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AccueilJurisprudence administrativeN° TA69-2401661

Tribunal Administratif de Lyon — Décision N° TA69-2401661

mardi 9 juillet 2024

JuridictionTribunal Administratif de Lyon
SectionTribunal Administratif de Lyon
N° DossierTA69-2401661
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
Formation6ème chambre
Avocat requérantGABES

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une ordonnance n° 2400394 du 19 février 2024, le président de la 1ère chambre du tribunal administratif de Caen a transmis, sur le fondement de l'article R. 351-3 du code de justice administrative, au tribunal administratif de Lyon la requête présentée par M. B A.

Par cette requête initialement enregistrée sous le n° 2400394 au greffe du tribunal administratif de Caen le 13 février 2024 puis le 19 février 2024 au greffe du tribunal administratif de Lyon, sous le n° 2401661, et un mémoire complémentaire enregistré le 22 février 2024, M. B A, représenté par Me Gabes, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 18 décembre 2023 par lequel le préfet de l'Orne a refusé de l'admettre au séjour, a assorti ce refus d'une obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays de renvoi ;

2°) d'enjoindre au préfet de l'Orne de lui délivrer un titre de séjour portant la mention " vie privée et familiale " ou une autre mention dans le délai de deux mois à compter de la date de notification du jugement à intervenir sous astreinte de 100 euros par jour de retard et, dans l'attente, de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour l'autorisant à exercer un emploi ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 3 000 euros au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- l'arrêté attaqué est insuffisamment motivé en méconnaissance des dispositions des articles L. 211-5 du code des relations entre le public et l'administration ;

- il est entaché d'un défaut d'examen particulier de sa situation individuelle ;

- la décision est entachée d'un défaut de base légale dès lors qu'elle méconnait les dispositions plus favorables de l'accord-franco-marocain du 9 octobre 1987 ainsi que la situation personnelle et professionnelle du requérant ;

- le préfet a méconnu les stipulations des articles 1 et 3 de l'accord franco-marocain du 9 octobre 1987 et est entachée d'une erreur de fait ;

- le préfet a méconnu les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le préfet a méconnu les dispositions des articles L. 423-23, L. 421-4 et L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et est entachée d'une erreur de fait ;

- le préfet a méconnu les dispositions de l'article L. 432-13 du code de l'entrée du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le préfet a méconnu les dispositions de l'article L. 423-2 du code de l'entrée du séjour des étrangers et du droit d'asile et est entachée d'une erreur de fait ;

- le préfet a méconnu les dispositions de l'article L.423-18 du code de l'entrée du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le préfet a méconnu le point 3 de la circulaire du 28 novembre 2012 relative aux conditions d'examen des demandes d'admission au séjour déposées par des ressortissants étrangers en situation irrégulière dans le cadre des dispositions du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (NOR INTK1229185C) ;

- la décision est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation ;

- le préfet a méconnu les dispositions des articles L. 611-3, L. 612-12 et L. 613-3 du code de l'entrée du séjour des étrangers et du droit d'asile.

Par un mémoire en défense, enregistré le 8 mars 2024, le préfet de l'Orne conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir que la requête est irrecevable car tardive et que les moyens de la requête ne sont pas fondés.

Par une ordonnance du 2 mai 2024, la clôture d'instruction a été fixée au 21 mai 2024.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- l'accord du 9 octobre 1987 entre le Gouvernement de la République française et le Gouvernement du royaume du Maroc en matière de séjour et d'emploi ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- le code de justice administrative.

Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Au cours de l'audience publique, M. Segado a donné lecture de son rapport.

Considérant ce qui suit :

1. M. A, ressortissant marocain né le 4 juillet 1980, est entré sur le territoire français le 24 décembre 2021 sous couvert d'un visa long séjour valable du 10 décembre 2021 au 10 décembre 2022. Le 27 décembre 2022 il a déposé une demande de titre de séjour sur le fondement des dispositions de l'article L. 423-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Par un arrêté du 18 décembre 2023 dont il demande l'annulation, le préfet de l'Orne a refusé de lui délivrer le titre de séjour sollicité, lui a fait obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours en application du 3° de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, et a fixé le pays à destination duquel il est susceptible d'être reconduit d'office.

2. Aux termes de l'article L. 614-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger qui fait l'objet d'une décision portant obligation de quitter le territoire français peut, dans les conditions et délais prévus au présent chapitre, demander au tribunal administratif l'annulation de cette décision, ainsi que l'annulation de la décision relative au séjour, de la décision relative au délai de départ volontaire et de la décision d'interdiction de retour sur le territoire français qui l'accompagnent le cas échéant ". Aux termes de l'article L. 614-4 du même code : " Lorsque la décision portant obligation de quitter le territoire français prise en application des 3°, 5° ou 6° de l'article L. 611-1 est assortie d'un délai de départ volontaire, le tribunal administratif est saisi dans le délai de trente jours suivant la notification de la décision ". Aux termes de l'article R. 776-2 du code de justice administrative : " I. - Conformément aux dispositions de l'article L. 614-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, la notification d'une obligation de quitter le territoire français avec délai de départ volontaire, prise en application () des 3°, 5° ou 6° de l'article L. 611-1 du même code, fait courir un délai de trente jours pour contester cette obligation ainsi que les décisions relatives au séjour, au délai de départ volontaire, au pays de renvoi et à l'interdiction de retour ou à l'interdiction de circulation notifiées simultanément ".

3. Il incombe à l'administration, lorsqu'elle oppose une fin de non-recevoir tirée de la tardiveté d'une action introduite devant une juridiction administrative, d'établir la date à laquelle la décision attaquée a été régulièrement notifiée à l'intéressé. En cas de retour à l'administration du pli contenant la décision, cette preuve peut résulter soit des mentions précises, claires et concordantes portées sur l'enveloppe, soit, à défaut, d'une attestation de l'administration postale ou d'autres éléments de preuve établissant la délivrance par le préposé du service postal, conformément à la réglementation en vigueur, d'un avis d'instance prévenant le destinataire de ce que le pli était à sa disposition au bureau de poste. Compte tenu des modalités de présentation des plis recommandés prévues par la réglementation postale, doit être regardé comme portant des mentions précises, claires et concordantes suffisant à constituer la preuve d'une notification régulière le pli recommandé retourné à l'administration auquel est rattaché un volet " avis de réception " sur lequel a été apposé par voie de duplication la date de vaine présentation du courrier et qui porte, sur l'enveloppe ou l'avis de réception, l'indication du motif pour lequel il n'a pu être remis.

4. Il ressort des pièces du dossier que les décisions attaquées ont été adressée par pli recommandé avec demande d'avis de réception à l'adresse que M. A avait indiquée aux services préfectoraux dans son formulaire de demande de titre de séjour. Il ressort ensuite des mentions explicites portées sur l'enveloppe que ce pli a été présenté le 21 décembre 2023 à l'adresse indiquée par le requérant, que le pli a été mis à la disposition du requérant en point de retrait, que l'intéressé n'a pas retiré le pli avant l'expiration du délai de mise en instance et que le pli a ainsi été retourné à l'administration avec la mention " pli avisé et non réclamé ". Dans ces conditions, la notification de cette décision de refus de titre est réputée avoir été régulièrement accomplie le 21 décembre 2023, de sorte que, comme le soutient le préfet, le délai de recours contentieux, d'une durée de trente jours, était expiré le 13 février 2024, date à laquelle cette requête a été déposée par son conseil par l'intermédiaire de télérecours au greffe du tribunal administratif de Caen. Par suite, le préfet est fondé à soutenir que la requête de M. A est tardive.

5. Il résulte de ce qui précède que cette requête doit être ainsi rejetée comme irrecevable, en toutes ses conclusions.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de M. A est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. B A et au préfet de l'Orne.

Délibéré après l'audience du 25 juin 2024, à laquelle siégeaient :

M. Segado, président,

M. Delahaye, premier conseiller,

Mme Bardad, première conseillère,

Rendu public par mise à disposition au greffe, le 9 juillet 2024.

Le président-rapporteur,

J. Segado

L'assesseur le plus ancien,

L. DelahayeLa greffière,

G. Montézin

La République mande et ordonne au préfet de l'Orne en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition,

Un greffier,

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