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AccueilJurisprudence administrativeN° TA69-2401717

Tribunal Administratif de Lyon — Décision N° TA69-2401717

jeudi 18 juillet 2024

JuridictionTribunal Administratif de Lyon
SectionTribunal Administratif de Lyon
N° DossierTA69-2401717
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
Formation6ème chambre
Avocat requérantNAILI

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 19 février 2024, Mme A D, représentée par Me Naili, demande au tribunal :

1°) d'annuler les décisions du 30 octobre 2023 par lesquelles la préfète du Rhône a refusé de lui délivrer un titre de séjour, lui a fait obligation de quitter le territoire dans un délai de trente jours et fixé le pays de destination ;

2°) d'enjoindre à la préfète du Rhône, à titre principal, de lui délivrer un titre de séjour sous astreinte de 100 euros par jour à titre subsidiaire, de réexaminer sa situation sous la même astreinte et de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour durant ce réexamen ;

3°) de mettre à la charge de l'État une somme de 2 000 euros à verser à son conseil en application des dispositions des articles L.761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique, à charge pour ce dernier de renoncer au bénéfice de l'aide juridictionnelle.

Elle soutient que :

- les décisions attaquées ont été signées par une autorité incompétente ;

- le refus de titre de séjour méconnaît les dispositions de l'article L. 422-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et il est entaché d'une erreur d'appréciation dans l'application de ces dispositions ;

- l'obligation de quitter le territoire français est illégale compte tenu de l'illégalité du refus de délivrance du titre de séjour ;

- la décision lui accordant un délai de départ volontaire est illégale compte tenu de l'illégalité de la mesure d'éloignement ;

- la décision fixant le pays destination est illégale compte tenu de l'illégalité de la mesure d'éloignement.

Par une ordonnance du 10 juin 2024, la clôture de l'instruction, qui était initialement fixée au 6 juin 2024, a été fixée au 19 juin 2024.

Un mémoire en défense a été enregistré le 27 juin 2024, pour la préfète du Rhône après la clôture de l'instruction.

Mme D a été admise à l'aide juridictionnelle totale par une décision du 12 janvier 2024.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- l'accord franco-tunisien du 17 mars 1988 en matière de séjour et de travail ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

Le président de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Bardad, première conseillère,

- les observations de Me Naili, avocat de Mme D.

Considérant ce qui suit :

1. Mme A D, ressortissante tunisienne née le 5 novembre 2003, est entrée en France, le 12 septembre 2021, sous couvert d'un passeport revêtu d'un visa de long séjour portant la mention " mineur scolarisé " afin de poursuivre des études supérieures. Elle a sollicité, le 30 mai 2023, le renouvellement de son titre de séjour " étudiant ". Par des décisions du 30 octobre 2023, la préfète du Rhône a refusé de lui délivrer un titre de séjour, lui a fait obligation de quitter le territoire dans un délai de trente jours et fixé le pays de destination. Par la présente requête, Mme D demande l'annulation de ces décisions.

Sur les conclusions aux fins d'annulation :

2. En premier lieu, les décisions attaquées ont été signées par Mme B C, directrice des migrations et de l'intégration en vertu d'une délégation de signature consentie par un arrêté du 13 octobre 2023 de la préfète du Rhône publié au recueil des actes administratifs spécial de la préfecture du Rhône le 16 octobre 2023, accessible au juge et aux parties. Par suite, le moyen tiré de l'incompétence de l'auteure des décisions en litige doit être écarté.

3. En deuxième lieu, aux termes de l'article 11 de l'accord franco-tunisien du 17 mars 1988 modifié : " Les dispositions du présent accord ne font pas obstacle à l'application de la législation des deux Etats sur le séjour des étrangers sur tous les points non traités par l'accord ". Aux termes de l'article L. 422-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger qui établit qu'il suit un enseignement en France ou qu'il y fait des études et qui justifie disposer de moyens d'existence suffisants se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention "étudiant" d'une durée inférieure ou égale à un an. () ". Pour l'application de ces dispositions, il appartient à l'administration, saisie d'une demande de renouvellement d'une carte de séjour temporaire portant la mention " étudiant ", d'apprécier, sous le contrôle du juge, la réalité et le sérieux des études poursuivies. A cet égard, le caractère réel et sérieux des études est subordonné à une progression régulière de l'étudiant et à la cohérence de son parcours.

4. Pour refuser de délivrer un titre de séjour sollicité à Mme D, la préfète du Rhône, après avoir rappelé son parcours universitaire, s'est fondée sur l'absence de progression et de sérieux des études supérieures suivies par l'intéressée.

5. Il ressort des pièces du dossier que Mme D est entrée sur le territoire français, le 12 septembre 2021. Elle s'est inscrite en première année de licence Langues Littératures et Civilisations Etrangères Anglais pour l'année universitaire 2021/2022. Elle a été ajournée au 1er semestre avec 3,55 de moyenne. Elle s'est réorientée dès le premier semestre en première année de licence d'Histoire. Elle a été ajournée avec des notes nulles pour la totalité des unités d'enseignement. La requérante s'est inscrite en première année de Parcours Spécifique Accès Santé (Pass) au titre de l'année universitaire 2022/2023. Elle a échoué avec une moyenne de 2,9. Mme D s'est réorientée une quatrième fois en s'inscrivant en première année de licence Gestion et Management au titre de l'année 2023/2024 dans un cursus sans lien avec ses précédentes études. Il ressort ainsi des pièces du dossier que, depuis son entrée sur le territoire le 12 septembre 2021, Mme D n'a validé aucun diplôme universitaire. Les difficultés d'adaptation qu'elle invoque notamment compte tenu de l'âge auquel elle est arrivée en France ne suffisent pas à justifier l'absence de toute progression dans ses études. En dépit des notes et des appréciations favorables dont elle se prévaut désormais, la requérante qui s'est réorientée à quatre reprises et demeure inscrite en première année de licence, ne justifie d'aucune progression dans ses études à la date de la décision attaquée. Dans ces conditions, Mme D n'est pas fondée à soutenir que la préfète du Rhône aurait méconnu les dispositions l'article L. 422-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Pour les mêmes motifs, la décision attaquée n'est pas entachée d'erreur d'appréciation.

6. En dernier lieu, en l'absence d'illégalité du refus de titre de séjour, Mme D n'est pas fondée à exciper de l'illégalité de cette décision à l'encontre de l'obligation de quitter le territoire. De même, en l'absence d'illégalité de l'obligation de quitter le territoire, la requérante n'est pas fondée à exciper de l'illégalité de cette décision à l'encontre des décisions fixant le délai de départ volontaire à trente jours et le pays à destination duquel elle sera renvoyée.

7. Il résulte de tout ce qui précède que la requête de Mme D doit être rejetée y compris ses conclusions aux fins d'injonction sous astreinte ainsi que celles tendant à l'application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de Mme D est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à Mme A D et à la préfète du Rhône.

Délibéré après l'audience du 4 juillet 2024, à laquelle siégeaient :

M. Segado, président,

M. Delahaye, premier conseiller,

Mme Bardad, première conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 18 juillet 2024.

La rapporteure,

N. BardadLe président,

J. Segado

La greffière,

F. Abdillah

La République mande et ordonne à la préfète du Rhône en ce qui la concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition,

Une greffière,

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