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AccueilJurisprudence administrativeN° TA69-2401904

Tribunal Administratif de Lyon — Décision N° TA69-2401904

jeudi 18 juillet 2024

JuridictionTribunal Administratif de Lyon
SectionTribunal Administratif de Lyon
N° DossierTA69-2401904
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
Formation6ème chambre
Avocat requérantBROCARD

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 22 février 2024, Mme D A, représentée par Me Brocard, demande au tribunal :

1°) d'annuler les décisions du 4 décembre 2023 par lesquelles la préfète du Rhône a refusé de lui délivrer un titre de séjour, lui a fait obligation de quitter le territoire dans un délai de trente jours et a fixé le pays de destination ;

2°) d'enjoindre à la préfète du Rhône, à titre principal, de lui délivrer un titre de séjour mention " salarié " dans le délai d'un mois à compter de la décision à intervenir sous astreinte de 50 euros par jour à titre subsidiaire, de réexaminer sa situation sous les mêmes conditions de délai et d'astreinte et de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour avec autorisation de travail ;

3°) de mettre à la charge de l'État une somme de 1 500 euros hors taxes à verser à son conseil en application des dispositions des articles L.761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique, à charge pour ce dernier de renoncer à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'Etat au titre de l'aide juridictionnelle.

Elle soutient que :

- le refus de délivrance d'un titre de séjour et l'obligation de quitter le territoire français ont été signés par une autorité incompétente ;

- le refus de titre de séjour est entaché d'un défaut de motivation et d'examen de sa situation personnelle ;

- il méconnaît les dispositions de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile dès lors que la préfète a considéré qu'elle ne remplissait pas les conditions fixées par ces dispositions au motif qu'elle avait cessé de progresser dans ses études et qu'elle ne disposait pas d'une autorisation de travail ;

- il est entaché d'une erreur manifeste d'appréciation ;

- l'obligation de quitter le territoire français est illégale compte tenu de l'illégalité du refus de délivrance du titre de séjour ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation.

La requête a été communiquée le 27 février 2024, à la préfète du Rhône qui n'a pas produit d'observations en défense.

Par une ordonnance du 21 mai 2024, la clôture de l'instruction a été fixée au 6 juin 2024.

Mme A a été admise à l'aide juridictionnelle totale par une décision du 25 janvier 2024.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

Le président de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le rapport de Mme Bardad, première conseillère, a été entendu au cours de l'audience publique.

Considérant ce qui suit :

1. Mme D A, ressortissante éthiopienne née le 15 mars 1996, est entrée en France, le 11 août 2014, sous couvert d'un passeport revêtu d'un visa de long séjour portant la mention " étudiant " afin de poursuivre des études supérieures. Elle a obtenu des titres de séjour renouvelés jusqu'au 31 décembre 2022. Mme A a sollicité, le 2 novembre 2023, un titre de séjour sur le fondement de l'article L. 422-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Par des décisions du 4 décembre 2023, la préfète du Rhône a refusé de lui délivrer un titre de séjour, lui a fait obligation de quitter le territoire dans un délai de trente jours et a fixé le pays de destination. Par la présente requête, Mme A demande l'annulation de ces décisions.

Sur les conclusions aux fins d'annulation :

2. En premier lieu, les décisions contestées portant refus de délivrance d'un titre de séjour et obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours ont été signées par Mme B C, directrice des migrations, de l'intégration, qui disposait d'une délégation de signature à cet effet consentie par un arrêté du 30 novembre 2023 de la préfète du Rhône, publié le même jour au recueil des actes administratifs de la préfecture. Par suite, le moyen tiré de ce que les décisions attaquées auraient été signées par une autorité incompétente doit être écarté.

3. En deuxième lieu, la décision attaquée portant refus de titre de séjour, qui comporte l'énoncé des considérations de droit et de fait qui la fondent, est suffisamment motivée. Par ailleurs, cette motivation ne révèle aucun défaut d'examen particulier de la situation personnelle de Mme A.

4. En troisième lieu, aux termes de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger dont l'admission au séjour répond à des considérations humanitaires ou se justifie au regard des motifs exceptionnels qu'il fait valoir peut se voir délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " salarié ", " travailleur temporaire " ou " vie privée et familiale ", sans que soit opposable la condition prévue à l'article L. 412-1. () ".

5. Il ressort des pièces du dossier qu'après avoir refusé de délivrer un titre de séjour à Mme A d'une part, sur le fondement de l'article L. 422-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile au motif qu'elle ne satisfaisait pas à la condition de diplôme prévue par ces dispositions et d'autre part, sur le fondement de l'article L. 421-1 du même code dès lors qu'elle ne disposait pas d'une autorisation de travail, la préfète du Rhône a examiné si l'intéressée pouvait bénéficier d'un titre de séjour sur le fondement des dispositions de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

6. En l'espèce, Mme A se prévaut de la durée de son séjour en France depuis plus de neuf ans, de ses compétences, de son expérience professionnelle et du fait qu'elle disposait d'un contrat de travail. Toutefois, il ressort des pièces du dossier que la requérante est entrée en France, le 11 août 2014, et qu'elle a obtenu des titres de séjour mention " étudiant " jusqu'au 31 octobre 2022 dont elle a demandé le renouvellement le 2 novembre 2023. Or, les titres de séjour, dont elle a bénéficié en qualité d'étudiante, ne lui donnaient pas vocation à résider durablement sur le territoire. En outre, la durée de son séjour en France et la promesse d'embauche dont elle se prévaut ne sauraient, à elles seules, justifier son admission exceptionnelle au séjour. Par ailleurs, Mme A est célibataire et sans charge de famille. Elle a vécu dans son pays d'origine jusqu'à l'âge de dix-huit ans. Aucune circonstance ne fait obstacle à ce qu'elle poursuive sa vie privée et familiale en Ethiopie où résident notamment son père et son frère, pays dans lequel elle pourra exercer une activité professionnelle. L'autorité administrative a ainsi considéré à bon droit, après avoir pris en compte l'ensemble des éléments relatifs à la situation personnelle de Mme A, qu'elle ne relevait pas du champ d'application de ces dispositions dès lors que sa situation ne répondait pas à des considérations humanitaires ou à des motifs exceptionnels justifiant une admission exceptionnelle. Contrairement à ce que soutient la requérante, la préfète du Rhône ne s'est pas exclusivement fondée sur la circonstance qu'elle n'avait pas suffisamment progressé dans ses études ni sur le fait qu'elle disposait pas d'une autorisation de travail pour refuser de lui délivrer un titre de séjour sur le fondement de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile alors qu'elle s'est livrée à une appréciation de l'ensemble de la situation personnelle de l'intéressée. Dans ces conditions, Mme A ne peut soutenir que la préfète se serait uniquement fondée sur son parcours universitaire et sa situation professionnelle pour refuser de lui délivrer un titre de séjour sur le fondement de l'article L. 435-1 précité. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance de ces dispositions et de l'erreur de droit doit être écarté. Pour les mêmes motifs, en refusant de régulariser la situation de Mme A en vertu des dispositions de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, la préfète du Rhône n'a commis aucune erreur manifeste dans l'appréciation des conséquences de sa décision sur la situation personnelle de l'intéressée.

7. En dernier lieu, en l'absence d'illégalité du refus de délivrance d'un titre de séjour, Mme A n'est pas fondée à exciper de l'illégalité de cette décision à l'encontre de l'obligation de quitter le territoire français prononcée à son encontre. Pour les mêmes motifs que ceux exposés au point 6 du présent jugement, l'autorité administrative n'a pas commis d'une erreur manifeste dans l'appréciation des conséquences de sa décision sur la situation personnelle de l'intéressée.

8. Il résulte de tout ce qui précède que la requête de Mme A doit être rejetée y compris ses conclusions aux fins d'injonction sous astreinte ainsi que celles tendant à l'application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de Mme A est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à Mme D A et à la préfète du Rhône.

Délibéré après l'audience du 4 juillet 2024, à laquelle siégeaient :

M. Segado, président,

M. Delahaye, premier conseiller,

Mme Bardad, première conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 18 juillet 2024.

La rapporteure,

N. BardadLe président,

J. Segado

La greffière,

F. Abdillah

La République mande et ordonne à la préfète du Rhône en ce qui la concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition,

Une greffière,

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