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AccueilJurisprudence administrativeN° TA69-2401899

Tribunal Administratif de Lyon — Décision N° TA69-2401899

jeudi 18 juillet 2024

JuridictionTribunal Administratif de Lyon
SectionTribunal Administratif de Lyon
N° DossierTA69-2401899
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
Formation6ème chambre
Avocat requérantGALICHET

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 22 février 2024, M. A B, représenté par Me Galichet, doit être regardé comme demandant au tribunal :

1°) d'annuler les décisions du 22 septembre 2023 par lesquelles le préfet de la Loire a refusé de lui délivrer un certificat de résidence, l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de 30 jours, a fixé le pays à destination duquel il pourra être éloigné d'office et lui a interdit de retourner sur le territoire français pour une durée de deux mois ;

2°) d'enjoindre au préfet de la Loire de lui délivrer un certificat de résidence d'une durée d'un an portant la mention "salarié " ou à défaut " vie privée et familiale ", dans un délai d'un mois à compter de la notification du jugement, sous astreinte de 100 euros par jour de retard, ou à titre subsidiaire, de réexaminer sa situation dans un délai d'un mois dans le même délai et sous la même astreinte ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat le versement à son bénéfice de la somme de 1 500 euros au titre des dispositions combinées de l'article L. 761-1 du code de justice administrative, ou à titre subsidiaire le versement à son conseil de la même somme sur le fondement de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991, sous réserve de son renoncement au bénéfice de l'aide juridictionnelle.

Il soutient que :

- les décisions sont entachées d'incompétence ;

- elles sont insuffisamment motivées ;

- le préfet de la Loire n'a pas procédé à l'instruction de la demande d'autorisation de travail présentée par son employeur et ainsi méconnu les stipulations de l'article 7 b) de l'accord franco-algérien ainsi que les dispositions des articles R. 5221-1, R. 5221-14, R. 5221-15 et R. 5221-17 du code du travail ; la décision de refus de titre méconnaît les stipulations des articles 6-5, 7 b) de l'accord franco-algérien, celles de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ainsi que celles de l'article 3-1 de la convention internationale des droits de l'enfant ; elle méconnaît les dispositions de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ; elle est entachée d'un défaut d'examen réel et sérieux de sa situation, faute pour le préfet d'avoir examiné sa demande sur le fondement de son pouvoir général de régularisation ; elle est entachée d' une erreur manifeste d'appréciation dans la mise en œuvre de ce pouvoir de régularisation ; elle est entachée d'erreur manifeste d'appréciation des conséquences sur sa situation ;

- les décisions portant obligation de quitter le territoire français et interdiction de retour sur le territoire français méconnaissent les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ainsi que celles de l'article 3-1 de la convention internationale des droits de l'enfant ; elles sont entachées d'erreur manifeste d'appréciation quant à leurs conséquences sur sa situation personnelle.

La requête a été communiquée au préfet de la Loire qui n'a pas produit de mémoire en défense.

M. B a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du bureau d'aide juridictionnelle du 12 janvier 2024.

Vu les autres pièces du dossier ;

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- la convention internationale des droits de l'enfant ;

- l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968, modifié ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

Le président de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

A été entendu au cours de l'audience publique le rapport de M. Delahaye, premier conseiller.

Considérant ce qui suit :

1. M. A B, ressortissant algérien né le 10 juillet 1983, déclare être entré en France le 9 juillet 2017, alors accompagné de son épouse et de leurs deux enfants mineurs, a sollicité le 22 décembre 2022 la délivrance d'un certificat de résidence sur le fondement des stipulations des articles 7 b) et 6-5 de l'accord franco-algérien ainsi qu'au titre de l'admission exceptionnelle au séjour. Par les décisions attaquées du 22 septembre 2023, le préfet de la Loire a refusé de lui délivrer un certificat de résidence, l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de 30 jours a fixé le pays à destination duquel il pourra être éloigné d'office et lui a interdit de retourner sur le territoire français pour une durée de deux mois.

Sur l'ensemble des décisions :

2. En premier lieu, les décisions litigieuses du 22 septembre 2023 ont été signées par M. Dominique Schuffenecker, secrétaire général, qui a reçu délégation à cet effet par un arrêté du préfet de la Loire du 13 juillet 2023, publié au recueil des actes administratifs spécial de la préfecture du 24 juillet suivant, librement accessible tant au juge qu'aux parties. Par suite, le moyen tiré de l'incompétence des décisions contestées doit être écarté.

3. En deuxième lieu, les décisions attaquées comportent les considérations de droit et de fait qui les fondent au regard notamment de la demande d'admission exceptionnelle au séjour formulée par l'intéressé. Elles sont, par suite, suffisamment motivées.

Sur la décision de refus de séjour :

4. En premier lieu, aux termes de l'article 7 de l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968 modifié : " Les dispositions du présent article et celles de l'article 7 bis fixent les conditions de délivrance du certificat de résidence aux ressortissants algériens autres que ceux visés à l'article 6 nouveau, ainsi qu'à ceux qui s'établissent en France après la signature du premier avenant à l'accord () b) Les ressortissants algériens désireux d'exercer une activité professionnelle salariée reçoivent après le contrôle médical d'usage et sur présentation d'un contrat de travail visé par les services du ministre chargé de l'emploi, un certificat de résidence valable un an pour toutes professions et toutes régions, renouvelable et portant la mention "salarié", cette mention constitue l'autorisation de travail exigée par la législation française () ". Aux termes de l'article 9 du même accord : " Pour être admis à entrer et séjourner plus de trois mois sur le territoire français au titre des articles 4, 5, 7, 7 bis al. 4 (lettre c et d) et du titre III du protocole, les ressortissants algériens doivent présenter un passeport en cours de validité muni d'un visa de long séjour délivré par les autorités françaises. ". Aux termes de l'article L. 5221-2 du code du travail : " Pour entrer en France en vue d'y exercer une profession salariée, l'étranger présente : / 1° Les documents et visas exigés par les conventions internationales et les règlements en vigueur ; / 2° Un contrat de travail visé par l'autorité administrative ou une autorisation de travail. ".

5. Pour refuser la délivrance d'un certificat de résidence algérien portant la mention " salarié " à Mme B sur le fondement des stipulations précitées de l'article 7 b) de l'accord franco-algérien, le préfet de la Loire a relevé que si l'intéressé est salarié de la SAS RBV SVS Groupe La Talaudière depuis le 13 septembre 2021 comme ouvrier poseur en CDI à temps plein et s'il produit la copie de son contrat de travail et ses bulletins de paie ainsi qu'un formulaire CERFA de demande d'autorisation de travail établi le 18 novembre 2022, renouvelé le 12 mai 2023, d'une part, il ne justifie pas être entré muni d'un visa long séjour et, d'autre part, la demande d'autorisation de travail souscrite par son employeur ne respecte pas les conditions prévues aux articles R. 5221-12 et suivants du code du travail, via la téléprocédure.

6. Si M. B fait valoir que le préfet de la Loire n'a pas procédé à l'instruction de la demande d'autorisation de travail présentée par son employeur, que sa demande ne peut être déposée en téléprocédure dès lors qu'il réside en France et que la décision en litige a ainsi méconnu les stipulations de l'article 7 b) de l'accord franco-algérien ainsi que les dispositions des articles R. 5221-1, R. 5221-14, R. 5221-15 et R. 5221-17 du code du travail, il résulte de ce qui a été dit précédemment que la décision en litige est également fondée sur la circonstance que M. B ne justifie pas d'un visa long séjour, ce qui n'est pas contesté par le requérant, et que le préfet de la Loire aurait pris la même décision s'il s'était fondé sur ce seul motif.

7. En deuxième lieu, aux termes de l'article 6 de l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968 : " () Le certificat de résidence d'un an portant la mention " vie privée et familiale " est délivré de plein droit :() / 5. Au ressortissant algérien, qui n'entre pas dans les catégories précédentes ou dans celles qui ouvrent droit au regroupement familial, dont les liens personnels et familiaux en France sont tels que le refus d'autoriser son séjour porterait à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée au regard des motifs du refus ; (). ". Aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale (). ". Aux termes de l'article 3-1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant du 26 janvier 1990 : " Dans toutes les décisions qui concernent les enfants, qu'elles soient le fait des institutions publiques ou privées de protection sociale, des tribunaux, des autorités administratives ou des organes législatifs, l'intérêt supérieur de l'enfant doit être une considération primordiale. "

8. M. B fait valoir qu'il vit en France depuis le 9 juillet 2017 avec son épouse et leurs deux enfants nées en 2012 et 2014, que leurs deux autres enfants sont nés en France en 2019 et 2020, qu'il travaille habituellement depuis le mois de septembre 2020 et occupe en dernier lieu un emploi d'ouvrier poseur en contrat à durée indéterminée depuis le 10 septembre 2021 et qu'il est titulaire d'une diplôme de menuisier poseur obtenu en Algérie où il a travaillé pendant six ans en qualité de salarié. Toutefois, si l'intéressé démontre sa volonté d'intégration par le travail, il ressort des pièces du dossier que son épouse réside également irrégulièrement sur le territoire français depuis 2017, qu'elle a fait l'objet d'une décision du même jour de refus de séjour assortie d'une mesure d'éloignement, et que l'intéressé ne fait état d'aucun obstacle à la poursuite de sa vie privée et familiale et de la scolarité de ses enfants dans son pays d'origine, commun à celui de son épouse, où il dispose d'une qualification en menuiserie bois et pose de verre et d'une expérience professionnelle lui permettant de s'y insérer professionnellement. Enfin, l'intéressé n'est pas dépourvu d'attaches familiales dans son pays d'origine où vivent notamment ses quatre frères, sa sœur et son père et où il a lui-même vécu jusqu'à l'âge de 36 ans. Compte tenu de l'ensemble de ces éléments, M. B n'est pas fondé en l'espèce à soutenir que la décision en litige aurait porté à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée par rapport aux buts en vue desquels elle a été prise, ni qu'elle aurait méconnu l'intérêt supérieur de ses enfants. Par suite, les moyens tirés de la méconnaissance des stipulations du 5) de l'article 6 de l'accord franco-algérien, de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et de celles de l'article 3-1 de la convention internationale des droits de l'enfant doivent être écartés. En l'absence d'autre élément, la décision litigieuse n'est pas davantage entachée d'erreur manifeste dans l'appréciation des conséquences de la décision sur la situation personnelle de l'intéressé.

9. En troisième lieu, M. B ne peut utilement se prévaloir de la méconnaissance des dispositions de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile dès lors qu'il ne relève que de l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968 modifié qui régit de manière complète les conditions dans lesquelles les ressortissants algériens peuvent être admis à séjourner en France, ainsi que les règles concernant la nature des titres de séjour qui peuvent leur être délivrés. En outre, contrairement à ce que fait valoir le requérant, il ressort des termes de la décision en litige que le préfet de la Loire a examiné la possibilité de faire usage de son pouvoir général de régularisation.

10. Eu dernier lieu, eu égard à ce qui a été dit précédemment sur la vie privée et familiale du requérant, ainsi que sur son insertion en France, et en l'absence d'autre élément, il ne ressort pas des pièces du dossier que le préfet de la Loire aurait en l'espèce commis une erreur manifeste d'appréciation en refusant de faire usage de son pouvoir de régularisation.

Sur les décisions portant obligation de territoire français et interdiction de retour sur le territoire français :

11. En l'absence d'élément spécifique aux décisions portant obligation de territoire français et interdiction de retour sur le territoire français, les moyens tirés de la méconnaissance des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et de celles de l'article 3-1 de la convention internationale des droits de l'enfant doivent être écartés pour les mêmes motifs que précédemment. Les décisions en litige ne sont pas davantage entachées d'erreur manifeste dans l'appréciation de leurs conséquences sur la situation personnelle de l'intéressé.

12. Il résulte de l'ensemble de ce qui précède que les conclusions aux fins d'annulation présentées par M. B doivent être rejetées, ainsi que, par voie de conséquence, ses conclusions aux fins d'injonction et celles présentées sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

D E C I D E:

Article 1er : La requête de M. B est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. A B et au préfet de la Loire.

Délibéré après l'audience du 4 juillet 2024, à laquelle siégeaient :

M. Segado, président,

M. Delahaye, premier conseiller,

Mme Bardad, première conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 18 juillet 2024.

Le rapporteur,

L. DelahayeLe président,

J. Segado

La greffière,

F. Abdillah

La République mande et ordonne au préfet de la Loire en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition,

Une greffière,

N°2401899

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