jeudi 23 mai 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Lyon |
| Section | Tribunal Administratif de Lyon |
| N° Dossier | TA69-2402111 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | D |
| Formation | JU 9ème chambre |
| Avocat requérant | VRAY |
Vu la procédure suivante :
Par une requête enregistrée le 1er mars 2024, Mme A C, représentée par Me Vray, demande au tribunal :
1°) d'annuler les décisions du 1er février 2024 par lesquelles le préfet de la Loire l'a obligée à quitter le territoire français dans le délai de trente jours et a fixé un pays de destination ;
2°) subsidiairement, de suspendre l'exécution de la mesure d'éloignement jusqu'à la décision de la Cour nationale du droit d'asile ;
3°) d'enjoindre au préfet de la Loire de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour dans un délai de huit jours suivant la notification du jugement et sous astreinte de 50 euros par jour de retard ;
4°) de mettre à la charge de l'Etat le versement à son conseil d'une somme de 1 200 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.
Mme C soutient que :
- les décisions sont insuffisamment motivées ;
- le préfet n'a pas procédé à un examen complet de sa situation personnelle ;
- l'obligation de quitter le territoire français a été prise à l'issue d'une procédure irrégulière, en l'absence de saisine préalable pour avis du collège des médecins de l'Office français de l'immigration et de l'intégration ;
- la décision méconnaît l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- la décision fixant le pays de renvoi méconnaît l'article 3 de la même convention européenne ;
- la suspension de l'exécution de la mesure d'éloignement dans l'attente de la décision de la Cour nationale du droit d'asile est justifiée par les graves menaces qui pèsent sur elle en cas de retour en Géorgie.
L'intégralité de la procédure a été transmise au préfet de la Loire qui n'a pas produit de mémoire en défense.
La présidente du tribunal a délégué les pouvoirs qui lui sont attribués par l'article L. 614-5 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile à Mme de Lacoste Lareymondie.
Vu :
- la décision du bureau d'aide juridictionnelle du 21 mars 2024 accordant l'aide juridictionnelle totale à Mme C ;
- les autres pièces du dossier ;
Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Au cours de l'audience publique du 3 mai 2024, Mme de Lacoste Lareymondie a présenté son rapport et entendu les observations de Me Vray, représentant Mme C, qui conclut aux mêmes fins que la requête, par les mêmes moyens.
Le préfet de la Loire n'était ni présent ni représenté.
La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.
Une note en délibéré a été enregistrée le 13 mai 2024 pour le compte de Mme C.
Considérant ce qui suit :
Sur les conclusions à fin d'annulation :
En ce qui concerne les moyens communs à l'ensemble des décisions attaquées :
1. En premier lieu, les décisions en litige comportent l'ensemble des considérations de droit et de fait sur lesquelles le préfet de la Loire s'est fondé pour ordonner l'éloignement de Mme C. Elles sont donc suffisamment motivées, sans que n'ait d'incidence la circonstance qu'il ne soit pas fait mention de l'état de santé de son époux.
2. En second lieu, si Mme C soutient que le préfet de la Loire n'a pas procédé à un examen complet de sa situation personnelle, ce qui ne ressort ni des termes de la décision en litige ni des pièces du dossier, elle ne précise pas quel principe ni quelle disposition législative ou règlementaire aurait été méconnu de ce fait. Le moyen doit donc être écarté.
En ce qui concerne l'obligation de quitter le territoire français :
3. Aux termes de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'autorité administrative peut obliger un étranger à quitter le territoire français lorsqu'il se trouve dans l'un des cas suivants : / () 4° La reconnaissance de la qualité de réfugié ou le bénéfice de la protection subsidiaire a été définitivement refusé à l'étranger ou il ne bénéficie plus du droit de se maintenir sur le territoire français en application des articles L. 542-1 et L. 542-2 (). " Aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale () ".
4. Mme C, de nationalité géorgienne, est entrée en France dans le courant du printemps 2023 pour y demander l'asile avec son époux, M. B. Leur demande, examinée en procédure accélérée, a été rejetée par l'Office français de protection des réfugiés et apatrides le 29 septembre 2023. Le préfet de la Loire s'est alors fondé sur les dispositions précitées du 4° de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile pour ordonner son éloignement du territoire français.
5. En premier lieu, il est constant que Mme C réside depuis moins d'un an sur le territoire français à la date de la décision attaquée. Elle y est dépourvue de toute attache personnelle ou familiale, à l'exception de son époux qui fait également l'objet d'une obligation de quitter le territoire français prise le 25 octobre 2023, le recours formé à son encontre ayant été rejeté par un jugement du tribunal administratif de Lyon du 22 janvier 2024. Mme C fait valoir que son époux doit se maintenir en France en raison de graves problèmes de santé. Toutefois, les pièces médicales jointes au présent recours établissent seulement que M. B est en effet dépendant de sa femme pour les actes de la vie courante en raison des séquelles d'un accident de la voie publique et d'un état de grande fragilité psychologique, mais aucune d'elles ne permettent de considérer qu'il ne pourrait bénéficier de soins adaptés à son état de santé en Géorgie. Par ailleurs, si M. B a déposé une demande de titre de séjour en qualité d'étranger malade enregistrée le 24 janvier 2024, aucun récépissé l'autorisant à séjourner sur le territoire français ne lui a été délivré. Dès lors, en l'état des pièces du dossier, il n'est pas démontré que l'obligation de quitter le territoire français porterait une atteinte disproportionnée au droit au respect de la vie privée et familiale de la requérante en violation de l'article 8 de la convention européenne précitée.
6. En second lieu, le moyen par lequel Mme C soutient que le préfet ne pouvait édicter d'obligation de quitter le territoire français sans avoir préalablement saisi pour avis le collège des médecins de l'Office français de l'immigration et de l'intégration conformément à l'article R. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, doit être écarté, dès lors qu'elle ne démontre ni même ne soutient que son état de santé personnel ferait obstacle à son éloignement.
En ce qui concerne la décision désignant le pays de renvoi :
7. Aux termes de l'article L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Un étranger ne peut être éloigné à destination d'un pays s'il établit que sa vie ou sa liberté y sont menacées ou qu'il y est exposé à des traitements contraires aux stipulations de l'article 3 de la Convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales du 4 novembre 1950. ". Aux termes de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " Nul ne peut être soumis à la torture ni à des peines ou traitements inhumains ou dégradants ".
8. Les propos de Mme C relatifs à son engagement politique et sa participation à des manifestations réprimées par les autorités géorgiennes, et évoquant les menaces et violences dont son mari aurait été victime en Géorgie, très généraux et peu circonstanciés et qui n'ont d'ailleurs pas emporté la conviction des autorités en charge de l'asile, ne permettent pas de tenir pour établie la réalité des risques qu'elle déclare encourir en cas de retour dans son pays d'origine. Le moyen tiré de la violation de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales doit donc être écarté.
9. Il résulte de l'ensemble de ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation présentées par Mme C doivent être rejetées.
Sur les conclusions tendant à la suspension de l'exécution de la mesure d'éloignement :
10. Aux termes de l'article L. 542-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Lorsque le droit de se maintenir sur le territoire a pris fin en application des b, c ou d du 1° de l'article L. 542-2, l'étranger peut demander la suspension de l'exécution de la décision d'éloignement. / Cette demande est présentée dans les conditions et selon les modalités prévues aux articles L. 752-5 à L. 752-12 lorsque le droit de se maintenir sur le territoire a pris fin en application des b ou d du 1° de l'article L. 542-2. () ". Selon l'article L. 752-5 du même code : " L'étranger dont le droit au maintien sur le territoire a pris fin en application des b ou d du 1° de l'article L. 542-2 et qui fait l'objet d'une décision portant obligation de quitter le territoire français peut, dans les conditions prévues à la présente section, demander au tribunal administratif la suspension de l'exécution de cette décision jusqu'à l'expiration du délai de recours devant la Cour nationale du droit d'asile ou, si celle-ci est saisie, soit jusqu'à la date de la lecture en audience publique de la décision de la cour, soit, s'il est statué par ordonnance, jusqu'à la date de la notification de celle-ci. "
11. Dans le cadre du présent recours, Mme C, qui se borne à évoquer à son recours devant la Cour nationale du droit d'asile sans joindre aucune copie dudit recours ni aucune pièce, ne développe aucune démonstration en vue de faire naître un doute sérieux sur le bien-fondé de la décision de l'Office ayant rejeté sa demande d'asile. Dans ces circonstances, sa demande de suspension de l'exécution de la mesure d'éloignement ne peut qu'être rejetée.
Sur les conclusions à fin d'injonction sous astreinte :
12. Le présent jugement, qui rejette les conclusions à fin d'annulation, n'implique aucune mesure d'exécution. Les conclusions à fin d'injonction sous astreinte doivent donc être rejetées.
Sur les frais liés au litige :
13. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mis à la charge de l'Etat, qui n'est pas, dans la présente instance, la partie perdante, le versement d'une somme au titre des frais exposés et non compris dans les dépens.
D E C I D E :
Article 1er : La requête de Mme C est rejetée.
Article 2 : Le présent jugement sera notifié à Mme A C et au préfet de la Loire.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 23 mai 2024.
La magistrate désignée,
E. de Lacoste Lareymondie
La greffière,
S. Lecas
La République mande et ordonne au préfet de la Loire en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition,
Un greffier,
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026