mardi 9 juillet 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Lyon |
| Section | Tribunal Administratif de Lyon |
| N° Dossier | TA69-2401702 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Formation | 6ème chambre |
| Avocat requérant | LAWSON BODY |
Vu la procédure suivante :
Par une requête, enregistrée le 19 février 2024, M. B A, représenté par Me Lawson Body, demande au tribunal :
1°) d'annuler les décisions du 25 octobre 2023 par lesquelles le préfet de la Loire lui a refusé la délivrance d'un titre de séjour, a assorti ce refus d'une obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays de renvoi ;
2°) d'enjoindre au préfet de la Loire, à titre principal, de lui délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " ou à défaut " entrepreneur / profession libérale " , ou à titre subsidiaire de procéder au réexamen de sa situation, dans un délai de deux mois à compter de la date de notification du jugement à intervenir, et dans tous cas dans l'attente, de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour l'autorisant à exercer un emploi dans un délai de 8 jours à compter de la date de notification du jugement à intervenir et sous astreinte de 50 euros par jour de retard;
3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 200 euros, au titre des dispositions combinées de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991, à verser à son conseil, à charge pour celui-ci de renoncer à percevoir la part contributive de l'Etat.
Il soutient que :
En ce qui concerne l'ensemble des décisions :
- elles sont entachées d'incompétence ;
En ce qui concerne la décision portant refus d'admission au séjour :
- elle est insuffisamment motivée en droit et en fait ;
- elle est entachée d'un défaut d'examen particulier de sa situation individuelle ;
- elle méconnaît les dispositions de l'article L. 421-5 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation ;
- elle méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation ;
En ce qui concerne la décision portant obligation de quitter le territoire français :
- elle est illégale en conséquence de l'illégalité de la décision portant refus de titre de séjour ;
- elle méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation ;
En ce qui concerne la décision fixant le pays de destination :
- la décision fixant le pays de destination est illégale en conséquence de l'illégalité de la mesure d'éloignement ;
- elle est insuffisamment motivée en fait ;
- elle méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation.
La requête a été communiquée au préfet de la Loire qui n'a pas produit d'observations.
Par une ordonnance du 2 mai 2024, la clôture d'instruction a été fixée au 21 mai 2024.
M. A a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 26 janvier 2024.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- le code de justice administrative.
Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Au cours de l'audience publique, M. Segado a donné lecture de son rapport.
Considérant ce qui suit :
1. M. A, ressortissant béninois né le 30 mai 1988, est entré sur le territoire français le 13 juin 2016 sous couvert d'un visa de long séjour valable du 8 septembre 2016 au 8 septembre 2017. Après avoir obtenu plusieurs titres de séjour " étudiant " régulièrement renouvelés, il a déposé, le 20 décembre 2022 une demande de titre de séjour sur le fondement des dispositions de l'article L.421-5 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Par des décisions du 25 octobre 2023 dont il demande l'annulation, le préfet de la Loire a refusé de lui délivrer le titre de séjour sollicité, lui a fait obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays à destination duquel il est susceptible d'être reconduit d'office.
Sur les conclusions aux fins d'annulation :
En ce qui concerne l'ensemble des décisions :
2. L'arrêté attaqué a été signé par M. Schuffenecker, secrétaire général de la préfecture de la Loire, en vertu d'une délégation de signature consentie par un arrêté du préfet de la Loire en date du 13 juillet 2023, régulièrement publié le 24 juillet suivant. Par suite, le moyen tiré de l'incompétence de l'auteur de l'acte est écarté.
En ce qui concerne la décision portant refus d'admission au séjour :
3. En premier lieu, la décision attaquée comporte les considérations de droit et de fait sur lesquelles elle est fondée. Par suite, elle est suffisamment motivée.
4. En deuxième lieu, il ne ressort ni des termes de l'arrêté attaqué, ni de l'ensemble des pièces du dossier que le préfet n'aurait pas procédé à un examen particulier de la situation du requérant, notamment au regard de sa situation professionnelle, et aurait ainsi entaché ses décisions d'une erreur de droit.
5. En troisième lieu, aux termes de l'article L. 421-5 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger qui exerce une activité non salariée, économiquement viable et dont il tire des moyens d'existence suffisants, dans le respect de la législation en vigueur, se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " entrepreneur/ profession libérale " d'une durée maximale d'un an. ". Aux termes de l'annexe 10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " 2. Pour une activité commerciale, industrielle ou artisanale : / 2.1. Pièces à fournir dans tous les cas : / -l'avis rendu par la plateforme de main d'œuvre étrangère concernant la viabilité du projet d'activité / -justificatif d'immatriculation de l'entreprise (statuts, extrait K ou numéro SIREN) ou d'affiliation au régime social des indépendants (à produire lors de la fabrication de la carte de séjour) ; () ".
6. Le préfet de la Loire a refusé de délivrer à M. A le titre de séjour sollicité au double motifs tirés de ce qu'il n'avait pas produit l'avis rendu par la plateforme de main d'œuvre étrangère concernant la viabilité du projet d'activité et de ce qu'il ne démontrait ni la viabilité économique de son entreprise ni qu'il en tirerait des moyens d'existence suffisants.
7. Il ressort de la déclaration K-Bis produite par l'intéressé, que ce dernier a déclaré exercer une activité de " conseil en entreprise (e-commerce), livraison de courses à domicile sans véhicule motorisé, enseignement à domicile ou en ligne, conseil aux particuliers sur création d'entreprise, freelance, achat et vente de véhicules, alimentation générale, nettoyage courant de bâtiment, vente à domicile, vente sur marché, import-export ". Il produit des déclarations URSSAF au titre de l'année 2023 faisant état de l'exercice d'une activité lui procurant des bénéfices non commerciaux ainsi que des bénéfices industriels et commerciaux. Il résulte de ces éléments que le requérant déclare exercer au moins partiellement une activité commerciale, industrielle ou artisanale. Par ailleurs, il ressort de l'avis d'impôt sur le revenus 2022, que l'intéressé a déclaré en régime micro-BIC, des revenus s'élevant à un montant brut de 19 599, mais qui correspondent à des revenus nets de 8 120 euros, compte tenu des abattements pour charges applicables. Par ailleurs, s'agissant des revenus issus de son activité pour l'année 2023, le requérant se borne à produire des déclarations URSSAF, qui font état d'un chiffre d'affaires de ventes de marchandises et d'un chiffre d'affaires pour les autres prestations de service respectivement de 850 euros et 870 euros pour janvier 2023, de 900 euros et 845 euros pour février 2023, de 550 euros et 1 000 euros pour mars 2023, de 860 euros et 1 000 euros pour avril 2023, de 300 euros et 600 euros pour mai 2023, montants modestes qui résultent de ses propres déclarations corroborées par aucun autre document, qui portent sur les chiffres d'affaires réalisés auxquels il faut déduire les charges, et alors qu'il ressort de ces déclarations que l'intéressé n'a déclaré aucun chiffre d'affaires pour juin, juillet, août, septembre et octobre 2023. Si le requérant produit aussi une attestation bancaire concernant les soldes de son compte chèque, de son compte titre ordinaire et de son livret d'épargne populaire, établie le lendemain de la décision attaquée, ce document ne justifie pas des ressources tirées de son activité. Par ailleurs si le requérant produit également les déclarations URSSAF pour les mois de novembre 2023 et décembre 2023, qui font état d'un chiffre d'affaires de ventes de marchandise et d'un chiffre d'affaires pour les autres prestations de service respectivement de 7 000 euros et 2 300 euros pour novembre et 8 000 euros et 1 300 euros pour décembre, toutefois ces documents ont été établis postérieurement à la décision en litige, portent sur des périodes postérieures à la décision attaquée et résultent, comme les précédentes déclarations, des propres déclarations de l'intéressé sans être corroborées par aucune pièce et aucun justificatif probant. Il ne ressort ni de ces éléments, ni des autres pièces du dossier que le préfet a méconnu les dispositions de l'article L. 421-5 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, ni commis une erreur d'appréciation, en estimant que M. A ne démontrait ni la viabilité économique de son entreprise ni qu'il en tirerait des moyens d'existence suffisants.
8. Ensuite, si M. A fait valoir que le préfet ne pouvait lui opposer l'absence de production de l'avis de la plateforme de main d'œuvre étrangère, alors qu'il justifie avoir saisi ladite plateforme qui lui a répondu le 23 décembre 2022 qu'il n'était pas concerné par la procédure d'avis sur la plateforme concernant une activité de profession libérale et l'a orienté vers les services de la préfecture, il résulte de l'instruction que le préfet aurait pris la même décision s'il n'avait retenu que ce seul motif tiré de ce qu'il ne démontrait ni la viabilité économique de son entreprise ni qu'il en tirerait des moyens d'existence suffisants, lequel motif justifie légalement le refus ainsi opposé au regard de l'article L. 421-5 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile .
9. En quatrième lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. () ".
10. M. A, âgé de 35 ans à la date de la décision attaquée, se prévaut de sa durée de résidence en France depuis sept ans à la date de la décision attaquée, de ce que pendant cette période il a suivi des études en qualité d'étudiant, a travaillé en qualité de salarié pendant ses études puis à titre libéral. Toutefois, il ressort des pièces du dossier que le requérant, célibataire et sans enfant, résidait en France sous couvert de titres de séjour " étudiant " aux fins de suivre ses études, titres qui n'ont pu lui conférer vocation à s'y installer durablement. Par ailleurs, il ne ressort pas des pièces du dossier qu'il serait dépourvu d'attaches familiales dans son pays, le Bénin, où il a vécu la majeure partie de son existence et alors que, contrairement à ce qu'il soutient, les tampons apposés sur son passeport démontrent qu'il a effectué plusieurs séjours au Bénin en 2018 et 2019 depuis son entrée en France en 2016. Ensuite, les pièces produites par l'intéressé, notamment concernant ses activités de salarié et son entreprise, ne permettent pas de caractériser une insertion professionnelle et sociale significative. Dans ces circonstances, M. A n'est pas fondé à soutenir que la décision attaquée aurait porté à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée par rapport aux buts en vue desquels elle a été prise et aurait ainsi méconnu les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales. Pour les mêmes motifs il n'est pas davantage fondé à soutenir que le préfet de la Loire aurait entaché cette décision d'une erreur manifeste dans l'appréciation de ses conséquences sur sa situation personnelle.
En ce qui concerne la décision portant obligation de quitter le territoire français :
11. En premier lieu, M. A n'ayant pas démontré l'illégalité de la décision portant refus de titre de séjour prise à son encontre, le moyen tiré de cette illégalité soulevé à l'encontre de la décision portant obligation de quitter le territoire français est écarté.
12. En second lieu, en l'absence de tout élément particulier invoqué, et même en tenant compte des conséquences spécifiques aux mesures d'éloignement, les moyens tirés de la violation des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et de l'erreur manifeste d'appréciation dont serait entachée la mesure d'éloignement, doivent être écartés pour les motifs énoncés précédemment s'agissant du refus d'admission au séjour.
En ce qui concerne la décision fixant le pays de destination :
13. En premier lieu, M. A n'ayant pas démontré l'illégalité des décisions portant refus de titre de séjour et obligation de quitter le territoire français prises à son encontre, le moyen tiré de ces illégalités et soutenu, par la voie de l'exception, à l'encontre de la décision fixant le pays de destination, est écarté.
14. En deuxième lieu, la décision fixant le pays de renvoi indique la nationalité de l'intéressé et précise qu'il n'établit pas que son retour dans son pays l'exposerait à des traitements inhumains ou cruels au sens des dispositions des stipulations de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales. Elle est donc suffisamment motivée en fait. Par suite, le moyen doit être écarté.
15. En troisième lieu, il ne ressort des pièces du dossier et des éléments précédemment exposés que la décision fixant le pays de destination porterait une atteinte excessive au respect de sa vie familiale en méconnaissance des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, ni qu'elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation.
16. Il résulte de ce qui précède que M. A n'est pas fondé à demander l'annulation des décisions attaquées.
17. Il résulte de l'ensemble de ce qui précède, que les conclusions à fin d'annulation de la requête doivent être, dès lors, rejetées ainsi que, par voie de conséquence, les conclusions aux fins d'injonction et d'astreinte et celles présentées sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de la loi du 10 juillet 1991.
D E C I D E:
Article 1er : La requête de M. A est rejetée.
Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. B A et au préfet de la Loire.
Délibéré après l'audience du 25 juin 2024, à laquelle siégeaient :
M. Segado, président,
M. Delahaye, premier conseiller,
Mme Bardad, première conseillère,
Rendu public par mise à disposition au greffe, le 9 juillet 2024.
Le président-rapporteur,
J. Segado
L'assesseur le plus ancien,
L. DelahayeLa greffière,
G. Montézin
La République mande et ordonne au préfet de la Loire en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition,
Une greffière,
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026