mardi 27 février 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Lyon |
| Section | Tribunal Administratif de Lyon |
| N° Dossier | TA69-2401885 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Formation | ELOIGNEMENT |
| Avocat requérant | LEBEAUX |
Vu la procédure suivante :
Par une requête enregistrée le 24 février 2024 à 11h36, M. A B, demande au tribunal :
1°) de l'admettre au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire ;
2°) d'annuler l'arrêté du 22 février 2024 par lequel la préfète du Rhône a décidé de remise aux autorités allemandes ;
3°) d'enjoindre à la préfète du Rhône de réexaminer sa demande d'admission au séjour au titre de l'asile et de lui délivrer une attestation de demandeur d'asile dans le délai de soixante-douze heures ;
4°) de mettre à la charge de l'Etat une somme à verser à son conseil en application des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991.
Il soutient que
- le préfet doit justifier de la délégation consentie au signataire des décisions ;
- la décision de transfert est insuffisamment motivée et souffre d'un défaut d'examen de sa situation personnelle ;
- elle méconnaît l'article 4 du règlement n°604/2013/UE dès lors que les brochures A et B ne lui ont pas été remises dans une langue qu'il comprend ;
- elle méconnaît l'article 5 du règlement n°604/2013/UE dès lors qu'aucun entretien n'a été réalisé préalablement à la décision attaquée ; celui-ci n'a pas été réalisé confidentiellement, dans une langue qu'il comprend, et aucun résumé de cet entretien n'a été réalisé ;
- la préfète n'apporte pas la preuve de la transmission aux autorités allemandes de la requête aux fins de prise en charge ;
- elle méconnaît l'article 13 du règlement n°604/2013/UE dès lors qu'il a déposé une demande d'asile en Allemagne en novembre 2022, puis est revenu en France, est parti en Suisse où il a déposé une demande d'asile en novembre 2023.
Par un mémoire en défense, enregistré le 27 février 2024, la préfète du Rhône conclut au rejet de la requête.
Il fait valoir que :
- l'article 4 et 5 du règlement 604/2013 ne trouvent pas à s'appliquer dès lors que la demande de remise est fondée sur l'article 24 du règlement européen, l'intéressé n'ayant pas sollicité l'asile en France ;
- les moyens soulevés ne sont pas fondés.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique ;
- le code de justice administrative.
La présidente du tribunal a désigné Mme Lacroix pour statuer sur les litiges relatifs aux décisions portant mesure d'éloignement des ressortissants étrangers en application du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience publique.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de Mme Lacroix, magistrate désignée, ;
- les observations de Me Lebeaux, pour M. B, qui reprend les conclusions et moyens de la requête et soutient en outre que la décision de remise méconnaît l'article 17 du règlement n°604/2013/UE ;
- en présence de M. B, assisté de M. E, interprète,
- la préfète du Rhône n'étant ni présente, ni représentée.
La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.
Considérant ce qui suit :
1. M. A B, ressortissant algérien né le 2 août 2005, déclare être entré en France il y a quelques jours. A la suite de son interpellation ayant conduit à la vérification de son droit au séjour en France, la préfète du Rhône a, par l'arrêté attaqué du 22 février 2024, notifié le même jour à 17h45, décidé du transfert de l'examen de sa demande d'asile aux autorités allemandes. Par un arrêté du même jour, M. B a été placé en rétention administrative.
Sur l'aide juridictionnelle provisoire :
2. En raison de l'urgence résultant de l'application des dispositions de l'article L. 614-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, il y a lieu d'admettre M. B au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire, sur le fondement de l'article 20 de la loi du 10 juillet 1991 susvisée.
Sur les conclusions à fin d'annulation :
3. En premier lieu, la décision litigieuse a été signée par Mme D C, adjointe à la cheffe du bureau de l'éloignement, qui disposait d'une délégation de signature à cet effet par arrêté de la préfète du Rhône du 30 janvier 2024, régulièrement publié le lendemain au recueil des actes administratifs. Par suite, le moyen tiré de l'incompétence de la décision en litige doit être écarté.
4. En deuxième lieu, les décisions attaquées comportent les considérations de droit et de fait qui en constituent le fondement. Elles sont ainsi suffisamment motivées.
5. En troisième lieu, il ne ressort ni des termes de l'arrêté attaqué, ni d'aucune autre pièce du dossier, que la préfète n'aurait pas procédé à un examen sérieux et complet de la situation personnelle de M. B.
6. En quatrième lieu, aux termes des dispositions de l'article L. 742-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile désormais reprises à l'article L. 572-1 du même code: " Sous réserve du troisième alinéa de l'article L. 571-1, l'étranger dont l'examen de la demande d'asile relève de la responsabilité d'un autre Etat peut faire l'objet d'un transfert vers l'Etat responsable de cet examen. Toute décision de transfert fait l'objet d'une décision écrite motivée prise par l'autorité administrative. Cette décision est notifiée à l'intéressé. Elle mentionne les voies et délais de recours ainsi que le droit d'avertir ou de faire avertir son consulat, un conseil ou toute personne de son choix. Lorsque l'intéressé n'est pas assisté d'un conseil, les principaux éléments de la décision lui sont communiqués dans une langue qu'il comprend ou dont il est raisonnable de penser qu'il la comprend. ". Aux termes de l'article 4 du règlement 604/2013/UE : " 1. Dès qu'une demande de protection internationale est introduite au sens de l'article 20, paragraphe 2, dans un État membre, ses autorités compétentes informent le demandeur de l'application du présent règlement, et notamment : () ". Aux termes de l'article 5 du même règlement : " 1. Afin de faciliter le processus de détermination de l'État membre responsable, l'État membre procédant à cette détermination mène un entretien individuel avec le demandeur. Cet entretien permet également de veiller à ce que le demandeur comprenne correctement les informations qui lui sont fournies conformément à l'article 4. 2. L'entretien individuel peut ne pas avoir lieu lorsque: a) le demandeur a pris la fuite; ou b) après avoir reçu les informations visées à l'article 4, le demandeur a déjà fourni par d'autres moyens les informations pertinentes pour déterminer l'État membre responsable. L'État membre qui se dispense de mener cet entretien donne au demandeur la possibilité de fournir toutes les autres informations pertinentes pour déterminer correctement l'État membre responsable avant qu'une décision de transfert du demandeur vers l'État membre responsable soit prise conformément à l'article 26, paragraphe 1 ". Aux termes de l'article 24 du même règlement : " 1. Lorsqu'un État membre sur le territoire duquel une personne visée à l'article 18, paragraphe 1, point b), c) ou d), se trouve sans titre de séjour et auprès duquel aucune nouvelle demande de protection internationale n'a été introduite estime qu'un autre État membre est responsable conformément à l'article 20, paragraphe 5, et à l'article 18, paragraphe 1, point b), c) ou d), il peut requérir cet autre État membre aux fins de reprise en charge de cette personne. "
7. Pour prononcer la remise de M. B aux autorités allemandes sur le fondement des dispositions précitées, la préfète du Rhône a relevé que suite au relevé des empreintes de l'intéressé le 13 janvier 2024, il s'est avéré que celui-ci a déposé une demande d'asile en Allemagne et que les autorités allemandes, saisies d'une demande de reprise en charge en date du 15 janvier 2024 sur le fondement de l'article 24 du règlement 604/2013, ont délivré le 15 février 2024 un accord explicite pour la réadmission de l'intéressé sur leur territoire.
8. D'une part, si M. B fait valoir qu'il a été privé du droit à l'information prévu à l'article 4 du règlement n°604/2013, il est constant que l'intéressé n'a pas sollicité de protection internationale en France au sens de ces dispositions, la décision litigieuse ayant d'ailleurs été prise sur le fondement de l'article 24 du règlement n°604/2013. Par suite, le requérant ne peut utilement se prévaloir de la méconnaissance de l'article 4 du règlement n°604/2013.
9. D'autre part, ainsi qu'il a été dit précédemment, il est constant que M. B n'a pas sollicité l'asile en France. Dans ces conditions, les dispositions précitées de l'article 5 du règlement n°604/2013, prévoyant l'organisation obligatoire d'un entretien individuel avec le demandeur d'une protection internationale afin de faciliter le processus de détermination de l'État membre responsable de sa demande et de vérifier que le demandeur comprenne correctement les informations qui lui sont fournies conformément à l'article 4, n'étaient pas non plus applicables à sa situation. M. B ne peut, par suite, utilement se prévaloir de la méconnaissance de ces dispositions.
10. En cinquième lieu, ainsi qu'il a été dit, la préfète justifie de l'envoi aux autorités allemandes d'une requête à fin de reprise en charge le 15 janvier 2024.
11. En dernier lieu, aux termes de l'article 17 du règlement du 26 juin 2013 susvisé : " 1. Par dérogation à l'article 3, paragraphe 1, chaque État membre peut décider d'examiner une demande de protection internationale qui lui est présentée par un ressortissant de pays tiers ou un apatride, même si cet examen ne lui incombe pas en vertu des critères fixés dans le présent règlement. / L'État membre qui décide d'examiner une demande de protection internationale en vertu du présent paragraphe devient l'État membre responsable et assume les obligations qui sont liées à cette responsabilité. () 2. L'État membre dans lequel une demande de protection internationale est présentée et qui procède à la détermination de l'État membre responsable, ou l'État membre responsable, peut à tout moment, avant qu'une première décision soit prise sur le fond, demander à un autre État membre de prendre un demandeur en charge pour rapprocher tout parent pour des raisons humanitaires fondées, notamment, sur des motifs familiaux ou culturels, même si cet autre État membre n'est pas responsable au titre des critères définis aux articles 8 à 11 et 16. Les personnes concernées doivent exprimer leur consentement par écrit. ".
12. Si M. B soutient craindre pour sa vie en Allemagne, il ne produit aucune pièce justifiant de la réalité de ses déclarations. Par suite, en refusant de faire application de la clause discrétionnaire, la préfète du Rhône n'a pas commis d'erreur manifeste d'appréciation.
13. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions présentées à fin d'annulation de l'arrêté du 22 février 2024, par lequel la préfète du Rhône a décidé du transfert de l'examen de la demande d'asile de M. B aux autorités allemandes doivent être rejetées, ainsi que, par voie de conséquence les conclusions présentées à fin d'injonction et au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
D E C I D E :
Article 1er : M. B est admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire.
Article 2 : La requête de M. B est rejetée.
Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. A B et à la préfète du Rhône.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 27 février 2024.
La magistrate désignée,
A. LacroixLe greffier,
T. Clément
La République mande et ordonne à la préfète du Rhône en ce qui la concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
Un greffier,
N°2401885
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026