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AccueilJurisprudence administrativeN° TA69-2401796

Tribunal Administratif de Lyon — Décision N° TA69-2401796

jeudi 18 juillet 2024

JuridictionTribunal Administratif de Lyon
SectionTribunal Administratif de Lyon
N° DossierTA69-2401796
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
Formation6ème chambre
Avocat requérantDEME

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 21 février 2024, Mme D C, représentée par Me Deme, demande au tribunal :

1°) d'annuler les décisions du 18 janvier 2024 par lesquelles la préfète du Rhône a refusé de lui délivrer un titre de séjour, lui a fait obligation de quitter le territoire dans un délai de trente jours et a fixé le pays de destination ;

2°) d'enjoindre à la préfète du Rhône, à titre principal, de lui délivrer un titre de séjour " étudiant " dans le délai d'un mois à compter du jugement à intervenir ou, à titre subsidiaire, de réexaminer sa situation et de lui délivrer sans délai une autorisation provisoire de séjour ;

3°) de mettre à la charge de l'État une somme de 1 800 euros en application des dispositions des articles L.761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991.

Elle soutient que :

- le refus de titre de séjour a été signé par une autorité incompétente ;

- il est entaché d'une insuffisance de motivation et d'un défaut d'examen de sa situation personnelle ;

- il méconnaît les stipulations de l'article 7 de la convention franco-camerounaise dès lors qu'elle effectue des études supérieures ;

- la formation d'aide-soignante confère le statut d'étudiant en vertu de la décision du Conseil d'Etat du 22 mars 2010, n° 312138 ;

- le caractère sérieux des études est établi dès lors que le changement d'orientation pour suivre une formation de niveau inférieur est cohérent avec le projet professionnel de l'étudiant ;

- il est entaché d'une erreur manifeste d'appréciation dès lors qu'elle est motivée pour suivre une formation permettant d'accéder à une activité professionnelle dans un métier en tension ;

- la circulaire du 7 octobre 2008 invite les préfets à se fonder sur les justificatifs fournis par les étudiants afin d'éclairer leurs décisions ;

- l'obligation de quitter le territoire est illégale compte tenu de l'illégalité du refus de délivrance d'un titre de séjour.

La requête a été communiquée, le 22 février 2024, à la préfète du Rhône qui n'a pas produit d'observations en défense.

Par une ordonnance du 21 mai 2024, la clôture de l'instruction a été fixée au 6 juin 2024.

Mme C a été admise à l'aide juridictionnelle totale par une décision du 22 mars 2024.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention entre la République française et la République du Cameroun relative à la circulation et au séjour des personnes, ensemble une annexe, signée à Yaoundé le 24 janvier 1994 ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code de la santé publique ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

Le président de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le rapport de Mme Bardad, première conseillère, a été entendu au cours de l'audience publique.

Considérant ce qui suit :

1. Mme D C, ressortissante camerounaise née le 13 février 1997, est entrée en France, le 26 septembre 2022, sous couvert d'un passeport revêtu d'un visa de long séjour valant titre de séjour portant la mention " étudiant ". Elle a sollicité, le 25 juillet 2023, le renouvellement de son titre de séjour. Par décisions du 18 janvier 2024, la préfète du Rhône a refusé de lui délivrer un titre de séjour, lui a fait obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays de destination. Par la présente requête, Mme C demande l'annulation de ces décisions.

Sur les conclusions aux fins d'annulation :

En ce qui concerne le refus de titre de séjour :

2. En premier lieu, la décision contestée portant refus de délivrance d'un titre de séjour a été signée par Mme A B, directrice des migrations, de l'intégration, qui disposait d'une délégation de signature à cet effet consentie par un arrêté du 30 novembre 2023 de la préfète du Rhône, publié le même jour au recueil des actes administratifs de la préfecture. Par suite, le moyen tiré de ce que la décision attaquée a été signée par une autorité incompétente doit être écarté.

3. En deuxième lieu, la décision attaquée comporte les considérations de droit et de fait qui en constituent le fondement. Par suite, le moyen tiré du défaut de motivation doit être écarté.

4. En troisième lieu, il ne ressort pas des pièces du dossier ni des termes de la décision contestée que l'autorité administrative n'aurait pas procédé à l'examen particulier de la situation personnelle de la requérante. L'autorité administrative n'était pas tenue de mentionner tous les éléments relatifs à la situation personnelle de Mme C et notamment l'ensemble de son parcours universitaire. Par suite, le moyen tiré de l'erreur de droit doit être écarté.

5. En troisième lieu, aux termes de l'article 7 de la convention entre la République française et la République du Cameroun relative à la circulation et au séjour des personnes, signée à Yaoundé le 24 janvier 1994 : " Les nationaux de chacun des États contractants désireux de se rendre sur le territoire de l'autre État en vue d'effectuer des études doivent, pour être admis sur le territoire de cet État, être en possession, outre d'un visa de long séjour et des documents prévus à l'article 1er de la présente Convention, de justificatifs des moyens de subsistance et d'hébergement, et d'une attestation de préinscription ou d'inscription délivrée par l'établissement d'enseignement qu'ils doivent fréquenter. () ".

6. Pour refuser de délivrer un titre de séjour à Mme C, la préfète du Rhône, après avoir rappelé son parcours universitaire, s'est fondée d'une part, sur la circonstance que l'intéressée après son échec en deuxième année de Master Webmarketing et Social média s'était inscrite dans une formation de niveau baccalauréat sans lien avec ses études et témoignant d'une régression dans ses études et d'autre part qu'elle pouvait effectuer des études secondaires dans son pays d'origine.

7. Il ressort des pièces du dossier que Mme C était inscrite au titre de l'année universitaire 2022/2023 en deuxième année de Master Webmarketing et Social média. Après avoir été ajournée, elle s'est inscrite au titre de l'année 2023/2024 dans une formation d'aide-soignante auprès de l'école d'infirmiers et d'assistantes du service social de l'école Rockefeller de Lyon. Contrairement à ce que soutient la requérante, cette formation de niveau inférieure au baccalauréat constitue une régression dans ses études dès lors qu'elle était précédemment inscrite en deuxième année de Master, soit un diplôme d'études supérieures correspondant à un niveau " bac+5 ". Elle ne peut utilement se prévaloir de la décision du Conseil d'Etat du 22 mars 2010, n° 312138 selon laquelle le terme " étudiant " englobe les personnes inscrites dans les écoles de formation pour suivre une formation d'aide-soignante dès lors que cette qualification est circonscrite à la seule application des dispositions de l'article L. 4383-4 du code de la santé publique relatives à la compétence de la région pour attribuer des aides aux élèves inscrits dans les établissements de formation visés par l'article L. 4383-3 du même code. Au regard de ces éléments, la requérante ne démontre ni la cohérence de sa réorientation dans une nouvelle formation d'aide-soignante dépourvue de tout lien avec sa scolarité antérieure ni une progression dans son cursus quelle que soit la motivation dont elle fait preuve dans le suivi de cette nouvelle formation. Dans ces conditions, la préfète du Rhône n'a ni méconnu les stipulations de l'article 7 de la convention entre la République française et la République du Cameroun ni entaché son refus de délivrance d'un titre de séjour d'une erreur d'appréciation.

8. En dernier lieu, Mme C ne peut utilement se prévaloir de la circulaire ministérielle du 7 octobre 2008 relative aux conditions d'entrée et de séjour en France des étudiants étrangers et aux modalités de renouvellement des cartes de séjour " étudiant " laquelle est dépourvue de tout caractère réglementaire.

En ce qui concerne l'obligation de quitter le territoire français :

9. L'illégalité de la décision portant refus de délivrance d'un titre de séjour n'étant pas établie, la requérante n'est pas fondée à invoquer, par la voie de l'exception, celle de la mesure d'éloignement prononcée à son encontre.

10. Il résulte de tout ce qui précède que Mme C n'est pas fondée à demander l'annulation des décisions du 18 janvier 2024. Par suite, sa requête doit être rejetée y compris ses conclusions aux fins d'injonction ainsi que celles tendant à l'application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de Mme C est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à Mme D C et à la préfète du Rhône.

Délibéré après l'audience du 4 juillet 2024, à laquelle siégeaient :

M. Segado, président,

M. Delahaye, premier conseiller,

Mme Bardad, première conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 18 juillet 2024.

La rapporteure,

N. BardadLe président,

J. Segado

La greffière,

F. Abdillah

La République mande et ordonne à la préfète du Rhône en ce qui la concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition,

Une greffière,

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