jeudi 18 juillet 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Lyon |
| Section | Tribunal Administratif de Lyon |
| N° Dossier | TA69-2401774 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Formation | 6ème chambre |
| Avocat requérant | DIAKA AIMÉ |
Vu la procédure suivante :
Par une requête enregistrée le 20 février 2024, M. B C, représenté par Me Diaka, demande au tribunal :
1°) d'annuler l'arrêté du 25 janvier 2024 par laquelle la préfète de l'Ain a refusé de lui délivrer un titre de séjour, lui a fait obligation de quitter le territoire dans un délai de trente jours et fixé le pays de destination ;
2°) d'enjoindre à la préfète de l'Ain, à titre principal, de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour en qualité de conjoint de français ou, à titre subsidiaire, de réexaminer sa situation et de lui délivrer dans un délai de huit jours une autorisation provisoire de séjour à compter de la notification du jugement ;
3°) de mettre à la charge de l'État une somme de 1 500 euros en application des dispositions des articles L.761-1 du code de justice administrative.
Il soutient que :
- le refus de délivrance du certificat de résidence algérien a été signé par une autorité incompétente ;
- il est entaché d'une insuffisance de motivation, la préfète n'a pas recherché de quelle manière il était entré sur le territoire français ;
- il appartenait à la préfète de l'inviter à compléter sa demande au lieu de lui opposer un refus ;
- le refus de délivrance du certificat de résidence algérien méconnaît l'article 6, 2 de l'accord franco-algérien dès lors qu'il justifie d'une communauté de vie avec son épouse et de sa présence continue en France depuis 2018 ;
- l'argument selon lequel aucun enfant n'est issu l'union de l'époux n'est pas opérant pour refuser de délivrer un certificat de résidence algérien ;
- il méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- il est entaché d'une erreur manifeste d'appréciation au regard de ces stipulations ;
- l'obligation de quitter le territoire français est illégale compte tenu de l'illégalité du refus de délivrance du certificat de résidence algérien ;
- la décision lui accordant un délai de départ de trente jours n'est pas motivée et n'est pas adaptée à sa situation, la préfète du Rhône n'a pas recherché s'il pouvait bénéficier d'un délai supérieur à trente jours ;
- la durée du départ volontaire fixée par la préfète est fondée sur une disposition contraire à la directive n° 2008/115 du 16 décembre 2008.
Par un mémoire en défense enregistré le 31 mai 2024, la préfète de l'Ain conclut au rejet de la requête.
Elle soutient que les moyens soulevés ne sont pas fondés.
Par une ordonnance du 21 mai 2024, la clôture de l'instruction a été fixée au 6 juin 2024.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968 ;
- la directive 2008/115/CE du Parlement européen et du Conseil du 16 décembre 2008 ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- le code de justice administrative.
Le président de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Le rapport de Mme Bardad, première conseillère, a été entendu au cours de l'audience publique.
Considérant ce qui suit :
1. M. B C, ressortissant algérien né le 29 décembre 1996, est entré en France, le 29 décembre 2018, selon ses déclarations. Il a sollicité, le 7 novembre 2023, la délivrance d'un certificat de résidence algérien en application de l'article 6, 2 de l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968 à la suite de son mariage sur le territoire français, le 30 septembre 2023, avec une ressortissante française. Par un arrêté du 25 janvier 2024, la préfète de l'Ain a refusé de lui délivrer un titre de séjour, lui a fait obligation de quitter le territoire dans un délai de trente jours et a fixé le pays de destination. M. C demande l'annulation de ces décisions.
Sur les conclusions aux fins d'annulation :
En ce qui concerne le refus de titre de séjour :
2. En premier lieu, la décision attaquée a été signée par M. D A, directeur de la citoyenneté et de l'intégration en vertu d'une délégation de signature consentie par un arrêté du 11 décembre 2023 de la préfète de l'Ain publié au recueil des actes administratifs spécial de la préfecture de l'Ain le 13 décembre 2023, accessible au juge et aux parties. Par suite, le moyen tiré de l'incompétence de l'auteur de la décision en litige doit être écarté.
3. En deuxième lieu, la décision attaquée énonce les considérations de droit et de fait sur lesquelles elle est fondée. L'autorité administrative n'était pas tenue de mentionner l'ensemble des éléments relatifs à la situation du requérant ni rechercher de quelle manière M. C était entré sur le territoire français dès lors que l'arrêté rappelle qu'il est entré irrégulièrement en France. Par suite, le moyen tiré de l'insuffisance de motivation doit être écarté.
4. En troisième lieu, M. C n'établit pas que sa demande de titre de séjour présentait un caractère incomplet. Par suite, la préfète de l'Ain n'était pas tenue de lui demander de compléter son dossier.
5. En quatrième lieu, aux termes du 2) de l'article 6 de l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968 : " Le certificat de résidence d'un an portant la mention " vie privée et familiale " est délivré de plein droit : () 2) au ressortissant algérien, marié avec un ressortissant de nationalité française, à condition que son entrée sur le territoire français ait été régulière, que le conjoint ait conservé la nationalité française et, lorsque le mariage a été célébré à l'étranger, qu'il ait été transcrit préalablement sur les registres de l'état civil français ". Il résulte de ces stipulations que la délivrance d'un certificat de résidence d'un an à un ressortissant algérien, en qualité de conjoint de français, est subordonnée à la justification d'une entrée régulière sur le territoire français.
6. Pour refuser de délivrer un titre de séjour à M. C, la préfète de l'Ain, après avoir rappelé son mariage avec une ressortissante française, s'est fondée sur l'entrée irrégulière de l'intéressé sur le territoire français.
7. Il est constant que M. C est entré sur le territoire français, le 29 décembre 2018, de manière irrégulière. La préfète de l'Ain était ainsi fondée, pour ce motif tiré de l'entrée irrégulière du requérant sur le territoire français, à refuser de lui délivrer un certificat de résidence en qualité de conjoint d'une ressortissante française. La circonstance que M. C justifie d'une communauté de vie avec son épouse et de sa présence continue en France depuis 2018 demeure sans incidence sur la légalité de la décision attaquée. Dans ces conditions, le requérant n'est pas fondé à soutenir que la préfète de l'Ain aurait méconnu les stipulations du 2) de l'article 6 de l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968. Pour les mêmes motifs, la décision attaquée n'est pas entachée d'erreur d'appréciation.
8. En cinquième lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1° Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. () ".
9. M. C se prévaut de la durée de son séjour en France et de son mariage avec une ressortissante française. Toutefois, il ressort des pièces du dossier que le requérant est entré en France en 2018, qu'il s'est marié le 30 septembre 2023 et que la communauté de vie avec son épouse présentait un caractère récent à la date de la décision contestée. Par ailleurs, M. C ne démontre pas avoir en France d'autres liens d'une ancienneté et d'une intensité particulières. En outre, si la préfète de l'Ain a relevé qu'aucun enfant n'était issu de l'union de l'époux, elle pouvait notamment se fonder sur cette circonstance pour apprécier l'intensité de la vie privée et familiale du requérant sur le territoire national dès lors qu'elle n'a pas fait de cette circonstance le motif exclusif du refus de délivrance du titre de séjour demandé par le requérant. Dans ces conditions, M. C n'est pas fondé à soutenir que la décision attaquée a porté à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée par rapport aux buts en vue desquels elle a été prise. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales doit être écarté. Pour les mêmes motifs, l'autorité administrative n'a pas commis d'une erreur manifeste dans l'appréciation des conséquences de sa décision sur la situation personnelle de l'intéressé.
En ce qui concerne l'obligation de quitter le territoire français :
10. L'illégalité du refus de délivrance d'un certificat de résidence algérien n'étant pas établie, le requérant n'est pas fondé à se prévaloir, par la voie de l'exception, de l'illégalité de cette décision à l'encontre de la mesure d'éloignement prononcée à son encontre.
En ce qui concerne le délai de départ volontaire :
11. Aux termes des dispositions de l'article L. 612-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger faisant l'objet d'une décision portant obligation de quitter le territoire français dispose d'un délai de départ volontaire de trente jours à compter de la notification de cette décision. / L'autorité administrative peut, à titre exceptionnel, un délai de départ volontaire supérieur à trente jours s'il apparaît nécessaire de tenir compte de circonstances propres à chaque cas. () ". Aux termes de l'article 7 de la directive 2008/115/CE du Parlement européen et du Conseil du 16 décembre 2008 : " 1. La décision de retour prévoit un délai approprié allant de sept à trente jours pour le départ volontaire () / 2. Si nécessaire, les Etats membres prolongent le délai de départ volontaire d'une durée appropriée, en tenant compte des circonstances propres à chaque cas, telles que la durée du séjour, l'existence d'enfants scolarisés et d'autres liens familiaux et sociaux. ". Aux termes de l'article 14 de la même directive : " 1. Sauf dans la situation visée aux articles 16 et 17, les États membres veillent à ce que les principes ci-après soient pris en compte dans la mesure du possible en ce qui concerne les ressortissants de pays tiers au cours du délai de départ volontaire accordé conformément à l'article 7 et au cours des périodes pendant lesquelles l'éloignement a été reporté conformément à l'article 9: a) l'unité familiale avec les membres de la famille présents sur le territoire est maintenue; b) les soins médicaux d'urgence et le traitement indispensable des maladies sont assurés; c) les mineurs ont accès au système éducatif de base en fonction de la durée de leur séjour; d) les besoins particuliers des personnes vulnérables sont pris en compte. () ".
12. D'une part, en fixant de manière générale un délai de trente jours à l'étranger pour quitter le territoire français, lequel est égal à la limite supérieure prévue à l'article 7 de la directive, le législateur n'a pas édicté des dispositions incompatibles avec les objectifs de cet article. Par ailleurs, les dispositions de l'article L. 612-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ne font pas obstacle à ce que l'autorité administrative prolonge, le cas échéant, le délai de départ volontaire d'une durée appropriée pour faire bénéficier l'étranger, dont la situation particulière le nécessiterait, de la prolongation prévue par le paragraphe 2 de l'article 7 de la directive. Dans ces conditions, le moyen tiré de ce que la décision en litige serait illégale en raison de l'incompatibilité des dispositions précitées de l'article L. 612-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile avec l'article 7 de la directive du 16 décembre 2008 doit être écarté.
13. D'autre part, il résulte des dispositions précitées qu'en dehors de l'hypothèse où il refuse d'accorder un délai de départ volontaire ou de le prolonger à la demande de l'étranger, le préfet n'est pas tenu de motiver spécifiquement sa décision accordant le délai légal de départ de trente jours. Or, il ne ressort pas des pièces du dossier que le requérant aurait demandé à la préfète de l'Ain de lui accorder un délai supérieur au délai légal de trente jours. Par suite, le moyen tiré de l'insuffisance de motivation de la décision fixant le délai de départ volontaire doit être écarté.
14. Enfin, M. C ne démontre pas être dans une situation exceptionnelle justifiant que lui soit accordé un délai de départ volontaire supérieur à trente jours. Dans ces conditions, l'autorité administrative n'a pas commis d'erreur de droit ou d'erreur manifeste d'appréciation en accordant à l'intéressée un délai de départ volontaire limité à trente jours. Par suite, le moyen tiré de ce que la préfète se serait abstenue à tort d'examiner s'il y avait lieu d'accorder au requérant un délai supérieur à trente jours doit être écarté.
15. Il résulte de tout ce qui précède que la requête de M. C doit être rejetée y compris ses conclusions aux fins d'injonction ainsi que celles tendant à l'application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
D E C I D E :
Article 1er : La requête de M. C est rejetée.
Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. B C et à la préfète de l'Ain.
Délibéré après l'audience du 4 juillet 2024, à laquelle siégeaient :
M. Segado, président,
M. Delahaye, premier conseiller,
Mme Bardad, première conseillère.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 18 juillet 2024.
La rapporteure,
N. BardadLe président,
J. Segado
La greffière,
F. Abdillah
La République mande et ordonne à la préfète de l'Ain en ce qui la concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition,
Une greffière,
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026