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AccueilJurisprudence administrativeN° TA69-2401906

Tribunal Administratif de Lyon — Décision N° TA69-2401906

jeudi 18 juillet 2024

JuridictionTribunal Administratif de Lyon
SectionTribunal Administratif de Lyon
N° DossierTA69-2401906
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
Formation6ème chambre
Avocat requérantVRAY

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 22 février 2024, M. B E, représenté par Me Vray, demande au tribunal :

1°) d'annuler les décisions du 26 janvier 2024 par lesquelles la préfète du Rhône a refusé de lui délivrer un titre de séjour, lui a fait obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours, fixé le pays de destination et prononcé à son encontre une interdiction de retour d'une durée de dix-huit mois ;

2°) d'enjoindre à la préfète du Rhône, sous astreinte de 50 euros par jour de retard, de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour l'autorisant à travailler dans le délai de huit jours et dans le délai de deux mois à compter de la notification du jugement, à titre principal, de lui délivrer un titre de séjour mention " vie privée " ou " salarié " ou, à titre subsidiaire, de réexaminer sa situation ;

3°) de mettre à la charge de l'État une somme de 1 800 euros en application des dispositions des articles L.761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- le refus de titre de séjour et l'obligation de quitter le territoire sont entachés d'un défaut de motivation et d'examen particulier de sa situation personnelle ;

- le refus de titre de séjour est entaché d'un vice de procédure en l'absence de production de l'avis rendu par le collège des médecins de l'Office français de l'immigration et de l'intégration ;

- il méconnaît les dispositions de l'article L. 425-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile dès lors qu'il ne peut bénéficier d'un traitement approprié à son état de santé en République démocratique du Congo ;

- il est entaché d'erreur de droit en l'absence d'examen de sa demande de titre de séjour en qualité de " travailleur temporaire " et de l'admission exceptionnelle au séjour ;

- il méconnaît les dispositions de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ; il est entaché d'une erreur manifeste d'appréciation quant à l'application des dispositions de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- il méconnaît les dispositions de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ; il est entaché d'une erreur manifeste d'appréciation au regard de ces dispositions ;

- il méconnaît les dispositions de l'article L. 412-5 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile dès lors que son comportement ne constitue pas une menace à l'ordre public ; il est entaché d'une erreur manifeste d'appréciation quant à l'application de ces dispositions ;

- l'obligation de quitter le territoire français porte une atteinte disproportionnée au respect de sa vie privée et familiale et méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- l'interdiction de retour sur le territoire français d'une durée de dix-huit mois n'est pas suffisamment motivée ;

- elle est entachée d'une erreur d'appréciation ;

- elle présente un caractère disproportionné.

La requête a été communiquée le 27 février 2024, à la préfète du Rhône qui n'a pas produit d'observations en défense.

Par une ordonnance du 10 juin 2024, la clôture de l'instruction a été reportée au 19 juin 2024.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- l'arrêté du 27 décembre 2016 relatif aux conditions d'établissement et de transmission des certificats médicaux, rapports médicaux et avis mentionnés aux articles R. 425-11, R.425-12, R. 425-13 et R. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code de justice administrative.

Le président de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Bardad, première conseillère,

- les observations de Me Vray, avocat de M. E.

Considérant ce qui suit :

1. M. B E, ressortissant congolais né le 20 septembre 1983, est entré irrégulièrement en France, le 18 mars 2010. Il a sollicité l'asile, le 23 mars 2010. Sa demande a été rejetée, le 15 avril 2011, par l'Office français de protection des réfugiés et des apatrides, puis par la Cour nationale du droit d'asile, le 31 octobre 2011. Le requérant a sollicité un titre de séjour en qualité d'étranger malade, le 3 août 2010, durant l'instruction de sa demande d'asile. Il a bénéficié de récépissés de mai 2012 à juin 2014, puis d'une carte de séjour en cette qualité renouvelée jusqu'en janvier 2018. M. E a ensuite obtenu une carte de séjour mention " travailleur temporaire " renouvelée jusqu'en février 2021. Par ailleurs, le requérant a sollicité le réexamen de sa demande d'asile qui a fait l'objet d'un rejet par l'Office français de protection des réfugiés et des apatrides, le 28 septembre 2012, puis par la Cour nationale du droit d'asile, le 25 février 2014. La demande d'asile de l'intéressé a été rejetée, pour la troisième fois, le 26 février 2015 par l'Office français de protection des réfugiés et des apatrides puis, le 7 octobre 2015 par la Cour nationale du droit d'asile. M. E a également présenté une demande de regroupement familial, le 27 mai 2020, en faveur de trois de ses enfants. Sa demande a été rejetée au motif que deux de ses cinq enfants n'étaient pas inclus dans sa demande en méconnaissance du principe du maintien de l'unité familiale. Enfin, le requérant a sollicité, le 30 mars 2021, le renouvellement de sa carte de séjour " travailleur temporaire ". Il a demandé, le 1er mars 2023, que sa demande soit également examinée sur le fondement des dispositions de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile au titre de la vie privée et familiale, de l'article L. 425-9 du même code en qualité d'étranger malade et de l'article L. 435-1 au titre de l'admission exceptionnelle au séjour. Par des décisions du 26 janvier 2024, la préfète du Rhône a refusé de lui délivrer un titre de séjour, lui a fait obligation de quitter le territoire dans un délai de trente jours, a fixé le pays de destination et prononcé à son encontre une interdiction de retour d'une durée de dix-huit mois. Par la présente requête, M. E demande l'annulation de ces décisions.

Sur les conclusions aux fins d'annulation :

En ce qui concerne les décisions portant refus de séjour et obligation de quitter le territoire :

2. En premier lieu, les décisions contestées portant refus de délivrance d'un titre de séjour et obligation de quitter le territoire français énoncent les considérations de droit et de fait sur lesquelles elles sont fondées. Elles sont ainsi suffisamment motivées quand bien même l'autorité administrative n'aurait pas mentionné l'ensemble des éléments relatifs à la situation personnelle de M. E et en particulier le parcours professionnel de l'intéressé. En outre, la circonstance que la préfète aurait indiquée, à tort, que la vie commune entre le requérant et sa compagne serait rompue n'est pas à elle seule de nature à établir une insuffisance de motivation des décisions attaquées. Par suite, le moyen doit être écarté.

3. En deuxième lieu, il ne ressort pas des pièces du dossier ni des termes des décisions attaquées que la préfète du Rhône n'aurait pas procédé à l'examen particulier de la situation personnelle du requérant. Contrairement à ce que soutient M. E, la préfète doit être regardée comme ayant procédé à l'examen de sa demande de titre de séjour en qualité de " travailleur temporaire " dès lors qu'elle a indiqué que l'intéressé avait notamment sollicité le renouvellement de sa carte de séjour " travailleur temporaire ", qu'elle lui a opposé un motif de rejet tiré de l'existence d'une menace pour l'ordre public prévu par les dispositions des articles L. 412-5 et L. 432-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile pour lui refuser la délivrance d'une carte de résident, d'une carte de séjour pluriannuelle ou temporaire, la préfète ayant, en outre, relevé qu'il ne remplissait pas les conditions requises par l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile pour obtenir la délivrance d'une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale ", " salarié " ou " travailleur temporaire ". Enfin, la circonstance à la supposer établie, que le requérant ait interjeté l'appel des jugements du tribunal correctionnel le condamnant pour violence envers sa compagne et qu'il conteste les faits qui lui sont reprochés, n'aurait pas été prise en considération par la préfète du Rhône n'est pas à elle seule, dans les circonstances particulières de l'espèce, de nature à démontrer un défaut d'examen de sa situation personnelle. Par suite, le moyen tiré de l'erreur de droit doit être écarté.

4. En troisième lieu, aux termes de l'article L. 425-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Sauf si sa présence constitue une menace pour l'ordre public, la carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " est délivrée de plein droit : () 11° A l'étranger résidant habituellement en France, si son état de santé nécessite une prise en charge médicale dont le défaut pourrait avoir pour lui des conséquences d'une exceptionnelle gravité et si, eu égard à l'offre de soins et aux caractéristiques du système de santé dans le pays dont il est originaire, il ne pourrait pas y bénéficier effectivement d'un traitement approprié. () ". Aux termes de l'article R. 425-11 du même code : " Pour l'application du 11° de l'article L. 313-11, le préfet délivre la carte de séjour au vu d'un avis émis par un collège de médecins à compétence nationale de l'Office français de l'immigration et de l'intégration. / L'avis est émis dans les conditions fixées par arrêté du ministre chargé de l'immigration et du ministre chargé de la santé au vu, d'une part, d'un rapport médical établi par un médecin de l'Office français de l'immigration et de l'intégration et, d'autre part, des informations disponibles sur les possibilités de bénéficier effectivement d'un traitement approprié dans le pays d'origine de l'intéressé. / Les orientations générales mentionnées à la quatrième phrase du 11° de l'article L. 313-11 sont fixées par arrêté du ministre chargé de la santé ". Aux termes de l'article R. 425-13 du même code : " Le collège à compétence nationale mentionné à l'article R. 425-12 est composé de trois médecins, il émet un avis dans les conditions de l'arrêté mentionné au premier alinéa du même article. La composition du collège et, le cas échéant, de ses formations est fixée par décision du directeur général de l'Office français de l'immigration et de l'intégration. Le médecin ayant établi le rapport médical ne siège pas au sein du collège. Le collège peut délibérer au moyen d'une conférence téléphonique ou audiovisuelle () ". Aux termes de l'article 5 de l'arrêté du 27 décembre 2016 pris pour l'application de ces dispositions : " Le collège de médecins à compétence nationale de l'office comprend trois médecins instructeurs des demandes des étrangers malades, à l'exclusion de celui qui a établi le rapport () ". Enfin, aux termes de l'article 6 du même arrêté : " () Le collège peut délibérer au moyen d'une conférence téléphonique ou audiovisuelle. / L'avis émis à l'issue de la délibération est signé par chacun des trois médecins membres du collège ".

5. D'une part, il ressort des termes de l'avis du collège de médecins de l'Office français de l'immigration et de l'intégration du 4 décembre 2023, produit par la préfète du Rhône, que le médecin rapporteur, dont les nom et prénom figurent sur l'avis, n'a pas siégé au sein du collège de médecins. Par suite, le moyen tiré de ce que la décision attaquée est entachée d'un vice de procédure au regard des dispositions de l'article R. 425-13 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile manque en fait et doit être écarté.

6. D'autre part, la partie qui justifie de l'avis d'un collège de médecins de l'Office français de l'immigration et de l'intégration qui lui est favorable doit être regardée comme apportant des éléments de fait susceptibles de faire présumer l'existence ou l'absence d'un état de santé de nature à justifier la délivrance ou le refus d'un titre de séjour. Dans ce cas, il appartient à l'autre partie, dans le respect des règles relatives au secret médical, de produire tous éléments permettant d'apprécier l'état de santé de l'étranger et, le cas échéant, l'existence ou l'absence d'un traitement approprié et effectivement accessible dans le pays de renvoi.

7. Pour refuser de délivrer un titre de séjour à M. E en qualité d'étranger malade, la préfète du Rhône s'est appropriée l'avis rendu le 4 décembre 2023 par le collège de médecins de l'Office français de l'immigration et de l'intégration, aux termes duquel si l'état de santé de l'intéressée nécessite une prise en charge médicale dont le défaut pourrait entraîner des conséquences d'une exceptionnelle gravité, eu égard à l'offre de soins et aux caractéristiques du système de santé de son pays d'origine, il peut bénéficier effectivement d'un traitement approprié et qu'au vu des éléments de son dossier et à la date de l'avis, il peut voyager sans risque vers son pays d'origine.

8. Il ressort des pièces du dossier que M. E présente d'une part, une hépatite B chronique nécessitant un suivi deux fois par an avec prise de sang, échographie et consultation spécialisée et, d'autre part, une néphropathie chronique sur rein atrophique avec une hypertension artérielle et insuffisance rénale faisant l'objet d'un suivi médical régulier et, enfin, une tendance à l'hyperglycémie impliquant également une surveillance médicale régulière. Il produit notamment un certificat médical établi, le 15 février 2024, par un médecin généraliste, selon lequel la situation sanitaire dans son pays d'origine ne garantit pas qu'il puisse bénéficier d'un suivi médical spécialisé et d'un approvisionnement régulier en médicament ainsi qu'un certificat médical du centre de dialyse et de consultations néphrologiques précisant que son état de santé nécessite un suivi néphrologique à raison de deux consultations par an au minimum. Toutefois, les certificats médicaux et les articles de presse produits par M. E ne permettent pas, à eux seuls, de remettre en cause l'appréciation du collège des médecins de l'Office français de l'immigration et de l'intégration selon laquelle l'intéressé peut bénéficier effectivement d'un traitement approprié à son état de santé dans son pays d'origine. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance de l'article L. 425-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile doit être écarté.

9. En quatrième lieu, aux termes de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger ne vivant pas en état de polygamie, qui n'entre pas dans les catégories prévues aux articles L. 423-1, L. 423-7, L. 423-14, L. 423-15, L. 423-21 et L. 423-22 ou dans celles qui ouvrent droit au regroupement familial, et qui dispose de liens personnels et familiaux en France tels que le refus d'autoriser son séjour porterait à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée au regard des motifs du refus, se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " d'une durée d'un an, sans que soit opposable la condition prévue à l'article L. 412-1. / Les liens mentionnés au premier alinéa sont appréciés notamment au regard de leur intensité, de leur ancienneté et de leur stabilité, des conditions d'existence de l'étranger, de son insertion dans la société française ainsi que de la nature de ses liens avec sa famille restée dans son pays d'origine. / L'insertion de l'étranger dans la société française est évaluée en tenant compte notamment de sa connaissance des valeurs de la République ". Aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. (). ".

10. M. E se prévaut de sa présence en France depuis le 18 mars 2010. Il fait notamment valoir d'une part, qu'il subvient aux besoins de sa compagne et des trois enfants de cette dernière et d'autre part, qu'il exerce un emploi de polisseur dans le cadre d'un contrat de travail à durée indéterminée depuis le 8 mars 2023. Si le requérant invoque la reprise de la vie commune avec son ancienne compagne, Mme F, ressortissante congolaise, titulaire d'un titre de séjour, il n'est pas dépourvu d'attaches familiales dans son pays d'origine où résident ses cinq enfants, dont trois enfants nés en 2005, 2006 et 2010 issus de sa relation avec Mme A D et deux enfants nés en 2005 et 2007 issus de sa relation avec Mme C G, décédée en République Démocratique du Congo en 2011. Par ailleurs, il ressort des pièces du dossier que M. E a été condamné par le tribunal correctionnel de Saint Etienne le 3 mai 2017, à deux mois d'emprisonnement avec sursis et 300 euros d'amende pour conduite d'un véhicule sans être titulaire du permis correspondant à la catégorie du véhicule et en faisant usage d'un permis de conduire faux ou falsifié, le 4 janvier 2017. M. E a été également condamné par un jugement correctionnel du tribunal de grande instance de Lyon, le 8 novembre 2020, à une peine d'emprisonnement de six mois assortis d'un sursis probatoire pendant deux ans, à une obligation de stage de sensibilisation et à une obligation de suivi socio-éducatif pour des faits de violences suivie d'incapacité n'excédant pas huit jours par une personne étant ou ayant été conjoint, concubin, ou partenaire lié à la victime commis le 27 juillet 2019. L'intéressé a été condamné, en dernier lieu, par le tribunal correctionnel de Lyon, le 15 juin 2021, à une peine d'emprisonnement de six mois assortis d'un sursis probatoire pendant deux ans, à une obligation de soins, à une obligation d'indemniser la victime, à une interdiction de contact avec la victime et de paraître à son domicile, pour des faits de violences suivie d'incapacité n'excédant pas huit jours par une personne étant ou ayant été conjoint, concubin, ou partenaire lié à la victime commis le 3 mars 2021. Par ailleurs, comme l'a relevé la commission du titre de séjour qui a émis un avis défavorable à la demande de renouvellement du titre de séjour de M. E, le 9 mars 2023, eu égard aux faits qui ont ainsi motivés ces condamnations pénales, le comportement de l'intéressé caractérise une menace pour l'ordre public. Compte tenu de l'ensemble de ces éléments, la décision portant refus de titre de séjour ne peut être regardée comme portant à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée au regard des buts en vue desquels elle a été prise. Par suite, les moyens tirés de la méconnaissance des articles 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et, en tout état de cause, L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile doivent être écartés. Pour les mêmes motifs, la préfète n'a pas entaché sa décision d'une erreur manifeste d'appréciation.

11. En cinquième lieu, aux termes de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger ne vivant pas en état de polygamie dont l'admission au séjour répond à des considérations humanitaires ou se justifie au regard des motifs exceptionnels qu'il fait valoir peut se voir délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " salarié ", "travailleur temporaire " ou " vie privée et familiale ", sans que soit opposable la condition prévue à l'article L. 412-1. / Lorsqu'elle envisage de refuser la demande d'admission exceptionnelle au séjour formée par un étranger qui justifie par tout moyen résider habituellement en France depuis plus de dix ans, l'autorité administrative est tenue de soumettre cette demande pour avis à la commission du titre de séjour prévue à l'article L. 432-14. () ".

12. Pour les mêmes motifs que ceux exposés au point 10, la situation personnelle et familiale du requérant ne permet pas de caractériser des considérations humanitaires ou des motifs exceptionnels au sens des dispositions précitées de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Par suite, la préfète du Rhône n'a entaché sa décision d'erreur de droit ni d'aucune erreur manifeste d'appréciation dans l'application des dispositions de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile précité.

13. En sixième lieu, aux termes de l'article L. 412-5 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " La circonstance que la présence d'un étranger en France constitue une menace pour l'ordre public fait obstacle à la délivrance et au renouvellement de la carte de séjour temporaire () ". Aux termes de l'article L. 432-1 du même code : " La délivrance d'une carte de séjour temporaire ou pluriannuelle ou d'une carte de résident peut, par une décision motivée, être refusée à tout étranger dont la présence en France constitue une menace pour l'ordre public. ".

14. Pour refuser la délivrance d'une carte de résident, d'une carte de séjour pluriannuelle ou temporaire à M. E sur le fondement de ces dispositions, la préfète a également indiqué qu'il y avait lieu de faire application de la réserve d'ordre public prévue aux articles L. 412-5 et L. 432-1 précités.

15. Compte tenu de ce qui a été exposé au point 10 du présent jugement et eu égard à la gravité des faits, à leur répétition et à leur caractère récent, l'autorité administrative a pu, sans commettre d'erreur de droit, ni faire une inexacte application des dispositions précitées, estimer que la présence en France de M. E constituait une menace pour l'ordre public.

16. En septième lieu, pour les mêmes motifs que ceux exposés au point 10 du présent jugement, le requérant n'est pas fondé à soutenir que la décision attaquée porte une atteinte disproportionnée au respect de sa vie privée et familiale et méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

En ce qui concerne la décision portant interdiction de retour :

17. En premier lieu, aux termes de l'article L. 612-8 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Lorsque l'étranger n'est pas dans une situation mentionnée aux articles L. 612-6 et L. 612-7, l'autorité administrative peut assortir la décision portant obligation de quitter le territoire français d'une interdiction de retour sur le territoire français. Les effets de cette interdiction cessent à l'expiration d'une durée, fixée par l'autorité administrative, qui ne peut excéder deux ans à compter de l'exécution de l'obligation de quitter le territoire français ". Aux termes de l'article L. 612-10 du même code : " Pour fixer la durée des interdictions de retour mentionnées aux articles L. 612-6 et L. 612-7, l'autorité administrative tient compte de la durée de présence de l'étranger sur le territoire français, de la nature et de l'ancienneté de ses liens avec la France, de la circonstance qu'il a déjà fait l'objet ou non d'une mesure d'éloignement et de la menace pour l'ordre public que représente sa présence sur le territoire français. / Il en est de même pour l'édiction et la durée de l'interdiction de retour mentionnée à l'article L. 612-8 ainsi que pour la prolongation de l'interdiction de retour prévue à l'article L. 612-11. ". Aux termes de l'article L. 613-2 du même code : " Les décisions relatives au refus et à la fin du délai de départ volontaire prévues aux articles L. 612-2 et L. 612-5 et les décisions d'interdiction de retour et de prolongation d'interdiction de retour prévues aux articles L. 612-6, L. 612-7, L. 612-8 et L. 612-11 sont distinctes de la décision portant obligation de quitter le territoire français. Elles sont motivées. ".

18. En deuxième lieu, la décision attaquée mentionne les articles L. 612-8 à L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et indique notamment les éléments relatifs à la vie privée et familiale du requérant et que son comportement représente une menace pour l'ordre public. Elle comporte ainsi les considérations de droit et de fait qui en constituent le fondement. Cette motivation atteste que l'autorité administrative a pris en compte l'ensemble des critères prévus par les dispositions de l'article L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Par suite, le moyen tiré de l'insuffisance de motivation de cette décision doit être écarté.

19. En troisième lieu, il ne ressort pas des pièces du dossier et des éléments exposés précédemment, notamment quant à son comportement caractérisant une menace pour l'ordre public, que la préfète du Rhône aurait commis une erreur d'appréciation en décidant de prononcer à l'encontre de l'intéressé une interdiction de retour d'une durée de dix-huit mois ni qu'une telle durée présenterait un caractère disproportionné notamment au regard de la situation personnelle du requérant.

20. Il résulte de tout ce qui précède que la requête de M. E doit être rejetée y compris ses conclusions aux fins d'injonction sous astreinte ainsi que celles tendant à l'application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de M. E est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. B E et à la préfète du Rhône.

Délibéré après l'audience du 4 juillet 2024, à laquelle siégeaient :

M. Segado, président,

M. Delahaye, premier conseiller,

Mme Bardad, première conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 18 juillet 2024.

La rapporteure,Le président,

N. BardadJ. Segado

La greffière,

F. Abdillah

La République mande et ordonne à la préfète du Rhône en ce qui la concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition,

Une greffière,

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TA13Excès de pouvoir

Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881

Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.

01/06/2026

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