fondé à invoquer l'illégalité de l'obligation de quitter le territoire français à l'encontre des décisions portant fixation du pays de destination et portant assignation à résidence.

15. Il résulte de ce qui précède que les conclusions présentées par M. A à fin d'annulation des décisions du 13 février 2024 doivent être rejetées. Il en va de même, par voie de conséquence, de ses conclusions à fin d'injonction et à fin d'application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

DECIDE :

Article 1er : La requête de M. A est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. E A et à la préfète du Rhône.

Copie en sera adressée à Me Sabatier.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 22 février 2024.

La magistrate désignée,

C. FERON La greffière,

F. GAILLARD

La République mande et ordonne la préfète du Rhône en ce qui la concerne et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution du présent jugement.

Pour expédition,

Une greffière,

N°2401504

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