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AccueilJurisprudence administrativeN° TA69-2401799

Tribunal Administratif de Lyon — Décision N° TA69-2401799

jeudi 18 juillet 2024

JuridictionTribunal Administratif de Lyon
SectionTribunal Administratif de Lyon
N° DossierTA69-2401799
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
Formation6ème chambre
Avocat requérantNOUEL CAMILLE

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 21 février 2024, M. C D, représenté par Me Nouel, demande au tribunal :

1°) d'annuler les décisions du 29 janvier 2024 par lesquelles la préfète du Rhône a refusé de lui délivrer un titre de séjour, lui a fait obligation de quitter le territoire dans un délai de trente jours et a fixé le pays de destination ;

2°) d'enjoindre à la préfète du Rhône, à titre principal, de lui délivrer un titre de séjour, sous astreinte de 100 euros par jour de retard à compter du jugement ou, à titre subsidiaire, de réexaminer sa situation ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 500 euros en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- l'arrêté a été signé par une autorité incompétente ;

- il est entaché d'une insuffisance de motivation ;

- il est entaché d'un défaut d'examen de sa situation personnelle ;

- la préfète du Rhône méconnaît l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et a commis une erreur manifeste d'appréciation au regard de ces dispositions ;

- elle méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et les dispositions de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- elle a commis une erreur manifeste d'appréciation.

La requête a été communiquée le 22 février 2024, à la préfète du Rhône qui n'a pas produit d'observations en défense.

Par une ordonnance du 21 mai 2024, la clôture de l'instruction a été fixée au 6 juin 2024.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code de justice administrative.

Le président de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le rapport de Mme Bardad, première conseillère, a été entendu au cours de l'audience publique.

Considérant ce qui suit :

1. M. C D, ressortissant congolais né le 6 avril 1999, est entré en France, le 3 août 2014, sous couvert d'un visa de court séjour. Il a obtenu des titres de séjour en qualité d'étudiant jusqu'au 14 octobre 2020. Il a sollicité, le 8 octobre 2020, le renouvellement de son titre de séjour. L'autorité administrative lui a délivré une attestation de prolongation d'instruction, au motif que sa demande de renouvellement de titre de séjour du 8 octobre 2020 était en cours d'instruction, autorisant sa présence en France du 16 juin 2023 au 15 septembre 2023. Le requérant a présenté, le 6 décembre 2022, une deuxième demande de titre de séjour en qualité d'étudiant, puis une troisième demande de titre de jour par laquelle il a sollicité un changement de statut et la délivrance d'un titre de séjour pluriannuel à la suite de l'achèvement de ses études, le 25 janvier 2024. Par des décisions du 29 janvier 2024, la préfète du Rhône a refusé de lui délivrer un titre de séjour, lui a fait obligation de quitter le territoire dans un délai de trente jours et a fixé le pays de destination. Par la présente requête, M. D demande l'annulation de ces décisions.

Sur les conclusions aux fins d'annulation :

2. En premier lieu, les décisions attaquées ont été signées par Mme A B, directrice des migrations, de l'intégration, qui disposait d'une délégation de signature à cet effet consentie par un arrêté du 30 novembre 2023 de la préfète du Rhône, publié le même jour au recueil des actes administratifs de la préfecture. Par suite, le moyen tiré de ce que la décision attaquée a été signée par une autorité incompétente doit être écarté.

3. En deuxième lieu, les décisions attaquées comportent les considérations de droit et de fait qui en constituent leur fondement. Contrairement à ce que soutient le requérant, alors que l'autorité administrative n'est pas tenue de mentionner tous les éléments relatifs à la situation personnelle de M. D. Par suite, le moyen tiré de l'insuffisance de motivation doit être écarté.

4. En troisième lieu, il ne ressort pas des pièces du dossier ni des termes des décisions contestées que l'autorité administrative n'aurait pas procédé à l'examen particulier de la situation personnelle du requérant. Par suite, le moyen tiré de l'erreur de droit doit être écarté.

5. En quatrième lieu, aux termes de l'article 8 de la convention de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale () 2. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale ou à la protection des droits et libertés d'autrui ". Aux termes de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger qui n'entre pas dans les catégories prévues aux articles L. 423-1, L. 423-7, L. 423-14, L. 423-15, L. 423-21 et L. 423-22 ou dans celles qui ouvrent droit au regroupement familial, et qui dispose de liens personnels et familiaux en France tels que le refus d'autoriser son séjour porterait à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée au regard des motifs du refus, se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " d'une durée d'un an, sans que soit opposable la condition prévue à l'article L. 412-1. / Les liens mentionnés au premier alinéa sont appréciés notamment au regard de leur intensité, de leur ancienneté et de leur stabilité, des conditions d'existence de l'étranger, de son insertion dans la société française ainsi que de la nature de ses liens avec sa famille restée dans son pays d'origine ".

6. M. D soutient qu'il séjourne en France depuis qu'il est âgé de quinze ans. Il se prévaut de son insertion professionnelle et de la présence de sa fratrie sur le territoire national. Toutefois, le requérant est célibataire et sans charge de famille. Par ailleurs, il n'est pas dépourvu d'attaches familiales dans son pays d'origine où réside son père. En outre, il n'établit pas, qu'après avoir suivi des études en France, il ne pourrait pas exercer une activité professionnelle dans son pays d'origine. Dans ces conditions, en dépit de ses efforts d'insertion au sein de la société française, le requérant n'est pas fondé à soutenir que la préfète du Rhône aurait porté à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée en méconnaissance des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales. Pour les mêmes motifs, elle n'a pas davantage méconnu les dispositions de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Par suite, les moyens soulevés à ce titre doivent être écartés.

7. En cinquième lieu, aux termes de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger dont l'admission au séjour répond à des considérations humanitaires ou se justifie au regard des motifs exceptionnels qu'il fait valoir peut se voir délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention "salarié", "travailleur temporaire" ou "vie privée et familiale", sans que soit opposable la condition prévue à l'article

L. 412-1 ".

8. Pour les mêmes motifs que ceux exposés au point 6, la situation personnelle et familiale du requérant ne permet pas de caractériser des considérations humanitaires ou des motifs exceptionnels au sens des dispositions précitées de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Par suite, la préfète du Rhône n'a pas méconnu les dispositions précitées de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ni entaché sa décision d'une erreur manifeste d'appréciation en refusant l'admission exceptionnelle au séjour de M. D.

9. En dernier lieu, pour les mêmes motifs que ceux exposés au point 6, il ne ressort pas des pièces du dossier que la préfète du Rhône aurait entaché sa décision d'une erreur manifeste d'appréciation de ses conséquences sur sa situation personnelle et familiale du requérant.

10. Il résulte de tout ce qui précède que la requête de M. D doit être rejetée y compris ses conclusions aux fins d'injonction sous astreinte ainsi que celles tendant à l'application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de M. D est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. C D et à la préfète du Rhône.

Délibéré après l'audience du 4 juillet 2024, à laquelle siégeaient :

M. Segado, président,

M. Delahaye, premier conseiller,

Mme Bardad, première conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 18 juillet 2024.

La rapporteure,Le président,

N. BardadJ. Segado

La greffière,

F. Abdillah

La République mande et ordonne à la préfète du Rhône en ce qui la concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition,

Une greffière,

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