lundi 4 mars 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Lyon |
| Section | Tribunal Administratif de Lyon |
| N° Dossier | TA69-2402057 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | ELOIGNEMENT |
| Avocat requérant | TOMASI |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et un mémoire, enregistrés les 29 février et 1er mars 2024, M. C E, alors retenu au centre de rétention administrative de Lyon Saint-Exupéry (69125 aéroport Lyon - Saint-Exupéry), représenté par Me Manzoni, demande au tribunal :
1°) de l'admettre provisoirement à l'aide juridictionnelle ;
2°) d'annuler les décisions en date du 28 février 2024 par lesquelles le préfet de la Loire lui a fait obligation de quitter le territoire français, a refusé de lui accorder un délai de départ volontaire, a fixé le pays de destination et lui a fait interdiction de retour sur le territoire français pour une durée de deux ans ;
3°) de mettre à la charge de l'Etat le versement, à son conseil, d'une somme de 1 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et du deuxième alinéa de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.
M. E soutient que :
- les décisions contestées sont entachées d'un défaut de motivation et d'examen particulier de sa situation ;
- l'obligation de quitter le territoire français méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- le refus de lui accorder un délai de départ volontaire méconnaît les dispositions de l'article L. 612-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- l'interdiction de revenir sur le territoire français méconnaît les dispositions de l'article L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et que sa durée de deux ans est disproportionnée au regard de sa situation personnelle.
Des pièces ont été produites le 29 février et les 1er et 3 mars 2024 par le préfet de la Loire.
La présidente du tribunal a délégué les pouvoirs qui lui sont attribués par l'article L. 614-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile à Mme Soubié.
Vu les décisions attaquées et les autres pièces du dossier ;
Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- le code des relations entre le public et l'administration ;
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Au cours de l'audience publique du 4 mars 2024, Mme Soubié, magistrate désignée, a présenté son rapport et entendu :
- les observations de Me Manzoni, avocat, pour M. E, qui conclut aux mêmes fins que la requête, par les mêmes moyens et soutient, en outre, que le signataire des décisions en litige n'était pas compétent pour ce faire ;
- les observations de M. E, requérant, assisté de Mme D, interprète en langue arabe ;
- les observations de Me Tomasi, avocat, pour le préfet de la Loire, qui conclut au rejet de la requête au motif que les moyens ne sont pas fondés ;
La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.
Considérant ce qui suit :
1. M. A se disant M. C E, ressortissant algérien né en 1998, serait entré en France en 2019 selon ses déclarations. Par des décisions du 28 février 2024, le préfet de la Loire lui a fait obligation de quitter le territoire français, a refusé de lui accorder un délai de départ volontaire, a fixé le pays de destination et lui a fait interdiction de retour sur le territoire français pour une durée de deux ans.
Sur la demande d'admission à l'aide juridictionnelle :
2. En raison de l'urgence résultant de l'application des dispositions de l'article L. 614-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, il y a lieu d'admettre M. E au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire, sur le fondement de l'article 20 de la loi du 10 juillet 1991 susvisée.
Sur les conclusions à fin d'annulation :
3. Les décisions ont été signées par M. Dominique Schuffenecker, secrétaire général de la préfecture, qui disposait d'une délégation consentie à cet effet par un arrêté du 13 juillet 2023 régulièrement publié au recueil des actes administratifs spécial de la préfecture le 24 juillet 2023, accessible tant au juge qu'aux parties. Le moyen tiré de l'incompétence de l'autorité signataire de ces décisions doit donc être écarté.
4. Les décisions précisent les éléments déterminants de la situation du requérant qui ont conduit le préfet de la Loire à l'obliger à quitter le territoire français sans délai et à lui interdire de revenir sur le territoire français, notamment l'absence de respect d'une mesure d'assignation à résidence et une mise en cause pour des infractions pénales. Par suite, alors que le préfet n'était pas tenu de détailler la situation personnelle de M.E, les décisions en litige comportent la mention des considérations de fait qui les fondent et sont suffisamment motivées. Ainsi, le moyen tiré du défaut de motivation qui manque en fait doit être écarté.
5. M. E se prévaut de ce qu'il aurait déposé une demande d'asile en Allemagne en 2024, circonstance qui n'aurait pas été prise en compte par le préfet de la Loire. Toutefois, il ne ressort pas des procès-verbaux d'audition, alors que le requérant a répondu à une question posée sur ses démarches de régularisation en cours dans d'autres Etats membres ne pas en avoir, qu'il aurait bien déposé une demande d'asile en Allemagne. Si à l'audience, son conseil a indiqué qu'il n'avait pas compris la portée exacte de certaines questions en l'absence d'interprète, il ressort des pièces du dossier que le requérant lui-même a renoncé à bénéficier de l'assistance d'un interprète au cours de son audition sur sa situation administrative. En outre, le document produit au nom de M. B E de nationalité marocaine ne comporte aucune mention permettant d'attester qu'il s'agit comme le prétend le requérant d'un justificatif de dépôt d'une demande d'asile. Dans ces conditions, il ne ressort ni des décisions en litige ni des pièces du dossier que le préfet de la Loire n'aurait pas procédé à un examen particulier de la situation de M. E.
En ce qui concerne la décision portant obligation de quitter le territoire français :
6. Aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. 2. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui. "
7. Si M. E fait valoir résider en France depuis près de cinq années, y travailler comme mécanicien et souhaiter obtenir un titre de séjour " salarié ", il n'apporte aucun document quant à la date d'entrée sur le territoire avancée ni à son activité professionnelle, permettant d'en attester. Par ailleurs, le requérant ne justifie d'aucune insertion sociale en se bornant à dire qu'il a créé des liens intenses dans le cadre professionnel. Par suite, l'obligation de quitter le territoire n'a pas porté une atteinte à son droit au respect de sa vie privée et familiale disproportionnée au regard du but en vue duquel elle a été prise. Le moyen tiré de la méconnaissance des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales doit ainsi être écarté.
8. Il résulte de ce qui précède que M. E n'est pas fondé à demander l'annulation de la décision lui faisant obligation de quitter le territoire français.
En ce qui concerne la décision refusant d'accorder un délai de départ volontaire :
9. Aux termes de l'article L. 612-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger faisant l'objet d'une décision portant obligation de quitter le territoire français dispose d'un délai de départ volontaire de trente jours à compter de la notification de cette décision () ". Aux termes de l'article L. 612-2 du même code : " Par dérogation à l'article L. 612-1, l'autorité administrative peut refuser d'accorder un délai de départ volontaire dans les cas suivants : () 3° Il existe un risque que l'étranger se soustraie à la décision portant obligation de quitter le territoire français dont il fait l'objet. ". Aux termes de l'article L. 612-3 du même code : " Le risque mentionné au 3° de l'article L. 612-2 peut être regardé comme établi, sauf circonstance particulière, dans les cas suivants : () 3° L'étranger s'est maintenu sur le territoire français plus d'un mois après l'expiration de son titre de séjour, du document provisoire délivré à l'occasion d'une demande de titre de séjour ou de son autorisation provisoire de séjour, sans en avoir demandé le renouvellement ; 4° L'étranger a explicitement déclaré son intention de ne pas se conformer à son obligation de quitter le territoire français ; 5° L'étranger s'est soustrait à l'exécution d'une précédente mesure d'éloignement ; () 8° L'étranger ne présente pas de garanties de représentation suffisantes, notamment parce qu'il ne peut présenter des documents d'identité ou de voyage en cours de validité, qu'il a refusé de communiquer les renseignements permettant d'établir son identité ou sa situation au regard du droit de circulation et de séjour ou a communiqué des renseignements inexacts, qu'il a refusé de se soumettre aux opérations de relevé d'empreintes digitales ou de prise de photographie prévues au 3° de l'article L. 142-1, qu'il ne justifie pas d'une résidence effective et permanente dans un local affecté à son habitation principale ou qu'il s'est précédemment soustrait aux obligations prévues aux articles L. 721-6 à L. 721-8, L. 731-1, L. 731-3, L. 733-1 à L. 733-4, L. 733-6, L. 743-13 à L. 743-15 et L. 751-5. ".
10. Pour contester le refus de lui accorder un délai de départ volontaire, M. E fait valoir sa situation personnelle telle que relatée plus haut. Toutefois, il ressort des pièces du dossier que le requérant s'est soustrait à l'exécution d'une précédente obligation de quitter le territoire français, qu'il n'a pas été en mesure de produire un document d'identité et qu'il ne justifie pas d'une résidence effective et permanente sur le territoire français, alors qu'il indique vivre en Suisse sans toutefois en apporter la preuve. Enfin, si M. E indique avoir été incarcéré sur le territoire français et avoir à sa levée d'écrou quitté la France pour la Suisse, il n'apporte aucun élément sur ce point. Au demeurant, la Suisse faisant partie de l'espace Schengen, le requérant ne peut se prévaloir d'avoir exécuté l'obligation de quitter le territoire français en se rendant dans ce pays. Ce moyen justifiait à lui seul le refus. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance des dispositions citées au point 8 doit être écarté.
11. Il résulte de ce qui précède que M. E n'est pas fondé à demander l'annulation de la décision lui ayant refusé un délai de départ volontaire.
En ce qui concerne la décision portant interdiction de retour sur le territoire français :
12. Aux termes de l'article L. 612-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Lorsqu'aucun délai de départ volontaire n'a été accordé à l'étranger, l'autorité administrative assortit les décisions portant obligation de quitter le territoire français d'une interdiction de retour sur le territoire français. Des circonstances humanitaires peuvent toutefois justifier que l'autorité administrative n'édicte pas d'interdiction de retour. Les effets de cette interdiction cessent à l'expiration d'une durée, fixée par l'autorité administrative, qui ne peut excéder trois ans à compter de l'exécution de l'obligation de quitter le territoire français. ". Aux termes de l'article L. 612-10 du même code : " Pour fixer la durée des interdictions de retour mentionnées aux articles L. 612-6 et L. 612-7, l'autorité administrative tient compte de la durée de présence de l'étranger sur le territoire français, de la nature et de l'ancienneté de ses liens avec la France, de la circonstance qu'il a déjà fait l'objet ou non d'une mesure d'éloignement et de la menace pour l'ordre public que représente sa présence sur le territoire français. ".
13. Pour contester la légalité interne de l'interdiction de retour sur le territoire français prononcée à son encontre, le requérant invoque la durée de son séjour en France, la présence de son frère et allègue avoir noué des attaches sans toutefois l'établir. Eu égard à l'irrégularité de sa situation, à l'existence d'une précédente obligation de quitter le territoire français et d'une précédente interdiction de revenu sur le territoire français d'une durée d'un an, aux infractions pour lesquelles il a été mis en cause, à la seule attache familiale revendiquée sur le territoire national et alors qu'il ne peut utilement se prévaloir, à l'encontre de la légalité de la décision contestée, des conséquences éventuelles de son signalement aux fins de non-admission dans le système d'information Schengen, le préfet de la Loire a pu, à bon droit et sans commettre d'erreur d'appréciation, interdire à M. E de revenir sur le territoire français pour une durée de deux ans.
14. Il résulte de ce qui précède que M. E n'est pas fondé à demander l'annulation de la décision portant interdiction de retour sur le territoire français pour une durée de deux ans.
15. Il résulte de l'ensemble de ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation présentées par M. E doivent être rejetées.
Sur les conclusions relatives aux frais non compris dans les dépens :
16. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mis à la charge de l'Etat, qui n'est pas, dans la présente instance, la partie perdante, le versement d'une somme au titre des frais exposés et non compris dans les dépens.
D E C I D E :
Article 1er : M. E est admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire.
Article 2 : Le surplus des conclusions de la requête de M. E est rejeté.
Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. C E et au préfet de la Loire.
Lu en audience publique le 4 mars 2024.
La magistrate déléguée,
A.-S. SOUBIÉ,
première conseillèreLa greffière,
E. GROS
La République mande et ordonne au préfet de la Loire en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition,
Un greffier,
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026