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AccueilJurisprudence administrativeN° TA69-2402206

Tribunal Administratif de Lyon — Décision N° TA69-2402206

jeudi 7 mars 2024

JuridictionTribunal Administratif de Lyon
SectionTribunal Administratif de Lyon
N° DossierTA69-2402206
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationD
FormationELOIGNEMENT
Avocat requérantTOMASI

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 4 mars 2024, M. A B, actuellement retenu au centre de rétention administrative de Lyon Saint-Exupéry (69125), représenté par Me Jaber, demande au tribunal :

1°) de l'admettre provisoirement à l'aide juridictionnelle ;

2°) d'annuler les décisions en date du 3 mars 2024 par lesquelles le préfet de l'Isère l'a obligé à quitter le territoire français, a refusé de lui octroyer un délai de départ volontaire, a fixé le pays à destination duquel il est susceptible d'être renvoyé, et l'a interdit de retour sur le territoire français pour une durée d'un an ;

3°) de mettre à la charge de l'État le versement à Me Jaber, qui renoncera au bénéfice de l'aide juridictionnelle, d'une somme de 1 000 euros sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.

Il soutient que :

- le préfet devra justifier des délégations de signature ;

- l'arrêté n'est pas suffisamment motivé ;

- sa situation personnelle n'a pas fait l'objet d'un examen sérieux ;

en ce qui concerne la décision portant obligation de quitter le territoire français :

- la décision attaquée porte une atteinte disproportionnée à son droit au respect de la vie privée et familiale et méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, eu égard à la présence en France de sa concubine de nationalité française, qui est mère de trois premiers enfants dont il s'occupe, mère de leur premier enfant né en avril 2019 et enceinte de leur deuxième enfant à naître en mars 2024, à sa résidence stable et habituelle au domicile de sa compagne, à la circonstance qu'il travaille pour subvenir aux besoins du foyer, et au fait qu'il n'a jamais fait l'objet d'une précédente mesure d'éloignement ;

- elle porte atteinte à l'intérêt supérieur de ses enfants et méconnaît les stipulations de l'article 3-1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant, dans la mesure où il est indispensable qu'il reste en France pour s'occuper de sa fille de cinq ans et de son deuxième enfant à naître ;

en ce qui concerne la décision refusant d'accorder un délai de départ volontaire :

- en refusant de lui accorder un délai de départ volontaire au motif qu'il présente un risque de soustraction à la mesure d'éloignement, alors qu'il dispose d'une adresse stable chez sa concubine de nationalité française, mère de leur premier enfant et enceinte de leur deuxième enfant, le préfet de l'Isère a méconnu les dispositions des articles L. 612-2 et L. 612-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

en ce qui concerne la décision portant interdiction de retour sur le territoire français :

- en prononçant une interdiction de retour sur le territoire français d'un an, alors qu'il est marié religieusement avec une ressortissante de nationalité française, mère de leur premier enfant et enceinte de leur deuxième enfant, qu'il dispose d'une adresse stable au domicile de celle-ci et que sa présence auprès d'elle et de ses enfants est nécessaire, le préfet a méconnu les dispositions de l'article L. 612-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et adopté une mesure disproportionnée ;

- l'interdiction de retour sur le territoire français est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation des conséquences de cette décision sur sa situation personnelle, le signalement dans le système d'information Schengen qui découle de cette décision constituant de fait une mesure d'expulsion de tout l'espace Schengen.

Des pièces ont été produites le 6 mars 2024 et le 7 mars 2024 par le préfet de l'Isère.

Par une décision du 1er janvier 2024, la présidente du tribunal administratif de Lyon a désigné Mme Maubon pour statuer au titre de l'article L. 614-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

Vu les autres pièces du dossier ;

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- la convention internationale relative aux droits de l'enfant ;

- l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968 relatif à la circulation, à l'emploi et au séjour des ressortissants algériens et de leurs familles ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Au cours de l'audience publique du 7 mars 2024, Mme Maubon, magistrate désignée, a présenté son rapport, et entendu :

- les observations orales de Me Jaber, représentant M. B, qui reprend les conclusions et les moyens de sa requête en abandonnant le moyen tiré de l'incompétence du signataire de l'acte ; il soutient en outre qu'en application de la nouvelle rédaction de l'article L. 613-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile l'administration est tenue de vérifier le droit au séjour de l'intéressé avant d'adopter une décision d'obligation de quitter le territoire français, qu'il est entré en France pour y rejoindre sa compagne qu'il avait rencontrée en Algérie en 2018 et qui est la mère de son premier enfant, qu'il n'a pas pu procéder à la reconnaissance de l'enfant avant sa naissance depuis l'étranger, qu'il n'a pas pu le faire en France non plus car ses papiers d'identité lui ont été volés, que la mesure d'éloignement méconnaît l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et l'article 3-1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant puisque sa vie privée et familiale est en France auprès de sa compagne enceinte et de leur enfant commun, que le refus de délai de départ volontaire est injustifié eu égard à sa situation et à l'accouchement très proche de sa compagne, que l'interdiction de retour sur le territoire français est injustifiée et disproportionnée eu égard à ses fortes attaches avec la France.

- les observations orales de M. B, requérant, assisté par Mme C, interprète en langue arabe ; il expose qu'il n'a jamais possédé de passeport, qu'il a quitté l'Algérie le 7 décembre 2021 à destination de l'Italie où il est resté trois mois puis a rallié l'Allemagne où il a déposé une demande d'asile dont il ignore le sort puis est arrivé en France à la fin de l'été 2022, qu'il s'est fait volé ses papiers, qu'il n'a jamais demandé de titre de séjour en France, qu'il est le père de la fille de sa compagne, rencontrée en Algérie en 2018, qu'il n'a pas réussi à obtenir de passeport de la part des autorités algériennes, qu'il a souhaité reconnaître l'enfant née en 2019 et celui à naître mais que cela n'est pas possible sans documents d'identité, qu'il souhaite rester en France auprès de sa compagne française et de sa fille française et de son enfant à naître très prochainement ;

- les observations orales de Me Renaud Akni, substituant Me Tomasi, représentant le préfet de l'Isère, qui conclut au rejet de la requête en exposant que la décision d'éloignement est fondée sur le 1° de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, qu'elle est suffisamment motivée, qu'elle est justifiée par l'entrée irrégulière et l'absence de titre de séjour, que le requérant ne possède pas de documents et ne justifie pas de son domicile, qu'il n'établit pas la paternité des enfants dont il se déclare le père, qu'ainsi il ne peut utilement invoquer la convention internationale relative aux droits de l'enfant, qu'il est entré récemment en France, plusieurs années après la naissance de sa fille, qu'il ne dispose d'aucun droit au séjour en France, que le refus de délai de départ volontaire est fondé sur le risque de soustraction à l'obligation de quitter le territoire français et sur le 1° le 4° et le 8° de l'article L. 612-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, qu'il ne dispose d'aucune garantie de représentation, l'attestation d'hébergement produite étant sujette à caution, que l'interdiction de retour sur le territoire français est justifiée et proportionnée.

La clôture de l'instruction est intervenue, en application de l'article R. 776-26 du code de justice administrative, le 7 mars 2024 à 12 heures 20.

Considérant ce qui suit :

1. M. B, ressortissant algérien né le 5 décembre 1993, déclare être entré sur le territoire français en 2022. Par arrêté du 3 mars 2024, le préfet de l'Isère l'a obligé à quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays de destination et a interdit M. B de retour sur le territoire français pour une durée d'un an. Par un arrêté du même jour, la même autorité a décidé de le placer dans un centre de rétention administrative pour une durée de quarante-huit heures, prolongée pour une durée de vingt-huit jours par le juge des libertés et de la détention du tribunal judiciaire de Lyon. Ces deux arrêtés lui ont été notifiés le 3 mars 2024. M. B demande l'annulation des décisions portant obligation de quitter le territoire français, refus de délai de départ volontaire, fixation du pays de destination et interdiction de retour sur le territoire français.

Sur la demande d'admission provisoire à l'aide juridictionnelle :

2. En raison de l'urgence résultant de l'application des dispositions de l'article L. 614-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, il y a lieu de faire droit à la demande de M. B tendant à son admission provisoire à l'aide juridictionnelle, sur le fondement du premier alinéa de l'article 20 de la loi du 10 juillet 1991 susvisée.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

En ce qui concerne la décision portant obligation de quitter le territoire français :

3. Aux termes de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'autorité administrative peut obliger un étranger à quitter le territoire français lorsqu'il se trouve dans les cas suivants : / 1° L'étranger, ne pouvant justifier être entré régulièrement sur le territoire français, s'y est maintenu sans être titulaire d'un titre de séjour en cours de validité ; / (). " Aux termes de l'article L. 613-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " La décision portant obligation de quitter le territoire français est motivée. Elle est édictée après vérification du droit au séjour, en tenant notamment compte de la durée de présence de l'étranger sur le territoire français, de la nature et de l'ancienneté de ses liens avec la France et des considérations humanitaires pouvant justifier un tel droit. / (). "

4. En premier lieu, l'arrêté du 3 mars 2024 par lequel le préfet de l'Isère a obligé M. B à quitter le territoire français, qui vise les dispositions du 1° de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit dont il est fait application ainsi que la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, qui indique que l'intéressé ne peut justifier être entré régulièrement sur le territoire français et s'y est maintenu sans être titulaire d'un titre de séjour en cours de validité, et qui fait référence de manière précise et circonstanciée à la situation personnelle du requérant, comporte l'énoncé des éléments de droit et de fait qui en constituent le fondement et satisfait dès lors aux exigences de motivation résultant des dispositions de l'article L. 613-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Le moyen tiré de l'insuffisance de motivation doit donc être écarté.

5. En deuxième lieu, il ne ressort ni des termes de la décision attaquée ni d'autres pièces du dossier que le préfet de l'Isère ne se serait pas livré à un examen particulier de la situation personnelle du requérant avant de prendre à son encontre une obligation de quitter le territoire français. En particulier, il ne ressort pas des pièces du dossier que le préfet, qui mentionne dans sa décision plusieurs éléments de la situation personnelle de l'intéressé et notamment la présence en France de sa concubine et de sa fille alléguée née en 2019, n'aurait pas procédé à la vérification du droit au séjour mentionnée à la deuxième phrase de l'article L. 613-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Le moyen tiré de l'erreur de droit et du défaut d'examen doit donc être écarté.

6. En troisième lieu, si M. B soutient que sa vie privée et familiale est établie en France auprès de sa concubine, mère de son premier enfant et enceinte de son deuxième enfant, il ressort toutefois des pièces du dossier que M. B est entré en France récemment, à la fin de l'été 2022 d'après ses déclarations, qu'il ne justifie pas avoir entretenu de liens avec la mère alléguée de son enfant entre leur rencontre en Algérie en 2018 et sa venue en France en 2022 et qu'il n'a pas reconnu l'enfant née en 2019 ni reconnu l'enfant à naître en 2024. Il a vécu jusqu'à l'âge de vingt-huit ans dans son pays d'origine et ne justifie pas d'autre attache en France que sa concubine alléguée et ses enfants. En ce qui concerne sa relation avec cette ressortissante de nationalité française, il se borne à produire une attestation d'hébergement dématérialisée du 4 mars 2024 et une échographie du troisième trimestre du 14 décembre 2023, qui n'est pas de nature à établir son lien de filiation avec l'enfant à naître. Il ne justifie d'aucune intégration particulière en France. Dans ces circonstances, la décision d'éloignement ne porte pas à son droit au respect de la vie privée et familiale une atteinte disproportionnée au regard des buts en vue desquels elle a été prise. Le moyen tiré de la méconnaissance des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales doit par suite être écarté.

7. En quatrième lieu, M. B ne justifie ni être le père de l'enfant de sa concubine ni s'occuper des enfants de celle-ci. Dès lors, il ne peut pas utilement invoquer la méconnaissance des stipulations de l'article 3-1 de la convention relative aux droits de l'enfant. Ce moyen ne peut dès lors qu'être écarté.

8. Il résulte de ce qui précède que les conclusions aux fins d'annulation de la décision portant obligation de quitter le territoire français doivent être rejetées.

En ce qui concerne la décision portant refus d'octroi d'un délai de départ volontaire :

9. Aux termes de l'article L. 612-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger faisant l'objet d'une décision portant obligation de quitter le territoire français dispose d'un délai de départ volontaire de trente jours à compter de la notification de cette décision. / () ". Aux termes de l'article L. 612-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Par dérogation à l'article L. 612-1, l'autorité administrative peut refuser d'accorder un délai de départ volontaire dans les cas suivants : / () /3° Il existe un risque que l'étranger se soustraie à la décision portant obligation de quitter le territoire français dont il fait l'objet. " Aux termes de l'article L. 612-3 de ce code : " Le risque mentionné au 3° de l'article L. 612-2 peut être regardé comme établi, sauf circonstance particulière, dans les cas suivants : / 1° L'étranger, qui ne peut justifier être entré régulièrement sur le territoire français, n'a pas sollicité la délivrance d'un titre de séjour ; / () / 4° L'étranger a explicitement déclaré son intention de ne pas se conformer à son obligation de quitter le territoire français ; / () / 8° L'étranger ne présente pas de garanties de représentation suffisantes, notamment parce qu'il ne peut présenter des documents d'identité ou de voyage en cours de validité, qu'il a refusé de communiquer les renseignements permettant d'établir son identité ou sa situation au regard du droit de circulation et de séjour ou a communiqué des renseignements inexacts, (), qu'il ne justifie pas d'une résidence effective et permanente dans un local affecté à son habitation principale (). "

10. En premier lieu, l'arrêté du 3 mars 2024 par lequel le préfet de l'Isère a refusé un délai de départ volontaire à M. B, qui vise l'article L. 612-2 et le 1°, le 4° et le 8° de l'article L. 612-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit dont il est fait application, qui indique que l'intéressé est démuni de tout document transfrontière, n'a effectué aucune démarche en vue de régulariser sa situation, déclare être hébergé par sa compagne sans produire d'attestation et travaille de manière illégale, qu'il existe un risque qu'il se soustraie à l'obligation de quitter le territoire français et qu'il ne justifie d'aucune circonstance particulière, comporte l'énoncé des éléments de droit et de fait qui en constituent le fondement. Le moyen tiré de l'insuffisance de motivation doit donc être écarté.

11. En deuxième lieu, il ne ressort ni des termes de la décision attaquée ni d'autres pièces du dossier que le préfet de l'Isère ne se serait pas livré à un examen particulier de la situation personnelle du requérant avant de refuser de lui accorder un délai de départ volontaire.

12. En troisième lieu, M. B se borne à produire une attestation d'hébergement signée de manière dématérialisée par sa concubine alléguée le 4 mars 2024, un avis d'échéance de loyer au seul nom de sa concubine alléguée, les documents d'identité de sa concubine alléguée et de sa fille alléguée et une échographie du troisième trimestre du 14 décembre 2023. Ces documents ne sont pas de nature à établir la stabilité de sa résidence en France ni son lien de filiation avec l'enfant née en avril 2019, qui porte le nom de sa mère, ni avec l'enfant à naître. Enfin, la proximité de la date d'accouchement de sa concubine alléguée ne constitue pas en l'espèce une circonstance particulière suffisante pour ne pas regarder le risque de soustraction à la mesure d'éloignement comme établi en application des dispositions de l'article L. 613-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Dans ces conditions, le requérant n'est pas fondé à soutenir que la décision refusant de lui accorder un délai de départ volontaire est entachée d'une erreur d'appréciation. Le moyen tiré de la méconnaissance des dispositions des articles L. 612-2 et L. 612-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile doit être écarté.

13. Il résulte de ce qui précède que les conclusions aux fins d'annulation de la décision portant refus d'un délai de départ volontaire doivent être rejetées.

En ce qui concerne la décision portant interdiction de retour sur le territoire français pour une durée d'un an :

14. Aux termes de l'article L. 612-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Lorsqu'aucun délai de départ volontaire n'a été accordé à l'étranger, l'autorité administrative assortit la décision portant obligation de quitter le territoire français d'une interdiction de retour sur le territoire français. Des circonstances humanitaires peuvent toutefois justifier que l'autorité administrative n'édicte pas d'interdiction de retour. / Les effets de cette interdiction cessent à l'expiration d'une durée, fixée par l'autorité administrative, qui ne peut excéder cinq ans à compter de l'exécution de l'obligation de quitter le territoire français, et dix ans en cas de menace grave pour l'ordre public. " Aux termes de l'article L. 612-10 de ce code : " Pour fixer la durée des interdictions de retour mentionnées aux articles L. 612-6 et L. 612-7, l'autorité administrative tient compte de la durée de présence de l'étranger sur le territoire français, de la nature et de l'ancienneté de ses liens avec la France, de la circonstance qu'il a déjà fait l'objet ou non d'une mesure d'éloignement et de la menace pour l'ordre public que représente sa présence sur le territoire français. / () ".

15. En premier lieu, l'arrêté du 3 mars 2024 par lequel le préfet de l'Isère a interdit M. B de retour sur le territoire français mentionne les dispositions de l'article L. 612-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile dont il est fait application. Il mentionne la date alléguée d'entrée en France de l'intéressé et la présence en France de sa concubine alléguée et de leur enfant, il relève que l'intéressé séjourne irrégulièrement sur le territoire français. Il note qu'il a vécu la majeure partie de sa vie en Algérie. Il ressort de ces éléments que la décision portant interdiction de retour sur le territoire français est suffisamment motivée, et que cette motivation atteste de la prise en compte par l'autorité compétente, au vu de la situation de l'intéressé, de l'ensemble des critères prévus par la loi. Par suite, les moyens tirés de l'insuffisance de motivation et du défaut d'examen particulier doivent être écartés.

16. En deuxième lieu, M. B est entré en France en 2022 d'après ses déclarations à l'audience, soit depuis moins de deux ans à la date de la décision attaquée et s'y maintient en situation irrégulière. S'il a été interpellé à trois reprises, le 23 juin 2023 à Romans-sur-Isère pour conduite sans assurance, le 14 avril 2023 à Pont-en-Royans pour vol et le 15 septembre 2022 Saint Marcellin pour violences, il ne ressort pas des pièces du dossier que ces signalements auraient donné lieu à poursuite ou que son comportement constituerait une menace pour l'ordre public. Cependant, il ne justifie d'aucune intégration particulière en France, ne justifie pas de l'intensité de sa relation avec une ressortissante de nationalité française et n'établit pas le lien de filiation avec l'enfant née en avril 2019 et l'enfant à naître dont il se déclare le père. Dans ces conditions, au regard des critères listés à l'article L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, eu égard notamment à la durée brève de présence sur le territoire français et à l'incertitude quant à ses liens avec les enfants de nationalité française dont il se dit le père, le préfet de l'Isère n'a pas fait une inexacte application des dispositions de l'article L. 612-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile en prononçant à l'encontre de M. B une interdiction de retour sur le territoire français d'une durée d'un an, soit le cinquième de la durée maximale de cinq ans pouvant être prononcée dans cette hypothèse. Le moyen tiré de l'erreur d'appréciation doit donc être écarté. La décision n'est pas non plus entachée d'erreur manifeste d'appréciation de sa situation personnelle.

17. Il résulte de ce qui précède que les conclusions aux fins d'annulation de la décision portant interdiction de retour sur le territoire français doivent être rejetées.

Sur les frais liés au litige :

18. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 font obstacle à ce que soit mise à la charge de l'État, qui n'est pas la partie perdante dans la présente instance, la somme que l'avocat de M. B demande sur le fondement de ces dispositions.

D E C I D E :

Article 1er : M. B est admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire.

Article 2 : La requête de M. B est rejetée.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. A B et au préfet de l'Isère.

Copie en sera adressée à l'association Forum Réfugiés - Cosi, à Me Jaber et à Me Tomasi.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 7 mars 2024.

La magistrate désignée,

G. MAUBON

La greffière,

L. BON-MARDION

La République mande et ordonne au préfet de l'Isère en ce qui le concerne, ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

Une greffière,

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