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AccueilJurisprudence administrativeN° TA69-2401818

Tribunal Administratif de Lyon — Décision N° TA69-2401818

vendredi 12 juillet 2024

JuridictionTribunal Administratif de Lyon
SectionTribunal Administratif de Lyon
N° DossierTA69-2401818
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation3ème chambre
Avocat requérantSCP ROBIN VERNET

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 22 février 2024, M. B A, représenté par Me Robin, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 7 février 2024 par lequel la préfète de l'Ain a refusé de lui délivrer un titre de séjour en indiquant qu'elle confirmait la décision du 29 novembre 2023 l'obligeant à quitter le territoire français et a prononcé une interdiction de retour sur le territoire français d'une durée d'un an ;

2°) d'enjoindre à la préfète de l'Ain de lui délivrer une carte de séjour portant la mention " salarié " ou, à défaut, de réexaminer sa situation, dans le délai de huit jours à compter de la notification du jugement à intervenir ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 500 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- la décision de refus de titre de séjour attaquée est entachée d'un défaut d'examen ;

- elle est insuffisamment motivée ;

- elle méconnaît l'article L. 421-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la préfète a commis une erreur manifeste d'appréciation dès lors qu'il a obtenu une autorisation de travail et dans l'application de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- elle a méconnu l'article L. 432-1-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- l'obligation de quitter le territoire français du 29 novembre 2023 a été abrogée en application des articles L. 242-1 et L. 242-5 du code des relations entre le public et l'administration, les préfectures du Rhône et de l'Ain ayant été saisies d'une demande de changement de statut en octobre 2023 et d'un recours gracieux contre la décision de refus de titre de séjour du 29 novembre 2023 ;

- la préfète a méconnu l'article L. 612-7 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

Par un courrier du 7 juin 2024, les parties ont été informées, sur le fondement de l'article R. 611-7 du code de justice administrative, que le tribunal était susceptible de relever d'office l'irrecevabilité des conclusions tendant à l'annulation de la confirmation de l'obligation de quitter le territoire français prise à l'encontre de M. A le 29 novembre 2023, qui n'est pas un acte faisant grief susceptible de recours.

En réponse, des observations, enregistrées le 18 juin 2024, ont été présentées pour M. A.

Par un mémoire en défense, enregistré le 24 juin 2024, la préfète de l'Ain conclut au rejet de la requête.

Elle fait valoir que :

- la confirmation de l'obligation de quitter le territoire français prise le 29 novembre 2023 n'est pas un acte faisant grief ;

- si c'est à tort qu'elle a opposé le motif tiré de ce que l'emploi en qualité d'employé de réception en établissement hôtelier était sans lien avec les études de l'intéressé pour refuser le titre de séjour sollicité, elle aurait pris la même décision en se fondant sur le motif tiré de ce qu'il n'a pas produit de visa long séjour ou de titre en cours de validité à l'appui de sa demande ;

- les autres moyens soulevés par M. A ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces du dossier ;

Vu :

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience ;

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Reniez,

- les conclusions de M. Reymond-Kellal, rapporteur public,

- et les observations de Me Lulé, représentant M. A, qui conclut aux mêmes fins que sa requête par les mêmes moyens ;

La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.

Considérant ce qui suit :

1. M. A, ressortissant tchadien, est arrivé en France en 2018 sous couvert d'un visa de long séjour pour poursuivre ses études. Il a obtenu des titres de séjour portant la mention " étudiant ". Par une décision du 29 novembre 2023, la préfète du Rhône a rejeté sa demande de renouvellement de ce titre et assorti sa décision d'une obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours. M. A, titulaire d'une autorisation de travail, a sollicité un titre de séjour portant la mention " salarié " auprès de la préfète de l'Ain. Il conteste l'arrêté du 7 février 2024 par lequel elle a refusé de lui délivrer un titre de séjour en indiquant confirmer l'obligation de quitter le territoire français du 29 novembre 2023 et lui a interdit de retourner sur le territoire français pour une durée d'un an.

Sur les conclusions dirigées contre la confirmation de l'obligation de quitter le territoire français :

2. En indiquant confirmer l'obligation de quitter le territoire français prise à l'encontre de M. A le 29 septembre 2023, la préfète de l'Ain a seulement entendu rappeler l'existence de cette mesure d'éloignement. Si l'intéressé soutient que cette mention doit être interprétée comme un refus d'abroger l'obligation de quitter le territoire français, il n'établit pas avoir sollicité explicitement son abrogation et le seul dépôt de la demande de titre de séjour ne peut être assimilé à une demande d'abrogation de la mesure d'éloignement sur laquelle la préfète aurait statué. Les conclusions tendant à l'annulation de la confirmation de l'obligation de quitter le territoire français, qui n'est pas une décision faisant grief susceptible de recours, sont par suite irrecevables.

Sur les conclusions tendant à l'annulation des décisions de refus de titre de séjour et portant interdiction de retour sur le territoire français :

3. Pour refuser de délivrer le titre sollicité sur le fondement de l'article L. 421-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, la préfète de l'Ain a retenu que l'emploi pour lequel M. A a obtenu une autorisation de travail est sans lien avec ses études. Elle s'est également fondée sur l'article L. 432-1-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile en relevant qu'il se maintenait sur le territoire français en dépit de l'obligation de quitter le territoire français prise à son encontre par le préfet du Rhône le 29 novembre 2023.

4. En premier lieu, aux termes de l'article L. 421-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger qui exerce une activité salariée sous contrat de travail à durée indéterminée se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " salarié " d'une durée maximale d'un an. / La délivrance de cette carte de séjour est subordonnée à la détention préalable d'une autorisation de travail, dans les conditions prévues par les articles L. 5221-2 et suivants du code du travail. / (). ".

5. Contrairement à ce qu'a estimé la préfète dans son arrêté, la délivrance d'un titre de séjour portant la mention " étudiant " n'est pas subordonnée à l'existence d'un lien entre l'emploi que l'intéressé veut exercer et ses études. Elle ne pouvait dès lors refuser de délivrer le titre sollicité pour ce motif. Par ailleurs, si elle sollicite une substitution de motifs en faisant valoir que M. A n'a pas produit de visa long séjour ou de titre en cours de validité à l'appui de sa demande, il ressort des termes mêmes de son arrêté qu'il est entré sur le territoire français avec un visa de long séjour. Par suite, la demande de substitution de motifs ne peut être accueillie.

6. En second lieu, aux termes de l'article L. 432-1-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " La délivrance ou le renouvellement d'une carte de séjour temporaire ou pluriannuelle peut, par une décision motivée, être refusé à tout étranger : / 1° N'ayant pas satisfait à l'obligation qui lui a été faite de quitter le territoire français dans les formes et les délais prescrits par l'autorité administrative ; / (). ".

7. Il est constant que M. A a obtenu une autorisation de travail le 28 novembre 2022, la veille de l'édiction de la mesure d'éloignement et il a déposé sa demande de titre de séjour portant la mention " salarié " pendant le délai de trente jours que la préfète du Rhône lui avait accordé pour quitter le territoire. Dans ces circonstances particulières, il est fondé à soutenir que la préfète de l'Ain a commis une erreur manifeste d'appréciation en faisant application des dispositions précitées de l'article L. 432-1-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile pour rejeter sa demande de titre de séjour.

8. Il résulte de ce qui précède, sans qu'il soit besoin d'examiner les autres moyens de la requête, que M. A est fondé à demander l'annulation de la décision du 7 février 2024 par laquelle la préfète de l'Ain a refusé de lui délivrer un titre de séjour. Il est par ailleurs fondé à demander, par voie de conséquence, l'annulation de la décision du même jour portant interdiction de retour sur le territoire français pendant une durée d'un an.

Sur les conclusions à fin d'injonction :

9. En raison du motif qui la fonde, l'annulation de l'arrêté attaqué implique nécessairement, compte tenu de l'absence de changements de circonstances de droit ou de fait y faisant obstacle, qu'une carte de séjour temporaire portant la mention " salarié " soit délivrée à M. A sur le fondement de l'article L. 911-1 du code de justice administrative. Il y a lieu d'enjoindre à la préfète de l'Ain de délivrer ce titre de séjour dans un délai de deux mois à compter de la notification du présent jugement.

Sur les frais du litige :

10. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 000 euros à verser à M. A au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

D E C I D E :

Article 1er : L'arrêté du 7 février 2024 par lequel la préfète de l'Ain a refusé de délivrer un titre de séjour à M. A et a prononcé à son encontre une interdiction de retour sur le territoire français d'une durée d'un an sont annulées.

Article 2 : Il est enjoint à la préfète de l'Ain de délivrer à M. A une carte de séjour portant la mention " salarié " dans un délai de deux mois à compter de la notification du présent jugement.

Article 3 : L'Etat versera à M. A une somme de 1 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 4 : Les conclusions de la requête sont rejetées pour le surplus.

Article 5 : Le présent jugement sera notifié à M. B A et à la préfète de l'Ain.

Délibéré après l'audience du 27 juin 2024, à laquelle siégeaient :

Mme Michel, présidente,

Mme Lacroix, première conseillère,

Mme Reniez, première conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 12 juillet 2024.

La rapporteure,La présidente,

E. ReniezC. Michel

La greffière,

K. Schult

La République mande et ordonne à la préfète de l'Ain en ce qui la concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition,

Un greffier,

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