mercredi 21 février 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Lyon |
| Section | Tribunal Administratif de Lyon |
| N° Dossier | TA69-2401614 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | D |
| Formation | ELOIGNEMENT |
| Avocat requérant | TOMASI |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et des pièces complémentaires enregistrées les 17, 20 et 21 février 2024, sous le n° 2401614, M. E D, retenu au centre de rétention administrative de Lyon Saint-Exupéry, demande au tribunal :
1°) de l'admettre au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire ;
2°) d'annuler l'arrêté de la préfète de l'Allier en date du 16 février 2024 portant obligation de quitter le territoire français sans délai de départ volontaire, fixant le pays de destination et prononçant une interdiction de retour sur le territoire français d'une durée de trois ans ;
3°) de mettre à la charge de l'État au profit de son conseil la somme de 1 000 euros, au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative, et du deuxième alinéa de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991, à charge pour son conseil de renoncer au bénéfice de l'aide juridictionnelle.
M. D soutient que :
1°) s'agissant de l'ensemble des décisions :
- elles sont entachées d'incompétence ;
- elles sont entachées d'un défaut de motivation et d'une erreur de droit en l'absence d'examen particulier de sa situation personnelle ;
2°) s'agissant de la décision portant obligation de quitter le territoire français :
- elle méconnaît les dispositions de l'article L. 611-1, 1° dès lors qu'il justifie d'une entrée régulière sous couvert d'un visa ;
- elle méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
3°) s'agissant de la décision portant refus de délai de départ volontaire :
- elle méconnaît les dispositions des articles L. 612-2 et suivants du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
4°) s'agissant de la décision prononçant une interdiction de retour sur le territoire français d'une durée de trois ans :
- elle méconnait les dispositions des articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et est disproportionnée au regard de sa situation personnelle.
Par un mémoire en défense et des pièces complémentaires, enregistrés les 20 et 21 février 2024, la préfète de l'Allier conclut au rejet de la requête.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le convention internationale relative aux droits de l'enfant ;
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- le code des relations entre le public et l'administration ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;
- le code de justice administrative.
La présidente du tribunal a désigné M. Pineau pour statuer sur les requêtes relevant de la procédure prévue par l'article L. 614-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique du 21 février 2024 :
- le rapport de M. Pineau, magistrat désigné, qui a informé les parties au cours de l'audience, conformément aux articles R. 611-7 du code justice administrative, que la décision portant obligation de quitter le territoire français était susceptible d'être fondée, par substitution de la base légale, sur les dispositions du 2° de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile en lieu et place du 1° du même article.
- les observations de Me Vray, avocate pour M. D, qui conclut aux mêmes fins que la requête, par les mêmes moyens. Elle rappelle en préambule que M. D est entré régulièrement en France et qu'il a été pris en charge en qualité de mineur isolé dans le département des Alpes-Maritimes où il avait entamé la préparation d'un diplôme de CAP mais que sa formation n'a pu être poursuivie en raison du non-respect par son employeur du contrat d'apprentissage. S'il a fait l'objet de deux condamnations en 2019 et 2020, il a décidé de quitter Nice pour s'installer avec sa compagne, ex-mineure isolée, dans l'Allier afin d'y redémarrer une nouvelle vie et ne s'est jamais fait défavorablement connaître par la suite. Son épouse justifie d'activités salariées dans le secteur de la coiffure et elle a entamé des démarches auprès de son assistance sociale en vue de déposer une demande de titre de séjour. S'agissant de l'obligation de quitter le territoire français, elle est entachée d'une erreur de fait et d'une erreur de base légale puisqu'il disposait d'un visa de court séjour à son arrivée en France et s'il ne peut justifier de la possession de son passeport, c'est que celui-ci a été conservé par l'autorité administrative lors de son placement en rétention administrative à Nîmes mais il en disposait à son arrivée en France. M. D conteste également avoir fait l'objet d'une mesure d'éloignement en Polynésie française où il ne s'est jamais rendu. S'agissant de la méconnaissance de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, M. D justifie d'une longue durée de présence en France et y avoir passé des années déterminantes puisqu'il y est arrivé mineur. Il est désormais marié et père d'une fille de sept mois avec laquelle il vit, participant ainsi nécessairement à son entretien et son éducation. Son épouse n'a pas fait l'objet d'une obligation de quitter le territoire français. Est soulevée la méconnaissance des stipulations de l'article 3-1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant à l'encontre de l'obligation de quitter le territoire français. S'agissant de l'interdiction de retour, elle est entachée d'un défaut d'examen et d'une insuffisance de motivation puisque n'a pas été prise en compte sa durée de séjour en France et, surtout, la préfète n'a nullement précisé les éléments qui l'ont conduite à considérer que le comportement de M. D constituait une menace pour l'ordre public en l'absence de toute référence à une condamnation ou à des agissements précis. En outre, cette menace n'est pas caractérisée et ne présente pas un caractère actuel.
- les observations de M. D, requérant, assisté de Mme C interprète en langue arabe, qui rappelle les conditions de son séjour en France, sa situation familiale et répond aux questions posées par le tribunal dans le cadre de l'instruction. Il indique être venu en France régulièrement avec son père, à deux reprises, avant que ce dernier ne le laisse seul. Il indique spontanément avoir eu des agissements répréhensibles lorsqu'il résidait à Nice où il a subi de mauvaises influences mais souligne ne plus avoir eu de problèmes depuis son installation dans l'Allier où il travaille sur les marchés et attend de disposer d'une ancienneté de travail plus importante pour solliciter un titre de séjour. S'agissant des contacts conservés dans le pays d'origine, il indique ne plus avoir de liens avec son père mais avoir des contacts réguliers avec sa mère qui est venue lui rendre visite à plusieurs reprises en France. Enfin, il souligne ne pas avoir quitté le territoire français depuis 2016 et ne pas avoir effectué de déplacement en Polynésie.
- les observations de Me Morisson-Cardinaud, substituant Me Tomasi, représentant la préfète de l'Allier, qui conclut au rejet de la requête en faisant valoir que les moyens ne sont pas fondés. Le requérant n'apporte pas la preuve de son entrée régulière en France puisqu'il ne justifie pas d'un passeport accompagnant le visa qu'il a produit à l'instance et qui ne démontre pas sa date d'entrée sur le territoire ni son maintien continu depuis 2016. S'agissant de son épouse, elle ne dispose pas d'un droit au séjour en France et, en sa situation irrégulière, elle a vocation à retourner en Tunisie. Par ailleurs, le requérant ne démontre pas participer à l'entretien et à l'éducation de sa fille mineure et il ne justifie pas de l'intensité de ses liens en France en produisant de simples attestations d'hébergement. S'agissant du refus de délai de départ volontaire, il est valablement fondé sur la soustraction à une précédente mesure d'éloignement. Enfin l'interdiction de retour ne présente pas de caractère disproportionné puisqu'elle pouvait aller jusqu'à cinq ans, qu'il a fait l'objet de plusieurs condamnations et de plusieurs mesures d'éloignement, le FAED mentionnant la soustraction à l'exécution d'une mesure de reconduite à la frontière de la Polynésie française en décembre 2020.
La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.
Considérant ce qui suit :
1. M. D, ressortissant tunisien né le 20 octobre 1999, déclare être entré en France pour la dernière fois en février 2016, alors qu'il était encore mineur. L'intéressé a fait l'objet, par un arrêté du préfet des Alpes-Maritimes en date du 21 décembre 2021, de décisions portant obligation de quitter le territoire français sans délai et interdiction de retour sur le territoire français d'une durée de deux ans. Par un arrêté du 16 février 2024, dont M. D demande au tribunal de prononcer l'annulation, la préfète de l'Allier lui a fait obligation de quitter le territoire français, a refusé de lui accorder un délai de départ volontaire, a fixé le pays de destination et a prononcé à son encontre une interdiction de retour sur le territoire français d'une durée de trois ans.
Sur la demande d'admission à l'aide juridictionnelle :
2. En raison de l'urgence résultant de l'application des dispositions de l'article L. 614-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, il y a lieu d'admettre provisoirement M. D au bénéfice de l'aide juridictionnelle, sur le fondement de l'article 20 de la loi du 10 juillet 1991 susvisée relative à l'aide juridictionnelle.
Sur les conclusions à fin d'annulation :
En ce qui concerne les moyens communs aux décisions attaquées :
3. En premier lieu, l'arrêté attaqué a été signé par M. B A, directeur de cabinet de la préfète de l'Allier, en vertu d'une délégation consentie par un arrêté de la préfète de l'Allier en date du 28 juin 2023, régulièrement publié au recueil des actes administratifs spécial du lendemain, à effet de signer en cas d'empêchement ou d'absence du secrétaire général de la préfecture de l'Allier les arrêtés relevant des attributions de l'Etat dans le département. L'empêchement ou l'absence de M. Maurel, secrétaire général, ne sont pas contestés. Par suite, le moyen tiré de l'incompétence du signataire des décisions en litige manque en fait et doit être écarté.
4. En second lieu, il ne ressort ni des termes des décisions en litige ni d'aucune autre pièce du dossier que la préfète de l'Allier n'aurait pas procédé à un examen particulier de la situation personnelle de M. D avant d'édicter à son encontre les décisions contestées. Si le requérant indique que l'arrêté contesté ne précise pas qu'il a été prise en charge en qualité de mineur isolé à son arrivée en France, la préfète n'avait pas à faire mention de l'ensemble des éléments relatifs à la situation de M. D mais seulement des faits saillants de son parcours. Par ailleurs, dès lors qu'il ne ressort pas des pièces du dossier que M. D aurait justifié du visa sous couvert duquel il est entré en France, pour la dernière fois en 2016, celui-ci n'ayant été produit que dans la présente instance, la circonstance que la préfète ait relevé une entrée irrégulière de M. D en France n'est pas de nature à établir un défaut d'examen. Enfin, il ressort de la lecture de l'arrêté attaqué que la préfète a effectivement relevé le mariage de M. D avec une ressortissante tunisienne et la naissance d'un enfant, procédant ainsi à un examen particulier de la situation familiale du requérant. Dans ces conditions, le moyen tiré de l'erreur de droit en l'absence d'examen particulier doit être écarté.
En ce qui concerne la décision portant obligation de quitter le territoire français :
5. En premier lieu, aux termes de l'article 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : L'autorité administrative peut obliger un étranger à quitter le territoire français lorsqu'il se trouve dans les cas suivants : / 1° L'étranger, ne pouvant justifier être entré régulièrement sur le territoire français, s'y est maintenu sans être titulaire d'un titre de séjour en cours de validité ; / 2° L'étranger, entré sur le territoire français sous couvert d'un visa désormais expiré ou, n'étant pas soumis à l'obligation du visa, entré en France plus de trois mois auparavant, s'est maintenu sur le territoire français sans être titulaire d'un titre de séjour ou, le cas échéant, sans demander le renouvellement du titre de séjour temporaire ou pluriannuel qui lui a été délivré ; () ".
6. Pour fonder l'obligation de quitter le territoire français prise à l'encontre de M. D, la préfète de l'Allier s'est fondée sur le 1° de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile en relevant que le requérant ne pouvait justifier d'une entrée régulière en France. Toutefois, il ressort des pièces versées à l'instance que lors de son entrée sur le territoire national, M. D disposait d'un visa C multi entrées, valide du 20 décembre 2015 au 16 juin 2016, sur lequel sont apposés plusieurs tampons d'entrée, notamment en dernier lieu en février 2016, de telle sorte que M. D justifie d'une entrée régulière en France. Il s'ensuit que la décision attaquée, entachée d'une erreur de fait, a été prise à tort sur le fondement de l'article L. 611-1, 1° du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Néanmoins, cette décision peut trouver son fondement sur les dispositions du 2° de ce même article puisque M. D s'est maintenu irrégulièrement sur le territoire français à l'expiration de son visa sans être titulaire d'un titre de séjour, et à supposer qu'un tel titre lui ait été délivré ce qui n'est pas établi par les pièces du dossier, il s'est maintenu sans en solliciter le renouvellement. Dès lors que cette substitution de base légale ne prive pas l'intéressé d'une garantie et que la décision contestée aurait été prise en vertu du même pouvoir d'appréciation, il y a lieu de regarder la décision portant obligation de quitter le territoire français comme fondée sur le 2° de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Par suite, les moyens tirés du défaut de base légale et de l'erreur de droit doivent être écartés, ainsi que le moyen tiré de l'erreur de fait s'agissant du caractère irrégulier de l'entrée en France de M. D dès lors que la mesure d'éloignement aurait pu être prise au seul motif de son maintien sur le territoire français après l'expiration de son visa.
7. En second lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. () ". Aux termes de l'article 3-1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant : " Dans toutes les décisions qui concernent les enfants, qu'elles soient le fait des institutions publiques ou privées de protection sociale, des tribunaux, des autorités administratives ou des organes législatifs, l'intérêt supérieur de l'enfant doit être une considération primordiale ".
8. M. D fait état de la durée de son séjour sur le territoire français où il est arrivé alors qu'il était encore mineur et où il a été pris en charge en cette qualité en entamant la préparation d'un diplôme de CAP, de ce qu'il a noué une relation avec une compatriote avec laquelle il s'est marié en juin 2023, le couple ayant donné naissance à une fille, le 9 juillet 2023. M. D souligne également qu'il réside avec son épouse et leur fille mineure à Moulins et qu'il participe ainsi nécessairement à l'entretien et à l'éducation de sa fille, l'intéressé indiquant exercer des activités professionnelles sur les marchés. Toutefois, il ne ressort pas des pièces du dossier que M. D se serait vu délivrer un titre de séjour à sa majorité, aucun justificatif n'étant versé à l'instance à cet égard, et il s'est maintenu irrégulièrement en France en dépit de la mesure d'éloignement prise à son encontre en décembre 2021 par le préfet des Alpes-Maritimes. Par ailleurs, si l'épouse du requérant ne fait pas l'objet d'une obligation de quitter le territoire français à la date de la décision attaquée, elle ne dispose d'aucun droit au séjour en France où elle ne justifie pas s'être vue délivrer un titre de séjour ni même avoir déposé une demande en ce sens. Dès lors, elle n'a pas vocation à se maintenir en France et M. D, son épouse et leur fille sont tous de nationalité tunisienne de telle sorte qu'aucune obstacle ne s'oppose à ce que la cellule familiale se reconstitue en Tunisie où le requérant peut poursuivre sa vie privée et familiale. La décision en litige n'a de surcroît ni pour objet, ni pour effet de séparer l'enfant mineure de M. D de l'un de ses deux parents. Enfin, le requérant ne justifie pas avoir noué des liens à la fois anciens, stables et intenses en France en se bornant à faire état de sa prise en charge en qualité mineur isolé lors de son arrivée sur le territoire national et produisant diverses attestations d'hébergement. Il résulte de ce qui précède que M. D n'est pas fondé à soutenir que la décision portant obligation de quitter le territoire français aurait porté une atteinte disproportionnée à son droit au respect de sa vie privée et familiale au regard des buts poursuivis, ni que cette décision aurait porté atteinte à l'intérêt supérieur de sa fille mineure. Par suite, les moyens tirés de la méconnaissance des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et de celles de l'article 3-1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant doivent être écartés.
En ce qui concerne la décision refusant d'accorder un délai de départ volontaire :
9. Aux termes de l'article L. 612-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger faisant l'objet d'une décision portant obligation de quitter le territoire français dispose d'un délai de départ volontaire de trente jours à compter de la notification de cette décision. ". Aux termes de l'article L. 612-2 de ce même code : " Par dérogation à l'article L. 612-1, l'autorité administrative peut refuser d'accorder un délai de départ volontaire dans les cas suivants : () / 3° Il existe un risque que l'étranger se soustraie à la décision portant obligation de quitter le territoire français dont il fait l'objet. ". Aux termes de l'article L. 612-3 du même code : " Le risque mentionné au 3° de l'article L. 612-2 peut être regardé comme établi, sauf circonstance particulière, dans les cas suivants :/ 1° L'étranger, qui ne peut justifier être entré régulièrement sur le territoire français, n'a pas sollicité la délivrance d'un titre de séjour ; / 2° L'étranger s'est maintenu sur le territoire français au-delà de la durée de validité de son visa ou, s'il n'est pas soumis à l'obligation du visa, à l'expiration d'un délai de trois mois à compter de son entrée en France, sans avoir sollicité la délivrance d'un titre de séjour ; () 5° L'étranger s'est soustrait à l'exécution d'une précédente mesure d'éloignement ; (); / 8° L'étranger ne présente pas de garanties de représentation suffisantes, notamment parce qu'il ne peut présenter des documents d'identité ou de voyage en cours de validité, qu'il a refusé de communiquer les renseignements permettant d'établir son identité ou sa situation au regard du droit de circulation et de séjour ou a communiqué des renseignements inexacts, qu'il a refusé de se soumettre aux opérations de relevé d'empreintes digitales ou de prise de photographie prévues au 3° de l'article L. 142-1, qu'il ne justifie pas d'une résidence effective et permanente dans un local affecté à son habitation principale ou qu'il s'est précédemment soustrait aux obligations prévues aux articles L. 721-6 à L. 721-8, L. 731-1, L. 731-3, L. 733-1 à L. 733-4, L. 733-6, L. 743-13 à L. 743-15 et L. 751-5. ".
10. En premier lieu, la décision attaquée vise les textes dont elle fait application et précise les motifs qui ont conduit la préfète de l'Allier à refuser à M. D l'octroi d'un délai de départ volontaire. Elle comporte les circonstances de faits et de droit qui en constituent le fondement et permet au requérant de discuter utilement les motifs qui lui ont été opposés. Le moyen tiré de l'insuffisance de motivation manque en fait et droit être écarté.
11. Pour refuser l'octroi d'un délai de départ volontaire à M. D, la préfète de l'Allier s'est fondée sur les dispositions de l'article L. 612-3 précité en relevant qu'il ne pouvait justifier d'une entrée régulière sur le territoire français, qu'il s'est soustrait à l'exécution d'une précédente mesure d'éloignement et qu'il ne présente pas de garanties de représentation suffisantes. Le requérant fait valoir le caractère régulier de son entrée et le fait que, marié et père d'une enfant mineure de sept mois, il dispose d'un logement stable à Moulins. Toutefois, il est constant que M. D a fait l'objet d'une précédente mesure d'éloignement, édictée à son encontre par le préfet des Alpes-Maritimes le 21 décembre 2021 à laquelle il n'a pas déféré. En conséquence, il relève des prévisions du 5° de l'article L. 612-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et pour le seul motif tiré de ce qu'il s'est soustrait à une précédente mesure d'éloignement, la préfète a pu valablement refuser à M. D l'octroi d'un délai de départ volontaire. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance des dispositions des articles L.612-2 et suivants du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile doit être écarté.
En ce qui concerne la décision fixant le pays de destination :
12. La décision attaquée vise les dispositions du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile dont elle fait application et rappelle que le requérant est de nationalité tunisienne. La décision fixant le pays de destination est dès lors suffisamment motivée et le moyen articulé par M. D à l'encontre de cette décision ne peut qu'être écarté.
En ce qui concerne la décision portant interdiction de retour sur le territoire français pour une durée de trois ans :
13. Aux termes de l'article L. 612-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Lorsqu'aucun délai de départ volontaire n'a été accordé à l'étranger, l'autorité administrative assortit la décision portant obligation de quitter le territoire français d'une interdiction de retour sur le territoire français. Des circonstances humanitaires peuvent toutefois justifier que l'autorité administrative n'édicte pas d'interdiction de retour. / Les effets de cette interdiction cessent à l'expiration d'une durée, fixée par l'autorité administrative, qui ne peut excéder cinq ans à compter de l'exécution de l'obligation de quitter le territoire français () ". Aux termes de l'article L. 612-10 du même code : " Pour fixer la durée des interdictions de retour mentionnées aux articles L. 612-6 et L. 612-7, l'autorité administrative tient compte de la durée de présence de l'étranger sur le territoire français, de la nature et de l'ancienneté de ses liens avec la France, de la circonstance qu'il a déjà fait l'objet ou non d'une mesure d'éloignement et de la menace pour l'ordre public que représente sa présence sur le territoire français. / Il en est de même pour l'édiction et la durée de l'interdiction de retour mentionnée à l'article L. 612-8 ainsi que pour la prolongation de l'interdiction de retour prévue à l'article L. 612-11. ".
14. La décision d'interdiction de retour doit comporter l'énoncé des considérations de droit et de fait qui en constituent le fondement, de sorte que son destinataire puisse à sa seule lecture en connaître les motifs. Si cette motivation doit attester de la prise en compte par l'autorité compétente, au vu de la situation de l'intéressé, de l'ensemble des critères prévus par la loi, aucune règle n'impose que le principe et la durée de l'interdiction de retour fassent l'objet de motivations distinctes, ni que soit indiquée l'importance accordée à chaque critère. Il incombe ainsi à l'autorité compétente qui prend une décision d'interdiction de retour d'indiquer dans quel cas susceptible de justifier une telle mesure se trouve l'étranger. Elle doit par ailleurs faire état des éléments de la situation de l'intéressé au vu desquels elle a arrêté, dans son principe et dans sa durée, sa décision, eu égard notamment à la durée de la présence de l'étranger sur le territoire français, à la nature et à l'ancienneté de ses liens avec la France et, le cas échéant, aux précédentes mesures d'éloignement dont il a fait l'objet. Elle doit aussi, si elle estime que figure au nombre des motifs qui justifie sa décision une menace pour l'ordre public, indiquer les raisons pour lesquelles la présence de l'intéressé sur le territoire français doit, selon elle, être regardée comme une telle menace. En revanche, si, après prise en compte de ce critère, elle ne retient pas cette circonstance au nombre des motifs de sa décision, elle n'est pas tenue, à peine d'irrégularité, de le préciser expressément.
15. Pour prononcer à l'encontre de M. D une interdiction de retour sur le territoire français d'une durée de trois ans, la préfète de l'Allier a relevé, d'une part, qu'il avait fait l'objet d'une obligation de quitter le territoire français sans délai, qu'il ne justifiait pas de circonstance humanitaire et, d'autre part, qu'il était entré et s'était maintenu irrégulièrement en France où il n'avait accompli aucune démarche pour régulariser sa situation, qu'il s'était soustrait à une précédente mesure d'éloignement et que sa présence en France représente une menace pour l'ordre public. Toutefois, il ne ressort pas de la lecture de la décision attaquée, ni au demeurant de l'arrêté du 16 février 2024 dans sa globalité, que la préfète de l'Allier aurait exposé les raisons pour lesquelles la présence du requérant en France constituerait une menace pour l'ordre public. En effet, la préfète n'a fait mention d'aucun agissement particulier, ni d'aucune condamnation de M. D susceptibles de caractériser une menace pour l'ordre public. Ce faisant, la préfète a entaché sa décision d'une insuffisance de motivation et a méconnu les dispositions de l'article L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. M. D est donc fondé à demander l'annulation de la décision d'interdiction de retour sur le territoire français d'une durée de trois ans, sans qu'il soit besoin de se prononcer sur les autres moyens articulés à l'encontre de cette décision,
16. Il résulte de ce qui précède que M. D est uniquement fondé à demander l'annulation de la décision de la préfète de l'Allier prononçant à son encontre une interdiction de retour sur le territoire français d'une durée de trois ans.
Sur les frais liés au litige :
17. Il n'y a pas lieu, dans les circonstances de l'espèce, de faire droit aux conclusions de M. D tendant à la mise à la charge de l'Etat d'une somme au titre des dispositions combinées de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.
D E C I D E :
Article 1er : M. D est admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire.
Article 2 : La décision du 16 février 2024 par laquelle la préfète de l'Allier a prononcé à l'encontre de M. D une interdiction de retour sur le territoire français d'une durée de trois ans est annulée.
Article 3 : Le surplus des conclusions de la requête n° 2401614 de M. D est rejeté.
Article 4 : Le présent jugement sera notifié à M. E D, à Me Vray et à la préfète de l'Allier.
Lu en audience publique le 21 février 2024.
Le magistrat désigné,
N. Pineau
Le greffier,
T. Clément
La République mande et ordonne à la préfète de l'Allier en ce qui la concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition,
Un greffier,
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026