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AccueilJurisprudence administrativeN° TA69-2401766

Tribunal Administratif de Lyon — Décision N° TA69-2401766

mercredi 10 avril 2024

JuridictionTribunal Administratif de Lyon
SectionTribunal Administratif de Lyon
N° DossierTA69-2401766
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
FormationELOIGNEMENT
Avocat requérantSELARL AD JUSTITIAM

Texte intégral

Vu les procédures suivantes :

I) Par une requête enregistrée le 20 février 2024 sous le n° 2401766, Mme C née D, représentée par Me Thinon, demande au Tribunal :

1°) d'annuler les décisions du 7 février 2024 par lesquelles le préfet de la Loire lui a refusé l'admission au séjour, l'a obligée à quitter le territoire français dans un délai de 30 jours et a fixé le pays de destination ;

2°) d'enjoindre au préfet de la Loire soit de lui délivrer un titre de séjour dans le délai de 30 jours, soit de réexaminer sa situation dans le délai d'un mois en lui délivrant une autorisation provisoire dans l'attente, sous astreinte de 100 euros par jour de retard ;

3°) de mettre à la charge de l'État la somme de 1 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative, à verser à son conseil sous réserve qu'il renonce à la part contributive de l'Etat en application de l'article 37 de la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991.

Elle soutient que :

- les décisions sont entachées d'incompétence ;

- la décision de refus de séjour et l'obligation de quitter le territoire méconnaissent l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, ensemble le 1 de l'article 3 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant, et sont entachés d'une erreur manifeste d'appréciation des conséquences sur la situation personnelle de sa fille ;

- la mesure d'éloignement doit être annulée par voie de conséquence de l'annulation du refus de séjour.

II) Par une requête enregistrée le 20 février 2024 sous le n° 2401767, M. C, représenté par Me Thinon, demande au Tribunal :

1°) d'annuler les décisions du 7 février 2024 par lesquelles le préfet de la Loire l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de 30 jours et a fixé le pays de destination ;

2°) de mettre à la charge de l'État la somme de 1 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative, à verser à son conseil sous réserve qu'il renonce à la part contributive de l'Etat en application de l'article 37 de la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991.

Il soutient que :

- les décisions sont entachées d'incompétence ;

- l'obligation de quitter le territoire méconnait l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, ensemble le 1 de l'article 3 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant, et est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation des conséquences sur la situation de sa famille.

III) Par une requête enregistrée le 4 avril 2024 sous le n° 2403287, Mme C née D, représentée par Me Thinon, demande au Tribunal d'annuler la décision du 2 avril 2024 par laquelle le préfet de la Loire l'a assignée à résidence en vue de l'exécution de la mesure d'éloignement.

Elle soutient que :

- la décision est entachée d'incompétence et insuffisamment motivée ;

- elle méconnait l'article L. 731-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile dès lors qu'elle a formulé un recours contre la mesure d'éloignement sur lequel le Tribunal n'a pas statué et que cette dernière n'était pas justifiée ;

- elle est entachée d'un erreur manifeste d'appréciation quant à ses conséquences sur la situation de sa famille.

IV) Par une requête enregistrée le 4 avril 2024 sous le n° 2403288, M. C, représenté par Me Thinon, demande au Tribunal d'annuler la décision du 2 avril 2024 par laquelle le préfet de la Loire l'a assigné à résidence en vue de l'exécution de la mesure d'éloignement.

Il soutient que :

- la décision est entachée d'incompétence et insuffisamment motivée ;

- elle méconnait l'article L. 731-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile dès lors qu'elle a formulé un recours contre la mesure d'éloignement sur lequel le Tribunal n'a pas statué et que cette dernière n'était pas justifiée ;

- elle est entachée d'un erreur manifeste d'appréciation quant à ses conséquences sur la situation de sa famille.

La présidente du tribunal a désigné M. Reymond-Kellal, premier conseiller, pour statuer sur les requêtes relevant tant de l'article L. 614-5 (procédure dite 6 semaines) que de l'article L. 614-7 (procédure dite 96h) du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

Vu :

- les demandes d'aide juridictionnelle,

- les décisions attaquées et les autres pièces du dossier ;

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales,

- la convention internationale relative aux droits de l'enfant,

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile,

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991,

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Après avoir, au cours de l'audience publique, présenté son rapport et constaté l'absence des parties ainsi que leur représentant.

Considérant ce qui suit :

1. Mme C née D et M. C, ressortissants arméniens nés en 1974 et 1980, sont entrés en France en mars 2023 sous couvert d'un visa C délivré par les autorités grecques, accompagnés de leur fille mineure prénommée Roza, en vue d'y solliciter l'asile. Le 25 juillet 2023, Mme C a également sollicité l'admission au séjour en qualité de parent accompagnant un enfant malade.

2. Leur demande d'asile a été rejetée par l'Office de protection des réfugiés et apatrides (OFPRA) le 21 août 2023 puis la Cour nationale du droit d'asile (CNDA) le 21 novembre 2023. Par décisions du 7 février 2024, le préfet de la Loire a refusé de délivrer un titre de séjour à Mme C, l'a obligée à quitter le territoire français dans un délai de 30 jours et a fixé le pays de destination. Le même jour, le même préfet a également obligé M. C à quitter le territoire dans le même délai et fixé le pays de destination. Ces décisions sont contestées dans les instances n° 2401766 et 2401767.

3. A la suite d'un contrôle effectué alors qu'ils circulaient en train, le même préfet a, par décisions du 2 avril 2024, assigné le couple à résidence en vue de l'exécution des mesures d'éloignement citées précédemment. Ces décisions sont contestées dans les instances n° 2403287 et 2403288.

4. Ces quatre requêtes sont relatives à la situation d'une même famille et présentent à juger les mêmes questions. Il y a lieu de les joindre pour statuer par un seul jugement.

Sur l'aide juridictionnelle :

5. En raison de l'urgence résultant de l'application des dispositions de l'article L. 614-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, il y a lieu d'admettre Mme et M. C au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire sur le fondement des dispositions de l'article 20 de la loi du 10 juillet 1991 susvisée.

Sur les requêtes :

En ce qui concerne les moyens communs :

6. En premier lieu, par arrêté du 13 juillet 2023 publié le lendemain au recueil spécial des actes administratifs, le préfet de la Loire a donné délégation à M. Schuffenecker, secrétaire général, pour signer les actes en litige. Cette délégation permanente n'est pas soumise à la condition que l'autorité préfectorale soit absente ou empêchée.

7. En second lieu, les décisions assignant à résidence indiquent les considérations de droit et de fait qui en constituent le fondement. Celles-ci permettent d'en comprendre le sens et d'en contester utilement le bien fondé. Elles sont ainsi suffisamment motivées.

En ce qui concerne le refus de séjour :

8. En premier lieu, aux termes de l'article L. 425-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Les parents étrangers de l'étranger mineur qui remplit les conditions prévues à l'article L. 425-9, ou l'étranger titulaire d'un jugement lui ayant conféré l'exercice de l'autorité parentale sur ce mineur, se voient délivrer, sous réserve qu'ils justifient résider habituellement en France avec lui et subvenir à son entretien et à son éducation, une autorisation provisoire de séjour d'une durée maximale de six mois. La condition prévue à l'article L. 412-1 n'est pas opposable. / Cette autorisation provisoire de séjour ouvre droit à l'exercice d'une activité professionnelle. / Elle est renouvelée pendant toute la durée de la prise en charge médicale de l'étranger mineur, sous réserve que les conditions prévues pour sa délivrance continuent d'être satisfaites. / Elle est délivrée par l'autorité administrative, après avis d'un collège de médecins du service médical de l'Office français de l'immigration et de l'intégration, dans les conditions prévues à l'article L. 425-9. ". Aux termes de l'article L. 425-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger résidant habituellement en France, dont l'état de santé nécessite une prise en charge médicale dont le défaut pourrait avoir pour lui des conséquences d'une exceptionnelle gravité et qui, eu égard à l'offre de soins et aux caractéristiques du système de santé dans le pays dont il est originaire, ne pourrait pas y bénéficier effectivement d'un traitement approprié se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " d'une durée d'un an. La condition prévue à l'article L. 412-1 n'est pas opposable. / La décision de délivrer la carte de séjour est prise par l'autorité administrative après avis d'un collège de médecins du service médical de l'Office français de l'immigration et de l'intégration, dans des conditions définies par décret en Conseil d'Etat (). / Si le collège des médecins estime dans son avis que les conditions précitées sont réunies, l'autorité administrative ne peut refuser la délivrance du titre de séjour que par une décision spécialement motivée ". Aux termes de l'article R. 425-11 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Pour l'application de l'article L. 425-9, le préfet délivre le titre de séjour " portant la mention vie privée et familiale " au vu d'un avis émis par un collège de médecins à compétence nationale de l'Office français de l'immigration et de l'intégration. / L'avis est émis dans les conditions fixées par arrêté du ministre chargé de l'immigration et du ministre chargé de la santé au vu, d'une part, d'un rapport médical établi par un médecin de l'Office français de l'immigration et de l'intégration et, d'autre part, des informations disponibles sur les possibilités de bénéficier effectivement d'un traitement approprié dans le pays d'origine de l'intéressé () ".

9. Il ressort de l'avis rendu par le collège des médecins de l'Office français de l'immigration et de l'intégration le 28 décembre 2023, produit par le préfet de la Loire, que, si l'état de santé de Roza nécessite une prise en charge médicale dont le défaut peut entraîner des conséquences d'une exceptionnelle gravité, elle peut effectivement bénéficier en Arménie d'un traitement approprié eu égard à l'offre de soins et aux caractéristiques du système de santé dans ce pays. Cet avis précise également que l'état de santé de cette enfant peut lui permettre de voyager sans risque au vu des éléments transmis et à la date de l'avis. En se bornant à soutenir que l'état de santé de Roza " ne lui permet pas de partir résider en Arménie " sans produire aucune pièce à l'appui de cette allégation, les requérants ne contredisent pas utilement l'appréciation portée par l'autorité administrative, qui s'est approprié les motifs de l'avis précité, pour refuser l'admission au séjour de Mme C en qualité de parent accompagnant un enfant malade.

10. En second lieu, il ressort des pièces du dossier que les requérants résident en France depuis un an alors qu'ils ne sont pas dépourvus d'attaches en Arménie, où réside leur fille ainée et où ils ont eux-mêmes vécus toute leur vie, sans qu'il soit établi que Roza ne pourrait y recevoir un traitement approprié. Dès lors, le refus de séjour ne peut être regardé comme portant une atteinte disproportionnée au droit de la requérante de mener une vie privée et familiale normale, non plus qu'il méconnait l'intérêt supérieur de son enfant mineure ou emporte des conséquences manifestement disproportionnées sur sa situation personnelle et familiale. Par suite, les moyens susvisés doivent être écartés.

En ce qui concerne les obligations de quitter le territoire français :

11. Pour les mêmes motifs que ceux exposés aux points précédents, il ne ressort pas des pièces du dossier que les mesures d'éloignement prononcées à l'encontre de M. et Mme C portent une atteinte disproportionnée à leur droit de mener une vie privée et familiale normale, non plus qu'elles méconnaissent l'intérêt supérieur de leur enfant mineure ou emportent des conséquences manifestement disproportionnées sur leur situation personnelle et familiale. Par suite, les moyens susvisés doivent être écartés.

En ce qui concerne l'assignation à résidence :

12. En premier lieu, il résulte de ce qui précède que le moyen tiré de l'illégalité de la mesure d'éloignement, si tant est qu'il soit réellement soulevé par voie d'exception à l'encontre de la décision portant assignation à résidence, n'est pas fondé.

13. En deuxième lieu, il résulte de la combinaison de ces dispositions des articles L. 614-9, L. 722-1, L. 722-3, L. 722-7, L. 730-1 et L. 731-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile que l'autorité administrative peut assigner à résidence en cours d'instance un étranger ayant présenté un recours contre l'obligation de quitter le territoire dès lors que le délai de départ volontaire est expiré. Si le recours juridictionnel est ainsi suspensif de la mesure d'éloignement qui ne peut être effectivement exécutée avant que le juge saisi statue, la seule circonstance qu'un tel recours soit pendant ne fait pas obstacle à ce qu'il fasse l'objet de la mesure d'exécution forcée que constitue l'assignation à résidence. Par suite, les requérants ne sont pas fondés à soutenir que la circonstance que le Tribunal précédemment saisi n'ait pas statué faisait obstacle à l'édiction des assignations à résidence en litige.

14. En dernier lieu, les requérants ne produisent aucune pièce relative notamment à la situation médicale de leur enfant qui démontrerait que les modalités de contrôle fixées par l'assignation à résidence, astreignant Mme C à se présenter deux fois par semaine et M. C trois fois, comporteraient effectivement des conséquences disproportionnées sur leur situation personnelle et familiale.

15. Il résulte de tout ce qui précède que Mme C Née D ne sont pas fondés à demander l'annulation des décisions des 7 février et 2 avril 2024. Leurs conclusions en ce sens, ainsi que celles accessoires, doivent, par conséquent, être rejetées.

D E C I D E :

Article 1er : Mme et M. C sont provisoirement admis à l'aide juridictionnelle.

Article 2 : Les requêtes de Mme et M. C sont rejetées.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à Mme et M. C ainsi qu'au préfet de la Loire.

Copie en sera adressée à Me Thinon.

Jugement rendu public par mise à disposition au greffe le 10 avril 2024.

Le magistrat désigné,

R. Reymond-Kellal

La greffière,

F. Gaillard

La République mande et ordonne au préfet de la Loire en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition,

Un greffier,

2-2401767-2403287-2403288

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