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AccueilJurisprudence administrativeN° TA69-2401902

Tribunal Administratif de Lyon — Décision N° TA69-2401902

jeudi 18 juillet 2024

JuridictionTribunal Administratif de Lyon
SectionTribunal Administratif de Lyon
N° DossierTA69-2401902
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
Formation6ème chambre
Avocat requérantDEME

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire enregistrés les 22 février et 6 mars 2024, Mme C D, représentée par Me Deme, demande au tribunal :

1°) d'annuler les décisions du 8 janvier 2024 par lesquelles la préfète du Rhône a refusé de lui délivrer un titre de séjour, lui a fait obligation de quitter le territoire à la date du 15 juillet 2024 et a fixé le pays de destination ;

2°) d'enjoindre à la préfète du Rhône de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour sans délai à compter de la décision à intervenir et, à titre principal, de lui délivrer un titre de séjour portant la mention " étudiant " dans le délai d'un mois à compter de la décision à intervenir ou, à titre subsidiaire, de réexaminer sa situation ;

3°) de mettre à la charge de l'État une somme de 1 600 euros en application des dispositions de l'article L.761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.

Elle soutient que :

- les décisions attaquées ont été signées par une autorité incompétente ;

- elles sont entachées d'erreur de droit, d'erreur manifeste d'appréciation et d'un défaut d'examen de sa situation personnelle ;

- le refus de titre de séjour méconnaît les dispositions de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ; la préfète n'établit pas qu'elle serait dépourvue d'attaches familiales dans son pays d'origine ;

- il méconnaît les dispositions de l'article L. 422-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- il est entaché d'une erreur manifeste d'appréciation au regard de sa situation personnelle ;

- l'obligation de quitter le territoire est illégale compte tenu de l'illégalité du refus de délivrance d'un titre de séjour ;

- elle est entachée d'une insuffisance de motivation et d'un défaut d'examen au regard du 2° de l'article L. 611-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- elle risque d'être exposée à des conflits en cas de retour dans son pays d'origine.

La requête a été communiquée le 27 février 2024 à la préfète du Rhône qui n'a pas produit d'observations en défense.

Par une ordonnance du 21 mai 2024, la clôture de l'instruction a été fixée au 6 juin 2024.

Mme D a été admise à l'aide juridictionnelle totale par une décision du 21 mars 2024.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n°91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

Le président de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le rapport de Mme Bardad, première conseillère, a été entendu au cours de l'audience publique.

Considérant ce qui suit :

1. Mme C D, ressortissante arménienne née le 30 juillet 2004, est entrée irrégulièrement en France, le 4 septembre 2017. Elle a sollicité, le 24 mai 2022, un titre de séjour sur le fondement de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Par des décisions du 8 janvier 2024, la préfète du Rhône a refusé de lui délivrer un titre de séjour, lui a fait obligation de quitter le territoire français à la date du 15 juillet 2024 et a fixé le pays de destination. Par la présente requête, Mme D demande l'annulation de ces décisions.

Sur les conclusions aux fins d'annulation :

En ce qui concerne les moyens communs aux décisions attaquées :

2. En premier lieu, les décisions attaquées ont été signées par Mme A B, directrice adjointe des migrations et de l'intégration en vertu d'une délégation de signature consentie par un arrêté du 30 novembre 2023 de la préfète du Rhône publié au recueil des actes administratifs spécial de la préfecture du Rhône le même jour, accessible au juge et aux parties. Par suite, le moyen tiré de l'incompétence de l'auteure des décisions en litige doit être écarté.

3. En second lieu, il ne ressort pas des pièces du dossier ni des motifs des décisions attaquées que la préfète du Rhône n'aurait pas procédé à un examen particulier de la situation personnelle de la requérante. Par suite, le moyen tiré de l'erreur de droit doit être écarté.

En ce qui concerne le refus de titre de séjour :

4. En premier lieu, aux termes de l'article L. 422-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger qui établit qu'il suit un enseignement en France ou qu'il y fait des études et qui justifie disposer de moyens d'existence suffisants se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " étudiant " d'une durée inférieure ou égale à un an. / En cas de nécessité liée au déroulement des études ou lorsque l'étranger a suivi sans interruption une scolarité en France depuis l'âge de seize ans et y poursuit des études supérieures, l'autorité administrative peut accorder cette carte de séjour sous réserve d'une entrée régulière en France et sans que soit opposable la condition prévue à l'article L. 412-1 ".

5. Pour refuser de délivrer un titre de séjour à la requérante sur le fondement de ces dispositions, la préfète du Rhône a constaté que Mme D ne présentait pas un passeport revêtu d'un visa de long séjour et ne justifiait pas ainsi d'une entrée régulière sur le territoire français.

6. La requérante, qui ne justifie pas d'une entrée régulière sur le territoire français, ne peut ainsi prétendre à la délivrance de la carte de séjour temporaire portant la mention " étudiant " prévue par les dispositions précitées de l'article L. 422-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Dans ces conditions, sans qu'il soit besoin d'examiner si l'intéressée satisfaisait ou non aux autres conditions auxquelles les dispositions précitées de l'article L. 422-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile subordonnent la délivrance de ce titre de séjour, le moyen tiré de la méconnaissance de ces dispositions doit être écarté.

7. En second lieu, aux termes de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger qui n'entre pas dans les catégories prévues aux articles L. 423-1, L. 423-7, L. 423-14, L. 423-15, L. 423-21 et L. 423-22 ou dans celles qui ouvrent droit au regroupement familial, et qui dispose de liens personnels et familiaux en France tels que le refus d'autoriser son séjour porterait à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée au regard des motifs du refus, se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention "vie privée et familiale" d'une durée d'un an, sans que soit opposable la condition prévue à l'article L. 412-1. / Les liens mentionnés au premier alinéa sont appréciés notamment au regard de leur intensité, de leur ancienneté et de leur stabilité, des conditions d'existence de l'étranger, de son insertion dans la société française ainsi que de la nature de ses liens avec sa famille restée dans son pays d'origine () ".

8. Mme D est entrée irrégulièrement sur le territoire français, le 4 septembre 2017, selon ses déclarations, accompagnée de ses parents et de sa sœur née en 2014. Toutefois, le séjour en France de la requérante est récent. Elle est célibataire et sans charge de famille. Mme D ne justifie pas d'une intégration particulière en France en dépit des études dont elle se prévaut. Par ailleurs, ses parents font l'objet d'une mesure d'éloignement. Aucune circonstance ne fait obstacle à ce que Mme D poursuive ses études dans son pays d'origine et que la cellule familiale se reconstitue, le cas échéant, en Arménie, dès lors que tous les membres de la famille ont la même nationalité quand bien même la préfète n'aurait pas démontré ainsi qu'elle le prétend qu'elle serait dépourvue d'attaches familiales dans son pays d'origine. Dans ces conditions, compte tenu des conditions du séjour en France de la requérante, la décision de refus de titre de séjour ne porte pas à son droit au respect de la vie privée et familiale une atteinte disproportionnée aux buts en vue desquels elle a été prise. Par suite, cette décision ne méconnaît pas les dispositions de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Pour les mêmes motifs, la préfète du Rhône, en refusant de lui délivrer un titre de séjour, n'a pas commis d'erreur manifeste dans l'appréciation des conséquences de cette décision sur la situation personnelle de l'intéressée.

En ce qui concerne l'obligation de quitter le territoire français :

9. En premier lieu, il résulte de ce qui précède que le moyen tiré de ce que la décision obligeant Mme D à quitter le territoire français doit être annulée par voie de conséquence de l'illégalité de la décision portant refus de titre de séjour qui lui a été opposée, ne peut qu'être écarté.

10. En deuxième lieu, il résulte des dispositions de l'article L. 613-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile que, dans le cas prévu au 3° de l'article L. 611-1, la décision portant obligation de quitter le territoire français n'a pas à faire l'objet d'une motivation distincte de celle de la décision relative au séjour. En l'espèce, alors que la décision attaquée portant refus de titre de séjour comporte, de manière suffisante, l'énoncé des considérations de droit et de fait qui la fondent, la mesure d'éloignement en litige, qui vise le 3° de l'article L. 611-1, est, par suite, suffisamment motivée.

11. En troisième lieu, aux termes de l'article L. 611-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile en vigueur à la date de la décision attaquée : " Ne peuvent faire l'objet d'une décision portant obligation de quitter le territoire français : () 2° L'étranger qui justifie par tous moyens résider habituellement en France depuis qu'il a atteint au plus l'âge de treize ans () ".

12. Mme D fait valoir qu'elle est entrée sur le territoire français, le 4 septembre 2017, à l'âge de treize ans et un mois. La requérante, née le 30 juillet 2004, n'est ainsi pas entrée en France avant l'âge de treize ans. Par suite, elle n'est pas fondée à soutenir qu'elle ne pouvait légalement faire l'objet d'une obligation de quitter le territoire français.

13. En quatrième lieu, la requérante ne peut utilement se prévaloir à l'encontre de la mesure d'éloignement prononcée à son encontre du fait qu'elle serait exposée à des traitements inhumains ou dégradants en cas de retour dans son pays d'origine. Par suite, le moyen est inopérant et doit être écarté.

En ce qui concerne la décision fixant le pays de destination :

14. A supposer que Mme D ait entendu soutenir qu'elle serait exposée à des traitements inhumains ou dégradants en cas de retour en Arménie, elle ne fait état d'aucun élément précis ni circonstancié. Elle n'établit pas ainsi qu'elle encourait des risques en cas de retour dans son pays d'origine. Par suite, le moyen doit être écarté.

15. Il résulte de tout ce qui précède que la requête de Mme D doit être rejetée y compris ses conclusions aux fins d'injonction sous astreinte ainsi que celles tendant à l'application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de Mme D est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à Mme C D et à la préfète du Rhône.

Délibéré après l'audience du 4 juillet 2024, à laquelle siégeaient :

M. Segado, président,

M. Delahaye, premier conseiller,

Mme Bardad, première conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 18 juillet 2024.

La rapporteure,

N. BardadLe président,

J. Segado

La greffière,

F. Abdillah

La République mande et ordonne à la préfète du Rhône en ce qui la concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition,

Une greffière,

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